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Chronique

Et si Carthage avait vaincu ?

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Certaines causes peuvent avoir des effets incommensurables. Surtout quand elles concernent l’Histoire de l’Humanité. Quand on y pense, on se rend compte que la configuration actuelle du monde s’est jouée sur un petit rien, qui aurait pu en s’inversant changer le cours des choses.

Et cela devient plus passionnant quand on se rend compte que nos ancêtres sont, quelque part, les responsables indirects de la grandeur actuelle de l‘Occident. Au commencement, ou plutôt à la charnière des événements fatidiques, il y avait l’Afrique du Nord contre l’Europe.

Deux grandes puissances se disputaient la suprématie sur ce qui constituait la civilisation. Le vainqueur donnera à son camp la dynamique qui tracera pour les deux mille ans, ou plus, à venir le destin de la planète. Rome et Carthage.

Deux superpuissances se préparaient, chacune de son côté, à abattre l’autre. Les Berbères devaient être ceux qui seront chargés de faire pencher la balance. Ils ont choisi de s’allier à Rome. Le sort de Carthage a été scellé par cet alignement. Rome réduisit Carthage à néant et les Berbères connurent la pax romana (paix romaine), que Jughurta puis Tacfarinas et ensuite les Circoncellions eurent à éprouver, dans des guerres désespérées contre une domination qui ne voulait souffrir aucune dissidence.

L’Europe romaine connaissait, elle, les débuts d’une consolidation économique et sociale. Un monde unipolaire s’était institué, dont le centre se trouvait désormais en Europe et pas en Afrique.

Un temps bousculé et contenu par l’invasion arabo-islamique puis par les Ottomans, le monde structuré par les Romains finit par se reconsolider et par envisager de revoir la géographie, non seulement des territoires qui l’entouraient, mais celle de la planète entière. De tous les pays, nés de l’empreinte romaine, partent des expéditions d’exploration de contrées connues et inconnues, suivies par des armées de conquérants.

L’Afrique, l’Asie et les Amériques sont mises en coupe réglée. L’impulsion initiale a décidé de cette trajectoire.

Les Berbères ont eu le dépit de voir revenir les « roumis », qui étaient pourtant partis, il y a bien longtemps. Mais ils sont revenus tuer, spolier, occuper, humilier. Ce n’était pas exactement les mêmes, mais ils rappelaient tellement ceux que les aïeux avaient connus qu’ils les appelèrent quand même « roumis ». Et il a fallu se battre encore pour les faire repartir.

Massinissa ne pouvait certainement pas deviner ce que sa rivalité avec les carthaginois allait coûter à son peuple. Il ne pouvait pas anticiper sur le fait que ces barbares de Gaulois, tout juste sortis de la préhistoire, allaient connaître un développement aussi fort, au point de se transformer, eux-mêmes, en puissance capable de rééditer les conquêtes de leurs maîtres latins.

Là-bas, très loin, au moment où Carthage tombait, d’autres peuples n’ont pas venir le tsunami qui allait soit les anéantir, soit les réduire en esclavage. Du moins les submerger et leur imposer d’autres mœurs, d’autres cultures et d’autres maîtres. Et l’on peut dire, aujourd’hui, que les guerres puniques ne finiront pas, avant longtemps, d’avoir des répercussions.

En attendant que s’inverse ce cours infernal, nous pouvons au moins rêver à si Massinissa n’avait pas contracté avec les romains.

Rome est à feu et à sang, Carthage aux côtés des Berbères a réussi à mettre à bas son arrogance et à libérer le monde de son emprise. Le Colisée est transformée en un véritable théâtre où ne meurt plus personne sous les griffes de lions ou de tigres, ou sous la lame ou la pique d’un captif réduit à tuer ou à être tué. L’Afrique du nord se remet des saignées occasionnées par les impôts et autres prédations pour se tourner vers son propre destin et cultiver son propre jardin, pour elle-même. Elle aura conservé toute son intelligence et tout son potentiel créateur, face à une Europe désormais livrée aux luttes tribales et sans références de puissance. La découverte des Amériques sera l’œuvre des nord africains, qui n’auront massacré ni les Aztèques, ni aucun habitant. Ils n’y seront pas allés en conquérants, comme ils n’ont jamais su le faire. Ni traite des Africains, ni génocide des tribus américaines, juste des échanges.

Peut être que le Capitalisme n’aurait jamais vu le jour et à la place un autre mode de production plus humain, plus partageur, à l’image du système solidaire qui régnait en Tamazgha, du temps où la marchandise n’était pas née, sauf des produits qu’on échangeait équitablement et en fonction de besoins réels. C’est sûr, le monde n’aurait pas été ce qu’il est. On est libre de penser qu’il aurait été meilleur.

A. Halfaoui

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AGS, la peur bleue de la chute

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Sans leur statut de retraités frais émoulus, les deux figures de la police politique de sinistre mémoire, les généraux-majors Tartag et Toufik, ne subiraient pas les affres de la détention et de l’humiliation publique, sous l’oeil des caméras. Un sort, terrible, qui terrorise le dictateur nouveau…

Le sous-ministre de la Défense redoute cette fin, qui paraît inéluctable, et la repousse avec l’énergie du désespoir en multipliant les initiatives liberticides comme un naufragé se battrait frénétiquement contre la force de l’océan.

C’est, en effet, contre la vague de tout un peuple, résolu à recouvrer sa véritable indépendance, jadis confisquée par la « bande », que le pâle El Gaïd tente de résister en interdisant derechef l’accès à Alger aux Algériens. Avant cette ultime infamie, le généralissime de foire avait embastillé, par groupes entiers, de fiers porteurs d’emblèmes amazighs ou de vaillants pourfendeurs de ses diatribes malsaines et provocatrices.

AGS se comporte ainsi pour protéger les intérêts de la « issaba » en général et les siens propres en particulier. Les Annabis savent, mieux que quiconque, l’ampleur de la mainmise de son clan sur une ville martyrisée par une famille, la sienne, à qui on ne refuse rien ! Demandez-vous juste pourquoi un symbole de la rapine, contre laquelle part théoriquement en guerre le général d’opérette, n’est pas sous les verrous à l’heure où nous mettons sous presse. Qui protège Tliba ? La réponse est dans la question. Si l’opulent député d’Annaba tombe, il entraînerait dans son sillage ses principaux associés, l’engeance du dictateur nouveau…

Pour éviter pareille débâcle, AGS est prêt, tel un Néron de vaudeville, à faire brûler un pays qu’il jure, pourtant, de chérir à chaque visite de caserne. « La guerre est une chose trop sérieuse pour la confier aux militaires » : s’il avait encore une once de lucidité, AGS devrait méditer cette formule de Clémenceau, surtout lorsqu’il s’agit de mener bataille contre son propre peuple. Aucun dictateur n’en est sorti indemne…

Saïd Kaced

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Chronique

A vos ordres, mon général !

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Dans tout bon polar, vous y verrez, inévitablement, la scène de l’interrogatoire où se relaient, au chevet du suspect, deux policiers aux profils différents : le bon et le méchant. Les nouveaux équarrisseurs se comportent ainsi en prévision de la présidentielle à la sauce AGS.

Depuis hier, la constitutionnaliste de service, puisqu’il faut de tout pour former un panel crédible de thuriféraires, Fatiha Benabbou nous apprend, sous l’air de l’alarme stridente, que l’armée abrite en son sein de grands gentils, tel AGS, et de vils méchants, capables de mettre le feu au pays. Ces derniers, toujours selon les dires de notre bonne samaritaine, seraient par l’odeur du sang alléchés et prompts à sévir durement. Si nous ne savions pas raison garder, en ne ralliant pas en masses drues les centres de vote le jour fixé par le bon généralissime, les « faucons » prendraient le relais pour nous dicter, par le fer, la voie à suivre derechef. Sombres perspectives…

Tant de sollicitude déclencherait de l’émoi – des tombereaux de vifs remerciements s’amoncelleraient aux pieds de notre fervente panéliste, si nous ne vivions pas une étape cruciale pour le devenir de notre chère Algérie.

Depuis trente semaines, les Algériens, tous âges et catégories sociales confondus, battent le pavé, mardi et vendredi, pour dire tout le mal qu’ils pensent d’un système mafieux, tueur d’espérances. Une « bande », dont seule une infime partie écume les quartiers VIP de quelques pénitenciers, qui règle encore, au pas cadencé, le sort d’un pays promis à un extraordinaire devenir au sortir d’une longue et tragique colonisation.

Un par un, les panélistes désormais émancipés, et bombardés grands huissiers d’une redoutable consultation populaire par le maître du moment, viendront, par vagues successives, prêcher la bonne parole électoraliste concoctée, autour d’un méchoui, sur quelque monticule de la capitale. Cela reste une énigme sous toutes les latitudes : comment des universitaires peuvent-ils se mettre au service, le doigt sur la couture du pantalon, de militaires incultes et sanguinaires ? Comment faire croire au bon peuple qu’AGS est le gentil général ?!

Saïd Kaced

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En route vers la dictature

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Ça commence à se mettre en place au centre, là-bas, et la périphérie, chez nous, n’est pas en reste.

La crise du capitalisme n’a pas fini son œuvre. Les offensives contre les acquis économiques et politiques des peuples ne font que commencer et ont permis de jeter le doute sur la légitimité de certains droits, considérés jusque-là comme intouchables.

Une reconfiguration fondamentale des sociétés est en cours. Nous ne sommes pas encore au coup de grâce final, cependant les prémices se précisent.

Quand le banquier étatsunien, JPMorgan Chase veut que soit abrogée la démocratie en Europe, il est moins hypocrite que ses dirigeants actuels qui se sont déjà mis au service des banques et qui ne se soucient plus du tout de ceux qui les ont portés au pouvoir. Fort de sa franchise, il les appelle à assumer politiquement les « réformes » qu’ils ont mises en œuvre. C’est qu’il a raison, quand on sait que sans un verrouillage des espaces d’expression publique, un immense quiproquo continuera de grever les relations gouvernants-gouvernés.

La contradiction entre les textes fondateurs des régimes en place et les politiques qui s’en démarquent ne pourra pas tenir longtemps. Le banquier le sait, il a eu besoin d’une étude pour produire ses conclusions, mais la réalité aurait pu suffire à le convaincre que les mouvements sociaux risquent fort de mettre à bas des gouvernements pusillanimes. Pour lui, et dans la logique des choses, il faut immédiatement prendre les devants en sortant la matraque. Il faut dire que chez lui, aux Usa, il n’y a pas de souci à se faire. Le régime étatsunien a paré à toute éventualité.

Là-bas, ceux qui croient faire office de citoyens n’ont pas voix au chapitre et n’ont jamais élu qui que ce soit de la façon dont cela se passe ailleurs. Entre lobbies et décideurs du Congrès ou de la Maison-Blanche, il n’y a pas d’intrus qui peuvent s’infiltrer. De plus, le pouvoir bicéphale a parfaitement balisé l’accès aux fonctions électives. Aucune voix discordante n’a la moindre opportunité de se frayer un chemin légalement, pas même d’être écoutée, et l’embrigadement de la société empêchera en dernier ressort toute velléité de soulèvement.

L’arsenal idéologique, l’atomisation obsessionnelle des individus, y compris au sein de la famille, la mainmise policière sur la vie privée et l’élévation de la propriété privée au rang du sacré, ont anesthésié ou, du moins, drastiquement réduit la réactivité sociale, sans préjudice de la menace d’une féroce répression.

Ce qui n’est pas le cas en France, en Allemagne ou en Italie, des pays dont l’épaisseur historique, avec ses courants d’idées, est un peu plus compliquée pour les pouvoirs en place. Chase relève lui-même que les conquêtes sociales sont le vrai problème. Il parle d’influence socialiste et n’est pas cru dans son argumentaire, tout en étant très clair sur la problématique. Il veut que l’Europe passe le cap de ses atermoiements et qu’elle passe à l’acte qui abroge les libertés publiques et, surtout et principalement, de se préparer à contrer les inévitables mobilisations de masse, que préfigurent les manifestations et les grèves actuelles. Il ne reste plus qu’à évaluer les délais qui nous séparent de la mise au pas musclée.

Ahmed Halfaoui

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