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Le pouvoir n’est-il pas dans l’impasse ?

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Le général Gaïd Salah, décidément l’unique voix du système, a parlé encore une fois. Si dans le fond, aucun changement notable dans les positions du pouvoir n’est à souligner, en revanche, sur la forme, nous pouvons déceler dans le dernier discours de l’homme fort du moment, un semblant de changement de ton. On est passé d’un discours belliqueux à un propos élagué des menaces et des accusations à l’emporte-pièce.

Dans ce discours, le général se contorsionne à s’étouffer pour donner l’air qu’il comprend la situation et qu’il est prêt pour un dialogue constructif afin de mettre un terme à la crise. Ce qui demeure constant dans le prêche de Gaïd, c’est l’absence de propositions claires et franches. En effet, au lieu de répondre directement aux revendications claires de la rue, on préfère les ruses et les subterfuges. D’ailleurs, le même procédé discursif est prédominant dans les interventions du chef de l’état major de l’armée et même dans les lettres supposées de Bouteflika que les médias avaient pris l’habitude de nous lire. Cela fait partie de la stratégie du système qui a pour but de semer le doute et de créer la confusion pour tenter de détourner et de manipuler les citoyens.

La rue ne se laisse pas impressionner

La semaine passée a été éprouvante pour Gaid. En effet, les chantages et les menaces de Gaid Salah galvaudés dans ses allocutions n’ont pas eu l’effet escompté. Le ton est monté considérablement du coté de la mobilisation. La tenue de l’élection présidentielle a été massivement rejetée par le peuple. Lors de l’acte XIV, la rue s’est montrée particulièrement hostile au chef de l’état major de l’armée. Le peuple l’a, en effet vilipendé et accusé de se ranger aux cotés des ‘’traîtres’’, tout en prenant soin de souligner savamment son respect pour l’institution. C’est certainement, dans cette réaction ferme et massive du peuple face aux menaces et aux gesticulations de Gaid Salah qu’il faut trouver les raisons ce petit changement de ton.

De quel dialogue parle-t-on ?

 Si dans son discours précédent, il fait allusion au rôle que doivent jouer les personnalités nationales, dans celui du 28 mai, il appelle carrément au dialogue pour sortir de la crise. En revanche, il ne définit ni les contours, ni les objectifs. Le dialogue dont parle le chef militaire n’a pas de sens dans la mesure où il lui fixe les finalités à priori. En effet, il affirme que seule une présidentielle tenue dans les meilleurs délais constituerait une véritable réponse à la crise. Dans le même temps, il rejette toute idée de transition. En fait, il s’inscrit en faux contre la volonté du mouvement populaire.

Ne soyons pas dupes, Gaid Salah ne s’adresse pas à la rue qu’il méprise et qu’il infantilise. Il vise la clientèle habituelle du régime, vomie par la rue, mais prête à s’offrir au premier tyran qui se mettrait en scelle, quitte à passer sur les corps de millions d’Algériens, mais aussi au ventre mou de la mobilisation : certains partis d’opposition que le mouvement indispose et dont la victoire conduirait inéluctablement droit dans la poubelle de l’histoire. Il tente de reconstituer la base du régime et la renforcer avec les opportunistes et de tout bord. Ainsi la contre-révolution se mettrait en marche.

Cette volonté affichée ne peut pas être crédible lorsque le jour même de son discours, on apprend la mort du militant Djamel Eddine Fekhar en grève de la faim depuis plus de 50 jours. Au contraire, elle met en évidence l’impasse dans laquelle se trouve le régime. En effet, malgré toutes les ruses et les entourloupes utilisées jusque-là dans l’unique but de diviser et d’affaiblir le mouvement et devant l’impossibilité de réprimer les manifestations très massives, le pouvoir est aux abois.

 Comment céder à la rue sans donner l’impression de perdre la main ?

 Comment céder à la rue sans donner l’impression de perdre la main et initier l’effondrement de ce qui reste du régime? C’est cette équation complexe que le régime cherche à résoudre. Gaid Salah ose même l’expression ‘’ s’écouter mutuellement’’. Sait-il ce que cela suppose? D’abord, il doit mettre fin à son autisme manifeste et écouter les revendications de la rue qui exige une rupture radicale avec le système en place. Cela doit se traduire par l’arrêt de toutes les entraves au droit d’organisation, de déplacement et de manifestations. Il faut libérer d’urgence et sans conditions tous les détenus d’opinion. S’écouter n’a non plus aucun sens lorsqu’on sait que les médias publics sont fermés à toute critique du pouvoir et même transformés en appareils de propagande de la contre-révolution.

Le pacifisme du peuple exclut le retour au drame de la décennie noire

Là où Gaïd Salah a raison, c’est lorsqu’il affirme que le peuple ne veut pas revivre ‘’les expériences douloureuses’’ de notre passé récent, notamment la décennie 90. Justement, ce peuple qui impressionne la planète entière par son pacifisme, sait ce et ceux qui ont conduit à la tragédie des années 90 et ne veut pas du tout vivre de nouveau le même cauchemar. Les algériens, par millions, sortent dans les rues depuis plus de trois mois sans provoquer le moindre incident et la moindre dégradation et parfois en dépit des provocations des forces policières et des relais du système. N’est-ce pas une preuve par dix que le peuple est attaché à la lutte pacifique pour faire déguerpir le système ?

 Le peuple algérien, de part son attitude et son refus de la violence, est conscient des enjeux. C’est le pouvoir recroquevillé sur ses privilèges qui refuse de faire son bilan et tirer les enseignements qui s’imposent au lieu de s’accrocher mordicus aux privilèges multiples dont il bénéficie illégalement. Les risques d’une dérive ne peuvent venir que du refus du pouvoir d’écouter le peuple qui exprime le vœu de vivre libre et dans la dignité et la justice sociale, loin du mépris des castes de prédateurs économiques et l’arrogance d’une élite méprisante et méprisable. Cette volonté de s’accrocher au pouvoir contre vents et marées est justement porteuse de risques quand à la stabilité du pays.

Par ailleurs, quand Gaid Salah dit qu’il n’a pas d’ambitions politiques, on est tenté de lui répondre par l’expression «Qui se sent morveux se mouche.» En Algérie et tout le monde le sait, l’armée est au centre du pouvoir. C’est elle qui fait et défait tout ce qui a trait à la politique, notamment le choix des présidents et des hauts responsables. Certes, elle n’aime pas la lumière, mais c’est elle qui tire les ficelles.

Seule une période de transition peut mener à un changement de système

Le refus d’une période de transition qui servirait à mettre en place les structures et les débats nécessaires pour réaliser la rupture profonde à laquelle aspire le peuple algérien s’explique par la crainte du pouvoir de disparaître définitivement, car ce peuple se mettrait de fait au centre du débat politique et exigerait le droit de regard sur tout ce qui le concernerait. Cela explique également l’insistance et l’empressement à organiser les moins représentatives des élections, les présidentielles en l’occurrence. En effet, ce type de scrutin organisé à la hâte et sans débats préalables, conduirait, dans l’état actuel de la classe politique et des mouvements sociaux, à la sauvegarde du régime.

 La rue doit rester mobilisée et offensive tout en demeurant pacifique. Le pouvoir montre des signes de faiblesse et de frilosité et ses appels à un dialogue constructif cache mal l’impasse vers laquelle sa stratégie l’a mené à cause de son entêtement. La rue, de son côté, est condamnée à réfléchir à son auto-organisation et à la représentation qu’elle doit se donner. D’autres moyens de pression autres que les manifestations des mardi et vendredi, comme la grève générale, doivent être envisagés pour augmenter la pression sur les décideurs.

M. A.

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