Connectez-vous avec nous

Culture

Mort de Toni Morrison : cinq romans incontournables de la première femme noire Nobel de littérature

Publié

le

Première femme noire à obtenir le prix Nobel de littérature, la grande romancière Toni Morrison est morte à 88 ans ce lundi 5 août. Abordant avec réalisme et modernité les problématiques de l’identité afro-américaine aux États-Unis, Toni Morrison a écrit 11 romans depuis 1970.

Lauréate du prix Nobel de littérature en 1993, elle reste à ce jour la seule auteure noire à avoir reçu ce prix prestigieux. Avec ses romans La Chanson de Salomon et Beloved, elle a apporté un ton nouveau à la littérature afro-américaine. Toni Morrison était célèbre dans le monde entier.

C’est une des voix les plus puissantes de la littérature contemporaine qui vient de s’éteindre. L’Américaine Toni Morrison avait su donner une visibilité littéraire aux Afro-Américains et dessiner une histoire complexe et inédite des États-Unis. Ses livres sont hantés par le racisme, la ségrégation, les non-dits, les traumatismes de l’enfance.

Descendante d’une famille d’esclaves, Toni Morrison devient professeur d’anglais et de littérature et publie son premier roman à 39 ans. The Bluest Eye (L’Oeil le plus bleu en français) raconte l’histoire d’une petite fille afro-américaine des années 1930 qui rêve d’avoir des yeux bleus. Car elle imagine que si elle était aussi jolie que son idole, l’actrice Shirley Temple, elle serait capable d’enrayer l’extrême violence de son environnement familial. Ce premier roman passe inaperçu, mais le second Sula est sélectionné pour le National Book Award tandis que le troisième Le chant de Salomon, ample saga sur le retour au sud et aux racines, publié en 1977, lui apporte la célébrité.

Une enfance pauvre

Toni Morrison était née à Lorain dans l’Ohio dans une famille ouvrière catholique de quatre enfants et avait passé son enfance dans le ghetto de cette petite ville sidérurgique près de Cleveland. Et c’est sa grand-mère qui lui parlera du folklore et des traditions des Noirs du Sud, des rites, des divinités, ce qui nourrira sans doute sa littérature.

Toni Morrison devient professeur, éditrice. Son triomphe de romancière arrive en 1987 avec Beloved, un million d’exemplaires vendus. Le livre sera adapté au cinéma grâce à son amie Oprah Winfrey, grande prêtresse de la télévision américaine.

Elle reçoit le prix Pulitzer pour ce 5e ouvrage. Beloved est inspiré de l’histoire vraie et atroce de Margaret Garner, une mère infanticide hantée par le fantôme de sa petite fille qu’elle avait égorgée pour lui éviter l’esclavage. Ce roman est dédié aux soixante millions de victimes de l’esclavage, une mémoire qu’elle ne cessera d’interroger.

Ce qui sous-tend également toute l’œuvre de Toni Morrison c’est le sentiment de révolte intacte jusqu’au bout, notamment contre les violences policières contre les jeunes noirs, contre le racisme, l’injustice.

Malgré son immense succès mondial, la passion, le combat sont restés intacts. Son franc-parler aussi comme quand elle avait qualifié avec humour en 1998 le président Bill Clinton de premier président noir des États-Unis. Il présente toutes les caractéristiques des citoyens noirs, précisait-elle. Un foyer monoparental, une enfance pauvre, une grande connaissance du saxophone et un amour de la Junk food digne d’un garçon de l’Arkansas.

La consécration littéraire arrive en 1993. L’académie suédoise lui décerne le prix Nobel pour l’ensemble de son œuvre, son expressivité, sa puissante imagination teintée de surnaturel. Son style précis, violent et lyrique.

En 2012 elle publie son dixième roman. Home raconte le retour de la guerre de Corée d’un soldat noir jeté sur les routes de son enfance dans l’Amérique ségrégationniste des années 50. Elle le dédie à son fils Slade décédé deux ans plus tôt d’un cancer et avec lequel elle avait publié plusieurs livres pour enfants.

Son onzième et dernier roman, God Help the Child ( Délivrances en français ) raconte l’histoire d’une enfant repoussée dès sa naissance par sa mère « mulâtre au teint blond » à cause de sa peau « noire comme la nuit »

Franceinfo vous propose de revenir sur cinq d’entre eux.

L’Oeil le plus bleu (1970)

Dès son premier roman, Toni Morrison distille le sel de son style et de ses thématiques : des tragédies familiales avec pour toile de fond l’Amérique raciste. L’Oeil le plus bleu raconte le destin, dans l’Ohio de 1941, d’une jeune fille noire appelée Pecola, évoluant près d’un père incestueux et alcoolique. Dans un espoir d’acceptation, et ayant grandi avec la représentation de la beauté féminine comme celle d’une femme blanche aux yeux bleus, Pecola espère voir ses yeux changer de couleur pour le bleu. Le même que son idole Shirley Temple. 

En constante recherche de stabilité, Pecola termine le roman détruite par deux viols de son père, dont l’un débouche sur une grossesse et la mort du bébé prématuré. Très moderne dans son approche, Toni Morrison aborde avec force l’identité noire, avec comme thématique majeure le racisme intériorisé. L’écrivaine se permet également de donner une perspective sur l’Amérique post-Grande Dépression d’un point de vue autre que celui des Blancs. 

Le Chant de Salomon (1977)

Le Chant de Salomon est le troisième roman de Toni Morrison, et celui qui lui a permis d’atteindre une large notoriété aux États-Unis. Il raconte l’histoire de Macon « Milkman » Dead, né juste après qu’un homme soit mort en tentant de voler. Le livre est un parcours initiatique, évoluant dans le Michigan entre 1930 et le début des années 1960. A la recherche de ses origines, Milkman Dead cherche lui aussi à prendre son envol.

Le Chant de Salomon explore les thématiques des relations humaines, de l’historique familiale et de l’identité afro-américaine, à travers une galerie de portraits à laquelle fait face Milkman Dead.

Beloved (1987)

Certainement le roman le plus célèbre de Toni Morrison, Beloved est peut-être aussi son plus cérébral et tragique. Le roman raconte la dérive de Sethe, une ancienne esclave échappée d’une plantation, hantée par ses actes passés. Et plus particulièrement l’égorgement de sa fille Beloved encore bébé, pour lui éviter de vivre dans les chaînes de l’esclavage. L’arrivée dans le récit d’une jeune femme, nommée elle-aussi Beloved, sème la confusion dans l’esprit de Sethe.

Roman coup de poing, Beloved aborde avec férocité la pression psychologique du système esclavagiste sur ses victimes, et ses conséquences sur un destin familial. Le livre évoque également la passion, c’est-à-dire la souffrance, qui mène l’humain à accomplir les pires atrocités au sacro-saint nom de l’amour. Le roman a permis à Torni Morrison de remporter le prix Pulitzer. Portée par Oprah Winfrey et réalisée par Jonathan Demme, son adaptation au cinéma est sortie en 1998. 

Jazz (1992)

Loin de l’esclavage mais toujours autant ancré dans la dure réalité des Afro-américains, Jazz prend racine à New York, quartier de Harlem, dans les années 1920. Dans un nouvel exemple de passion destructrice, Toni Morrison peint le portrait d’un triangle amoureux composé de Joe, sa femme Violet et sa maîtresse Dorcas, qu’il tue.

Tel le style musical dont son titre s’inspire, Jazz est un roman libre, où chaque personnage tient sa place et développe sa propre facette de l’histoire et où l’ensemble compose une grande tragédie moderne. Un portrait à l’acide d’une situation inextricable, de ses causes et de ses conséquences, autant qu’une autopsie de la masculinité. 

Home (2012)

Une décennie après son Nobel de littérature, Toni Morrison sort son avant-dernier roman, nouveau parcours initiatique d’un homme noir détruit et en quête de sens. Cette fois, la destruction est arrivée par la guerre, celle de Corée, dont le personnage Frank Money revient tout juste. Mais de retour au pays (« home », « à la maison » en anglais), Frank retrouve la société ségrégationniste qu’il connaissait, et tente de s’en échapper en retournant au plus près de ses origines.

Auréolé d’un important succès de librairie en France, Home interroge le monde et ceux qui le font. Avec une symbolique très forte, le roman se demande comment donner du sens à un monde qui rejette ceux des siens qui ont vécu le pire. Avec Agences

Cliquez pour commenter

Poster un Commentaire

avatar
  S'abonner  
Me notifier des
Publicité

Populaires