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Économie

Impact du hirak sur l’économie : entretien avec le Pr Belmihoub

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Le Professeur de management et d’économie institutionnelle et chercheur à l’Université d’Alger, Mohamed Cherif Belmihoub, revient, dans cet entretien accordé à l’APS, sur l’impact du mouvement populaire engagé en Algérie, depuis le 22 février 2019, pour un changement du régime et la démocratie, sur l’économie nationale.

L’Algérie connaît une situation politique particulière depuis le 22 février dernier, date des premières manifestations populaires pacifiques contre un cinquième mandat de l’ancien président, Abdelaziz Bouteflika. Quel est l’impact de ce mouvement populaire sur le train économique national, sachant que la ministre de l’Industrie et des Mines a récemment évalué à « plus de 1 milliard de dollar », la perte causée par les grèves observées dans certaines entreprises nationales pour des revendications socioprofessionnelles ?

Pr Belmihoub : D’abord il faut préciser que la relation entre crise politique et impact sur l’économie et inversement est un problème de temps. En effet, le temps politique n’est pas le temps économique et ce dernier n’est pas le temps administratif. Il n’y a pas de synchronisation parfaite entre les trois temps. Chacun a sa propre logique et sa rationalité. Le déphasage ou la contradiction est encore plus prononcé sur le court terme.

Dans le contexte actuel en Algérie, c’est le temps économique qui va s’aligner sur le temps politique, plus long. Et c’est cet alignement qui est décrié aujourd’hui par certains analystes et experts économiques qui considèrent que l’économique ne peut pas attendre et toute transition serait néfaste pour l’économie. Ce raisonnement fait l’impasse sur la relation entre l’économie, la société et le système de pouvoir. L’économie aurait pu résister mieux aux effets de la crise politique si elle était régulée et gouvernée par des institutions solides.

La situation économique du pays était déjà dégradée à la veille du mouvement populaire. Les expressions pacifiques du peuple sont à saluer, car dans ce genre de révolte contre les pratiques irresponsable et autoritaires, voir même mafieuses par certains aspects, les pertes économiques auraient été désastreuses.

Par expérience, les coûts des révoltes populaires sont à considérer dans trois domaines: dégâts matériels, essentiellement la destruction des équipements publics, impacts sur l’activité économiques induits par l’absentéisme, la baisse de la productivité, les perturbations dans les réseaux de transport et de communication qui réduisent la mobilité des marchandises et de personnes et enfin l’apparition de pratiques comme le stockage de denrées, le retrait de l’épargne dans le système bancaire et le transfert de fonds vers l’étranger.

Nous constatons que le mouvement du 22 février n’a produit aucun de ces effets pervers, excepté quelques mouvements de grève, essentiellement dans le secteur public. Aucune dégradation des équipements publics, aucune perturbation des réseaux de communication. Alors l’on se demande d’où vient le chiffre d’un milliard de dollar comme impact des grèves dans le secteur public donné par la ministre de l’industrie.

Comment peut-on perdre un (1) milliard de dollar à cause de quelques jours de grève dans le secteur public industriel lorsqu’on sait que tout le secteur industriel (public et privé) ne produit annuellement que 7 à 8 Mds de dollars? C’est pour le moins hallucinant de donner un tel chiffre.

S’il est vrai que l’économie est le domaine du chiffre, donner de mauvais chiffres est contreproductif. Cependant, les actions du mouvement et surtout sa persistance sur une période de quatre mois ont eu quelques impacts sur certains comportements des opérateurs économiques en matière d’investissement, un ralentissement dans le traitement des dossiers de paiement ou de demande de crédits, de lancement de nouveaux projets en raison de l’incertitude sur l’avenir en l’absence d’une perspective politique de sortie de crise ou du moins d’une feuille de route pour une transition maitrisée.

Le mouvement populaire et la symbolique qu’il incarne en termes de cohésion nationale, de la récupération de la citoyenneté par les Algériens et surtout de sa projection dans un idéal de justice sociale et de gouvernance responsable, doit être vu comme une nouvelle ressource pour l’économie pour les défis à venir.

Est-ce que la persistance de la crise politique aurait des répercussions négatives sur la situation économique du pays ?

Pr Belmihoub : Sans aucun doute, la persistance de la crise politique et son corolaire le mouvement populaire affecteront l’activité économique de manières directe ou indirecte. De manière directe, nous allons assister à un ralentissement de l’activité économique en raison certainement des perturbations, comme annoncés plus haut, liés à des problèmes de financement ou de transactions bancaires, douaniers et administratifs dus essentiellement à des peurs en lien avec l’opération en cours sur la corruption.

Le domaine qui sera le plus affecté est celui de l’investissement. Il est connu que l’investisseur est très sensible à l’incertitude et par conséquent il aura tendance à reporter sa décision d’investir en attendant de voir plus clair.

Déjà que l’investissement privé est relativement faible en Algérie, cette situation va encore le ralentir, c’est pourquoi il devient maintenant urgent, non pas d’organiser une élection présidentielle à la hussarde, mais de donner un signal fort quant à un horizon raisonnable pour organiser une véritable transition. Un tel signal sur l’horizon politique et la feuille de route qui le porte atténueront sans aucun doute le facteur d’incertitude et favoriseront le retour à un fonctionnement plus ou moins normal.

Qu’en est-il de l’avenir des projets de partenariat avec les étrangers ?

Pr Belmihoub : Les partenariats internationaux sont le domaine le plus sensible aux mouvements de contestations, qu’ils soient politiques ou socioéconomiques. La décision d’investir à l’étranger subit un traitement particulier pour intégrer les facteurs de risques dans le modèle de choix du pays. Il faut distinguer deux cas, le premier concerne les partenariats déjà conclus et en activité, pour ceux là, à court terme rien ne se passera, dans la mesure où l’investisseur à déjà mis des capitaux et d’autres engagements technologiques ou financiers.

La décision de quitter le pays pour des raisons liées au mouvement de contestation n’est pas à court terme d’autant plus que le mouvement ne perturbe pas de manière significative le fonctionnement de l’économie et la sécurité des personnes et des biens n’est pas affectée, au plus l’investissement en partenariat subit les impacts évoqués plus haut (retard dans certaines opérations, défaillance de certaines administrations par un excès de zèle ou par prudence).

En tout cas, la nature du mouvement et sa durée à ce jour ne risquent pas de faire partir ces investissements, surtout que les pactes d’actionnaires mis en place définissent les conditions de sortie. Le problème est réel lorsqu’il s’agit d’un partenariat en cours de négociation ou en exploration, dans ce cas, effectivement le montage du partenariat risque d’être retardé, redéfini avec des conditions plus sévères pour le partenaire algérien ou complètement abandonné. Je pense que jusqu’à maintenant (après de 4 mois de mouvement) les dégâts s’il y en a, ils sont à minima, mais en même temps, il devient urgent de trouver une sortie de cette situation qui risque, si elle perdure encore, de produire des effets négatifs sur le fonctionnement de l’économie.

Le temps politique doit, à ce stade, se synchroniser avec le temps économique si l’on veut éviter une détérioration de tout le climat d’investissement.

Que proposez-vous pour éviter une détérioration de l’économie nationale?

Pr Belmihoub : Si le « hirak » n’est pas responsable, jusqu’à maintenant, de cette détérioration, il est toutefois responsable indirectement du report de la recherche d’une solution à la crise en raison du climat d’instabilité et d’incertitude qui s’installe et de l’absence de l’autorité publique dotée d’un vrai gouvernement compétent et responsable pour prendre les décisions économique qui s’imposent.

Dans l’immédiat, il y a lieu de prendre des mesures pour éviter une plus grande détérioration des grands équilibres économiques et pour assurer la continuité de l’activité économique, seule génératrice de richesse.

On peut décliner un plan d’urgence de sauvegarde. Il eut été très utile, d’élaborer une loi de finances complémentaire pour 2019.
Un retour à l’orthodoxie budgétaire et financière: action sur les dépenses publiques et sur les recettes. Dans le chapitre des dépenses, il est nécessaire d’instaurer une austérité sur le train de vie des administrations et autres organismes publics dont beaucoup n’ont aucune utilité pour la collectivité (conseils, instances, observatoires…), imposer une réduction d’au moins 10% sur les dépenses de fonctionnement hors salaires.

Dans le chapitre recettes et à défaut d’une LFC pour réviser certaines dispositions fiscales, il y a lieu d’utiliser toutes les dispositions prévues antérieurement sans restriction aucune (certains impôts et taxes prévus par la législation) qui n’ont jamais été mises en œuvre pour différentes raisons, renforcer la saisie de l’assiette et le recouvrement des impôts et taxes.

Comment peut-on accepter une disposition qui exonère de la TVA l’acheteur (non assujetti) d’un véhicule monté en Algérie, alors que ce même véhicule a été exonéré de la TVA à l’importation comme Kits ou collections, cette TVA non perçue par le Trésor est certainement encaissée par le centre de montage ?

Voir la possibilité de lever des fonds de l’épargne publique par l’émission de titres obligataire afin de remplacer les titres arrivés à échéance en juillet 2019. Il s’agira de renouveler l’opération périodiquement (à commencer par le renouvellement de l’emprunt obligataire de 2016 de 1600 Mds de DA qui arrive partiellement à terme (échéance à trois ans) en juillet 2019.

Sauvegarder le pouvoir d’achat du citoyen pour maintenir l’activité économique et l’emploi. Pour cela des actions au plan interne et externe doivent être engagées comme la lutte contre la spéculation et l’élargissement de la fiscalisation des activités commerciales, contrôle sévère des prix à la consommation, meilleure surveillance des frontières pour limiter la fuite de produits algériens imports ou fabriqués localement et souvent subventionnés. Rationalisation des subventions: arbitrage sur l’énergie entre électricité et carburants.

Il est nécessaire de faire évoluer les prix des carburants si l’on veut maintenir les prix de l’électricité et du gaz ou alors augmentation graduelle des deux.

Sauvegarder l’outil de production (les entreprises productrices) en distinguant les affaires judiciaires de la continuité de l’exploitation des entreprises qui sont utiles pour le présent et l’avenir de l’économie nationale.

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Des entrepreneurs s’opposent à la suppression de la règle 51-49

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La proposition contenue dans le projet de loi de finances 2020 élaboré par le gouvernement impopulaire de Nouredine Bedoui consistant à supprimer la règle 51-49% a fait réagir les chefs d’entreprise qui s’opposent à cette décision.

Les entrepreneurs, affiliés à l’Association générale des entrepreneurs algériens (AGEA), s’opposent, dans un communiqué, à la suppression de la règle 51-49%.

« Suite à la parution dans un quotidien national en ce qui concerne la suppression de la règle 51-49, décidée lors de la réunion du gouvernement le 11 septembre, l’Association générale des entrepreneurs algériens (AGEA) s’oppose fermement à cette annulation », écrit l’association patronale dans un communiqué. 

Pour le président de l’AGEA, Mouloud Kheloufi, la suppression de la règle 51-49 représente « une menace pour les entreprises privées et l’économie nationale ».

Pour l’association patronale, le maintien de cette règle est indispensable « du fait que nos entreprises, à l’image du secteur BTPH, fabricants des matériaux de construction, services et électroniques, sont faibles et non aidés à se développer dans l’environnement actuel ».

Pour rappel, le gouvernement Bedoui a examiné une première mouture de l’avant-projet de loi de finances 2020 qui prévoit, pour reprendre les éléments de langage du discours officiel, « la levée des restrictions prévues dans le cadre de la règle 51/49% appliquée aux investissements étrangers en Algérie », afin de « renforcer l’attractivité de l’économie nationale ». Cette levée devrait toucher les secteurs « non stratégiques », selon le gouvernement, sans définir ces secteurs.

Le gouvernement, les « experts économiques » et les promoteurs des intérêts du capital étranger parlent de « levée de restrictions » induites par cette règle, alors qu’il s’agit avec cette suppression de la fin de la protection de l’économie nationale.

Tout cela prouve que 7 mois après la révolte populaire, rien de fondamental n’a changé. L’Etat et le gouvernement sont toujours à la solde des intérêts étrangers.

I. Farès

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Économie

Algérie : l’urgence d’un gouvernement de rupture avec le libéralisme

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L’éditorialiste du quotidien El Moudjahid, par lequel s’exprime le régime, affirme que « le gouvernement est sans cesse présent sur le terrain (…) De nombreux chantiers sont à ouvrir ou à parfaire, juste après l’élection présidentielle, pour les cinq années à venir ». Le gouvernement Bédoui, illégitime au regard de la démocratie, est très actif sur le plan national comme au niveau international. «Le temps n’est pas de notre coté», ajoute le journal pour justifier tous les dossiers en préparation dans le dos du mouvement populaire.

Il faut rappeler dans cet espace l’urgence d’instaurer un nouveau gouvernement, un gouvernement de rupture avec le libéralisme et l’orientation économique anti-nationale et qui se fixe comme objectif la satisfaction des besoins des larges couches de la société.

L’impérialisme, le FMI, et la banque mondiale sont au chevet du régime

Mais qui donc compte au pays le temps ? El Moudjahid apporte une première réponse. Bédoui s’est rendu ces jours derniers au Japon. Il y est revenu signataire « d’une convention sur la promotion et la protection de l’investissement et la non-double imposition ». En termes plus simples : ce gouvernement illégitime négocie des accords qui protègeront les investissements japonais en Algérie, c’est-à-dire la possibilité de transférer librement  au japon ou ailleurs dans le monde les bénéfices réalisés en Algérie par les entreprises Japonaises, voire d’ailleurs le transfert de tous leurs capitaux quand cela leur chantera. Le gouvernement leur garantit également de ne pays payer d’impôt en Algérie selon la si fameuse formule de la non double imposition.

En contrepartie, le gouvernement japonais soutiendra la feuille de route officielle : « des élections dans les meilleurs délais ». Les autres impérialismes n’en font pas moins. Le ministre français des Affaires étrangères a indiqué à son homologue algérien que son pays ne pouvait être « indifférent (à la situation) en raison de notre partenariat d’exception ». Il a ensuite formulé « ses vœux pour que se tienne un dialogue entre Algériens ». L’Allemagne d’Angéla Merkel qui règne sur le réseau des  petites et moyennes entreprises n’a pas besoin de parler fort. Il lui a suffi d’augmenter les budgets de ses très nombreuses ONG présentes dans le pays pour être comprise par ses partenaires. Elle pourra tranquillement bénéficier de contrats publics et privés. « Verdir » l’économie algérienne lui va si bien et puis c’est très à la mode. Les Etats-Unis ne changent pas leur fusil d’épaule. Ils n’ont pas besoin de parler. Le FMI et la Banque mondiale le font pour eux. Depuis la présidence Clinton, les Etats-Unis  s’informent directement ou par leurs propres institutions, notamment celles qu’ils ont créées à Breton Wood. Pour leurs affaires, ils se passent depuis de l’œil de Paris à qui ils ont pris une bonne part du marché des hydrocarbures en attendant celui du gaz de schiste. Les Etats-Unis qui savent qu’ils peuvent compter sur le régime pour leurs « affaires » souhaitent qu’il en fasse plus en s’ingérant directement au Sahel et en lui ouvrant le pays pour des bases militaires. Hélas pour eux, le principe de non ingérence vit dans la conscience du peuple algérien.

La Russie de Poutine est sortie de son silence pour appuyer le régime. l’ambassadeur de Moscou à Alger a déclaré très clairement : « la solution à la crise politique réside dans la tenue de la présidentielle dans les plus brefs délais. ».

Du côté des grandes puissances, le régime n’a donc non seulement rien à craindre mais il lui ait apporté le plus ferme soutien.    

Elles savent à qui elles ont à faire : des partisans des recommandations du FMI et de la Banque mondiale. Bien avant le mouvement du 22 février, les autorités algériennes et de nombreux partis et organisations politiques avaient donné leur quitus aux réformes sorties des bureaux de Breton Wood.

Ce que prépare le régime !

La remise en cause du système de soutien  des prix des produits de première nécessité et l’application de « la vérité des prix », la révision du code du travail, notamment la remise en cause des CDI par la généralisation des CDD, maintenir l’interdiction de recruter dans la Fonction publique étendue à toutes les entreprises publiques, revoir encore une fois le système des retraites estimé encore trop social (droit à la retraite à 55 ans pour les femmes et 60 ans pour les hommes) par l’allongement de la période de travail et de celle du calcul de la pension (jusqu’à maintenant calculée sur les 5 dernières années), privatiser plus encore la prise en charge des malades dans les structures publiques de santé, casser la formule 51/49 pour le partenariat économique qui « ne serait pas le coran», selon le ministre des Finances, se défaire ou privatiser des entreprises publiques, dévaluer le dinar algérien, obtenir des crédits sur le marché mondial, c’est-à-dire s’endetter et à terme se faire garrotter, réduire voire supprimer des projets d’équipement, notamment les équipements sociaux et ceux touchant aux infrastructures de bases, et enfin signer sans attendre les accords avec l’OMC et l’Union européenne, et l’Union africaine pour « le libre échange des capitaux » et la suppression des taxes douanières. Et puis il y a enfin le projet de loi de finance 2020  dans la continuité de ceux des dernières  années, c’est-à-dire dire d’austérité au nom de la rigueur économique, pour tenir compte de la baisse du prix du baril de pétrole, et de la baisse sérieuse des réserves de changes. Il devra traduire dans les faits les recommandations des institutions financières mondiales.

L’assemblée nationale qui a effectué  sa rentrée est prête à agir le doigt sur la couture du pantalon, c’est-à-dire à agréer tous les projets qui lui seront transmis.

Les experts du FMI et de la Banque mondiale élaborent pour le compte de l’impérialisme, transmettent au gouvernement leurs recommandations, et ce dernier les convoient vers le parlement pour adoption, et si cela est nécessaire il y a toujours les ordonnances.

Rejeté, le gouvernement Bedoui se maintient…                                                    

Ce peut-il qu’un gouvernement autant décrié puisse agir ainsi ? Il a contre lui un mouvement populaire de millions de femmes et d’hommes qui chaque vendredi crient que « le gouvernement Bedoui doit partir ». Ses ministres ne peuvent sortir sur le terrain sans être empêcher par les citoyens. Les partis politiques et les associations les plus favorables au maintien du système et même le panel demandent son départ « en tant que « l’une des mesures d’apaisement » pour crédibiliser « le dialogue national ». Et pourtant, il gouverne !

Le soutien des grandes puissances, celui « du pouvoir réel », les orientations des partis et organisations, qui tournent le dos au mouvement populaire, notamment ceux qui se réclament des travailleurs de plus en plus intégrés à la feuille de route « de sortie de la crise » du régime, sont ensembles les facteurs de son maintient et de sa capacité à mettre en œuvre un plan aussi anti ouvrier et anti national.

L’impérialisme, les institutions financières internationales, « le pouvoir réel », les partis et organisations attachés à l’ordre actuel de la société sont dans leur rôle quand ils le soutiennent chacun à sa manière. Mais que dire des partis et organisations se réclamant des travailleurs notamment les organisations syndicales qui comme le CSA agissent pour le compte du régime et déclarent bannir « dans la période actuelle les revendications sociales », comme si leurs satisfactions pouvaient attendre.

La voie pour une autre politique économique commence par la rupture, de tous ceux qui parlent aux noms des travailleurs, des jeunes, des étudiants, et des couches paupérisées des villes et des campagnes, avec le régime, ses institutions, ses dialogues et ses conférences. Ils doivent s’engager dans la lutte unie pour prendre en charge les revendications du hirak : »système dégage », « pouvoir au peuple », et « satisfaction de toutes les revendications démocratiques et sociales ».

Pour le Comité d’Organisation des Socialistes Internationalistes (COSI), la lutte unie de toutes les organisations ouvrières et populaires signifie la mise en avant de la revendication de la convocation et de l’élection de l’Assemblée constituante Souveraine, la constitution de comités populaires et de citoyens dans les usines, les universités, et les quartiers, leur coordinations à tous les niveaux, l’appel et l’organisation de la grève générale pour en finir avec le régime. la revendication  pour eux-mêmes aux noms des travailleurs d’un « gouvernement  Comité de Réappropriation de l’UGTA par les travailleurs/ CSA ».

C’est la seule voie qui tourne le dos au régime, à l’impérialisme, leurs partis, leurs avocats aile  « gauche » de la bourgeoisie compradore qui mènent  le pays à se subordonner au marché mondial, à la catastrophe et au chaos. 

Un autre gouvernement pour une autre politique économique

Les militants ouvriers que nous sommes ne déterminent  pas leur orientation politique sur la spéculation mais sur les faits. Nous ne savons pas, et personne ne le sait, quelle forme prendra la revendication d’un «  gouvernement des travailleurs et des couches paupérisées des villes et des campagnes ». Prendra t il la forme du « comité de réappropriation de l’UGTA  pour les travailleurs  /CSA » telle qu’issue des grèves générales de fin janvier, du 26 février, du 10  mars, et du 10 avril, des rassemblements du 17 avril et du 1er mai,  et du combat pour le congrès extraordinaire de l’UGTA  ou du processus mené jusqu’au bout de la mise en place de comités populaires et de comités de citoyens, coordonnées à tous les niveaux jusqu’ à l’assemblée nationale des délégués ?

Une première chose est certaine : la rupture immédiate et sans attendre de toutes les organisations syndicales et des partis ouvriers d’avec la feuille de route du régime est le premier acte pour ouvrir au peuple travailleur la voie de son propre gouvernement

Une seconde chose est certaine : rompre et revendiquer « un gouvernement  comité de réappropriation de l’UGTA pour les travailleurs/ CSA » c’est favoriser la voie à l’émergence d’institutions propres aux masses dans les entreprises, universités et dans les quartiers et à leur coordination à tous les niveaux jusqu’à l’assemblée nationale des délégués.

Une troisième chose est certaine : il faut un autre gouvernement, « un gouvernement des travailleurs » pour impulser une autre politique économique.

Quelle politique pour un gouvernement des travailleurs ?

Même le quotidien El Moudjahid n’ignore pas que le peuple veut d’une autre politique. Il écrit dans son éditorial du dimanche 1er septembre : « les manifestants sont motivés par l’attachement à la justice sociale, et la poursuite de la lutte contre la corruption ». Fidèle à son rôle de porte parole du régime le journal enchaine ces aspirations dans la perspective de l’élection d’un président  qui ‘ »pourra tout faire après son  élection ». Nous avons vu plus haut la signification de ce « tout » une batterie de projets anti sociaux et anti nationaux. Il faudrait  presque proposer leur  contraire pour être dans le vrai des intérêts du peuple travailleur.

On ne peut arracher de nouveaux acquis sans  défendre les acquis actuels. C’est le   premier axe d’une politique indépendante des masses.     

Les organisation syndicales,  les partis et organisations ouvrières doivent défendre les avantages acquis en refusant :

  • la remise en cause du système de soutient  des prix des produits de premières nécessités,
  • la remise  en cause des CDI, la généralisation des CDD et le développement du travail informel, 
  • l’interdiction de recruter dans la fonction publique étendue à toutes les entreprises publiques,
  • le projet d’un nouveau système des retraites,
  • la privatisation de la prise en charge des malades dans les structures publiques de santé,
  • l’abrogation de  la formule 51/49 pour le partenariat économique,
  • la dissolution ou la privatisation des entreprises publiques,
  • la dévaluation du dinar et l’endettement extérieur,
  • de réduire voir supprimer des projets d’équipements notamment les équipements sociaux et ceux touchant aux infrastructures de bases,
  • de signer les accords avec l’OMC et l’Union  Européenne, et l’Union Africaine pour « le libre échange des marchandises et des capitaux » et la suppression  des taxes douanières.

La lutte sur cet axe est inséparable du combat pour l’assemblée constituante souveraine et  l’indépendance des organisations syndicales.

Dans la société capitaliste tous les acquis arrachés par la lutte des travailleurs ne sont jamais définitivement acquis. Ils sont systématiquement remis en cause par les gouvernements de la bourgeoisie. Il faut donc se doter d’un programme de mesures remettant en cause cette logique que ne peut mettre en œuvre qu’un « gouvernement des travailleurs et des couches pauvres des villes et des campagnes». C’est le deuxième axe du combat indépendant des travailleurs.

Il faut :

  • ré instituer le monopole de l’état sur le commerce extérieur,
  • exproprier les oligarques des biens acquis par la prédation et la corruption des agents de l’état,
  • nationaliser sans indemnité ni rachat  les entreprises et sociétés appartenant aux trust- et monopoles internationaux,
  • rendre nulles leurs actions dans les sociétés algériennes stratégiques notamment dans les hydrocarbures,
  • nationaliser les banques et les compagnies d’assurances privées,
  • réorganiser ces deux secteurs pour les tourner vers l’application d’un plan d’industrialisation du pays sous le contrôle des salariés et vers l’aide aux travailleurs,  aux paysans travailleurs  et aux travailleurs agricoles. A ces deux derniers devront  être dévolus les terres qu’ils travaillent pour le compte d’autrui,
  • généraliser le « contrôle ouvrier » dans les entreprises, instituer l’échelle mobile des salaires et des prix, et réorganiser les normes de la production vers la répartition des heures de travail pour assurer le plein emploi, tourner, enfin, la production vers la satisfaction des besoins du peuple en quantité et qualité.      

Ce programme est réaliste et réalisable car il correspond aux aspirations du peuple travailleur et à ses capacités à le mettre en œuvre dans la mesure où les organisations syndicales, les partis ouvriers le prendront  en charge dans l’unité et qu’ils inscriront  leurs actions dans des institutions propres aux travailleurs. Les associations, organisations,  partis politiques, les avocats  attachés au maintien des moyens privés de production, le régime et l’impérialisme en seront de redoutables adversaires. Nulle part dans le monde les classes dominantes n’ont accepté avec bienveillance que leur pouvoir soit remis en cause car leur survie et leurs intérêts dépendent de la gestion par eux ou leurs avocats pour eux du pouvoir sur l’état. Il se trouvera toujours des personnalités politiques, des partis politiques pour nous rappeler la force de l’impérialisme afin de nous « convaincre » de ne pas mordre à  belles dents dans le système de l’exploitation de l’homme par l’homme. Nous répondrons que nous sommes également forts  du soutien de tous les peuples travailleurs dans le monde car nous avons  les mêmes aspirations : se dépouiller de toutes nos chaines.

Abdelkader Bentaleb   

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Économie

Fortunes algériennes : 78,6 millions de dollars transférés au Canada !

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C’est une véritable saignée que subit l’économie nationale depuis le début de l’année 2019 suite à la candidature surréaliste de Abdelaziz Bouteflika à un 5e mandat et au mouvement populaire qui entend en finir avec le système des corrompus. Cela prouve que le peuple a bien eu raison de se révolter et que le semblant d’opération « main propre » menée par Gaïd Salah n’est que de la poudre aux yeux.

Les fortunes algériennes, souvent mal acquises, quittent le pays en toute impunité. Plus de 78,6 millions de dollars ont été transférés au Canada depuis l’Algérie, et ce, depuis janvier 2019, a révélé le journal montréalais Le Devoir.

« Entre janvier et juillet 2019, plus de 78,6 millions dollars ont été envoyés au Canada depuis l’Algérie, selon des chiffres obtenus auprès du Centre d’analyse des opérations et déclarations financières du Canada, qui surveille les télévirements de fonds de plus de 10 000 dollars en provenance de l’étranger », écrit le journaliste Fabien Deglise dans un article intitulé « Des fortunes algériennes trouvent refuge au Canada ».

Ce chiffre enregistré en 7 mois seulement représente une augmentation de près de 10 millions comparé au total des transferts effectués durant toute l’année 2018 ! C’est également une augmentation de 50% par rapport aux transferts opérés en 2017.

« Cette année-là, 52 millions de dollars avaient été transférés au Canada depuis des institutions bancaires algériennes », note encore le journaliste.

L’explosion de la valeur moyenne des transferts en 2019, comparé à ceux enregistrés en 2017 et 2018, démontre qu’il s’agit d’opérations effectuées par les grosses fortunes algériennes et non pas par les citoyens lambdas. Une bonne partie de ces fortunes ont trouvé refuge à Québec où est installée la majeure partie de la diaspora algérienne.

« Signe d’une certaine fébrilité, la valeur moyenne des transferts a également explosé en 2019, pour atteindre 405 195 dollars par transaction déclarée, contre 187 900 dollars et 157 857 dollars respectivement en 2018 et 2017. Ce montant représente plus de 26 fois le PIB par habitant en Algérie en 2018, confirmant ainsi que ces transferts sont orchestrés principalement par les plus grosses fortunes du pays », fait remarquer le journaliste du quotidien Le Devoir.

Le journaliste note à juste titre que les transferts s’accélèrent en période de crise du fait de la peur des dirigeants politiques et des riches de voir la monnaie nationale s’effondrer.

Ces transferts importants s’expliquent aussi par l’urgence de mettre à l’abri des richesses mal acquises dont une bonne partie avait été blanchie dans l’immobilier français et espagnol.

Il faut rappeler qu’un Algérien installé au Canada avait interpellé, le mois de juin dernier, le député du Nouveau Parti démocratique Pierre-Luc Dusseault, qui, à son tour, a écrit au ministre des Finances, Bill Morneau, pour l’informer et l’inciter à la vigilance : « Ces mouvements financiers sont majoritairement faits par la classe politique et dirigeante algérienne actuelle, qui se prépare à un exil imminent. […] Le peuple algérien est inquiet que le départ du gouvernement et de ses dirigeants se fasse en amenant avec eux […] des fonds publics dilapidés […]. Ces dirigeants corrompus ne devraient pas pouvoir trouver un refuge au Canada pour ces fonds illégitimes. »

Il est triste de voir que du côté algérien, rien n’est entrepris pour arrêter cette saignée. La corruption semble avoir encore de beaux jours en Algérie.

Synthèse A. Guatri

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