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Chronique

Hirak, libertés et démocratie

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Pour avoir déclaré sur un plateau de télé islamiste, al Bilad, il faut le dire, que « les musulmans ne sont pas obligés de faire le ramadan », l’islamologue Saïd Djabelkhir se trouve condamné à mort par des islamistes et a reçu de nombreuses menaces.

Tout comme les agressions des filles, accusées d’avoir rompu le jeûne, cette nouvelle affaire jette une lumière crue sur la réalité de notre société : une société archaïque, conservatrice et religieuse à l’excès qui ne tolère aucun écart par rapport au dogme. Comment peut-on crier trois mois durant que nous voulons une Algérie libre et démocratique, et tolérer que certains ressortent les couteaux pour égorger, une fois de plus, un intellectuel, coupable d’avoir lu le Coran avec des lunettes autres que celles d’Ibn Taymiya ?

Il est vrai qu’à force d’avoir été dégoutés de la vie et de l’avenir, par tous les bandits de grands chemins qui se sont succédés à la tête du pays depuis 1962, les Algériens ont trouvé asile dans l’Islam, et beaucoup attendent de mourir pour vivre mieux au Paradis. Spoliés de leur terre, les algériens ont fait de la religion leur patrie, et, depuis la décennie noire, toutes les couches sociales rivalisent de piété et de connaissance de la Charia ! Du boucher au général et du boulanger au chirurgien, chacun y va, pour n’importe quoi, de son Boukhari et de son hadith. Un Islam, low cost, nourri de You Tube et Google.

Ce qui nous donne à l’arrivée un peuple d’imams et de muftis, bâton en main et sifflet à la bouche, veillant à ce que chaque geste, chaque parole, accompli ou prononcée sous le ciel d’Algérie soit conforme aux prescriptions d’Abu Hureïra.

Le rapport au monde, à la réalité, aux autres, est désormais déterminé par la notion manichéenne de Hallal et de Haram. En principe c’est la Raison qui dicte à l’homme les notions de bien et de mal ; mais là, c’est le mimétisme, la soumission aveugle à des textes qui remontent au neuvième siècle et élaborés par des religieux qui voulaient fermer l’accès au texte coranique à l’intelligence des hommes.

La Charia a été fabriquée à Bagdad par des hommes au moment où l’empire Abbasside rendait l’âme avec pour seul but, couper, à jamais, l’Islam de la philosophie et de la science qui triomphaient alors. Il est vrai que la foi aveugle rassure les hommes mieux que le doute ou l’interrogation.

Je le dis depuis le début, la question des femmes et de la religion resteront les points névralgiques de notre société, et, tant qu’on ne sera pas clairs sur ces deux points, et sur notre volonté de sortir de nos archaïsmes pour construire enfin cette démocratie dont rêve tout le pays, nous ne sortirons pas de l’auberge, et encore moins de la mosquée.

Nous ne pouvons crier dans toutes les rues d’Algérie que nous voulons faire table rase de l’ancien régime en ayant peur de toucher ou de changer tout ce qui est ancien en nous. Il faut dire la vérité : nous sommes encore à l’image de ces dirigeants que nous voulons chasser : intolérants, incultes, et conservateurs.

Le Hirak est une révolution mais ce n’est pas une thérapie, il faudra bien que l’on se penche assez vite sur notre cas, pour nous guérir de la peur ancestrale que nous inspirent les femmes, et de la névrose que nous cause la religion. Non, nous ne sommes pas les gardiens du temple : للكعبة رب يحميها

La vérité du Coran n’éclate pas quand on égorge les hommes, et Dieu n’a pas besoin des couteaux des fanatiques pour faire entendre raison aux hommes.

Est-il normal que l’Algérien tienne à ce point à être parfait avec Dieu et si tordu avec son prochain ? Est-il normal que pour respecter Boukhari, il entre dans les WC avec le pied gauche, et, que dans la rue, il ne s’arrête jamais au feu rouge ? Faut-il inventer un hadith sur le code de la route pour qu’on le respecte ?

Est-il normal que l’Algérien passe son intérieur à l’eau de Javel trois fois par jour avant de jeter sa poubelle par la fenêtre ? Est-il normal qu’il embrasse sur les deux joues le flic qui le gaze et qu’il crache sur le visage des filles quand elles parlent de liberté dans la rue ?

La démocratie n’est pas un mot d’ordre, elle résulte de l’effort de chaque citoyen pour accepter les idées, les croyances de l’autre, même si elles ne sont pas les siennes. Et le jour où, au lieu de sortir les couteaux pour répondre à Saïd Djabelkhir, on plongera dans Ibn Khaldoun ou Ibn Roshd, ce jour-là, nous serons enfin mûrs pour la démocratie.

Mohamed Kacimi

PS : Qu’on ne me dise pas que ce sujet est une diversion par rapport au Hirak. Il faut arrêter de mettre des sabots à la pensée ! Le Hirak est certes un mouvement de contestation, mais il doit être également et avant tout un temps de réflexion et d’introspection.

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Fixons des objectifs à nos vendredis !

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Comment est-ce possible qu’en ce vendredi de la défiance, où le peuple a pu et su donner une leçon d’unité et de sagesse aux fauteurs de fitna (discorde) et à leur tête Gaïd Salah, rebaptisé « Naima Salhi », les travailleurs (euses), les retraités (ées), les chômeurs ont enregistré une défaite ?

C’est vrai qu’on devait faire face à un « vendredi 13 », maudit par les propos irresponsables de Gaid Le Sissi, c’est vrai qu’on devait surmonter ce piègeposé cyniquement par le commandement militaire, c’est vrai que l’affront fait à notre conscience politique exigeait une réponse à la mesure des défis de l’heure !

Il n’en demeure pas moins que nous avons enregistré une défaite politique sur le terrain des luttes sociales et syndicales dont le prix sera chèrement payé si le mouvement populaire en cours ne prend pas la juste mesure des enjeux historiques de son combat.

Perdre la bataille de la réappropriation de l’Ugta, en laissant Sid-houm Saïd tenir paisiblement le congrès de la bureaucratie syndicale le vendredi, où le peuple défie héroïquement Gaid Salah, est très significatif des limites de notre mouvement populaire.

Il est urgent que les militants politiques, soucieux de donner à la révolte en cours des perspectives concrètes permettant de dépasser cette situation de « ni guerre ni paix », s’impliquent sérieusement dans l’organisation du mouvement, en commençant par associer à nos vendredis de la dignité des objectifs « modestes » !

La réappropriation de l’Ugta, tout comme la libération des détenus politiques, la constitution de comités de quartier, de village, d’entreprise, de femmes… sont des objectifs certes « modestes », au regard du cap « yatnahaw gaâ » fixé par le mouvement populaire, mais d’une importance stratégique pour l’issue de la Révolution !

M. F.

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L’Algérie n’est pas un tapis de prière ! par Kamel Daoud

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Kamel Daoud, écrivain-journaliste, a publié une chronique acerbe sur l’entrisme des islamistes et l’imposition de la Fatiha à la dernière conférence de la « société civile ».

La lecture de la Fatiha à l’ouverture de la conférence nationale de la société civile, au lieu et place de l’hymne national, a soulevé de vives inquiétudes : comment peut-on espérer construire une république nouvelle si on commence avec un signe de bigoterie islamiste ostentatoire ? Comment espérer un avenir de réconciliation avec les pluralités algériennes, les différences, si certains en profitent pour gommer la question fondamentale de l’égalité homme femme et se posent en imams de l’avenir et représentants d’une Vérité ?

Ce rite de récitations de versets et de la Fatiha est devenu une norme depuis quelques années. Même pour «ouvrir» un congrès de médecins ou d’architectes. La tendance était à saluer le patronage de «Fakhamatou’hou», son «Excellence» le Roi Bouteflika et à démonter sa «foi» par une Fatiha. Allah, le Président et la bigoterie. Dans le désordre.

Mais si aujourd’hui une conférence pour sauver notre pays commence comme un rite réservé pour la demande d’une «main» ou pour égorger un mouton, c’est que la question, la quadruple question, n’a pas été résolue : que faire des islamistes ? Que veulent-ils faire de nous ? Que veut faire Gaïd des Algériens et que vont-ils faire de lui ?

On aime répéter que les islamistes algériens sont «disqualifiés» par la «rue» algérienne. On aime le croire. On aime l’espérer. Et c’est peut-être possible de voir cette «famille» qui a du sang sur les mains, elle aussi, accepter la pluralité, accepter de ne plus «être Allah à la place d’Allah», de ne pas détenir la Vérité et d’accepter le jeu de la démocratie et des différences.

Voir les islamistes comprendre qu’une guerre civile ne profite à personne et qu’un seul pays peut suffire à abriter nos différences et nos croyances. Ce n’est pas évident, ni acquis. Cette conférence qu’il faut consolider, encourager, y participer et aider, est un acte de courage et de responsabilité.

Mais elle ne doit pas servir de scène et de mise en scène à ceux qui déjà se placent en détenteurs de la vérité et propriétaires de l’orthodoxie religieuse du pays. L’Algérie et l’islam algérien ne peut être sauvés que par une laïcité qui protègera le pays des prétendants au califat et l’islam face courtiers. Les islamistes, comme les autres, ont tiré leçon, pas la bonne, des soulèvements dans les autres pays dits «arabes».

Aujourd’hui ils ne s’affichent pas à la première ligne comme en 90, sont mieux habillés, ont un discours d’étape mieux adapté aux stratégies de conquêtes.

Certains d’entre eux ont opté pour la ruse : attaquer toute possibilité de leadership alternatif au leur, investir les réseaux, travailler sous la ligne d’horizon de surveillance du nouveau régime. Ils attendent. Il faut s’en méfier et arrêter avec le déni que nous fabriquent les procès en islamophobie. On parle là d’un courant politique, pas d’une religion.

Ce qu’il y avait de gênant dans ce rite à l’ouverture de cette conférence, est ce «signe» qui résume beaucoup de choses : il confesse une impasse à venir. Tant que certains croient que leur «islamité» passe avant notre république et notre pays et qu’ils sont l’incarnation de cet arbitrage de droit presque divin, nous sommes face à un danger immense.

Ce néo-islamisme, révisé à la marge des crashs «arabes», laisse entrevoir des «ruses» de guerre, des manœuvres d’accaparement, des mouvements de «syndicats» colorés à cette idéologie et qui ne sont pas le signe d’une bonne foi. Cela nous piège, comme depuis des décennies, car si les islamistes ne comprennent pas qu’un pays n’est pas un tapis de prière, une annexe de l’Arabie ou d’Ankara, ils vont servir ce régime qui va les tuer un jour prochain. Eux aussi.

La question se pose aussi autrement : que vont-ils faire ou pensent-il faire de «nous» ? Ce «nous» qui englobe dans l’abus et l’approximation, peut-être, la famille de ceux qui rêvent d’une Algérie de pluralités, de lois respectées, de droit, de droit de confession et de croyance pour chacun.

Ces islamistes vont-ils nous «rouler» et se servir de notre élan pour nous tromper à l’heure du deal avec le Régime ? Nous tuer et nous terroriser comme autrefois et souvent ? Pourquoi les islamistes n’arrivent-ils pas descendre de leur ciel pour accepter de vivre avec tous sur une même terre ? Ont-ils jamais accepté de considérer leur croyances comme des choix intimes et pas comme des tribunaux d’inquisition ?

Faut-il leur faire confiance ? A eux pour qui la fabrication du traître sert de moteur à la fabrication de leur sainteté ? Makri est-il soluble en démocratie ou en Turquie ou en République algérienne ? En Algérie, prononcer la Fatiha se fait pour conclure un mariage. Pour cette conférence, le rite sous-entend déjà un divorce. Comment aboutir à faire passer l’idée de l’acceptation dans la tête de gens qui se prennent pour Dieu ? Très difficile. Même Dieu ne sait pas. Ces questions taraudent, poussent à désespérer ou, au contraire, à plaider pour un effort d’entente.

Conclusion ? Les islamistes n’ont pas disparu. Ils sont plus malins.

Ils ont muté. L’école, les calculs de l’ancien Régime, les réseaux mal contrôlés des mosquées, des associations, les soutiens externes, l’orthodoxie, tout cela leur donne de l’avenir et une armée démographique. Un mauvais avenir. Pour eux et pour les autres. Mais eux persistent à croire qu’ils sont la «solution» et que les autres sont le problème.

Ils adoptent cette détestable posture d’incarnation de la vérité qui transcende tout, parlent aux Algériens du haut de leur statut, violentent les faits et l’exactitude, diffament et osent même, aujourd’hui, voler l’histoire de la guerre de libération sous l’arnaque de cette «Badissia» qui nous vend Ibn Badis comme le vrai Larbi Ben M’hidi, le père islamiste d’une révolution.

Mauvais augures. Car si cette question ne se règle pas dans l’immédiat, le Régime reviendra pour jouer les arbitres de force un jour ou l’autre et personne ne va y gagner. Et cette fois, la Fatiha sera pour l’enterrement de l’Algérie. Kamel Daoud

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Qui voit son rêve dans le mien, me suive !

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Je voudrai partir loin de l’hystérie des charlatans qui appellent à la lapidation des femmes pendant que l’éminence civilisée cède encore des territoires à la barbarie de la barbe et de la burqa.

Je voudrai prendre le large et aller vers d’autres contrées, les miennes sont avariées, corrompues de chapelles outrageuses depuis que des nuits accablantes les gagnent hâtivement et s’éternisent, blousant les aurores qui se perdent saccagées d’anathèmes et d’injures. Je voudrai aller, là où le soleil du soir nappe le rideau de la mer de tons vermeils sans fermer ses confins, loin des désopilants ballets de dévotions simulées que composent des duplicités elles-mêmes dupées.

Je voudrai partir là où la lune câline les corniches faisant au bord de la mer des flots blancs comme des neiges éternelles.

Je voudrai aller là où le genre humain ne se plie pas à la morale du commerçant ni ne succombe aux rayons trompeurs de l’or ni ne fléchit devant les ardeurs des slogans et réclames. Je voudrai partir là où l’Homme n’est pas un arrière-produit gratuiciel, digitalisé pour faciliter son transfert vers la consommation dans un ordre numérisé.

Je voudrai aller là où les silhouettes ne sont pas froissées dans des dogmes définitivement établis par les géniteurs du chaos qui ont en horreur de ce qui subsiste du printemps…

Je voudrai aller là où l’exécution du supplice de feu ne se fabrique pas contre les théorèmes par l’autorité axiomatique d’une schizophrénie collective ; là où l’ordre pédant ne tague pas les lutrins afin de ravitailler la racaille de barbouzes et malandrins.

Je voudrai aller là où aimer n’est pas indice de démence ; là où l’amour se rajoute d’instinct à la fureur des étreintes. Là où les corps des amants s’entremêlent sans répit afin que s’amenuisent les chagrins. Je voudrai aller là où l’ode des lèvres humectées de baisers exige plus de marge aux effluves du vin pour mieux semer la joie.

Je voudrai partir là où les femmes refusent les cocktails d’instances et fuient la corruption des accoutrements de luxe tirés des vils animaux. Là où les muses ne tombent pas dans les strates de l’oubli à force d’attendre que se réchauffent les tendresses engourdies par la froideur des idylles asphyxiées.

Je voudrai aller aux rivages lointains où l’odeur fumante des rochers sent la pointe acre mais délicieuse des moules, là où l’enivrement rajoute de l’extase aux quolibets que j’adresse à ma misérable vie dont je me suis entiché pitoyablement sans l’implorer de me réserver la moindre indulgence.

Je voudrai aller dans les domaines où l’arbre est sacralisé et où tout par les fleurs se nomme et je saurai que je suis arrivé à bon port. Sinon, laissez-moi avec mes mots à la métrique, ils me procurent l’ivresse de l’essor et me gardent de sommeiller comme un oiseau aux ailes crédules dans un coin obscur du passé.

Djaffar Ben

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