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Société

France: les bistrots kabyles de Paris, une histoire de familles

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La Java, les Folies, les Ours, les Rigoles… De nombreux cafés parisiens très populaires sont tenus par des familles d’origine kabyle qui ont su conserver l’âme historique de ces établissements.

Bienvenue aux Folies, institution centenaire du quartier de Belleville, à Paris. Sous la lumière blafarde de ses immuables néons à la lueur rosée, Elias et Sami, la trentaine, sirotent tranquillement leurs pintes. L’un vit à Saint-Ouen, l’autre dans le XIIarrondissement, mais ils n’hésitent pas à traverser Paris «pour profiter de la mixité et de l’ambiance» qui règnent ici.

Il y a aussi Lola et Clémence, qui se rencontrent pour la première fois après un premier contact noué sur un site de rencontres. A côté, José, ouvrier retraité d’origine portugaise, retrouve ses compatriotes au comptoir chaque mercredi. Ils se racontent, dans leur langue maternelle, les mêmes histoires depuis trente ans.

Le bistrot mythique brasse large : riverains, parisiens, étudiants, parents à poussettes ou touristes… Tout comme aux Mésanges, aux Ours (XXe), au Zorba, à la Java (Xe) ou au Bastringue (XIXe). Derrière ces success story qui font des quartiers République, Oberkampf et Belleville le nouveau triangle d’or des soirées parisiennes, se cache une poignée de familles.

Il y a ainsi la famille Selloum, ou plutôt les familles Selloum. Une fratrie se partage les Folies, les Rigoles (XXe) ou encore les Blouses blanches (XIIe) pendant que leur cousin Zico s’est constitué un bel ensemble d’établissements aux noms pas moins réputés : la Colonie (Xe), les Ours, c’est chez lui ! C’est aussi l’histoire des frères Messous, dont les affaires s’étendent de Montreuil (Bistrot du Marché, Chinois ou encore La Grosse mignonne) à Paris (l’Alimentation générale, Xe, L’Olympic, XVIIIe, etc.).

Ils ne se connaissent pas forcément, mais la plupart sont nés et ont grandi dans le quartier. Et tous ont un point commun en plus d’avoir la bosse du commerce : leur origine kabyle. Yassin Selloum, le patron des Folies : «J’ai grandi juste au-dessus du bar avec mes frères, et on y a travaillé avant de reprendre l’affaire», confie ce gaillard de 32 ans au visage poupin, assis décontracté devant une entrecôte-pommes grenailles aux Blouses blanches (XIIe), autre bistrot dont il est le taulier.

L’argument de ces patrons : avoir su conserver l’âme historique de ces établissements. «Chez nous, on n’encaisse pas tout de suite les clients, ils viennent au bar et ils nous disent combien de bières ils ont bues»,précise Yassine. Une manière de se distinguer des bars-PMU impersonnels et des bistrots parisiens touristiques sans âme où la pinte de bière se facture 10 euros.

L’ancrage local de ces bistrots explique d’ailleurs en grande partie pourquoi leurs rideaux de fer sont restés levés pendant les manifestations des gilets jaunes, comme l’explique Farid, patron avec ses quatre frères de la Maison Bistrot (Xe), un autre troquet de ce triangle d’or : «Personne n’est venu casser parce que les gens nous connaissent et que le lieu représente quelque chose pour eux.»

Des bistrots de famille, legs de l’histoire coloniale

Pour comprendre l’origine de cette réussite, il faut remonter à la fin des années 50. A l’époque, les bougnats – nom donné aux Auvergnats montés à Paris – sont cafetiers et règnent sur un empire constitué d’hôtels, de restaurants et de bars de la capitale. Peu à peu, ils cèdent certaines affaires de l’est parisien aux Kabyles, où, sur fond d’histoire coloniale, cette communauté de travailleurs venus d’Algérie s’est établie au début du siècle passé.

Tout aurait pu s’arrêter avec l’indépendance de l’Algérie. Avant 1962 et les accords d’Evian, seules les personnes de nationalité française pouvaient disposer de la licence IV, permettant de vendre de l’alcool à consommer sur place. Pour éviter la perte de leur licence aux cafetiers déjà installés à Paris, les négociations préalables aux accords prévoient que les ressortissants algériens soient exemptés de la condition de nationalité. Une aubaine pour les Kabyles, qui en profitent pour acheter de plus en plus de cafés aux Auvergnats.

Les troquets tenus par les Kabyles deviennent des lieux de vie pour une immigration de première génération d’hommes, venus travailler seuls à Paris. Quand ils ne sont pas à l’usine, les ouvriers se retrouvent dans ces bistrots où ils parlent la même langue et peuvent profiter du téléphone pour appeler la famille restée au pays. Les arrière-salles servent aussi à accueillir les djeema, ces assemblées de famille ou de village où se prennent en collégialité les décisions qui concernent les membres du groupe.

Experts en bonnes affaires

Alors que les «papas» faisaient tourner de modestes affaires, la génération qui a repris la main dans les années 1990-2000 a su développer le business familial en reprenant de nombreuses affaires. «A une époque, ils ont eu le nez creux, en reprenant des affaires dans des coins de Paris qui n’étaient pas encore tendance mais qui le sont devenus», analyse le serveur qui officie dans l’un des bistrots hype.

Les nouveaux tauliers de l’est parisien disent fonctionner à l’instinct, aidés par les bons tuyaux de leurs fournisseurs en café et fûts de bières, qui jouent parfois le rôle d’informateur. «Si tu as un coup de bol, ça marche, et si tu n’en as pas, tu te casses la gueule et tu fermes», philosophe Farid, patron avec ses frères des Gouttières, du Toucan, du Ciré jaune et de la Java, tous situés dans le Xe.

A l’écouter, la génération actuelle est l’héritière d’une ambiance, mais pas rentière. Ce que confirme Frédéric Hocquard, adjoint à la maire de Paris chargé de la vie nocturne et de la diversité de l’économie culturelle : «Il ne suffisait pas de reprendre le bar de papa et de servir des demis pour se faire une place. La concurrence est rude dans la capitale, qui compte près de 9 000 licences IV.»

«Fait maison»

Dans ces familles, la réussite repose aussi sur le «fait maison», véritable marque de fabrique. De la reprise d’affaires à leur fonctionnement en passant par le service, c’est la famille au sens large qui se retrouve en première ligne, comme l’explique un serveur : «Il n’y a pas d’organigramme clair des fonctions de chacun», raconte un serveur rencontré dans l’un de ces bars. «Tu peux avoir affaire à un frère ou un cousin, les responsabilités ne sont pas toujours clairement déterminées.» L’entraide familiale et la solidarité sont des marqueurs forts de cette communauté, qui a dû se serrer les coudes pendant l’époque coloniale et au sortir de celle-ci.

Aujourd’hui encore, alors même que les propriétaires actuels se revendiquent parisiens plus que kabyles, les serveurs sont, dans leur immense majorité, des hommes d’origine kabyle.

Et les patrons continuent de s’investir pleinement dans la gestion de leurs établissements, tout florissants soient-ils. «La plupart du temps ils font les travaux eux-mêmes. Si une machine est en panne, ils peuvent venir en pleine nuit pour se charger de la réparation», explique un salarié. Une manière de rester entre soi, et de ne pas dénaturer les bistrots repris par la première génération tout en évitant de coûteux investissements.

Le patron des Folies, Yassine Selloum, le confirme, léger sourire aux lèvres : «Nous, contrairement aux Auvergnats, on ne fait appel ni à un décorateur, ni à un designer, ni à un architecte. Ici le carrelage, c’est moi qui l’ai chiné !»

Yassin Ciyow et Pierre Vouhé/Libération

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Scandale à l’hôpital de Bou Saâda : on se trompe dans les dépouilles !

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On en a tout vu avec nos hôpitaux que les autorités veulent privatiser à tout prix. La mauvaise gestion et le laisser-aller ont atteint des pics insoupçonnables, notamment à l’hôpital de Bou Saada où l’on ne sait même plus gérer les dépouilles !

C’est le cas d’une famille qui s’était présentée à 12h00 à la morgue de l’hôpital de Bou Saada pour récupérer la dépouille d’un parent et à qui l’on répond que le corps a été remis à une autre famille à 10h00 !

« On s’est présenté hier à midi à l’hôpital de Bou Saada pour récupérer la dépouille et aller l’enterrer. Ils nous ont dit que la dépouille a été remise à 10h00 à d’autres personnes qui l’ont récupérée et enterrée ! », témoigne un jeune dans la vidéo ci-dessous.

La famille du défunt qui se retrouve sans la dépouille de son proche demande tout de même des explications à l’administration de l’hôpital de Bou Saada qui, pour justifier une absurdité pareille, affirme que l’agent a confondu les « dépouilles qui se ressemblaient » !

« Ils nous ont dit que les deux dépouilles se ressemblent et c’est pour cela qu’on s’était trompé ! », s’indigne le témoin qui insiste pour avoir les documents.

Le comble avec cette administration qui semble gérer la structure hospitalière de Bou Saada comme on gérerait un bazar, c’est qu’elle fait à la famille du défunt une proposition pour le moins absurde et trop malhonnête !

Ne réalisant pas la gravité de la situation et la nécessité pour la famille d’enterrer la dépouille de son proche et faire son deuil, l’administration de l’hôpital lui propose un autre corps à sa place !

« Ils (les chargés de l’administration) nous ont dit qu’il y a un autre corps si vous voulez le prendre à la place ! Sinon, choisissez un autre corps ! », témoignent les membres de cette famille.

« En fait, il n’y a ni document administratif ni rien. Dès que vous vous présentez, on vous montre les différentes dépouilles et vous prenez celle qui ressemble à votre proche », explique l’un des membres de la famille.

I. Farès

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Société

Près de 53 quintaux de kif traité saisis sur un voilier au large d’Oran

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Une quantité de kif traité s’élevant à 52,95 quintaux a été saisie par des unités relevant des Forces navales à bord d’un voilier battant pavillon allemand et ayant subi une panne technique au nord du Cap Falcon (wilaya d’Oran), indique mercredi le ministère de la Défense nationale dans un communiqué.

Une unité de la marine algérienne a saisi sur un voilier battant pavillon allemand une importante quantité de kif traité au large des côtes oranaises.

« Suite à l’opération de recherche et de sauvetage menée par des unités relevant de nos Forces navales à savoir le bâtiment d’escorte Mourad Raïs 901, vedette SAR 224 et l’hélicoptère SAR LS-16, permettant, hier 10 septembre 2019, de porter secours et assistance à trois personnes de nationalités étrangères qui étaient à bord d’un voilier battant pavillon allemand et ayant subi une panne technique à 15 miles nautiques au nord du Cap Falcon, wilaya d’Oran (2e Région militaire), et après avoir effectué les procédures réglementaires en vigueur et suite au remorquage dudit voilier au port d’Arzew et sa fouille par des Garde-côtes, une grande quantité de kif traité s’élevant à 52 quintaux et 95 kilogrammes a été découverte et saisie », précise la même source.

L’enquête avec les concernés « est toujours en cours pour cerner tous les détails de cette opération », précise le communiqué.

Le MDN affirme que « ces résultats de qualité, qui s’inscrivent dans le cadre des efforts continus visant à contrecarrer la propagation du fléau du narcotrafic dans notre pays, vient s’ajouter aux multiples opérations ayant permis de déjouer l’introduction et le colportage de ces poisons, et réitèrent le haut professionnalisme, la vigilance et la disponibilité permanentes qui caractérisent l’ensemble des Forces de l’ANP dans sa lutte contre la criminalité organisée multiforme », conclut le communiqué.

En juin dernier, un important réseau de trafic de drogue a été démantelé à Oran. Au cours de cette opération, les services de la gendarmerie nationale à Oran ont réussi, la semaine dernière, à démanteler un réseau international de trafic de drogue composé de 9 éléments et ont saisi 47,3 kg de kif traité et des sommes d’argent en monnaie nationale et en devises, a-t-on appris lundi de ce corps de sécurité.

Avec APS

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Société

Haddad, Tahkout et Kouninef: leurs comptes bancaires bientôt dégelés

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La désignation, par l’autorité judiciaire, d’administrateurs indépendants pour gérer les entreprises appartenant aux groupes Haddad, Tahkout et Kouninef, permettra le dégel des comptes bancaires de ces entités « dans les plus brefs délais », a indiqué dimanche à l’APS le ministre des Finances Mohamed Loukal.

Ali Haddad, Mahieddine Tahkout et les frères Kouninef sont en prison et leur entreprise sont en crise. Trois administrateurs sont désignés pour les gérer.

Initiée par un comité intersectoriel ad-hoc, institué par le Premier ministre et placé auprès du ministre des Finances, cette démarche de sauvegarde des entreprises, dont les patrons sont incarcérés pour des affaires liées à la Justice, « permettra à ces entités de renouer rapidement avec un fonctionnement régulier et continu de leurs activités », a assuré M. Loukal.

A la question de savoir si les salaires non payés des travailleurs de ces entreprises allaient être débloqués, le ministre a répondu que le dégel des comptes bancaires allait systématiquement permettre à ces entreprises de payer les arriérés de salaires.

La désignation d’administrateurs indépendants, de statuts d’experts, tel que proposé à la justice par le comité, offrira surtout à ces entités « un appui et un soutien à leur potentiel humain et managérial », a-t-il ajouté.

Invité à expliquer la différence entre un administrateur judiciaire et un liquidateur, le ministre a tenu à souligner que les deux missions étaient complètement différentes, voire opposées.

« Parfois, les gens confondent entre administrateur et liquidateur. Ce dernier est désigné pour liquider une entité avant sa dissolution. Or, le rôle de l’administrateur indépendant est, au contraire, de sauvegarder la société et veiller à réunir les conditions de sa bonne gouvernance », a-t-il expliqué. « Et c’est exactement l’objectif du gouvernement : conforter les assises financières et opérationnelles de ces entités, dans le cadre de la sauvegarde de leurs potentiels de production et d’emplois », a poursuivi le ministre.

« En d’autres termes, l’objectif est de leur assurer une viabilité. Certaines d’entre elles, émargeant à la commande publique, jouissent, dans ce cadre, d’un carnet de commandes consistant et ont pour charge également la réalisation de projets industriels structurants pour l’économie nationale, a-t-il fait remarquer.

Les emplois seront sauvegardés

A une autre question pour savoir si l’administrateur indépendant avait, dans ses prérogatives, la possibilité de licencier des travailleurs, le ministre a répondu que « la mission de l’administrateur indépendant est, au contraire, de défendre les intérêts de l’entreprise et des travailleurs ».

Le 22 août, le juge enquêteur, saisi des dossiers des sociétés appartenant aux Groupes Haddad, Tahkout et Kouninef, a rendu des ordonnances de désignation de trois administrateurs, experts financiers agréés, pour la gestion de ces sociétés.

Dans un communiqué, le procureur général près la Cour d’Alger avait alors indiqué que la désignation de ces administrateurs répondait à « un souci d’assurer la pérennité des activités des dites sociétés et de leur permettre de préserver les postes d’emploi et d’honorer leurs engagements envers les tiers ».

Ainsi, outre la sauvegarde de dizaines de milliers de postes d’emplois, le dispositif piloté par le ministère des Finances permettra également, soutient le premier argentier du pays, de relancer, dans un cadre « normalisé », les relations bancaires et commerciales avec les correspondants bancaires et partenaires internationaux, dans un climat positif.

Il évitera ensuite un impact négatif sur le budget de l’Etat et les caisses de sécurité sociale, consécutif au non paiement des impôts et des cotisations sociales aux caisses d’assurance et de retraite.

Résumant les objectifs fondamentaux de ce comité intersectoriel chargé du suivi des activités économiques et de la préservation de l’outil de production national, M. Loukal a souligné que ce dispositif visait, outre la sauvegarde de la production et des emplois, la préservation des intérêts de l’Etat, dans le cadre des marchés émargeant à la commande publique, conclus avec les entreprises concernées.

La sécurité du marché intérieur, du fait des parts de marchés détenues par certaines de ces entités, la conduite des projets industriels en phase de réalisation ainsi que le maintien de la cadence de production pour les sociétés en exploitation, secteur automobile notamment, constituent les autres priorités du comité, selon le ministre. Avec APS

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