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Kamel Aïssat : ce qu’il faut retenir de la conjoncture politique

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Le professeur universitaire, syndicaliste et dirigeant du Parti socialiste des travailleurs (PST), Kamel Aïssat, revient dans cette analyse sur le mouvement populaire en cours et ces caractéristiques.

Le mouvement populaire entame le cinquième mois de mobilisation au niveau des 48 wilayas. Le mouvement entre dans une phase décisive qui se caractérise par :

1. Après avoir fait annuler deux élections présidentielles et fait démissionner Bouteflika et le gouvernement Ouyahia, la mobilisation a poussé le pouvoir en place à entamer une série d’arrestations. Ces arrestations traduisent les nouveaux rapports de force entre les factions du pouvoir dans le but de détourner le mouvement de sa revendication du départ du système. Le régime opère des sacrifices de certaines figures dans le but de sauver l’essentiel : « le régime libéral responsable de la prédation que dénonce le peuple et qui ouvre la voie vers une dépendance accrue vis-à-vis des prédateurs impérialistes ».

2. Les différentes interventions du chef de l’état-major sont des tentatives de diversion pour diviser les rangs du mouvement. Elles sont systématiquement rejetées de manière imposante par les manifestations à chaque vendredi. Elles confirment la volonté de rupture radicale avec le régime, ses symboles et ses politiques. Le mouvement s’inscrit dans la durée et dans la rupture.

3. C’est dans ce contexte que s’inscrivent les « initiatives de sortie de crise », « de dialogues », de « transitions »…etc. Elles occupent les devants de la scène médiatique. Il s’agit en fait de proposer une porte de sortie au système, avec une élection présidentielle plus transparente. Ces initiatives ignorent la rue et le peuple. Elles s’apparentent de fait à des offres de services au pouvoir militaire pour remplacer le départ de l’équipe de Bouteflika. Elles ne sont porteuses d’aucun élément de rupture avec le système/régime en cours en Algérie dans sa version libérale depuis les années 1990-2000. En fait, elles proposent à l’armée sa bénédiction pour remplacer « el aissaba »  par de nouvelles figures.

4. Dans le même temps, des grèves sont réprimées, des détenus d’opinion sont retenus depuis janvier, dont beaucoup de jeunes, sans réaction des organisations qui proposent une transition. Aucun dialogue n’est possible avec ce régime qui bafoue les libertés démocratiques, qui verrouille les médias, qui interdit des grèves, nous interdit d’accéder à Alger les vendredis… C’est pour cela qu’un collectif contre la répression a été mis en place. Les atteintes répétées aux droits démocratiques sont en réalités liées à la nature même du régime libéral qui ne peut en effet imposer l’austérité, la régression sociale que par des attaques à nos droits démocratiques, syndicaux, d’organisation que les masses populaires peuvent utiliser pour résister à la misère sociale.

5. La victoire du peuple passe par la transformation de la majorité sociale actuellement en mouvement (chômeurs, travailleurs, femmes…) en majorité politique. Il s’agit de remettre en cause les racines du système, le régime néolibéral qui est à l’origine de la corruption. Celle-ci est issue de la privatisation du secteur public, de la politique de soumission aux multinationales, accord d’association avec l’UE, OMC, FMI…etc. La revendication essentielle du mouvement, c’est la souveraineté populaire, sur les richesses, sur les politiques économiques et sociales et la remise en cause des interventions impérialistes. Toute initiative qui ne s’inscrit pas dans un processus constituant, basé sur l’auto-organisation des masses pour contrôler ce processus, et le maintien de la mobilisation permanente des vendredis, ne peut être une rupture avec le système. Il est essentiel pour nous aujourd’hui d’avancer le mot d’ordre de grève générale dans une dynamique de radicalisation du mouvement. Il s’agit de renforcer la mobilisation citoyenne, par l’approfondissement de l’auto organisation :Amplification de la mobilisation des travailleurs, en soutenant le processus de réappropriation de l’UGTA en engageant la bataille de représentation à la base et pour un syndicat démocratique de classe qui défend les intérêts des travailleurs.En pesant dans la confédération syndicale pour la cristallisation sociale de leur action et de l’unité d’action pour un programme social minimal dans le mouvement en tant que force sociale décisive. Participer, prendre l’initiative et mettre notre énergie dans le soutien des dynamiques de débats citoyens, associatifs et des comités là où c’est possible.

6. Renforcer le rapport de force pour imposer les libertés démocratiques les plus larges, exiger la levée du secret bancaire pour récupérer nos biens spoliés, la nationalisation des biens publics bradés, la récupération de nos richesses…etc, telles sont les mesures les objectifs que la protestation doit viser. Pour cela, seule l’unité d’action de l’ensemble des classes et couches défavorisés de la société pourront remettre en cause leurs plans de sauvetage dans leurs tentatives de sortie de crise. Il s’agit pour les masses populaires de s’organiser dans les lieux de travail, dans les universités, dans nos communes et quartiers pour imposer démocratiquement une constitution basée sur la souveraineté populaire. Une constitution qui consacre l’égalité entre les citoyennes et les citoyens et qui consacre la primauté des élus révocables dans toutes les institutions et dans laquelle les intérêts démocratiques et sociaux des larges masses populaires soient constitués.

7. Pour faire aboutir les revendications de souveraineté du mouvement et riposter aux tentatives de divisions et de recours au coup de force de l’état-major, seule l’action des travailleurs et travailleuses dans leurs lieux de travail, par des grèves et protestation prenant en charge leur doléances et revendication sociale.Seule ce genred’initiatives pourra faire pression AL ISSABA, etqui permettra d’asseoir une transition démocratique en donnant à la mobilisation un caractère permanent basé sur l’auto organisation.

8. Tout dialogue passe par le départ de Bedoui et de Bensalah, par la dissolution des institutions corrompues (APN et Sénat), par la libération de tous les détenus d’opinion, par la levée de toutes les restrictions aux libertés démocratiques, par l’accès égal aux médias publics à toutes les sensibilités politiques, par l’arrêt de l’ingérence de l’institution militaire dans le débat politique.

9. La convergence de toutes les forces politiques, syndicales et sociales pour peser dans la construction d’un front uni autour du processus constituant sous le contrôle du mouvement populaire est d’une urgente nécessité.

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