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Quand Emmanuel Macron recevait le Tout-Paris à Bercy pour se constituer un carnet d’adresses

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Les dîners polémiques organisés par François de Rugy alors qu’il était président de l’Assemblée nationale ont fait ressurgir les souvenirs de ceux organisés par l’ancien ministre de l’Economie, devenu président de la République.

« Il y a des similitudes. » Au bout du fil, Frédéric Says, éditorialiste à France Culture et auteur avec Marion L’Hour du livre remarqué Dans l’enfer de Bercy (JC Lattès, 2017), réfléchit. « Oui, dans les deux cas, des frais de représentation ont été utilisés avec l’idée de se constituer des liens avec la société civile. Enfin, c’est comme cela que c’est justifié. » Mais, ajoute immédiatement le journaliste, « pour Macron, il n’y a pas eu de photos de sortie et surtout il n’y a pas eu de scandale ». Ce que Frédéric Says est en train de comparer tient en quelques mots : les dîners fastueux de François de Rugy, révélés par Mediapart, et qui lui ont entre autres coûté sa place au gouvernement, rappellent ceux donnés par un certain Emmanuel Macron à Bercy.

Les agapes de l’ancien cadre d’EELV – qui, selon une source proche de l’enquête menée par l’Assemblée nationale, relevaient bien du cadre professionnel – ont fait ressortir du placard quelques fantômes du passé. A une époque pas si lointaine, Emmanuel Macron, alors ministre de l’Economie (2014-2016), a lui aussi multiplié les dîners et les rencontres à Bercy. A en croire les observateurs de la vie politique et ses adversaires, ces réceptions lui ont permis de se constituer un solide réseau qui a pu lui être utile pour la suite de sa carrière politique. « Pour François de Rugy, on parle d’une dizaine de dîners entre octobre 2017 et juin 2018 mais du côté d’Emmanuel Macron, c’était quasiment tous les soirs !, s’exclame Frédéric Says. C’était très très soutenu. »

« Un double dîner en somme »

Le journaliste avait, à l’occasion de la sortie de son livre, révélé qu’ « en seulement huit mois, jusqu’à sa démission en août » 2016, « Emmanuel Macron [avait] utilisé à lui seul 80% de l’enveloppe annuelle des frais de représentation accordée à son ministère par le Budget ». A l’époque, le mouvement En marche !, lancé par Emmanuel Macron, avait immédiatement démenti ces accusations. « Aucun centime du budget du ministère de l’Economie (…) n’a jamais été utilisé pour En marche ! Toute affirmation du contraire est purement et simplement diffamatoire », pouvait-on lire dans un communiqué. Interrogé de nouveau sur le sujet par franceinfo, l’Elysée n’a pas donné suite à nos sollicitations. 

Certains ont pourtant pu observer aux premières loges la fréquence très importante des dîners organisés par Emmanuel Macron. « Dans la dernière ligne droite, il y avait beaucoup de passages », confie à franceinfo son ancien voisin de palier à Bercy Michel Sapin, ex-ministre des Finances et des comptes publics. Son secrétaire d’Etat au Budget, Christian Eckert, est encore plus prolixe. Auteur d’Un ministre ne devrait pas dire ça (Robert Laffon, 2018), ce dernier y racontait que c’est dans l’appartement de fonction du ministre de l’Economie – « 300 mètres carrés high-tech et rutilants (…) digne d’une revue d’architecture » – que « matin, midi et soir, le couple a reçu beaucoup de monde pour préparer le décollage d’En marche ! »

Le socialiste poursuivait : « Tous les espaces du septième étage de Bercy (…) étaient mis à contribution simultanément. Une stratégie qui permettait à Brigitte et Emmanuel Macron de prendre l’apéritif dans une réception du ministère, de débuter un premier dîner plus officiel avec d’autres convives au septième étage puis d’en poursuivre un second à l’appartement ! Un double dîner en somme ». Interrogé par franceinfo, Christian Eckert dresse la même comparaison que Frédéric Says. 

Je ne sais pas si les dîners de Macron étaient comparables avec ceux de Rugy en terme de qualité des repas mais en terme de nombre et de fréquence, c’était impressionnant.Christian Eckertà franceinfo

Michel Sapin, lui, a bien sa petite idée sur les différences gastronomiques entre l’hôtel de Lassay et Bercy. « Le ministère n’offre pas de si beaux repas que ceux de l’Assemblée nationale », assure-t-il, parlant d’ « une bonne cuisine familiale » où « ce n’est pas l’habitude de servir de très grands crus ». 

Michel Houellebecq, Fabrice Luchini, Line Renaud…

Si les mets les plus fins ne sont donc vraisemblablement pas servis à la table des Macron, ces derniers prennent cette habitude de recevoir à leur table dès l’entrée en fonction du ministre, explique Frédéric Says. « Cela prend ensuite un tour plus systématique à partir du moment où il n’est plus sur orbite avec la seconde loi Macron [présentée en novembre 2015, le projet de loi n’avait finalement pas vu le jour] et où Valls désosse son texte. Germe alors dans sa tête l’idée de se présenter [à la présidentielle]« .

Mais qui reçoivent-ils ? « La salle à manger peut accueillir les journalistes, les acteurs, les ‘people’, les chefs d’entreprise, les chanteurs, le Tout-Paris et bien au-delà, accourus le plus souvent par l’entrée discrète située quai de Bercy », écrit Christian Eckert. Ce dernier point explique peut-être pourquoi certains conseillers du ministre affirment n’avoir pas vu les personnalités défiler sous leurs fenêtres. « Je ne l’ai pas vu dîner avec le Tout-Paris, assure à franceinfo l’un des ex-conseillers d’Emmanuel Macron. Il a assez cloisonné la création d’En marche ! avec le cabinet. »

Pourtant, il n’est pas rare de lire au détour d’un article que la rencontre entre l’actuel président de la République et tel écrivain, chanteur ou intellectuel s’est faite à Bercy. En janvier 2019, France Inter décortique ainsi la relation entre Emmanuel Macron et Michel Houellebecq. Après avoir interviewé le futur chef de l’Etat en juin 2016 pour le compte des Inrocks, l’écrivain est invité à dîner par Emmanuel Macron dans ses appartements à Bercy « pour le remercier et mieux le connaître ». « Un dîner apparemment quelque peu arrosé et qui avait marqué le futur président », note la radio. Contacté par franceinfo, l’agent de Michel Houellebecq n’a pas souhaité s’exprimer plus amplement sur ce dîner, affirmant n’avoir « rien de particulier à raconter sur cette rencontre ».

D’autres sont plus bavards. C’est le cas de Matthieu Tarot, le producteur de Fabrice Luchini qui, en cette fin d’année 2014, se met en tête de réconcilier l’acteur « plutôt de droite » avec la gauche. Cela passera par un dîner avec Emmanuel Macron, qui « intéresse beaucoup » le trublion du cinéma français. Brigitte Macron trouve l’idée « formidable » et confie à Matthieu Tarot qu’elle aussi pensait inviter prochainement l’acteur à dîner. Le fameux repas a lieu le 24 novembre 2014. Sont présents Fabrice Luchini et sa femme, le couple Macron et Matthieu Tarrot. « On arrive à 20 heures et on repart à 3 heures, c’est un coup de foudre collectif », raconte le producteur.

On est totalement sous le charme de Macron et Macron sous le charme de Luchini.

Matthieu Tarot, producteur de Fabrice Luchinià franceinfo

« On parle de tout, de l’intimité de chacun, de politique… », poursuit Matthieu Tarot parlant du début d’une « relation formidable et intense » entre les deux hommes. Fabrice Luchini ira même jusqu’à prêter sa maison sur l’île de Ré, à l’été 2016, à Emmanuel Macron pour que ce dernier écrive son livre programmatique, Révolution

C’est aussi à Bercy que Line Renaud fait la connaissance des époux Macron, qui deviendront au fil du temps des amis très proches.

« Emmanuel et Brigitte, je les ai rencontrés à Bercy en 2014, avec d’autres artistes. Lui venait d’être nommé à l’Economie. J’ai eu un coup de foudre immédiat pour ce couple fusionnel », avait raconté à Paris Match en juillet 2018 Line Renaud. Sollicitée par franceinfo, cette dernière n’a pas pu répondre à nos questions sur les circonstances de ce dîner tout comme sur l’existence d’autres rencontres à Bercy. Lors de la campagne, Line Renaud avait ensuite clairement affiché son soutien au candidat. « Il faudrait de la jeunesse et de la nouveauté. C’est pour cela que j’aime beaucoup Emmanuel Macron », avait-elle confié en janvier 2017 au site Télé Star, avant de participer, le 17 avril, au meeting d’Emmanuel Macron à l’AccorHotels Arena de Paris.

« Une discussion de visiteur du samedi »

Les peoples ne sont pas les seuls à fréquenter Emmanuel Macron. Ce dernier reçoit aussi, à dîner ou non, des acteurs de la vie politique et publique qui, sur le papier, n’ont pas grand chose à voir avec ses fonctions de ministre de l’Economie. Ainsi, écrit L’Express en janvier 2018, Emmanuel Macron s’entretient à Bercy avec des intellectuels qui pensent le spirituel et la laïcité, ou encore avec des représentants des cultes. Dalil Boubakeur, alors président du Conseil français du culte musulman, se souvient avoir dressé au futur chef de l’Etat « un panorama depuis une trentaine d’années des musulmans en France » et avoir trouvé une oreille très attentive auprès du ministre. L’abbé Pierre-Hervé Grosjean, fondateur du Cercle Léon-XIII, est lui reçu à sa demande avec plusieurs prêtres pour un petit-déjeuner à Bercy. « On avait échangé sur les grands sujets universels et sur la notion de bien commun », se rappelle-t-il, soulignant que d’ « autres ministres n’avaient pas le temps de le recevoir ».

Au fur et à mesure que grandit l’ambition d’Emmanuel Macron, les échanges se font plus intenses et, surtout, plus politiques. Le futur candidat absorbe les conseils, remarques et notes que lui font passer intellectuels et chercheurs. Le politologue Stéphane Rozès est par exemple reçu un samedi matin à Bercy « deux-trois mois avant le départ d’Emmanuel Macron ». « Cet échange n’était pas dans le cadre d’une mission professionnelle pour Bercy mais une discussion de visiteur du samedi », tient-il à préciser. Le sujet de conversation ? « Nous avons parlé de la dépression française, de ses raisons profondes. »

Dans cette lignée, l’ancienne ministre Corinne Lepage est ainsi conviée entre juin et juillet 2016 au ministère où ils « abordent beaucoup de sujets ». Dans l’optique de constituer sa future équipe ?

Il m’a dit qu’il allait quitter le gouvernement et m’a demandé de le rejoindre, il était charmeur.Corinne Lepage, ancienne ministreà franceinfo

L’ex-ministre ne donne pas suite immédiatement et attendra janvier 2017 pour rallier la campagne du futur président. D’autres au contraire se lanceront dans l’aventure macronienne dès ses débuts.

« On est dans des excès »

Etait-ce pour autant le rôle d’Emmanuel Macron de recevoir à Bercy autant de personnalités de tous bords et tous milieux ? A l’époque, En marche ! avait présenté le même argument que celui avancé par François de Rugy pour justifier la qualité des personnes invitées à ses dîners.

Recevoir au ministère des acteurs extérieurs à l’administration fait bien partie du rôle et de la fonction d’un ministre qui ne saurait travailler en circuit fermé et exclusif avec son administration.En marche !sur Facebook

Le candidat Macron avait pu compter sur le soutien de son ancien collègue au gouvernement. Interrogé sur LCP, le 26 janvier 2017, Michel Sapin assurait que son ex-voisin n’a « pas dépensé plus » d’argent qu’il n’en avait le droit en frais de représentation. De plus, cette pratique des dîners est très fréquente dans toutes les institutions de la République, nous confirment plusieurs journalistes, personnalités et anciens ministres contactés par franceinfo. Mais rien dans la réglementation ne permet de contrôler la nature des dépenses effectuées, les responsables politiques doivent seulement s’astreindre à ne pas dépasser un certain budget. Comme l’explique à France 2 René Dosières, ancien député PS et fondateur de l’observatoire de l’éthique publique.

Après l’affaire de Rugy, ces dîners sont-ils vus sous un angle différent par les anciens collègues d’Emmanuel Macron au ministère ? Michel Sapin défend l’idée que le locataire de Bercy puisse y recevoir des artistes, l’économie du spectacle pouvant faire partie des attributions du ministre. Il regrette plutôt de ne pas avoir détecté l’ambition d’Emmanuel Macron et de ne pas avoir vu dans ces dîners « un signe de plus ». Christian Eckert a, lui, un jugement plus dur sur ces agapes. « Je suis pour respecter la liberté du ministre mais là, clairement, on est dans des excès », soutient-il.

Il n’est pas le seul à le penser. « Ceux qui essayent de justifier ces dîners, en disant qu’expliciter les réformes auprès des personnalités influentes cela peut être le rôle d’un ministre, ont une conception extensive de ce rôle », pointe Frédéric Says. Même analyse pour Marc Endeweld, auteur de deux ouvrages* sur le chef de l’Etat : « Emmanuel Macron a totalement maximisé ses frais de représentation et utiliser sa position de ministre de l’Economie pour son ambition personnelle. C’est à Bercy qu’il a fait son réseautage. » Francetvinfo

* Le Grand Manipulateur. Les réseaux secrets de Macron (Stock, 2019) et L’Ambigu Monsieur Macron (Points Seuil, 2018)

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Syrie: le régime envoie des troupes au Nord, les soldats américains sur le départ

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Le régime syrien a envoyé ses troupes lundi dans le nord du pays pour tenter de stopper l’offensive turque contre les forces kurdes qui ont appelé à l’aide après l’annonce d’un départ des soldats de leur allié américain de cette région.

Les quelque 1.000 soldats américains, qui étaient déployés dans le nord de la Syrie pour aider les forces kurdes dans leur combat contre le groupe jihadiste Etat islamique (EI), ont reçu l’ordre de quitter le pays, a indiqué lundi à l’AFP un responsable américain.

Selon lui, ce retrait concerne « tous » les militaires déployés en Syrie, « sauf ceux se trouvant à Al-Tanaf », une base contrôlée par quelque 150 soldats américains dans le sud de la Syrie, pays ravagé par une guerre complexe aux multiples acteurs depuis 2011.

Face à la progression depuis le 9 octobre des forces turques et de leurs supplétifs syriens qui ont conquis de vastes secteurs frontaliers dans le nord syrien, et à la première annonce dimanche d’un retrait américain, les forces kurdes ont réclamé un déploiement de l’armée de Bachar al-Assad près de la frontière.

L’offensive d’Ankara vise à instaurer une « zone de sécurité » de 32 km de profondeur pour séparer sa frontière des territoires contrôlés par les Unités de protection du peuple (YPG), une milice kurde qualifiée de « terroriste » par Ankara mais soutenue par l’Occident.

Sous un déluge de feu, les forces turques et leurs alliés locaux, ces anciens rebelles ayant combattu le régime Assad au début de la guerre, ont conquis une bande territoriale longue d’environ 120 km, allant de la ville frontalière de Tal Abyad jusqu’à l’ouest de Ras al-Aïn.

Pour contrer la progression des forces turques, les forces prorégime se sont déployées au sud de Ras al-Aïn, à la périphérie de la ville Tal Tamr, où leur arrivée a été saluée par les habitants, a constaté un correspondant de l’AFP.

Des unités de l’armée syrienne se sont approchées jusqu’à 6 km de la frontière, a ajouté l’ONG. Des chars sont arrivés près de Minbej, et aux abords des villes de Tabqa et de Aïn Issa.

« Tunnels sous la ville »

Des combats continuent de faire rage à Ras al-Aïn entre les troupes turques et les Forces démocratiques syriennes (FDS), dont les YPG sont la principale composante, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

« Il y a un vaste réseau de tunnels sous Ras al-Aïn », a affirmé à l’AFP Abou Bassam, un commandant syrien proturc. Les FDS « se déplacent rapidement et sous terre. »

L’intervention du régime est un véritable retournement de situation illustrant la complexité de la guerre en Syrie.

Le régime a régulièrement fustigé l’autonomie de facto instaurée par la minorité kurde à la faveur du conflit sur près d’un tiers du territoire dans le nord et le nord-est du pays. De plus cette minorité a été pendant des décennies opprimée par le pouvoir en Syrie.

« Entre les compromis et le génocide de notre peuple, nous choisirons la vie », a dit à Foreign Policy Mazloum Abdi, le haut commandant des FDS, pour justifier l’accord avec le régime qui prévoit l’entrée de l’armée dans Minbej et Kobané, villes sous contrôle kurde, selon un média proche du pouvoir.

Depuis le début de l’offensive, 128 combattants kurdes et 69 civils ont été tués, ainsi que 94 rebelles proturcs, selon l’OSDH. Plus de 130.000 personnes ont été déplacées, d’après l’ONU.

La Turquie a annoncé la mort de quatre soldats en Syrie et de 18 civils dans la chute de roquettes kurdes sur des villes frontalières turques.

« Grosses sanctions »

Pendant des années, les Occidentaux principalement les Etats-Unis au sein de la coalition internationale antijihadistes ont aidé les FDS face à l’EI vaincu en mars dernier en Syrie.

Les Kurdes détiennent toujours dans leurs prisons des milliers de membres de l’EI dont un grand nombre d’étrangers et retiennent des milliers de proches de jihadistes dans des camps.

Les Kurdes et plusieurs pays européens ont mis en garde contre une résurgence de l’EI à la faveur du chaos sécuritaire créé par l’assaut turc.

Dimanche, les autorités Kurdes ont affirmé que près de 800 proches de jihadistes avaient fui d’un camp.

Mais le président américain Donald Trump, dont le pays est un allié de la Turquie au sein de l’Otan, a affirmé que les Kurdes pourraient être en train d’en relâcher quelques-uns pour nous forcer à nous impliquer ». Il a de nouveau indiqué que de « grosses sanctions contre la Turquie arrivent ».

Les YPG « ont libéré ces prisonniers » de l’EI » pour semer le chaos », a accusé un responsable turc.

Les Kurdes estiment que Washington les a abandonnés en retirant le 7 octobre des soldats de zones frontalières, deux jours avant l’assaut turc. AFP

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Xavier Bertrand appelle Macron à une offensive contre l’ « islam politique »

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Pour Xavier Bertrand, le président de la région Hauts-de-France, « jusqu’à cette semaine » le chef de l’État « ne mesurait pas à quel point la situation est grave ».

Xavier Bertrand tire la sonnette d’alarme. Le président de la région Hauts-de-France (ex-LR) a appelé le chef de l’État à « changer » face à « l’islam politique », en mettant en garde dans Le Journal du dimanche contre des risques d’«affrontement». « J’appelle à une offensive républicaine» contre «l’islamisme qui gangrène notre pays », a affirmé Xavier Bertrand, pour qui « l’islam politique est un danger majeur qui remet en question les fondements de notre société ».

« Mais cela n’a clairement pas été la priorité d’Emmanuel Macron jusque-là », a déploré Xavier Bertrand, selon qui « nous avons perdu deux ans ». Emmanuel Macron avait appelé mardi « la nation tout entière » à « faire bloc » pour combattre « l’hydre islamiste », lors d’un hommage aux quatre fonctionnaires tués par un de leurs collègues au sein de la préfecture de Paris.

Pour Xavier Bertrand, « jusqu’à cette semaine », le chef de l’État « ne mesurait pas à quel point la situation est grave et que les intégristes ont une stratégie claire : provoquer une guerre des civilisations ». Mais « on est en guerre, monsieur le Président. Alors il faut changer », a lancé Xavier Bertrand, qui refuse « comme Manuel Valls » le « principe d’excuse sociale ». « Nous sommes en guerre contre le terrorisme islamiste, il faut donc un budget de guerre », a-t-il ajouté, en fustigeant les « contradictions », la « faiblesse » et « l’inconscience » du gouvernement.

« Il faudra compléter la Constitution »

Un an après les propos de Gérard Collomb – « on vit côte à côte, je crains que demain on ne vive face à face » dans les quartiers –, Xavier Bertrand a regretté que l’ancien ministre de l’Intérieur n’ait pas pris « des mesures pour éviter ce face-à-face ».

« Un jour, des gens ne supporteront plus de baisser la tête en rentrant chez eux. Les affrontements sont programmés si on n’agit pas de façon très ferme et résolue », a-t-il mis en garde. Parmi les solutions, Xavier Bertrand a évoqué l’idée de « bloquer techniquement » les contenus haineux sur Internet, voire « une amende qui peut s’élever à plusieurs millions » pour les plateformes refusant d’agir. « Il faudra compléter la Constitution » pour préciser que les partis « doivent respecter, aussi, le principe de laïcité », a ajouté Xavier Bertrand, partisan d’interdire les listes communautaristes. AFP

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Homme d’affaires ou juriste? Une présidentielle à suspense en Tunisie

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Homme d’affaires controversé ou théoricien du droit rigide : les Tunisiens ont commencé à voter aujourd’hui dimanche pour élire leur chef de l’Etat, dernière étape d’une saga électorale mouvementée dans la jeune démocratie.

Qui de Nabil Karoui, magnat des médias poursuivi pour fraude fiscale, ou de Kais Saied, professeur de droit constitutionnel et néophyte en politique, deviendra le deuxième président démocratiquement élu au suffrage universel de l’histoire du pays ?

Même si M. Saied a viré en tête le 15 septembre et enregistré depuis des ralliements, le suspense plane sur ce second tour. Les sept millions d’électeurs sont appelés à se rendre aux urnes jusqu’à 18H00 (17H00 GMT), pour la troisième fois en un mois.

Comme lors du premier tour de la présidentielle, puis à l’occasion des législatives de dimanche dernier, des sondages devraient circuler dès le début de soirée. Et les deux camps pourraient proclamer la victoire bien avant la publication des résultats officiels, attendus d’ici mardi.

« Rendez vous avec l’Histoire »

Avec des personnalités aux antipodes, MM. Karoui et Saied, respectivement 56 et 61 ans, présentent au moins un point commun: ils ont tous deux créé la surprise il y a un mois en parvenant à s’extraire du peloton des 26 candidats, au détriment notamment des dirigeants sortants, sanctionnés par une population exaspérée par les chamailleries politiciennes et l’horizon économique invariablement bouché depuis la révolution de 2011.

La mort en juillet du premier président élu démocratiquement au suffrage universel, Béji Caïd Essebsi, a accéléré cette élection de quelques mois, précipitant le pays dans une saga politique. Le dernier rebondissement en a été la libération in-extremis mercredi, après plusieurs rejets de la justice, de Nabil Karoui.

« Que ce derby se termine en faveur de la Tunisie », lance Najoua Nahali, 53 ans, montrant son doigt taché d’encre après avoir voté dans le centre de Tunis.

« Rendez vous avec l’Histoire », titre le journal La Presse tandis que Le Temps estime que « les absents seront dans leur tort ».

Au premier tour le 15 septembre, seul un électeur sur deux s’était déplacé, les Tunisiens reprochant à la classe politique de ne pas répondre à leurs difficultés économiques.

Si la sécurité s’est nettement améliorée ces dernières années, après une série d’attentats jihadistes en 2015, le chômage continue de ronger les rêves, notamment des jeunes, et l’inflation grignote un pouvoir d’achat déjà faible.

Mais l’instance chargée des élections espère un taux plus élevé pour ce duel atypique. La campagne menée dans une ambiance fébrile s’est achevée vendredi par un duel télévisé sans précédent, et très suivi.

« Oppositions »

Candidat sans parti, M. Saied, qui fait sienne les valeurs de la révolution et assume son conservatisme sociétal, avait obtenu 18,4 % des voix au premier tour. Plusieurs formations ont appelé à voter pour lui, dont le mouvement d’inspiration islamiste Ennahdha, arrivé en tête des législatives avec 52 sièges sur 217.

Face à lui, l’homme d’affaires M. Karoui, est le fondateur d’une des principales chaînes de télévision du pays, Nessma, en partie détenue par Berlusconi. C’est via cette chaîne, et ses opérations de charité largement médiatisées, que Nabil Karoui a bâti sa popularité.

Il se présente sous les couleurs de Qalb Tounes, un parti qu’il a fondé en juin, et avait engrangé 15,6 % de voix le 15 septembre, depuis sa cellule de prison.

Il a martelé que son arrestation fin août, à quelques jours du début de la campagne du 1er tour, était « politique ». Il a aussi tenté de se présenter en rempart contre l’islamisme, mais peu de formations ont appelé clairement à voter pour lui, y compris au sein de la famille dite progressiste.

Alors que la Constitution de 2014 fait la part belle au Parlement, les regards se tourneront après ce second tour vers Ennahdha, parti qui sera chargé de former le nouveau gouvernement, une tâche ardue.

La formation de Rached Ghannouchi devra en effet rallier de nombreux autres blocs pour atteindre la majorité de 109 sièges.

Qalb Tounes, qui a exclu toute alliance avec les islamistes, constitue le deuxième groupe au Parlement (32 députés).

La troisième force, Attayar, mouvement social-démocrate (22 sièges), soutient M. Saied.

Quel qu’il soit, le prochain président tunisien « affrontera des oppositions au sein du gouvernement et du Parlement », avertit le politologue Slaheddine Jourchi. AFP

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