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Politique

Mohammed VI et le très inquiétant recul des droits de l’Homme au Maroc

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Avec une fortune de 5,2 milliards de dollars, Mohammed VI est affublé de roi des pauvres par ses bouffons. Il règne sur un pays où la pauvreté et les violations des droits de l’homme sont ordinaires. Quoi de plus ordinaire que de publier la tribune d’un intellectuel marocain qui connaît la mécanique du roi M6 ?

C’est l’histoire d’un roi plein de bonnes intentions, qui entame des réformes, ne va pas jusqu’au bout, et finit par tomber dans les travers qu’il voulait combattre.Ainsi pourrait-on résumer les 20 ans de règne de Mohammed VI qui se sont achevés ce 30 juillet.

Le « roi des pauvres » des débuts, modeste et soucieux du sort des démunis, est ainsi devenu un monarque richissime dont on déplore « l’étalage de luxe » tandis que les Marocains risquent leur vie pour émigrer en masse en Europe. La nouvelle Constitution de 2011, voulue « démocratique » par le roi, a pourtant permis au leader d’un parti politique minoritaire, grâce à sa proximité du Palais, de faire tomber un premier ministre majoritaire et librement élu…

Cette tendance aux reculs et aux faux-semblants est aussi largement perceptible en matière de droits humains.

Tourner la page des « années de plomb »

À son avènement en 1999, Mohammed VI s’est tout de suite montré désireux de tourner la page des « années de plomb ». Pendant les trente-huit ans de règne de Hassan II, son père et prédécesseur, le Maroc était en effet parsemé de prisons secrètes dans lesquelles les opposants à la monarchie expiaient leurs fautes, réelles ou imaginaires, parfois dans des conditions d’horreur défiant l’imagination.

Aussi le monde a-t-il applaudi quand le jeune roi a créé l’Instance Équité et Réconciliation (IER) en 2004. S’inspirant de l’expérience sud-africaine post-apartheid, il s’agissait de faire la lumière sur les tortures, exactions et autres injustices commises sous Hassan II, compenser les victimes… et leur rendre justice ? Non.

Avant de recevoir des chèques pour réparation (près de cent millions d’euros au total, payés par l’État), les victimes ont donc défilé sous les caméras en racontant leurs calvaires lors d’auditions publiques poignantes. Mais — c’était la limite de l’exercice — il leur était interdit de nommer leurs tortionnaires. Du coup, malgré les quelques 16 000 dossiers instruits par l’IER, personne n’a été poursuivi. Et les bourreaux d’hier, tout comme leurs donneurs d’ordres, continuent aujourd’hui à couler des retraites paisibles.

Compromis acceptable, simple « modalité » d’un processus permettant aux Marocains de se « réconcilier » avant de tourner la page et aller de l’avant ? C’est ainsi que le présentait la version officielle. Une autre manière de voir les choses consiste à penser que, l’impunité ainsi établie, rien n’empêcherait les exactions du passé de se reproduire.

Les animateurs de l’IER, sous la houlette de feu Driss Benzekri, lui-même un ancien prisonnier politique, ont pensé à cela. C’est pour cette raison qu’en parallèle du processus d’auditions et de compensations, ils ont publié une série de recommandations à l’État visant à en finir une fois pour toutes avec les abus : fin des ordres « oraux » d’usage de la force, transparence du processus de décision sécuritaire (afin d’identifier les donneurs d’ordres à tous les niveaux), obligation pour tout policier de rapporter à la justice tout crime dont il est témoin, même s’il est commis par ses supérieurs… Mais douze ans après la mort de Benzekri, aucune de ces recommandations-clés n’a été sérieusement appliquée.

L’impunité érigée en dogme

Si elles l’avaient été, et si les bourreaux du passé avaient payé le prix de leurs forfaits, les activistes du Hirak, mouvement de protestation sociale qui a secoué les montagnes du Rif, auraient-ils été torturés dans les locaux de la police en 2018 ? Auraient-ils été contraints, par la force ou la ruse, de signer des aveux mensongers, sur la base desquels la justice les a condamnés à jusqu’à 20 ans de prison ? Probablement pas.

Si l’impunité n’avait pas été érigée en dogme, le roi lui-même se serait-il senti obligé de dédouaner les forces de l’ordre d’Al Hoceima, chef-lieu du Rif, alors même que de nombreux rapports, y compris certains émanant d’instances étatiques marocaines (!) les accusaient de violences contre les manifestants ? Probablement pas.

Voilà comment un processus de réforme, commencé dans la bonne foi, s’est perdu en chemin. Rien n’empêche désormais le Maroc de Mohammed VI de tomber dans les mêmes travers que celui de Hassan II. Certes pas à la même échelle, mais la dynamique — violences policières, impunité, procès iniques, condamnations lourdes — est la même. Rien ne garantit que le rythme des exactions ne va pas s’accélérer. « Tourner la page du passé » ? Si telle était l’intention, c’est un échec. Le passé du Maroc le rattrape.

La même dynamique est à l’œuvre en ce qui concerne la liberté de la presse. Au début du règne de Mohammed VI, elle était ébouriffante. Travers de la monarchie, questionnements de l’Islam, jusqu’aux interviews du leader du Polisario (mouvement pour l’autodétermination du Sahara occidental, territoire considéré comme sien par le Maroc)… aucun de ces tabous ne faisait reculer la jeune presse d’alors.

Mais l’histoire s’est compliquée avec le temps. Les saisies, les emprisonnements de journalistes, les procès injustes conclus par des dommages et intérêts exorbitants, les boycotts publicitaires orchestrés par le Palais se sont multipliés au fil des années. Aujourd’hui, à force d’intimidations et d’autocensure (en 2016, un journaliste a été poursuivi pour le simple fait d’avoir employé l’expression « Sahara occidental » — ce dont il s’est d’ailleurs défendu), la presse marocaine n’est plus que l’ombre de ce qu’elle a été durant la première décennie de règne de Mohammed VI.

Dans ce constat, l’État, emporté par sa rhétorique réformiste, ne voit que récriminations et « nihilisme ». Le gouvernement ne s’est-il pas félicité du passage d’un nouveau code de la presse « sans peines de prison » en 2016, alors que les journalistes sont encore emprisonnés en vertu du code pénal, et que de simples citoyens, coupables d’avoir publié des statuts dissidents sur Facebook, se retrouvent derrière les barreaux ?

Les inégalités entre les sexes perdurent

Les droits des femmes, volet majeur de l’œuvre réformatrice de Mohammed VI, n’ont pas subi un revers aussi marqué. Sans les mettre au diapason des hommes (les inégalités entre les sexes perdurent, notamment en matière d’héritage) une réforme historique décidée par le roi en 2004 a accordé aux femmes marocaines des droits avancés, qui leur sont acquis aujourd’hui.

L’un d’eux est l’avancée de l’âge minimal du mariage, passé de 15 à 18 ans… sauf « dérogation » décidée par un juge, à la demande de la famille d’une fille mineure. En 2018, il y a eu 40 000 dérogations, près de 20 % des mariages enregistrés an Maroc la même année. Et le ministre de la Justice lui-même rapporte que le phénomène est « en hausse de façon alarmante ». Encore une illustration du principe selon lequel en matière de réformes, les brèches ont toujours vocation à s’élargir.

En cette période de bilan, des commentateurs soulignent aussi les progrès économiques réalisés par le royaume de Mohammed VI, ses réussites en matière d’infrastructures ou de diplomatie. Ils constatent aussi que le Maroc s’est relativement bien sorti de la séquence du « printemps arabe », s’évitant les révolutions ainsi que les dérives sanglantes qui ont secoué ses voisins.

Mais ces succès devraient-ils masquer, ou même relativiser les reculs en matière de droits et de libertés ? 20 ans après l’intronisation de Mohammed VI, il est devenu routinier que des organisations internationales des droits humains dressent des rapports sombres de la situation au Maroc. Il est également devenu coutumier que le gouvernement dénonce ces rapports comme « biaisés » et « anti-Maroc ». Une rhétorique qui n’est pas sans rappeler celles des pires violeurs de droits du monde Arabe, dont l’Egypte de Abdelfattah Al-Sissi, et l’Arabie saoudite de Mohamed Ben Salmane… Le Maroc, « exception » du monde arabe ? De moins en moins, à vrai dire…

Ahmed Benchemsi

Fondateur du magazine marocain « Tel Quel », Ahmed Benchemsi est directeur de la communication pour le Moyen Orient et l’Afrique du Nord chez Human Rights Watch. Il dresse ici le bilan des vingt années de règne de Mohammed VI.

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Gaïd Salah-Bensalah-Bedoui valident le projet de loi sur les hydrocarbures

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Un Conseil des ministres présidé par Abdelkader Bensaleh a avalisé ce dimanche 13 octobre les avant-projets de lois sur les hydrocarbures et de finances 2020, en dépit de la forte opposition des Algériens.

Ils ont osé. Ils l’ont fait ! La traîtrise a atteint son comble. Le gouvernement Gaïd Salah-Bensalah-Bedoui ont adopté l’avant-projet de loi sur les hydrocarbures et celui des finances 2020, malgré l’opposition des millions d’Algériens.

L’impopulaire gouvernement Noureddine Bedoui, l’illégitime président intérimaire Abdelkader Bensalah et le dictateur en herbe, vice-ministre de la Défense et chef d’état-major de l’ANP, le général-major Ahmed Gaïd Salah ont osé affronter le peuple en avalisant l’avant-projet de loi sur les hydrocarbures et des finances, alors même qu’une grande manifestation a lieu devant le siège de l’Assemblée populaire nationale (APN) pour dire non à ce coup de force.

Voilà qui met à nue l’hypocrisie du discours du général-major Ahmed Gaïd Salah, le pouvoir de fait en Algérie, et son caractère anti-national et anti-patriotique, en décidant de brader les hydrocarbures, une richesse inaliénable propriété du peuple algérien.

Le pouvoir a opéré un passage en force malgré la forte opposition des Algériennes et des Algériens qui se sont rassemblés massivement ce dimanche devant le siège de l’APN (la chambre basse du Parlement algérien), Boulevard Zighout-Youcef, dans d’autres villes d’Algérie et dans la diaspora, pour faire annuler les deux avant-projets anti-nationaux.

La manifestation Boulevard Zighout-Youcef, devant l’Assemblée populaire nationale (APN), contre la loi sur les hydrocarbures, a même été réprimée par la police qui reçoit désormais ses ordres du chef d’état-major de l’armée, le général-major Ahmed Gaïd Salah. On dénombre plusieurs blessés, selon des manifestants.

Pour rappel, selon des experts et des partis de l’opposition, le projet de loi sur les hydrocarbures qui donne de nouveaux avantages aux multinationales est un bradage des richesses du pays et porte atteinte à la souveraineté nationale, un acte de trahison des intérêts suprêmes de la nation que commet le chantre du patriotisme Ahmed Gaïd Salah.

Les deux projets de loi seront présentés prochainement devant les députés pour examen. Il ne sera pas surprenant que les soi-disant représentant du peuple actent le bradage des hydrocarbures, soumis qu’ils sont au nouveau maître d’Alger, le général-major Ahmed Gaïd Salah.

Idir F.

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France : plus de frais de scolarité pour les étudiants étrangers

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C’est une nouvelle qui va réjouir les étudiants algériens désirant aller poursuivre leurs études en France : le Conseil Constitutionnel a acté le 11 octobre la gratuité de l’enseignement supérieur pour les étudiants étrangers (non européens).

Bonne nouvelle pour les étudiants algériens désirant poursuivre leurs études universitaires en France. La décision d’imposer des frais d’inscription et de scolarité trop élevés aux étudiants non européens (étrangers), dont les Algériens, prise l’année dernière par le gouvernement d’Edouard Philippe, vient d’être gelée par le Conseil constitutionnel.

« Le Conseil constitutionnel ­déduit de façon inédite du treizième alinéa du préambule de la Constitution du 27 octobre 1946 que l’exigence constitutionnelle de gratuité s’applique à l’enseignement supérieur public », indique la plus haute juridiction de France citée par le journal Le Monde.

Saisi par des associations étudiantes, le Conseil Constitutionnel a contraint le Gouvernement français de surseoir à sa décision d’augmenter les frais d’inscription (scolarité) à l’université pour les étudiants non européens (étrangers à l’espace européen), annoncée subitement en début d’année en vue « d’améliorer l’attractivité des universités françaises ».

Les étudiants étrangers qui viennent de l’extérieur de l’Union européenne payeront des droits d’inscription et de scolarité plus élevés. D’après les estimations du gouvernement, ces frais de scolarité seront de l’ordre d’un tiers du coût réel de la formation, soit environ 2 000 à 3 000 euros.

Le hic avec cette décision du gouvernement d’Edouard Philippe, c’est qu’il s’agit d’une décision jugée « discriminatoire » vis à vis des étudiants étrangers qui n’ont pas souvent les moyens de payer leur scolarité en euros. Aussi, il s’agit d’une sélection sociale qui favorise les étudiants étrangers issus de familles riches, pour ne pas dire liées aux systèmes corrompus et mafieux qui dominent des régions comme l’Afrique.

Enfin, il faut noter la nature anticonstitutionnelle de cette décision (imposer des frais de scolarité substantiels et non plus symboliques) qui remet en cause le caractère public et gratuit de l’enseignement en France. D’où justement la décision du Conseil constitutionnel. D’ailleurs, beaucoup d’universités françaises ont refusé d’appliquer les nouveaux tarifs de scolarité aux étudiants étrangers.

Idir F.

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CNR : le gouvernement veut réduire les retraités à la mendicité

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Le gouvernement Gaid Salah-Bensalah-Bedoui n’en finit pas de promouvoir des projets contre les travailleurs. Cette fois, c’est un rapport sur les retraités qui nous alertent. Son auteur n’est autre que le directeur général de la Caisse nationale des retraites (CNR).

Les mesures proposées par le directeur général de la CNR sont des actes de guerre contre la catégorie la plus fragile des travailleurs, les retraités. Elles doivent être mises en œuvre dès le 1er janvier prochain.

De quoi s’agit-il ?

D’abord, l’augmentation automatique de 2,5% des pensions au mois de mai de chaque année sera gelée durant les dix (10) prochaines années.

Les futurs retraités ne sont pas épargnés. Deux dispositions fondamentales vont changer, annonce le DG de la CNR. Jusqu’à présent, le droit à la retraite était fixé à 55 ans pour les femmes et à 60 ans pour les hommes. La pension de 80% pour 32 années de travail était calculée sur les salaires et les primes des cinq (5) dernières années d’activité.

Le DG de la CNR propose de tout changer « pour tenir compte de l’augmentation de l’espérance de vie, d’une moins grande pénibilité du travail »  et surtout du déficit de la caisse, comme pour pénaliser les retraités.

Pour un départ à la retraite à l’âge légal actuel et dans la mesure où le retraité aurait eu 32 ans  de service, le DG de la CNR propose que le calcul de la pension se fasse sur les dix (10) dernières années. La prime serait réduite à 60%. La prime de départ passerait de vingt quatre (24) mois à seulement quatre (4) mois.

Quelles sont les conséquences immédiates et à moyen terme ?

Le gel de l’augmentation automatique des pensions durant les 10 prochaines années aurait pour conséquence pour les deux tiers des 3,5 millions de retraités actuels, qui touchent à peine le SMIG, de les renvoyer à la mendicité. Leur pension de 20 000 dinars (environ le smig) serait grevée par l’inflation à tel point que la pension serait réduite de la moitié de sa valeur réelle. En réalité la pension ne vaudrait pas grand-chose car le taux officiel de l’inflation est sous-coté pour des raisons politiques.

Les mesures dites structurelles auraient pour conséquences pour les futurs retraités d’abord  de voir réduite des 4/5 la prime de départ. Pour un salarié rémunéré au smig, la perte sèche est évaluée ainsi : 80 000 dinars au lieu de 480 000 dinars actuellement.

Les autres retraités verraient également leur pension réduite considérablement (d’environ 60%).

L’augmentation des années de calcul de la prime (10 ans au lieu de 5) et sa réduction (de 80 à 60%) les conséquences donneraient la photographie suivante : pour un salaire de 15 000 dinars par mois pendant les 5 premiers années et de 20 000 pour les 5 dernières années, la pension s’élèverait au montant suivant : 10 500 dinars au lieu de 20 000 actuellement. Enorme !

Le travailleur qui souhaiterait atteindre le niveau actuel de la prime devrait travailler de 5 à 10 années supplémentaires.

Ces mesures sont inacceptables. Elles ne devront pas être acceptées ! Les organisations syndicales de tous les secteurs doivent dénoncer sans attendre et énergiquement le projet ! Elles doivent organiser la riposte avant la fin du mois de novembre, date à laquelle le projet devrait être adopté ! 

Des militants socialistes et des syndicalistes de divers horizons feront circuler une pétition pour s’y opposer et regrouper les travailleurs.

Nadia Sabry

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