Connectez-vous avec nous

Actu

Lettre ouverte aux militants qui veulent rester fidèles à la classe ouvrière et à ses intérêts historiques

Publié

le

Nous reproduisons ci-dessous la lettre ouverte publiée par le Comité d’organisation des socialistes internationalistes (COSI) dans Minbar El-Oumal n°26 du 09 juillet. Document.

Cher(es) camarades,

Pour la vingtième semaine consécutive, des millions et des millions d’anonymes ont à nouveau exprimé leurs aspirations profondes : Système dégage ! Souveraineté populaire !

Ce mouvement du peuple tout entier pour la démocratie, la souveraineté nationale et la souveraineté populaire, met à l’ordre du jour la convocation immédiate de l’Assemblée constituante souveraine, qui actera le départ définitif du régime rejeté par les masses, et définira la forme et le contenu des institutions de cette Algérie nouvelle à laquelle des millions aspirent.

Armés de toute l’expérience d’un siècle, au moins,  des combats de la classe ouvrière internationale et de son avant garde, et des peuples opprimés par l’impérialisme, nous savons que pour imposer cette assemblée constituante souveraine qui ouvrira la voie à une issue positive, la classe ouvrière algérienne devra prendre la direction des masses opprimées, ce qui pose tout le problème de son indépendance politique.

Mais voilà, comme vous le savez, le 26 juin, en scellant un « Pacte pour une véritable transition démocratique » avec d’autres partis – dont certains représentent une fraction de la bourgeoisie compradore subordonnée à l’impérialisme – les dirigeants du Parti des travailleurs (PT) d’une part, et du Parti socialiste des travailleurs (PST) de l’autre,  deux partis qui se réclament de la révolution prolétarienne, ont franchi une ligne rouge.

Ce « pacte » qui constitue les signataires en « forces de l’alternative démocratique » ne scelle pas une alliance circonstancielle, sur un point particulier de la lutte tel que  celle nécessaire contre la répression ou en défense des libertés démocratiques, où les organisations et partis tout en agissant ensembles conservent  leur indépendance, selon le vieux principe du mouvement ouvrier de « marcher séparément frapper ensemble », mais « un pacte » fondé sur la lutte commune  pour le pouvoir entre des organisations et des partis politiques d’extraction historique, de programmes divergents, entre des organisations se réclamant des travailleurs et des avocats de la bourgeoisie et de son état.

En effet le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) et l’Union pour le Changement (UPC) sont parmi les signataires.

Le RCD, qui a été représenté par trois ministres dans le premier gouvernement Bouteflika-Benflis lorsque celui-ci réprimait dans le sang le soulèvement de la jeunesse en Kabylie, n’a jamais caché,  à travers son programme, son attachement « à une économie de marché sociale et étique », à une « privatisation accélérée des entreprises publiques », et son soutient aux mesures et recommandations du FMI et de la Banque mondiale.

L’UPC, présidée par Zoubida Assoul, est une coquille vide. Ce parti et sa principale dirigeante ont soutenu, au début du  mouvement populaire, la candidature, à l’élection présidentielle avortée, de Ghediri, général major à la retraire, une candidature propulsée par une partie de la hiérarchie militaire. Avant ce haut fait d’arme, Zoubida Assoul participait à « la Mouwatana », au côté de Ahmed Benbitour, ex-Premier ministre et principal négociateur avec le FMI, et de Benouari, ex-ministre des Fiances et actuel PDG de plusieurs fonds financiers privés dont celui de la banque française la Société Générale.

Il y a également parmi les signataires deux résidus de la crise du Parti d’avant-garde socialiste (PAGS), parti stalinien historique : le Mouvement Démocratique et Social (MDS) et le Parti pour la laïcité et la démocratie (PLD).

Le MDS s’est reconverti  totalement à « l’économie de marché » et  dans son tout récent conseil national s’est opposé à la revendication de l’Assemblée constituante  souveraine.

Le PLD fait encore plus fort. Moulay Chentouf, son principal dirigeant, écrit dans un  message,  publié par El Watan  et le Soir d’Algérie le 21 et le 23 mai : « L’ANP doit être la garante du caractère pacifique  de la transition et de son  issue démocratique. L’ANP est la force la plus avancée et la plus organisée de l’Etat et de la société. C’est pourquoi, le peuple compte sur son armée pour l’accompagner dans le processus révolutionnaire qu’il mène. L’ANP est priée instamment de s’inscrire pleinement dans le sens des revendications du peuple en traduisant concrètement et dans l’urgence son slogan majeur « système dégage » par la « dissolution de tous les partis politiques sans exception et de toutes les organisations syndicales. »

La qualité d’une partie des signataires, et leur programme, permettent de saisir pleinement le contenu du « pacte » signé.

Notre déclaration du 30 juin a précisé : « .le pacte  a été élaboré pour que chaque parti séparément et tous ensemble puissent s’y reconnaitre. Incontestablement la situation politique actuelle, la nature de la politique du régime et les aspirations du mouvement populaire sont parfaitement abordés par la déclaration. Des revendications justes  sont mêmes insérées dans ce « pacte politique ».

Mais cela n’est pas l’essentiel. Il est ailleurs. 

En effet il est écrit « (que) aucune négociation et aucune transition démocratique ne sont possibles (c’est nous qui soulignons)» puis suit une série de conditions adressées au régime.

En d’autres termes une négociation avec le régime pour s’entendre sur une période de transition est possible. Et dans ce cas il faudrait sans aucun doute aboutir « à un compromis » avec le système. Ce n’est ni plus ni moins que ce qu’a demandé le principal responsable du FFS. Il a dit dans son intervention « qu’il faudra bien aboutir « à un compromis ». Ali Benflis qui parle pour la hiérarchie militaire ne dit pas autre chose dans son interview « impérieuse nécessité d’un grand compromis national» donnée au « Quotidien d’Oran » mardi 25 juin.

Des questions se posent et sont posées aux formations politiques qui se réclament du mouvement ouvrier. 

En évoquant les conditions d’un possible dialogue avec le système « le pacte politique » ne tourne t il pas le dos au mouvement populaire qui depuis 19 semaines dit « système dégage », « la parole au peuple » ? « Le pacte politique » n’a-t-il pas saisi ainsi la main tendue de Gaid Salah a qui les millions de marcheurs chaque semaine cherchent à l’aider à quitter le pouvoir ? Et cette main tendue refusée jusque là, au point que l’élection présidentielle du 4 juillet a été annulée et que la nouvelle échéance électorale n’a toujours pas été annoncée, n’est-elle pas l’essentiel de la politique du système et là saisir ne constitue t-elle pas une bouée de sauvetage pour le régime ? ». Ces questions ont été ignorées par les dirigeants du PT et du PST qui ont persisté dans leur démarche. .    

Cher(es)  camarades,

Des alliances  de même nature ont surgit en certaines circonstances de la lutte de classes à l’échelle mondiale dont les leçons ont été généralisées dans le programme de transition de la IV internationale, un programme qui nous inspire et vous inspire :

« Les fronts populaires d’une part, le fascisme de l’autre, sont les dernières ressources politiques de la bourgeoisie dans la lutte contre la révolution prolétarienne ». Il ajoute les organisations révolutionnaires  ne peuvent avoir de place dans aucun des fronts populaires, car ceux-ci s’opposent irrémédiablement à tous les groupements politiques liés à la bourgeoisie. Parlant des « pays coloniaux et semi-coloniaux, non seulement en Chine et en Inde, mais en Amérique latine », le Manifeste d’alarme de la IV° Internationale (1940) dénonçait « la fraude du front populaire » visant à « paralyser la classe ouvrière » au compte de l’impérialisme ».

C’est de cela qu’il s’agit avec ce « Pacte » du 26 juin.

A la volonté mille fois exprimée par des millions d’Algériennes et d’Algériens de « système, dégage ! » et « souveraineté populaire ! », le « Pacte » oppose la perspective « d’instaurer un processus constituant souverain qui prend en compte les aspirations démocratiques et sociales de l’immense majorité du peuple », et se prononce pour « l’organisation d’une période de transition qui réunit les moyens politiques pour l’expression d’une véritable souveraineté du peuple et l’édification d’un Etat de droit démocratique ».

La déclaration du « Pacte » du 1er juillet franchit un pas de plus en déclarant : « Les forces politiques de l’alternative démocratique réaffirment plus que jamais leur volonté d’agir en concert avec toutes les forces vives de la nation, pour la satisfaction des aspirations légitimes du peuple algérien afin de consacrer sa souveraineté par la mise en place d’un processus constituant souverain. »

Coalition avec des partis bourgeois subordonnés à l’impérialisme, revendication d’une « période de transition », d’une « action de concert avec les forces vives de la nation » dont nous savons tous, selon le langage courant en vogue dans notre pays,  qu’elles incluent  notamment la hiérarchie militaire, et aussi les partis corrompus, hier liés au régime, qui se prétendent aujourd’hui les « forces du changement » (comme en témoigne la présence physique de Abdelaziz Rahabi, ex-ministre et coordinateur des « forces du changement » à la réunion du 26 juin.

Tout cela, ce n’est pas seulement tourner le dos aux aspirations des masses. C’est renoncer, et prétendre interdire à ce que s’impose la seule issue démocratique : l’Assemblée constituante souveraine qui prendra tous les pouvoirs entre ses mains pour mettre en œuvre la souveraineté populaire.

C’est, de la part de dirigeants de partis, le PT et le PST, qui se réclament du socialisme, le basculement dans le Front populaire, politique qui a toujours préparé les plus grandes défaites du prolétariat, de l’écrasement de la révolution chinoise en 1927 à celui de la révolution espagnole en 1936-1939, ou encore de la tragédie du Chili en 1973.

Cher(es) camarades

Les dirigeants du PT et du PST ont scellé « un pacte politique» avec des avocats de la bourgeoisie qui servent de pont  avec le régime et ses alliés. Il s’agit d’une alliance sans rivage à droite notamment vers ce conglomérat réactionnaire baptisé « forces du changement », composé de partis, organisations et « personnalités nationales » (pas moins de 30 ex premier ministre et ex ministres), dont le seul objectif est de contribuer au maintient du régime avec « les sacrifices » nécessaires.

Son coordinateur Abdelaziz Rahabi, également ex ministre et ex ambassadeur, a fait des déclarations, au lendemain d’un « forum » de ces forces,  qui doivent être portées à la connaissance des militants ouvriers.

Rahabi a expliqué : « J’ai proposé moi-même aux forces de l’alternative démocratique de chercher la possibilité de jeter les ponts entre nos deux alternatives et de chercher des convergences. Elles peuvent exister, d’autant plus que ce groupe ne réclame pas, avec autant de fermeté et d’exigence, une Constituante. Ce qui est en soi une évolution très intéressante pour pouvoir jeter des ponts entre les initiatives proposées sur la scène politique(…) C’est ce que nous envisagerons de faire avec la prochaine étape(…) pour avoir une approche commune et consensuelle de l’ensemble de l’opposition et de la société civile pour sortir de la crise ».

Ainsi se comprend mieux l’abandon de la revendication de « l’élection de l’assemblée constituante souveraine », et l’utilisation dans  le « pacte politique » des termes de « processus constituant », et de « transition démocratique ».

Cher (es) camarades

Les dirigeants du PT, et du PST doivent, sans attendre, rompre avec ce pacte politique et s’engager dans l’unité dans le combat pour l’assemblée constituante souveraine et sous toutes les formes pour la satisfaction de toutes les revendications démocratiques et sociales des masses, et pour l’indépendance politique des travailleurs. S’ils refusaient et  s’obstinaient dans cette voie, ils se feraient demain les instruments contre le processus révolutionnaire surgi le 22 février dernier.

Cette politique désastreuse des dirigeants du PT et du PST, nous le savons, a fait surgir en réaction contre elle nombre de prises de positions et de regroupements de militants.

Le COSI porte à votre connaissance, en tant que matériel de discussion sur les problèmes fondamentaux d’orientations, sa déclaration du 30 juin intitulée : « Aucun pacte avec le régime ! Aucun pacte pour négocier une pseudo « transition démocratique » avec le régime ! Plus que jamais, convocation de l’assemblée constituante souveraine maintenant ! Et pour cela, tout de suite, constituons les comités populaires et comités de citoyens pour l’Assemblée constituante souveraine! »

D’autres initiatives qui, à l’encontre du « Pacte » front-populiste conduisant à la défaite, affirment la nécessité des comités populaires pour la convocation immédiate de l’Assemblée constituante souveraine qui prendra tous les pouvoirs entre ses mains. D’autres militants, notamment des militants actuels et anciens du PT (et sur un autre plan, des militants du PST) ont également, individuellement ou collectivement exprimé leur désaccord avec le « Pacte ».

Le COSI s’adresse à tous ces camarades, qui veulent rester fidèles à la classe ouvrière et à ses intérêts historiques. 

Aujourd’hui, la révolution frappe à la porte. La nécessité de la construction d’une avant-garde pour aider la classe ouvrière algérienne à prendre la direction des masses opprimées, généraliser la constitution des comités populaires, aider au mouvement de réappropriation des organisations syndicales, et opposer à tout « dialogue » avec le régime et à la prétendue « transition démocratique », la convocation immédiate de l’Assemblée constituante souveraine, se fait sentir chaque jour un peu plus.

Dans ces conditions, l’urgence est que nous tous  militants qui  refusant  de sombrer dans le « Pacte » de front populaire, se rencontrent et débattent sans aucun préalable.

Pour ce qui le concerne, le Comité d’Organisation des Socialistes Internationalistes nous sommes disponibles pour ouvrir sans tarder cette discussion sans autre condition, afin d’aider à regrouper les forces de l’avant-garde ouvrière indispensable pour aider les masses à imposer leur volonté : « régime, dégage ! », « souveraineté populaire ! ».

Comité d’Organisation des Socialistes Internationalistes (COSI)

Alger, le 9 juillet 2019

4 Commentaires

4
Poster un Commentaire

avatar
4 Fils de commentaires
0 Réponses au fil
0 Les abonnés
 
Commentaire le plus réagi
Fil de commentaire le plus chaud
2 Commenter les auteurs
Un gogo téméraireRené Kerjean Commentaires récents des auteurs
  S'abonner  
plus récents plus anciens plus de votes
Me notifier des
René Kerjean
Membre
René Kerjean

Je vous soutiens totalement !

Un gogo téméraire
Invité
Un gogo téméraire

Petite difficulté… d’un côté, le texte appelle le PT, PST à renoncer à un « front populaire » et, de l’autre, il les appelle à fonder une « assemblée constante » avec des comités « populaires » et autres (multiclassistes) qui feront reparaitre ces mêmes partis bourgeois, donc, revenir au front populaire.

Un gogo téméraire
Invité
Un gogo téméraire

« Nulle part au monde il n’y a et il ne saurait y avoir de milieu. Ou bien la dictature de la bourgeoisie (dissimulée sous la pompeuse phraséologie socialiste-révolutionnaire et menchévique sur la souveraineté du peuple, la Constituante, les libertés, etc.), ou bien la dictature du prolétariat. Celui à qui toute l’histoire du XIXe siècle n’a pas appris cela est un imbécile fini. »

– Lénine, « Lettre aux ouvriers et aux paysans au sujet de la défaite de Koltchak » (août 1919)

Un gogo téméraire
Invité
Un gogo téméraire

Juste une autre vision… « L’assemblée constituante a certes joué un rôle progressiste dans la grande révolution bourgeoise française de 1789. Toutefois, l’expérience historique accumulée depuis démontre que cela a cessé d’être le cas par la suite. Dès les révolutions de 1848, dans toutes les situations où une assemblée constituante ou un organe législatif bourgeois similaire a été convoqué dans le contexte d’une insurrection prolétarienne, son but a été de rallier les forces de la contre-révolution contre le prolétariat et de liquider les organes du pouvoir prolétarien. C’était évident pendant la Commune de Paris en 1871, pendant la Révolution d’octobre… Read more »

Publicité

Populaires