Connectez-vous avec nous

Chronique

Ijara, mudaraba, murabaha et musharaka : et le profit ?

Publié

le

Un argument massue qui sonne comme un ordre divin : « l’islam propose un système financier au service de l’homme et de l’économie et non l’inverse. » Ce n’est ni un verset coranique, ni un extrait de hadith, qu’on chercherait en vain dans les textes consacrés, mais le slogan de banquiers d’un nouveau genre, qui a fleuri dans les pays anglo-saxons.

A la fin de l’argumentation et à la fin, en tout petits caractères, on nous avertit, quand même, qu’une banque islamique restera une société commerciale qui a des actionnaires, qui ont investit de l’argent et qui attendent donc tout naturellement un retour sur investissement. La mise en garde est limpide et on n’hésite pas à l’expliciter pour lever les équivoques, qui feraient confondre Banque Islamique avec Etablissement social. 
Le rôle de la banque islamique n’est pas de consentir des crédits à taux Zéro, mais de simplifier des opérations de commerce en achetant et revendant des biens, pour que l’opération soit totalement halal. Des hommes de foi s’inquiètent : « J’ai peur que les internautes qui aujourd’hui lisent les mots sukuk, murabaha, mudaraba voient demain ces choses là comme “nécessairement exempt de tout riba” lorsque ces termes seront populaires. » Ils y vont même assez forts : « Vous avez les pays anglophones, où l’”arnaque” du label finance islamique correspond à peu près à l’arnaque de la mention halal pour notre nourriture. »

Des notoriétés de la pensée islamique, comme Albani, auraient vivement critiqués ce système financier, qu’ils accusaient de pratiquer de l’intérêt caché. Il faut dire que sans cela il est difficile d’admettre que le Capitalisme pouvait se convertir par un simple remaniement de procédures et de concepts. C’est ce qui est dit explicitement. On doit, avant tout, retenir que sur le plan comptable le résultat est quasiment le même, mais que le fonctionnement est totalement différent que celui qui concernerait des crédits classiques. On nous dit que c’est cela qui est le plus important. On ne voit plus l’intérêt, donc il n’existe pas. Les actionnaires des banques « islamiques » sont contents et le client qui a, tout de même, payé le service est satisfait en étant convaincu qu’il n’a pas transgressé les préceptes contre l’usure. Parce que la « marge » de la banque n’est pas associée au coût du financement mais est adossée à un bien qui n’est une somme d’argent mise à disposition par la banque à son client. Tout repose donc sur « l’allègement de la conscience » du client musulman et sur la préservation des « intérêts » du prêteur. A l’origine de ce qu’on appelle la finance islamique, on invoque souvent Abul Ala Maududi (1903-79), pour qui elle pouvait servir de moyen pour minimiser les relations avec les non-Musulmans, renforcer le sentiment collectif d’identité musulmane, étendre l’Islam dans un nouveau domaine d’activité humaine et moderniser sans occidentaliser. Vint ensuite l’irruption, sur le marché, des colossales fortunes pétrolières du Golfe qui ont favorisé, encouragé et soutenu les « sciences économiques islamiques », au courant des années 60, en tant que discipline universitaire. Les saoudiens trouvaient là l’opportunité de la réalisation d’un double objectif. Consolider l’idéologie wahhabite, en l’étendant au domaine financier et absoudre leurs transactions financières et commerciales des « dérives impies » du système financier occidental. Cela sans que la polémique, au sein des penseurs musulmans, ne s’éteigne. Le débat est même sans concession. Le cheikh libanais Al-Alayli (décédé en 1996) affirme que la question relative aux intérêts « est une tromperie sur les mots (khida’ al-alfaz) menant à des difficultés insolubles. » Il pense que la banque n’est qu’un courtier entre deux parties, l’une prête l’argent et l’autre emprunte. Il défend de ce fait les transactions classiques en avançant l’idée que le contrat de courtage est permis en droit musulman. Il développe son argumentaire en rappelant que la banque intermédiaire est soumise à la perte et au gain et conclut qu’on ne peut donc considérer le terme fawa’id (intérêts) comme synonyme du terme riba (usure) que le Coran interdit.

Un autre cheikh, Muhammad Sayyid Tantawi, Grand Mufti égyptien puis grand Imam de l’Azhar, considérait que que les gains distribués par les banques musulmanes et les intérêts distribués par les banques classiques ne diffèrent que dans le nom. Il propose en conclusion de son raisonnement de créer une commission chargée de, simplement, revoir la sémantique bancaire utilisée par les banques. L’objectif étant d’écarter tout soupçon d’intérêts.

Touchant ainsi le fonds du problème qui est la crainte des clients de transgresser leur foi. Tantaoui propose d’abandonner le terme fa’idah (intérêt) et le remplacer par le terme ribh (gain) ou celui de ‘a’id (revenu). Il est suivi par le ministre de l’économie et du commerce qui a changé la formulation de la loi dans ce sens.

Les cheikhs ont donc bien perçu que les formules savantes et alambiquées, qui tournent autour du principe de participation aux pertes et profits, comme ijara, mudaraba, murabaha et musharaka font toutes intervenir, en dernière instance, des paiements d’intérêts déguisés. De ce fait, les banques qui se prétendent islamiques sont des banques tout court, qui ne font pas autre chose que fructifier leur capitaux et générer des profits dont la religion est celle de l’argent.

Preuve en est que, de même que le haro général sur la viande halal, des banques occidentales se lancent dans ce créneaux pour capter le potentiel de dizaines de millions clients, représenté par le créneau des communautés musulmanes vivant en Occident. Ce qui permet au crédit « halal », produit purement capitaliste, boosté par une propagande idéologique, beaucoup plus que par une compréhension de sa véritable nature, continue de progresser en Europe, en attisant des attentes qui devraient être déçues ; très vite quand elles relèvent de l’espoir qu’il est moins chers et à plus ou moins long terme quand il s’agit de ceux qui croient en la « pureté » des prêteurs.

Une banque sans intérêts, usure ou « marges » n’existent finalement pas. Prétendre le contraire c’est arnaquer son prochain, selon toutes les religions et toutes les morales humaines.

A. Halfaoui

Publicité
Cliquez pour commenter

Poster un Commentaire

avatar
  S'abonner  
Me notifier des

Actu

AGS, la peur bleue de la chute

Publié

le

Sans leur statut de retraités frais émoulus, les deux figures de la police politique de sinistre mémoire, les généraux-majors Tartag et Toufik, ne subiraient pas les affres de la détention et de l’humiliation publique, sous l’oeil des caméras. Un sort, terrible, qui terrorise le dictateur nouveau…

Le sous-ministre de la Défense redoute cette fin, qui paraît inéluctable, et la repousse avec l’énergie du désespoir en multipliant les initiatives liberticides comme un naufragé se battrait frénétiquement contre la force de l’océan.

C’est, en effet, contre la vague de tout un peuple, résolu à recouvrer sa véritable indépendance, jadis confisquée par la « bande », que le pâle El Gaïd tente de résister en interdisant derechef l’accès à Alger aux Algériens. Avant cette ultime infamie, le généralissime de foire avait embastillé, par groupes entiers, de fiers porteurs d’emblèmes amazighs ou de vaillants pourfendeurs de ses diatribes malsaines et provocatrices.

AGS se comporte ainsi pour protéger les intérêts de la « issaba » en général et les siens propres en particulier. Les Annabis savent, mieux que quiconque, l’ampleur de la mainmise de son clan sur une ville martyrisée par une famille, la sienne, à qui on ne refuse rien ! Demandez-vous juste pourquoi un symbole de la rapine, contre laquelle part théoriquement en guerre le général d’opérette, n’est pas sous les verrous à l’heure où nous mettons sous presse. Qui protège Tliba ? La réponse est dans la question. Si l’opulent député d’Annaba tombe, il entraînerait dans son sillage ses principaux associés, l’engeance du dictateur nouveau…

Pour éviter pareille débâcle, AGS est prêt, tel un Néron de vaudeville, à faire brûler un pays qu’il jure, pourtant, de chérir à chaque visite de caserne. « La guerre est une chose trop sérieuse pour la confier aux militaires » : s’il avait encore une once de lucidité, AGS devrait méditer cette formule de Clémenceau, surtout lorsqu’il s’agit de mener bataille contre son propre peuple. Aucun dictateur n’en est sorti indemne…

Saïd Kaced

Continuer la lecture

Chronique

A vos ordres, mon général !

Publié

le

Dans tout bon polar, vous y verrez, inévitablement, la scène de l’interrogatoire où se relaient, au chevet du suspect, deux policiers aux profils différents : le bon et le méchant. Les nouveaux équarrisseurs se comportent ainsi en prévision de la présidentielle à la sauce AGS.

Depuis hier, la constitutionnaliste de service, puisqu’il faut de tout pour former un panel crédible de thuriféraires, Fatiha Benabbou nous apprend, sous l’air de l’alarme stridente, que l’armée abrite en son sein de grands gentils, tel AGS, et de vils méchants, capables de mettre le feu au pays. Ces derniers, toujours selon les dires de notre bonne samaritaine, seraient par l’odeur du sang alléchés et prompts à sévir durement. Si nous ne savions pas raison garder, en ne ralliant pas en masses drues les centres de vote le jour fixé par le bon généralissime, les « faucons » prendraient le relais pour nous dicter, par le fer, la voie à suivre derechef. Sombres perspectives…

Tant de sollicitude déclencherait de l’émoi – des tombereaux de vifs remerciements s’amoncelleraient aux pieds de notre fervente panéliste, si nous ne vivions pas une étape cruciale pour le devenir de notre chère Algérie.

Depuis trente semaines, les Algériens, tous âges et catégories sociales confondus, battent le pavé, mardi et vendredi, pour dire tout le mal qu’ils pensent d’un système mafieux, tueur d’espérances. Une « bande », dont seule une infime partie écume les quartiers VIP de quelques pénitenciers, qui règle encore, au pas cadencé, le sort d’un pays promis à un extraordinaire devenir au sortir d’une longue et tragique colonisation.

Un par un, les panélistes désormais émancipés, et bombardés grands huissiers d’une redoutable consultation populaire par le maître du moment, viendront, par vagues successives, prêcher la bonne parole électoraliste concoctée, autour d’un méchoui, sur quelque monticule de la capitale. Cela reste une énigme sous toutes les latitudes : comment des universitaires peuvent-ils se mettre au service, le doigt sur la couture du pantalon, de militaires incultes et sanguinaires ? Comment faire croire au bon peuple qu’AGS est le gentil général ?!

Saïd Kaced

Continuer la lecture

Chronique

En route vers la dictature

Publié

le

Ça commence à se mettre en place au centre, là-bas, et la périphérie, chez nous, n’est pas en reste.

La crise du capitalisme n’a pas fini son œuvre. Les offensives contre les acquis économiques et politiques des peuples ne font que commencer et ont permis de jeter le doute sur la légitimité de certains droits, considérés jusque-là comme intouchables.

Une reconfiguration fondamentale des sociétés est en cours. Nous ne sommes pas encore au coup de grâce final, cependant les prémices se précisent.

Quand le banquier étatsunien, JPMorgan Chase veut que soit abrogée la démocratie en Europe, il est moins hypocrite que ses dirigeants actuels qui se sont déjà mis au service des banques et qui ne se soucient plus du tout de ceux qui les ont portés au pouvoir. Fort de sa franchise, il les appelle à assumer politiquement les « réformes » qu’ils ont mises en œuvre. C’est qu’il a raison, quand on sait que sans un verrouillage des espaces d’expression publique, un immense quiproquo continuera de grever les relations gouvernants-gouvernés.

La contradiction entre les textes fondateurs des régimes en place et les politiques qui s’en démarquent ne pourra pas tenir longtemps. Le banquier le sait, il a eu besoin d’une étude pour produire ses conclusions, mais la réalité aurait pu suffire à le convaincre que les mouvements sociaux risquent fort de mettre à bas des gouvernements pusillanimes. Pour lui, et dans la logique des choses, il faut immédiatement prendre les devants en sortant la matraque. Il faut dire que chez lui, aux Usa, il n’y a pas de souci à se faire. Le régime étatsunien a paré à toute éventualité.

Là-bas, ceux qui croient faire office de citoyens n’ont pas voix au chapitre et n’ont jamais élu qui que ce soit de la façon dont cela se passe ailleurs. Entre lobbies et décideurs du Congrès ou de la Maison-Blanche, il n’y a pas d’intrus qui peuvent s’infiltrer. De plus, le pouvoir bicéphale a parfaitement balisé l’accès aux fonctions électives. Aucune voix discordante n’a la moindre opportunité de se frayer un chemin légalement, pas même d’être écoutée, et l’embrigadement de la société empêchera en dernier ressort toute velléité de soulèvement.

L’arsenal idéologique, l’atomisation obsessionnelle des individus, y compris au sein de la famille, la mainmise policière sur la vie privée et l’élévation de la propriété privée au rang du sacré, ont anesthésié ou, du moins, drastiquement réduit la réactivité sociale, sans préjudice de la menace d’une féroce répression.

Ce qui n’est pas le cas en France, en Allemagne ou en Italie, des pays dont l’épaisseur historique, avec ses courants d’idées, est un peu plus compliquée pour les pouvoirs en place. Chase relève lui-même que les conquêtes sociales sont le vrai problème. Il parle d’influence socialiste et n’est pas cru dans son argumentaire, tout en étant très clair sur la problématique. Il veut que l’Europe passe le cap de ses atermoiements et qu’elle passe à l’acte qui abroge les libertés publiques et, surtout et principalement, de se préparer à contrer les inévitables mobilisations de masse, que préfigurent les manifestations et les grèves actuelles. Il ne reste plus qu’à évaluer les délais qui nous séparent de la mise au pas musclée.

Ahmed Halfaoui

Continuer la lecture

NOS CHRONIQUES

Nous suivre

Newsletter

Recevoir nos articles par email

A La Une

Tags

Populaires