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Chronique

La prédation mère de la déprédation

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On tente généralement de renforcer la notion de citoyen par celle de civisme. Le civisme étant un ersatz de religion librement acceptée. Un citoyen dévoué à tous, en soi, discipliné, engagé pour le meilleur et pour le pire auprès de la collectivité nationale, en particulier, et humaine en général.

Il en est beaucoup resté, de ces temps bénis, dans l’imaginaire des hommes, de l’aube de leur histoire, quand ils vivaient solidairement autour de la nécessité de se prémunir, les uns les autres, des agressions de la nature, de lutter contre ses éléments et de conjuguer les efforts pour survivre.

Les règles n’étaient pas écrites, elles faisaient corps avec les rapports entretenus entre les individus du même clan. Personne ne pensait chasser moins que l’autre et personne ne pensait manger plus que l’autre. Il n’y avait ni envie, ni jalousie, ni vol, dans le clan. L’organisation correspondait aux besoins de la communauté. Bien plus tard, lorsque l’humanité devient plus nombreuse, qu’elle se stratifie en classes sociales et que l’égoïsme a balayé la solidarité, les religions sont venues écrire les règles de respect, de partage, d’amour et d’entraide. A la différence près de se voir offrir, après la mort, la félicité et les délices d’un paradis voué à l’éternité ou, a contrario, une terrible sanction du manquement qui sera enregistré par des puissances supra-naturelles, à la vigilance, permanente, implacable et infaillible.

Même si, dans les faits, ici bas, une sanction immédiate est infligée, proportionnelle au délit. Il n’était pas question de faire confiance au libre-arbitre de chacun et, encore moins, à la réalité de la croyance dans les terribles supplices de l’au-delà. Il n’en demeure pas moins que les hommes ont pu vivre en relative bonne intelligence au sein de groupes sociaux plus ou moins importants.

Progressivement, l’organisation des sociétés humaines, se complexifiant, se sont mis en place des systèmes politiques, juridiques et moraux de plus en plus sophistiqués. Jusqu’ à l’ère moderne, avec la généralisation des notions de démocratie et de république.

L’individu est mis, dans les principes, au centre de la société. Il est attributaire du statut de citoyen qui est la base de la collectivité, dont serait une cellule vivante en harmonie avec le corps social dans lequel elle vit et avec lequel elle interagit. La solidarité des membres est pensée en termes de défense réciproque des intérêts de chacun. L’intérêt d’un seul est l’intérêt de tout le monde. C’est un retour, apparent, aux rapports humains originels.

Mais, ce n’est pas la tribu primitive qui est reconstruite, il y a seulement le vœu de reprendre son apparence. Tout est pensé ainsi sans que le résultat soit probant. D’abord et à la base parce qu’on ne dort plus dans la même grotte, qu’on ne mange plus au même feu et que la concurrence de tous contre tous s’impose aux rapports sociaux.

Ensuite et surtout parce que la condition, première, de la citoyenneté est la valeur accordée au travail et cette valeur a été la première de toute à être dévaluée au profit des rentes de situation d’abord, puis de la débrouille généralisée, ensuite au profit de la corruption à tous les niveaux.

A fleuri, par conséquent, la culture de la prédation mère de la déprédation, par la nécessité imposée de faire fi de tout pour réussir. La leçon prodigué est que lorsque l’organisation formelle, c’est-à-dire la société que veut imposer la loi, la religion et l’ordre officiel en général, ne fonctionne pas pour le plus grand nombre, le civisme et la citoyenneté restent des mots creux.

A. H.

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