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Chronique

Le Chabichou plus vrai que Charles Martel

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Il y a 1287 ans, en 732, les arabo-berbères dirigés par Abderrahmane ont fait une incursion dans Poitiers. Une incursion parmi des centaines, comme cela se faisait à l’époque, pour chercher des provisions et remplir les caisses du trésor, le cas échéant.

Pour voir du paysage, aussi. Ils continueront d’en faire des siècles après. Et puis, c’était aux alentours des places que les musulmans occupaient dans le sud de la France actuelle.

En ce temps-là, la France c’était une juxtaposition de territoires qui guerroyaient les uns contre les autres.

A Poitiers, il y a eu une « bataille » d’où un certain Charles Marteau (Martel) est sorti auréolé de gloire. Il faut dire qu’il a eu la chance que les détachements avancés de la plus puissante armée du monde n’avaient pas envie d’aller plus loin et qu’ils ont décidé de regagner leurs bases sans trop en faire. Comme ils avaient l’habitude de le faire.

Notre Charles Martel a alors terminé l’ouvrage, en pillant la région pour son compte. Il s’emparera des évêchés de Tours, Orléans, Auxerre et expulsera leurs évêques.

Ses pillages et ses exactions durent de 735 à 739. En 732, il faut le préciser, ces populations étaient en majorité païennes, il n’était donc pas question de chrétienté. De plus, Charles Martel ne devait pas être très dévot.

Flodoard, un chroniqueur du Xe siècle, dit de lui : « Ce bâtard né d’une servante n’était audacieux qu’à faire le mal envers les Eglises du Christ ».

Les chroniqueurs musulmans ne parlent pas ou très peu de ce « haut fait d’armes » qui figure en très bonne place dans les mythes fondateurs de la France en tant qu’Etat-nation. Pour preuve, il a servi à justifier la conquête de l’Algérie, à partir de 1832, présentée comme une continuité nécessaire de la guerre ancestrale contre les maures.

La propagande croisée utilisera également le mythe lors de ses différentes expéditions au Moyen Orient. Opportuniste, l’esprit de Poitiers ne cessera pas de servir sa symbolique à tout ce qui met en jeu les rapports franco-algériens en particulier.

Un groupe armé d’extrême droite a même pris le nom de Charles Martel afin de ne laisser aucun doute sur sa nature. Ce groupe a fait beaucoup parler de lui, grâce aux attentats sanglants qu’il a commis contre les Algériens et contre les Français qui sont impliqués dans des relations favorables à l’Algérie. Le prince Jean de Broglie, l’un des acteurs des accords d’Evian, fut l’une de ses victimes.

De nos jours, c’est à l’occasion de la sortie en salle du film « Les Hors la loi » de Bouchareb que le nom de Charles Martel est invoqué pour menacer de représailles les projections du film.

Il y a pourtant quelque chose de plus vrai et de plus plaisant, qui a eu lieu dans le contact entre les maures et les méridionaux français.

A l’occasion, justement, de cet épisode dont se sont emparés les fabricants de nationalisme, s’est produit un fait qui a profondément marqué le terroir de Poitiers. Le célèbre fromage le Chabichou proviendrait d’une recette arabe, le Charibichu ou le Chebli (chèvre en arabe).

A ce sujet, le site officiel de l’Office de tourisme de Lencloître nous apprend que « L’armée des Sarrasins, vaincue en 732 par Charles Martel, laissa de nombreux troupeaux de chèvres et le fromage de « Chebli » ‘nom arabe de l’animal). L’usage transforma « Chebli » en « Chabi » puis en « Chabichou ». Un autre site, celui de la Maison du lait, confirme que « La légende fait remonter le Chabichou du Poitou au VIIIe siècle. Il aurait été fabriqué par les Sarrasins abandonnés par les armées en fuite, après la défaite infligée à Poitiers en 732 par Charles Martel…»

Passons sur le mythe guerrier et retenons qu’il y a consensus, donc une preuve avérée d’un transfert de technologie qui fait le bonheur de l’agroalimentaire du sud de la France.

A. Halfaoui

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