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Quand Emmanuel Macron recevait le Tout-Paris à Bercy pour se constituer un carnet d’adresses

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Les dîners polémiques organisés par François de Rugy alors qu’il était président de l’Assemblée nationale ont fait ressurgir les souvenirs de ceux organisés par l’ancien ministre de l’Economie, devenu président de la République.

« Il y a des similitudes. » Au bout du fil, Frédéric Says, éditorialiste à France Culture et auteur avec Marion L’Hour du livre remarqué Dans l’enfer de Bercy (JC Lattès, 2017), réfléchit. « Oui, dans les deux cas, des frais de représentation ont été utilisés avec l’idée de se constituer des liens avec la société civile. Enfin, c’est comme cela que c’est justifié. » Mais, ajoute immédiatement le journaliste, « pour Macron, il n’y a pas eu de photos de sortie et surtout il n’y a pas eu de scandale ». Ce que Frédéric Says est en train de comparer tient en quelques mots : les dîners fastueux de François de Rugy, révélés par Mediapart, et qui lui ont entre autres coûté sa place au gouvernement, rappellent ceux donnés par un certain Emmanuel Macron à Bercy.

Les agapes de l’ancien cadre d’EELV – qui, selon une source proche de l’enquête menée par l’Assemblée nationale, relevaient bien du cadre professionnel – ont fait ressortir du placard quelques fantômes du passé. A une époque pas si lointaine, Emmanuel Macron, alors ministre de l’Economie (2014-2016), a lui aussi multiplié les dîners et les rencontres à Bercy. A en croire les observateurs de la vie politique et ses adversaires, ces réceptions lui ont permis de se constituer un solide réseau qui a pu lui être utile pour la suite de sa carrière politique. « Pour François de Rugy, on parle d’une dizaine de dîners entre octobre 2017 et juin 2018 mais du côté d’Emmanuel Macron, c’était quasiment tous les soirs !, s’exclame Frédéric Says. C’était très très soutenu. »

« Un double dîner en somme »

Le journaliste avait, à l’occasion de la sortie de son livre, révélé qu’ « en seulement huit mois, jusqu’à sa démission en août » 2016, « Emmanuel Macron [avait] utilisé à lui seul 80% de l’enveloppe annuelle des frais de représentation accordée à son ministère par le Budget ». A l’époque, le mouvement En marche !, lancé par Emmanuel Macron, avait immédiatement démenti ces accusations. « Aucun centime du budget du ministère de l’Economie (…) n’a jamais été utilisé pour En marche ! Toute affirmation du contraire est purement et simplement diffamatoire », pouvait-on lire dans un communiqué. Interrogé de nouveau sur le sujet par franceinfo, l’Elysée n’a pas donné suite à nos sollicitations. 

Certains ont pourtant pu observer aux premières loges la fréquence très importante des dîners organisés par Emmanuel Macron. « Dans la dernière ligne droite, il y avait beaucoup de passages », confie à franceinfo son ancien voisin de palier à Bercy Michel Sapin, ex-ministre des Finances et des comptes publics. Son secrétaire d’Etat au Budget, Christian Eckert, est encore plus prolixe. Auteur d’Un ministre ne devrait pas dire ça (Robert Laffon, 2018), ce dernier y racontait que c’est dans l’appartement de fonction du ministre de l’Economie – « 300 mètres carrés high-tech et rutilants (…) digne d’une revue d’architecture » – que « matin, midi et soir, le couple a reçu beaucoup de monde pour préparer le décollage d’En marche ! »

Le socialiste poursuivait : « Tous les espaces du septième étage de Bercy (…) étaient mis à contribution simultanément. Une stratégie qui permettait à Brigitte et Emmanuel Macron de prendre l’apéritif dans une réception du ministère, de débuter un premier dîner plus officiel avec d’autres convives au septième étage puis d’en poursuivre un second à l’appartement ! Un double dîner en somme ». Interrogé par franceinfo, Christian Eckert dresse la même comparaison que Frédéric Says. 

Je ne sais pas si les dîners de Macron étaient comparables avec ceux de Rugy en terme de qualité des repas mais en terme de nombre et de fréquence, c’était impressionnant.Christian Eckertà franceinfo

Michel Sapin, lui, a bien sa petite idée sur les différences gastronomiques entre l’hôtel de Lassay et Bercy. « Le ministère n’offre pas de si beaux repas que ceux de l’Assemblée nationale », assure-t-il, parlant d’ « une bonne cuisine familiale » où « ce n’est pas l’habitude de servir de très grands crus ». 

Michel Houellebecq, Fabrice Luchini, Line Renaud…

Si les mets les plus fins ne sont donc vraisemblablement pas servis à la table des Macron, ces derniers prennent cette habitude de recevoir à leur table dès l’entrée en fonction du ministre, explique Frédéric Says. « Cela prend ensuite un tour plus systématique à partir du moment où il n’est plus sur orbite avec la seconde loi Macron [présentée en novembre 2015, le projet de loi n’avait finalement pas vu le jour] et où Valls désosse son texte. Germe alors dans sa tête l’idée de se présenter [à la présidentielle]« .

Mais qui reçoivent-ils ? « La salle à manger peut accueillir les journalistes, les acteurs, les ‘people’, les chefs d’entreprise, les chanteurs, le Tout-Paris et bien au-delà, accourus le plus souvent par l’entrée discrète située quai de Bercy », écrit Christian Eckert. Ce dernier point explique peut-être pourquoi certains conseillers du ministre affirment n’avoir pas vu les personnalités défiler sous leurs fenêtres. « Je ne l’ai pas vu dîner avec le Tout-Paris, assure à franceinfo l’un des ex-conseillers d’Emmanuel Macron. Il a assez cloisonné la création d’En marche ! avec le cabinet. »

Pourtant, il n’est pas rare de lire au détour d’un article que la rencontre entre l’actuel président de la République et tel écrivain, chanteur ou intellectuel s’est faite à Bercy. En janvier 2019, France Inter décortique ainsi la relation entre Emmanuel Macron et Michel Houellebecq. Après avoir interviewé le futur chef de l’Etat en juin 2016 pour le compte des Inrocks, l’écrivain est invité à dîner par Emmanuel Macron dans ses appartements à Bercy « pour le remercier et mieux le connaître ». « Un dîner apparemment quelque peu arrosé et qui avait marqué le futur président », note la radio. Contacté par franceinfo, l’agent de Michel Houellebecq n’a pas souhaité s’exprimer plus amplement sur ce dîner, affirmant n’avoir « rien de particulier à raconter sur cette rencontre ».

D’autres sont plus bavards. C’est le cas de Matthieu Tarot, le producteur de Fabrice Luchini qui, en cette fin d’année 2014, se met en tête de réconcilier l’acteur « plutôt de droite » avec la gauche. Cela passera par un dîner avec Emmanuel Macron, qui « intéresse beaucoup » le trublion du cinéma français. Brigitte Macron trouve l’idée « formidable » et confie à Matthieu Tarot qu’elle aussi pensait inviter prochainement l’acteur à dîner. Le fameux repas a lieu le 24 novembre 2014. Sont présents Fabrice Luchini et sa femme, le couple Macron et Matthieu Tarrot. « On arrive à 20 heures et on repart à 3 heures, c’est un coup de foudre collectif », raconte le producteur.

On est totalement sous le charme de Macron et Macron sous le charme de Luchini.

Matthieu Tarot, producteur de Fabrice Luchinià franceinfo

« On parle de tout, de l’intimité de chacun, de politique… », poursuit Matthieu Tarot parlant du début d’une « relation formidable et intense » entre les deux hommes. Fabrice Luchini ira même jusqu’à prêter sa maison sur l’île de Ré, à l’été 2016, à Emmanuel Macron pour que ce dernier écrive son livre programmatique, Révolution

C’est aussi à Bercy que Line Renaud fait la connaissance des époux Macron, qui deviendront au fil du temps des amis très proches.

« Emmanuel et Brigitte, je les ai rencontrés à Bercy en 2014, avec d’autres artistes. Lui venait d’être nommé à l’Economie. J’ai eu un coup de foudre immédiat pour ce couple fusionnel », avait raconté à Paris Match en juillet 2018 Line Renaud. Sollicitée par franceinfo, cette dernière n’a pas pu répondre à nos questions sur les circonstances de ce dîner tout comme sur l’existence d’autres rencontres à Bercy. Lors de la campagne, Line Renaud avait ensuite clairement affiché son soutien au candidat. « Il faudrait de la jeunesse et de la nouveauté. C’est pour cela que j’aime beaucoup Emmanuel Macron », avait-elle confié en janvier 2017 au site Télé Star, avant de participer, le 17 avril, au meeting d’Emmanuel Macron à l’AccorHotels Arena de Paris.

« Une discussion de visiteur du samedi »

Les peoples ne sont pas les seuls à fréquenter Emmanuel Macron. Ce dernier reçoit aussi, à dîner ou non, des acteurs de la vie politique et publique qui, sur le papier, n’ont pas grand chose à voir avec ses fonctions de ministre de l’Economie. Ainsi, écrit L’Express en janvier 2018, Emmanuel Macron s’entretient à Bercy avec des intellectuels qui pensent le spirituel et la laïcité, ou encore avec des représentants des cultes. Dalil Boubakeur, alors président du Conseil français du culte musulman, se souvient avoir dressé au futur chef de l’Etat « un panorama depuis une trentaine d’années des musulmans en France » et avoir trouvé une oreille très attentive auprès du ministre. L’abbé Pierre-Hervé Grosjean, fondateur du Cercle Léon-XIII, est lui reçu à sa demande avec plusieurs prêtres pour un petit-déjeuner à Bercy. « On avait échangé sur les grands sujets universels et sur la notion de bien commun », se rappelle-t-il, soulignant que d’ « autres ministres n’avaient pas le temps de le recevoir ».

Au fur et à mesure que grandit l’ambition d’Emmanuel Macron, les échanges se font plus intenses et, surtout, plus politiques. Le futur candidat absorbe les conseils, remarques et notes que lui font passer intellectuels et chercheurs. Le politologue Stéphane Rozès est par exemple reçu un samedi matin à Bercy « deux-trois mois avant le départ d’Emmanuel Macron ». « Cet échange n’était pas dans le cadre d’une mission professionnelle pour Bercy mais une discussion de visiteur du samedi », tient-il à préciser. Le sujet de conversation ? « Nous avons parlé de la dépression française, de ses raisons profondes. »

Dans cette lignée, l’ancienne ministre Corinne Lepage est ainsi conviée entre juin et juillet 2016 au ministère où ils « abordent beaucoup de sujets ». Dans l’optique de constituer sa future équipe ?

Il m’a dit qu’il allait quitter le gouvernement et m’a demandé de le rejoindre, il était charmeur.Corinne Lepage, ancienne ministreà franceinfo

L’ex-ministre ne donne pas suite immédiatement et attendra janvier 2017 pour rallier la campagne du futur président. D’autres au contraire se lanceront dans l’aventure macronienne dès ses débuts.

« On est dans des excès »

Etait-ce pour autant le rôle d’Emmanuel Macron de recevoir à Bercy autant de personnalités de tous bords et tous milieux ? A l’époque, En marche ! avait présenté le même argument que celui avancé par François de Rugy pour justifier la qualité des personnes invitées à ses dîners.

Recevoir au ministère des acteurs extérieurs à l’administration fait bien partie du rôle et de la fonction d’un ministre qui ne saurait travailler en circuit fermé et exclusif avec son administration.En marche !sur Facebook

Le candidat Macron avait pu compter sur le soutien de son ancien collègue au gouvernement. Interrogé sur LCP, le 26 janvier 2017, Michel Sapin assurait que son ex-voisin n’a « pas dépensé plus » d’argent qu’il n’en avait le droit en frais de représentation. De plus, cette pratique des dîners est très fréquente dans toutes les institutions de la République, nous confirment plusieurs journalistes, personnalités et anciens ministres contactés par franceinfo. Mais rien dans la réglementation ne permet de contrôler la nature des dépenses effectuées, les responsables politiques doivent seulement s’astreindre à ne pas dépasser un certain budget. Comme l’explique à France 2 René Dosières, ancien député PS et fondateur de l’observatoire de l’éthique publique.

Après l’affaire de Rugy, ces dîners sont-ils vus sous un angle différent par les anciens collègues d’Emmanuel Macron au ministère ? Michel Sapin défend l’idée que le locataire de Bercy puisse y recevoir des artistes, l’économie du spectacle pouvant faire partie des attributions du ministre. Il regrette plutôt de ne pas avoir détecté l’ambition d’Emmanuel Macron et de ne pas avoir vu dans ces dîners « un signe de plus ». Christian Eckert a, lui, un jugement plus dur sur ces agapes. « Je suis pour respecter la liberté du ministre mais là, clairement, on est dans des excès », soutient-il.

Il n’est pas le seul à le penser. « Ceux qui essayent de justifier ces dîners, en disant qu’expliciter les réformes auprès des personnalités influentes cela peut être le rôle d’un ministre, ont une conception extensive de ce rôle », pointe Frédéric Says. Même analyse pour Marc Endeweld, auteur de deux ouvrages* sur le chef de l’Etat : « Emmanuel Macron a totalement maximisé ses frais de représentation et utiliser sa position de ministre de l’Economie pour son ambition personnelle. C’est à Bercy qu’il a fait son réseautage. » Francetvinfo

* Le Grand Manipulateur. Les réseaux secrets de Macron (Stock, 2019) et L’Ambigu Monsieur Macron (Points Seuil, 2018)

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« Vous êtes vendue avec la voiture ? »: attouchements, remarques graveleuses… le ras-le-bol des hôtesses

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Remarques graveleuses, comme « Vous êtes vendue avec la voiture ? », gestes déplacés comme des mains aux fesses, harcèlement et autres agressions sexuelles : sur le compte Twitter #PasTaPotiche, qu’elle a lancé fin juillet, Alice, hôtesse de 22 ans, recueille des témoignages édifiants, auxquels s’ajoute le sien.

 « J’ai notamment été agressée sexuellement par un homme puissant dans le milieu sportif lors d’une soirée, se souvient Alice. Lorsque j’en ai parlé à mon agence, cette dernière m’a dit que je n’étais pas la première à avoir été victime de cet homme-là, qu’il s’en était déjà pris à d’autres femmes, mais que s’ils étaient désolés, ils ne pouvaient rien faire puisqu’il partait à la retraite. »

Nous ne sommes pas leurs marionnettes. On n’est pas des femmes objets. Ce que nous demandons, c’est qu’on fasse respecter la loi.Alice, hôtesseà franceinfo

Faire respecter la loi et aussi changer les mentalités, ajoute Fatima Benomar, porte-parole du collectif féministe les Effronté-es : « Je ne vois pas pourquoi, s’indigne-t-elle, quand on expose des voitures ou lors de compétitions, il faut avoir pour incarner cet emploi une femme qui est seulement là pour entrer dans une taille 38, avoir tel tour de taille ou tel sourire, et un point c’est tout… » Alice, elle, ne veut pas changer de métier, mais plutôt changer ce dernier.

Dans sa pétition, elle demande au gouvernement que soit mis en place un plan de lutte contre le sexisme chez les hôtesses. Francetvinfo

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Le Soudan s’apprête à passer sous un pouvoir civil

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Les militaires au pouvoir et les meneurs de la contestation au Soudan doivent sceller samedi un accord historique ouvrant la voie à un transfert du pouvoir aux civils, dont la population espère qu’il lui apportera davantage de liberté et une vie meilleure.

Une cérémonie doit se dérouler samedi après-midi à Khartoum sur les bords du Nil pour la signature des documents qui définissent les 39 mois de transition à venir.

Si la voie vers la démocratie risque d’être encore longue, l’humeur est toutefois à la célébration dans la capitale où des dignitaires étrangers et des milliers de Soudanais affluaient dès vendredi pour l’occasion.

L’accord conclu début août a mis fin à près de huit mois d’un mouvement de contestation inédit qui a mené le 11 avril à la chute du président Omar el-Béchir, resté 30 ans au pouvoir, avant de se retourner contre les généraux du Conseil militaire de transition qui a pris sa succession.

Conclu à la faveur d’une médiation de l’Ethiopie et de l’Union africaine, cet accord a été accueilli avec soulagement des deux côtés, les manifestants célébrant la victoire de leur « révolution » et les généraux s’attribuant le mérite d’avoir évité une guerre civile.

A Atbara, une ville du centre du pays où ont eu lieu les premiers rassemblements contre la décision du gouvernement de tripler le prix du pain le 19 décembre, certains dansaient et chantaient sur les quais de la gare avant de partir pour Khartoum, selon des images postées sur les réseaux sociaux.

« Pouvoir civil », ont-il scandé, promettant de venger ceux qui ont péri dans la répression des manifestations.

Premières étapes

Les premières étapes de la transition devraient suivre la signature avec l’annonce dimanche de la composition du Conseil souverain en majorité constitué de civils qui doit mener la transition.

Jeudi, l’Alliance pour la liberté et le changement (ALC), le fer de lance de la contestation, a désigné Abdallah Hamdok, un ex-économiste de l’ONU, pour devenir Premier ministre. Le Conseil souverain doit annoncer mardi s’il le confirme à ce poste.

M. Hamdok aura alors la lourde tâche de relever l’économie du pays qui s’est écroulée après que la sécession du Sud en 2011 l’a privée des trois quarts de ses réserves de pétrole. Inflation et pénuries ont été des moteurs de la contestation.

Des élections sont prévues pour 2022 mais beaucoup de Soudanais doutent d’ores et déjà des capacités des institutions de transition à limiter le pouvoir de l’élite militaire.

Si ceux-ci sont minoritaires au sein des 11 membres du Conseil souverain qui doit gouverner 40 millions de Soudanais, celui-ci sera d’abord dirigé par un général pendant 21 mois. Et les ministres de l’Intérieur et de la Défense seront choisis par les militaires.

« Les dynamiques politiques auront plus d’importance que des bouts de papier », affirme Rosalind Marsden, du groupe de réflexion Chatham House établi à Londres.

« Le plus gros défi du gouvernement sera le démantèlement des (entités informelles) islamistes qui ont pris le contrôle de toutes les institutions de l’Etat et des secteurs clés de l’économie », ajoute-t-elle.

Le Premier ministre éthiopien participera à la cérémonie aux côtés de dirigeants d’autres pays de la région.

L’une des premières conséquences de l’accord en matière diplomatique devrait être la levée de la suspension en juin du Soudan de l’Union africaine.

Le général Mohammed Ali Ibrahim, membre du Conseil militaire de transition, a dit vendredi que la signature « rouvrirait la porte aux relations internationales du Soudan ».

Groupes rebelles absents

Le jour de la signature devait aussi être celui de l’ouverture du procès de l’ex-président inculpé pour corruption mais celle-ci a été repoussée à une date indéterminée.

Vendredi, Amnesty International a averti contre la possibilité pour M. Béchir d’échapper à un procès devant la Cour pénale internationale qui a émis contre lui deux mandats d’arrêt notamment pour « génocide » au Darfour.

« Omar el-Béchir a échappé à la justice depuis bien trop longtemps et les victimes de crimes atroces attendent toujours réparation », a indiqué l’ONG.

Au sein du mouvement de contestation, certains affirment que l’accord n’est pas suffisant pour contrecarrer le pouvoir des militaires et garantir que justice soit aussi faite pour les quelque 250 personnes qui sont mortes lors des manifestations selon un comité de médecins proche des protestataires.

Les grands absents de la cérémonie de signature seront les groupes rebelles des régions marginalisées du Darfour, du Nil Bleu et du Kordofan.

Le Front révolutionnaire soudanais, qui réunit ces groupes, a soutenu la contestation mais a rejeté la déclaration constitutionnelle de l’accord, exigeant de participer au gouvernement et davantage de garanties concernant le processus de paix les concernant. AFP

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Yémen: Saoudiens et Emiratis tentent de désamorcer le conflit à Aden

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Une délégation militaire saoudo-émiratie est arrivée jeudi à Aden pour tenter de désamorcer la situation extrêmement tendue dans la grande ville portuaire du Yémen, où des milliers de manifestants se sont rassemblés pour réclamer l’indépendance du sud du pays.

Au coeur des discussions, selon des sources concordantes: un retrait des séparatistes qui ont ravi aux soldats du gouvernement des positions clés à Aden à l’issue de combats meurtriers la semaine dernière.

Ces combats ont rendu plus complexe le conflit qui fait rage au Yémen entre des unités progouvernementales soutenues depuis 2015 par une coalition formée principalement de forces d’Arabie saoudite et des Emirats arabes unis, et les rebelles Houthis.

En effet, les deux camps opposés à Aden sont théoriquement alliés dans le combat contre les Houthis, cantonnés dans le Nord et appuyés politiquement par l’Iran, rival régional du royaume saoudien.

« La délégation militaire mixte est arrivée à Aden pour examiner la question du retrait des forces du +Cordon de sécurité+ des positions militaires et des bâtiments publics pris », a déclaré à l’AFP une source du gouvernement du président Abd Rabbo Mansour Hadi.

Un responsable séparatiste a confirmé de prochaines rencontres avec la délégation.

La semaine dernière, la force « Cordon de sécurité », bras armé du Conseil de transition du sud (STC, séparatistes), a pris aux forces pro-Hadi le contrôle du palais présidentiel, du siège du gouvernement et de positions militaires clés.

Les combats ont fait en quatre jours 40 morts et 260 blessés selon l’ONU. Et ils ont surtout mis à mal la cohésion de la coalition dirigée par Ryad contre les Houthis qui contrôlent la capitale Sanaa et une bonne partie du nord du pays depuis fin 2014.

Exigence de retrait

Depuis la perte de Sanaa, la ville d’Aden était devenue le siège provisoire du gouvernement Hadi. Jeudi, le ministère des Affaires étrangères a fait savoir qu’il y suspendait ses activités en raison de la « rébellion armée contre les institutions légitimes de l’Etat ».

L’Arabie saoudite appuie le président Hadi, qui vit d’ailleurs en exil à Ryad. Les Emirats soutiennent le STC après avoir formé et armé les unités du « Cordon de sécurité ».

La visite de la délégation saoudo-émiratie intervient après une rencontre lundi entre le roi saoudien Salmane et l’homme fort des Emirats, le prince héritier d’Abou Dhabi Mohammed ben Zayed Al-Nahyane.

Un communiqué diffusé par Abou Dhabi avait alors indiqué que l’Arabie saoudite et les Emirats étaient d’accord pour appeler les parties en conflit à Aden au « dialogue ». Il avait aussi souligné le rôle « essentiel » de Ryad dans la stabilité régionale.

Ryad a proposé la tenue en Arabie saoudite d’une réunion entre les protagonistes à Aden. Le gouvernement Hadi a exigé au préalable le retrait des séparatistes des positions prises.

Le STC s’est dit lui prêt à y participer pour parler de paix sans évoquer un retrait. Il a dit aussi partager avec la coalition anti-Houthis l’objectif de « lutter contre l’expansionnisme iranien dans la région ».

Manifestation séparatiste

En janvier 2018, des affrontements meurtriers avaient opposé les forces séparatistes aux unités pro-Hadi. Ils avaient pris fin après une intervention concertée saoudo-émiratie.

Le Yémen du Sud était un Etat indépendant jusqu’à la réunification en 1990. Dans le sud, existe toujours un fort ressentiment contre les Yéménites originaires du Nord, accusés d’avoir imposé par la force l’unification du pays.

Jeudi, les séparatistes ont mobilisé leurs partisans à Aden. Des milliers de Yéménites se sont rassemblés à Khor Maksar, dans le centre de la ville, en agitant des drapeaux de l’ancien Yémen du Sud.

« Révolution, Révolution », ou le « STC est notre dirigeant », ont-ils scandé.

Des responsables du STC accusent régulièrement le gouvernement Hadi de « corruption » et d’avoir laissé le parti islamiste Al-Islah influencer ses décisions.

La guerre entre les Houthis et le camp antirebelles a fait des dizaines de milliers de morts, la plupart des civils, estiment les organisations humanitaires.

Profitant du conflit, Al-Qaïda a renforcé son emprise dans le Sud et le Sud-est, et le groupe rival jihadiste Etat islamique (EI) a revendiqué de nombreux attentats sanglants au Yémen. AFP

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