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Lettre ouverte au général-major Gaïd Salah par Hocine Malti

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Consultant pétrolier, ancien vice-président de Sonatrach et auteur de « Histoire secrète du pétrole algérien », Hocine Malti a publié dans la presse (*) cette lettre très pertinente que nous reproduisons intégralement.

Mon général,

J’espère que ce n’est pas au futur maréchal Sissi algérien que je m’adresse. J’espère franchement me tromper, mais l’histoire récente de notre pays nous a appris que le pouvoir rendait fou.

Nous avons eu la démonstration que ceux qui le détenaient réellement – qu’ils s’appellent Abdelaziz Bouteflika, Mohamed Tewfik Médiène, Saïd Bouteflika ou Bachir Tartag – étaient prêts à mettre le pays à feu et à sang pour s’y maintenir. Je parlerai des Ouyahia, Sellal, Haddad et autres plus tard. Mais le Hirak a été plus fort qu’eux et, avec votre assistance certes, nous nous en sommes débarrassés.

Parlons de l’ex-président de la République, tout d’abord. Il est clair que si le pouvoir ne lui avait pas fait perdre la raison, il se serait retiré dès la fin de son second mandat, plutôt que de triturer la constitution dont vous vous prévalez aujourd’hui, pour faire un 3ème, puis un 4ème et qui sait,  grâce à votre soutien notamment, un 5ème mandat, voire plus.

Mais le peuple s’était rendu compte que la poupée bien dopée, bien habillée et bien peignée que l’on nous présentait de temps à autre à la télévision durant quelques secondes, pour nous faire croire qu’elle était en mesure de présider aux destinées de 42 millions de personnes, n’était en réalité qu’un zombie et a dit «Barakat».

Ce qui m’amène, mon général, à vous poser une première question : où étiez-vous lors de chacune de ces apparitions ? N’aviez-vous pas encore découvert l’existence de l’article 102 de la constitution ?

Vous avez semblé découvrir, tout d’un coup, il y a un peu plus d’un mois, qu’il existait des forces «anti-constitutionnelles» autour de l’ex-président de la République, dirigées par son frère Saïd et que ces «forces» envisageaient de vous destituer.

Tout le monde sait qu’en réalité, vous connaissiez l’existence de ces «forces» depuis très longtemps. Vous saviez bien sûr que Saïd faisait office de président; vous l’avez cependant laissé agir à sa guise, car jusque-là il nommait ou dégommait des ministres, des ambassadeurs, des walis ou d’autres hauts fonctionnaires, ce qui ne vous dérangeait pas outre mesure.

Mais à partir du moment où il s’en est pris à vous, qu’il a voulu vous destituer, alors là, ça n’allait plus. Vous avez pris les devants, vous vous êtes souvenu que l’article 102 de la constitution était là pour vous protéger, vous avez adressé un ultimatum au frère aîné le sommant de démissionner illico presto. Vous avez ainsi neutralisé Saïd.

Le peuple vous est reconnaissant de lui avoir évité le bain de sang dans lequel l’aurait plongé la folie de cet homme qui voulait proclamer l’état de siège. Me vient alors à l’esprit la seconde question que je voudrais vous poser : pourquoi avez-vous attendu d’en arriver à une telle extrémité pour prendre cette décision ? Vous savez très bien que le tout premier slogan qu’ont clamé, dès le 22 février, des millions de voix à travers tout le pays, était que «le peuple ne veut ni Bouteflika, ni Saïd ». Ce n’est que 11 semaines plus tard que vous lui avez «offert» la tête du Raspoutine algérien. Pourquoi ? Parce que le bât a commencé à vous blesser ?

Peu de temps après, vous l’avez fait mettre sous les verrous en compagnie de Mohamed Tewfik Médiène et Bachir Tartag au motif que ce trio complotait contre le peuple et contre l’armée. Je suis bien sûr très heureux, tout comme l’est certainement tout le peuple algérien, de constater qu’il a été mis fin aux agissements criminels de ces trois individus.

Votre geste aurait cependant été plus apprécié si tous trois avaient été arrêtés beaucoup plus tôt et pour des motifs autrement plus convaincants; ce qui m’amène, mon général, à vous poser une troisième question : n’est-ce pas aussi et surtout parce qu’ils complotaient contre vous que vous les avez fait arrêter ?

Mais bon, passons. Réjouissons-nous pour le moment que le tout puissant Tewfik, Rab Dzayer, que Saïd en apparence moins puissant, mais tout aussi nocif et que la quatrième roue de la charrette le terrible tortionnaire Bachir Tartag, vont – nous l’espérons tous – finir leurs vies en prison. Réjouissons-nous aussi qu’il ait été mis fin à la folie d’Abdelaziz Bouteflika qui rêvait de mourir sur le «trône» et qu’advienne que pourra de l’Algérie et de son peuple.

Il y a cependant une leçon à tirer de cet épisode. L’ivresse du pouvoir a fait oublier à ces quatre comparses que le peuple ne les soutenait pas, mais qu’il les haïssait.

Vous savez pertinemment, mon général, que vous, par contre, avez «réussi votre coup» parce que vous avez mis à profit la puissance des millions de voix qui demandaient depuis plusieurs semaines la tête de Saïd.

Car c’est lui, le peuple, qui accorde sa confiance ou exprime sa défiance aux gouvernants, il est la source du pouvoir (article 7 de la constitution, n’est-ce pas ?). Je me permettrais de vous dire alors, mon général, que la leçon à retenir est qu’il ne faut pas essayer d’arracher son pouvoir au peuple algérien. Je sais qu’il y a une place de Rab Dzayer à prendre, mais ne vous laissez pas tenter.

Vous vous demanderez peut-être pourquoi je me permets une telle « familiarité » ? C’est parce que l’on sent à travers vos agissements que vous cherchez à renforcer votre pouvoir en surfant sur la vague du Hirak, alors qu’en votre qualité de chef d’état-major de l’ANP, c’est plutôt l’inverse que vous devriez faire : mettre l’institution au service du peuple.

Que demande ce peuple ? Un changement total de système et que partent tous ceux qui sont à sa tête. Les plus emblématiques d’abord.

Il réclame aussi une justice indépendante qui jugerait tous ceux qui ont pillé les richesses du pays, une justice qui cesserait de fonctionner par injonctions téléphoniques.

Vous serez d’accord avec moi pour dire que le peuple algérien ne croit pas un instant les fadaises qu’on lui raconte selon lesquelles la justice algérienne s’est brusquement réveillée ces derniers temps et a décidé d’entamer, en toute souveraineté, une action contre des dizaines de personnes, dont Ouyahia, Sellal, Haddad et bien d’autres encore. Vous nous avez d’ailleurs fièrement annoncé que vous possédiez de très lourds dossiers de corruption à mettre à disposition de la justice.

Vous pensez donc acquérir les bonnes grâces du peuple en lui offrant des têtes. Certaines seulement d’ailleurs. D’où ces nouvelles questions que je vous adresse, mon général.

Pourquoi si tard ? Khalifa, Sonatrach, Chikhi le Boucher, l’autoroute Est-Ouest, ne datent pas d’hier. Autre chose : qu’en est-il des hommes d’affaires qui rôdent dans votre entourage ? Sont-ils moins véreux que les autres ? Et les politiciens qui s’abritent derrière vous, sont-ils plus soucieux des intérêts du pays que de leurs propres ? Il est certain que le jour où, dans notre pays, la justice sera réellement indépendante, elle saura séparer le bon grain de l’ivraie.

Venons-en maintenant à la question fondamentale qui sous-tend ce magnifique mouvement pacifique du peuple algérien. Le Hirak exige – dois-je vous le rappeler ? – le changement total du système. Il veut être le seul maître de son destin, il veut imposer une nouvelle constitution, il veut jeter les bases de la 2ème république, il veut élire son futur président en toute liberté, il veut choisir des députés qui le représenteront vraiment et non des ignares dont le seul souci serait de jouir des privilèges de la fonction, il veut que les magistrats de demain n’obéissent qu’à leurs consciences et non aux ordres « venus d’en haut », il veut que l’«État profond», à savoir la police politique, cesse de le pourchasser, il veut que l’armée, dont vous êtes le grand patron, le protège contre toute menace extérieure, qu’elle reste dans ses casernes et qu’elle ne s’occupe pas – mais vraiment pas – de politique.

Il ne veut en aucun cas revivre demain la situation actuelle où vous, chef d’état-major de l’armée, assumez, en réalité, la charge de chef de l’État. Le peuple exige que l’instauration du nouveau système ne se fasse pas dans le cadre du seul article 102 et certainement pas dans les délais qui en découlent. Il exige aussi que ce changement ait lieu avec la participation de jeunes issus du Hirak et certainement pas sous la tutelle de Bensalah, Bedoui et consorts. Ni sous la vôtre d’ailleurs.

Or, c’est tout cela que vous lui refusez. Vous avez mentionné dans certaines de vos interventions les articles 7 et 8 de la constitution, mais vous refusez qu’ils soient mis en branle dans l’établissement du nouveau système de gouvernance. Pourquoi ? J’espère que vous êtes conscient, mon général, que par votre refus, vous vous opposez à la volonté de l’énorme majorité du peuple algérien. Ce sont, faut-il vous le rappelez, des millions de personnes qui défilent tous les vendredis à travers tout le pays.

Le peuple qui vote avec ses pieds depuis trois mois, a démontré, semaine après semaine, que la majorité du corps électoral est pour la mise en application de l’article 7 de la constitution. Et ce, sans qu’il n’ait recours aux services de l’ex-ministre de l’Intérieur, expert en truquage des élections, devenu premier ministre.

Avant de vous saluer, permettez-moi mon général, de vous dire que le peuple ne se trompe jamais. Malgré les souvenirs sanglants de la sale guerre, suivie de vingt années de magouilles, de ruses, de tromperies, de manigances et de manipulations, malgré l’immense réseau d’hommes de paille qu’ils ont déployé à travers la société et les structures de l’État, malgré les milliards de dollars qu’ils ont claqués pour acheter des consciences et corrompre des milliers de personnes, Abdelaziz Bouteflika, l’ex-Rab Dzayer et leur bande n’ont pas réussi à échapper à la déchéance la plus infâme.

La balle est dans votre camp. Il vous appartient de vous prononcer de façon très claire : êtes-vous du côté du peuple ou du côté de « la bande » ?

Hocine Malti

(*) Nous publions cette lettre avec l’aimable autorisation du Matin d’Algérie.

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Drapeau amazigh : malaise dans le corps de la police

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La décision dangereuse et irresponsable prise par le chef d’état-major de l’armée Ahmed Gaïd Salah d’arrêter tous les Algériens qui brandiraient le drapeau amazigh commence à provoquer un malaise grave dans le corps de la police.

Le symbole de l’amazighité qui n’a plus posé problème depuis l’ouverture d’Octobre 1988 est devenu une fierté nationale que l’on met sur les drapeaux, les vêtements, les bijoux et les divers motifs de décoration ! Beaucoup de policiers n’ont aucun complexe avec ce symbole qu’ils portent fièrement et qui a plus une dimension culturelle et identitaire.

Utiliser le corps de la police pour réprimer, arrêter, emprisonner des jeunes qui porteraient le drapeau amazigh commence à mettre dans l’embarras beaucoup de policiers, commissaires et divisionnaires qui estiment qu’il s’agit là d’une dérive grave qui risque de déstabiliser leur institution d’autant qu’il n’y a dans cette affaire aucune atteinte réelle à l’unité nationale !

A. G.

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Politique

La feuille de route du CNES pour la sortie de crise

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 Le Conseil national des enseignants du supérieur (CNES) a annoncé, samedi à Alger, une initiative nationale indépendante de sortie de la crise politique, appelée « La feuille de route de l’université algérienne pour un dialogue national », visant à trouver « une issue dans le cadre de la Constitution et l’organisation d’une élection présidentielle ».

Lors d’une conférence de presse, organisée au siège du quotidien « El Wassat », le coordonnateur national du CNES, Abdelhafid Milat, a révélé les principaux axes de la feuille de route dont l’élaboration a été confiée « à une commission composée d’experts en droit constitutionnel » en vue de la dévoiler prochainement », affirmant que parmi les principaux objectifs de cette initiative figurent « la recherche de solutions à la crise politique dans le cadre de la loi et de la constitution et l’organisation d’une élection présidentielle transparente et honnête dans les plus brefs délais et les meilleures conditions, outre le rejet de toute proposition appelant à sortir de ce cadre ».

La feuille de route a appelé pour « un dialogue civil n’excluant personne » et dans lequel l’institution militaire ne fera pas partie », outre la formation « d’une instance nationale chargée de l’organisation de ce dialogue, qui sera composée de 6 membres, dont 3 membres désignés représentant les trois autorités, à savoir: la Présidence, le Gouvernement, les deux chambres du Parlement, la Cour suprême et le Conseil d’Etat, et 3 autres membres élus, choisis parmi les partis politiques, la société civile, les personnalités et les élites nationales ».

Après son installation, l’élaboration de son règlement intérieur et la désignation de son porte-parole, l’instance chargée de l’organisation du dialogue devra adresser « une invitation officielle à un dialogue national inclusif, sans exclusion aucune, dont l’unique objectif serait l’examen des mécanismes d’organisation d’une élection présidentielle dans les plus brefs délais », a-t-il souligné, ajoutant que « le président élu sera chargé d’opérer les profondes réformes politiques revendiquées par le hirak populaire ».

M. Milat a fait savoir que la feuille de route « propose l’amendement de la loi organique portant régime électoral, afin d’attribuer toutes les prérogatives de l’organisation d’une élection présidentielle à l’instance nationale en charge », soulignant que ces procédures ne devront pas dépasser « un délai de 3 mois au maximum ».

Répondant aux questions des journalistes, le coordonnateur national du CNES a affirmé que « le refus » par son syndicat d’adopter les initiatives proposées sur la scène politique était dû au fait que « ces initiatives sont juste des paroles dépourvues de mécanismes d’application, appartenant à certaines obédiences politiques et idéologiques », critiquant certaines initiatives appelant « à une période de transition, à une assemblée constituante et à une personnalité consensuelle, car susceptibles d’entrainer le pays dans des approches politiques ne pouvant pas faire l’objet de consensus et le faire tomber dans une impasse sans issue ».

Concernant le volet syndical, M. Milat a annoncé « la fin du conflit interne qui rongeait le syndicat durant plusieurs années », affirmant que « la justice algérienne s’est prononcé sur la légitimité de la représentation du syndicat, en refusant la tenue du congrès parallèle et la reconnaissance de la direction actuelle en tant qu’unique direction légitime », a-t-il dit. APS

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Actu

Le JT de l’ENTV ment comme dans les années 80 !

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C’est complètement anachronique, honteux, insultant envers l’opinion publique de 2019 et surtout dangereux ! La couverture médiatique assurée par le Journal télévisé de l’ENTV est digne de la télé des années 1980 ! Mensonge et propagande mensongère dignes des années de plombs ! Voir vidéo ci-dessous.

Selon le reportage réalisé par l’ENTV, les manifestants seraient sortis ce vendredi 21 juin à Alger, du côté de la Grand-Poste (seulement ?), arborant « l’emblème national et des pancartes demandant d’aller au plus vite vers des élections présidentielles » et « appelant à l’unité nationale » !

A en croire le compte-rendu de l’ENTV, les manifestants auraient appelé à « s’éloigner du régionalisme », à de ne pas répondre aux appels des « séparatistes » et à « s’unir autour de son armée » !

Comment peut-on tenir un discours pareil en 2019 et au bout de 19 semaines de mouvement populaire, de mobilisation, de révolte ? La couverture médiatique de l’ENTV est la meilleure preuve que le chef d’état-major est parti très loin dans sa logique de manipulation et dans sa tentative de dresser une partie de la population contre l’autre.

Ce Journal télévisé, les diverses vidéos de la répression, l’arrachage des drapeaux amazighs et des pancartes, les arrestations arbitraires sont autant de documents qui serviront, demain, à juger Ahmed Gaïd Salah et le haut commandement de l’armée pour délit de « fitna » (discorde).

A. G.

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