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Chronique

Ibn Sina et les « génies » du clavier

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Pour les férus de sociologie politique il y a un nouveau terrain qui pourrait faire leur bonheur. Une population de plus en plus nombreuse, au rythme de l’extension d’Internet au sein des foyers, a envahi les réseaux sociaux et les pages consacrées par les journaux en ligne aux commentaires des lecteurs.

Parmi ses membres une tendance se distingue. On la sent à l’affût qui bondit régulièrement sur son sujet de prédilection. Il s’agit bien sûr, pour ce qui nous concerne, des thèmes portant sur la langue arabe.

Les textes sont très souvent écrits dans un français approximatif, le style est lapidaire et le vocabulaire, réduit, pauvre et récurrent. Les pseudonymes sont de rigueur, qui confère un anonymat protecteur et la liberté de ton qu’il permet.

L’insulte est au cœur du propos, qui jaillit avec la force d’une haine contenue dans la vie. Le débat est très rare, sauf parfois pour s’en prendre à un intrus qui détonne avec l’ambiance. On trouve de tout, avec une fréquence particulière, la dénonciation de l’arabo-islamisme ou de l’arabe tout court comme facteur de tous les maux. Contrairement à ce que l’on peut attendre, c’est la langue et la civilisation en soi qui sont les cibles. Porteuses des pires tares, les internautes commentateurs en sont convaincus.

On les imagine derrière leurs claviers à se défouler, à exister, à dire, en étant certains de participer à une révolution. On voudrait savoir à quoi ils ressemblent, où ils habitent, ce qu’ils font dans la vie, avec quoi ils vivent, mais on ne peut que deviner qu’ils ont le temps et les moyens à consacrer à leur passion et que de ce fait ils ne doivent pas être aussi malheureux qu’il y paraît.

Bien calés sur leur siège, en face de leur écran, les doigts sur le clavier, un coup de souris de temps en temps, sûrs d’une connexion ADSL, ils voient le monde sans être vus et surtout se sentent infaillibles.

Le soliloque le plus débile a l’avantage imparable, pour le locuteur, d’être l’expression de l’intelligence infuse. Donc, la langue arabe est régulièrement ravalée au dernier rang des idiomes connus, par des militants d’on ne sait quelle langue supérieure, quand on sait l’indigence qu’ils ont de celle qu’ils utilisent. La légitimation des attaques est rarement manifeste, il faut le plus souvent la deviner.

Mais le registre est clairement orienté. On y décèle tous les poncifs, puisés dans le répertoire linguistique d’une classe, en quête d’émancipation vers les lumières du monde.

Il faut bien que l’image de l’arabe renvoyée par la culture dominante, et par ses médias, produise cet effet et que certains s’en emparent pour vilipender un patrimoine universel exceptionnel, sans savoir qu’il existe un gouffre abyssale, entre un cacique du discours officiel ou une vedette de l’ENTV et ces philosophes, savants, poètes et écrivains, dont la pensée et l’intelligence ont survolé l’Humanité des siècles durant.

Le sociologue intéressé devrait partir de là et défricher, pour la postérité, les dégâts du totalitarisme culturel qui a semé une misère intellectuelle qui n’en finit plus de sévir.

A. Halfaoui

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