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Chronique

Développement national et questions

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Beaucoup d’approches sur l’économie algérienne fleurissent depuis une vingtaine d’années. Toutes tout aussi généreuses les unes que les autres.

Toutes ne se préoccupent pas, par contre, d’un certain nombre de paramètres, dont le fondamental : le sous-développement structurel et ses déterminants qui sont le produit de la division internationale du travail dans laquelle l’Algérie a été périphérisée, dès le début du 19e siècle.

Colonie française, son économie a été profondément assujettie aux logiques de la métropole et aux intérêts du colonat. Son agriculture a été dévoyée aux profit des cultures spéculatives et son industrie embryonnaire, industrie de substitution, se résumait à quelques fabriques sans prétention internationale, c’est-à-dire sans stratégie d’accumulation en dehors du marché local.

Les infrastructures de base, par conséquent, lorsqu’elles existaient se limitaient à la desserte des centres de colonisation et ne portaient jamais la préoccupation d’un développement intégré du pays. Sur le plan sociologique, les Algériens étaient exclus de toute possibilité de promotion intellectuelle, encore moins sociale. Soumis au code de l’indigénat, jusqu’au bout, ils ne seront que quelques milliers à avoir pu s’émanciper de l’illettrisme et quelques centaines à accéder aux études supérieures.

A l’indépendance, avec le départ des Européens, quelles que soient les conditions de son enfantement, le jeune Etat a hérité d’abord du terrible défi d’encadrement.

Au plan économique, la bourgeoisie nationale famélique, était très loin de pouvoir servir de moteur au développement, compris dans le sens de la réponse aux incommensurables besoins d’une population sortie de l’enfer colonial.

A côté, les collectifs d’ouvriers prirent en charge le maintien en production des usines et des terres abandonnées. La solution ne pouvait être que ce capitalisme d’Etat, sous la couverture idéologique de « socialisme », qui pouvait amorcer la prise en main de l’économie et l’émergence du patronat actuel, issu de manière plus ou moins occulte des flancs du secteur d’Etat, grâce notamment à la protection conférée par le monopole de l’Etat sur le commerce extérieur.

Ceci selon une politique volontariste désignée sous le concept d’industries industrialisantes, sur fond de populisme, réponse aux attentes d’un peuple qui identifiait et continue d’identifier l’indépendance avec la consécration du droit de profiter des richesses nationales.

La rupture avec le capitalisme d’Etat, l’ouverture du marché extérieur et le démantèlement du secteur public, ont eu lieu depuis plus de vingt ans, sans qu’il y ait une initiative privée notable.

A l’inverse, l’Etat continue d’être le seul recours contre le chômage et les déficits sociaux multiformes. On peut même constater une aggravation de la situation économique, si l’on considère l’évolution de la société dont les aspirations ont changé de nature et qui devient plus exigeante en termes de qualité de vie. Dans le même temps l’Etat est au centre de reproches qui lui impute l’échec de la libéralisation, sous prétexte qu’il est responsable d’un « climat des affaires » qui ne serait pas au niveau des desiderata de l’investissement étranger. L’affaire Sawiris par exemple, où l’Egyptien a pourtant réalisé peut-être sa plus fructueuse opération au détriment des intérêts du pays, est brandie en tant qu’argument pour faire de l’Algérie « l’un des endroits les plus difficiles pour faire des affaires » (Financial Times).

Cette attitude est relayée par des voix internes qui sont l’expression de ces couches sociales qui se sentent suffisamment fortes pour revendiquer une place dans les centres de décision. Leur force s’appuie, essentiellement, sur la formidable pression des puissances occidentales et sur leurs menaces à peine voilée.

Bien sûr il y a cette foule d’experts qui fleurissent et qui apporte leurs analyses et leurs solutions, toutes aussi prometteuses les unes que les autres. Des experts qui ne font, en passant, aucune allusion à l’échec de leurs théories en face de la crise qui fait s’effondrer des pays autrement plus outillés que l’Algérie. Pourquoi seraient-elles valables chez nous ? Somme-nous en droit de nous interroger.

Quant aux revendications démocratiques, à la lutte contre la corruption et à la transparence de la gestion des affaires publiques, elles gagneraient à ne pas faire l’amalgame qui prospère à l’égard de nos régions. « La politique étrangère est la politique économique » a dit, à ce propos, John Kerry, secrétaire d’Etat étatsunien. Nous avons là une définition des plus claires sur les relations internationales et sur les motivations concrètes des Etats-Unis.

Au cœur se trouvent les liens de dépendance dont souffrent les pays qui n’ont pas eu l’heur de pouvoir se propulser lors de la révolution industrielle. Des liens de dépendance et non « un retard à rattraper », comme il est communément admis et imposé par la doxa dominante.

Une réalité qui impose l’idée que les ruptures qu’il faudrait réaliser concernent en premier lieu les dispositifs de subordination des politiques nationales aux stratégies élaborées par les décideurs du marché mondial.

A. H.

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