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Saïd Sadi : pour la naissance d’un ordre républicain démocratique

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Sous le titre « Divergences, ruptures et perspectives », Saïd Sadi formule, dans une contribution, ses propositions sur la crise que traverse l’Algérie.

Les médecins appellent cela la phase d’état. Quand tous les signes précurseurs d’une affection sont installés et constatés, le diagnostic d’une maladie est aisé. On peut alors penser à envisager un traitement. Nous y sommes.

Pendant les premières semaines qui ont suivi la démission forcée de l’ex chef de l’Etat, un certain nombre d’Algériens ont voulu se persuader que les responsables de l’armée, initialement fervent partisan du cinquième mandat, allaient revenir à de meilleures dispositions au regard de la force de la demande de changement exprimée par la rue algérienne à travers tout le pays.

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Chaque mardi le chef d’état-major, toujours revêtu d’une tenue de combat, délivrait un message ambivalent alternant menaces et disponibilité à l’écoute devant un mouvement populaire que rien n’allait freiner. Les plus optimistes retenaient les engagements à répondre aux attentes du peuple et ignoraient les rhétoriques ciblant « la poignée d’agitateurs, main de l’étranger. »

En dépit de ces discours ambigus, certains continuaient d’appeler l’armée au dialogue. Une fois identifiées, on pensait que les divergences, discutées dans le calme, permettraient de dégager un calendrier acceptable pour tous. Cette démarche avait un présupposé : tout le monde avait tiré les leçons des ravages de vingt ans de privatisation de la nation, précédés par un autoritarisme, souvent sanglant, qui a privé le citoyen de ses droits et libertés les plus élémentaires depuis l’indépendance.

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Au fur et à mesure que les semaines passent, les appels des Algériens en faveur d’une transition démocratique ayant vocation à libérer le pays de l’emprise d’un système qui a nié le peuple, se font plus pressants. Petit à petit, le double langage militaire patine, puis les messages hebdomadaires de l’armée cessent avant même l’entame du moindre contact. Pour dialoguer il faut être deux et, si les solutions peuvent diverger, il est souhaitable que les grands constats soient partagés. Les divergences n’ont pas été levées parce qu’elles n’ont jamais été abordées. Et pour cause.

Les deux parties empruntent des trajectoires contradictoires.

Involutif, l’Etat-major travaille, à travers l’activation de l’article 102 à la transmission clanique d’un pouvoir autocratique. Dynamique, le mouvement citoyen demande le départ du système pour instaurer un régime démocratique. Ces dernières semaines, la rupture se voit dans les contenus, les méthodes et les objectifs des deux vis-à-vis.

Depuis maintenant deux semaines, l’état-major ne communique plus, il agit. Et vite. Ses décisions, dont certaines ne s’encombrent même pas de légalité, sont toutes orientées vers une restauration de l’ordre ancien. Un scrutin présidentiel insensé est confié au préposé aux fraudes électorales.

Les emprisonnements se suivent selon le fait du prince. Les médias publics lourds qui avaient saisi l’opportunité de la Révolution pour tenter une oxygénation éditoriale et une émancipation éthique sont brutalement mis au pas. Refusant d’encadrer le vote, les magistrats qui avaient exprimé leur solidarité avec le peuple se ravisent. Dans leur dernier communiqué leur demande d’une justice libre cache mal un rétropédalage qui annonce leur adhésion à « la solution constitutionnelle. » Les nominations succèdent aux limogeages dans les centres névralgiques de l’Etat…

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En face, la Révolution avance. Les débats les plus tabous sont assumés. Et les progrès sont saisissants. Le rejet de la tentation militaire est dénoncé de partout. Les artistes, les universitaires, les intellectuels, relayés par la presse, sur la toile ou dans la proximité, s’expriment sur les thématiques les plus inattendues. La proclamation de l’égalité des sexes qui avait rencontré à Alger une réaction isolée mais virulente à la fin février est aujourd’hui affirmée dans toutes les manifestations.

Le drapeau algérien flotte à côté de l’emblème de Tamazgha et, depuis quelques semaines, on peut voir un étendard déployé par les enfants des Ouleds Nails. Les futures modes de restructuration politico-administratifs, bousculant les moules bureaucratiques du FLN, animent les discussions. Le monde du travail a définitivement renié la tutelle mafieuse qui l’avait soumis depuis toujours. Même la question religieuse est traitée sans fard à travers, notamment, la question du jeûne.

L’agression d’une jeune fille a provoqué un élan de solidarité inouï. Si des voix ont appelé à la mesure pour éviter les polémiques, d’autres, nombreuses, se sont élevées pour dénoncer une tolérance à sens unique. En effet, selon la doxa officielle, le jeûneur, vertueux, doit être respecté par le non-jeûneur qui est invité à se cacher pour commettre son « péché ». Vifs, les échanges sont le plus souvent argumentés.

Quel acteur, quel groupe, si bien intentionné soit-il, aurait pu faire mûrir aussi intensément, aussi sereinement et, plus important, faire admettre dans le débat public aussi rapidement tant de sujets ? Peut être, ne fallait-il pas aller trop vite parce que, justement, nous étions pressés.

On le voit, nous ne sommes pas devant des protagonistes qui cherchent à trouver une solution à une impasse vécue et constatée de concert. Dos à dos, les deux acteurs voient la scène algérienne sous deux angles différents, ils la comprennent selon des codes divergents et la projettent vers des destins opposés. Regardant vers le passé et usant d’une regrettable brutalité, l’état-major veut son élection présidentielle avec les mêmes procédés et pour les mêmes buts que ceux qui ont provoqué l’insurrection du peuple.

Ouverte sur le monde, la Révolution veut sa transition pour construire la République démocratique niée et combattue depuis 1962.

Maintenant que ce constat d’incompatibilité est établi, une évaluation d’étape peut être faite pour apprécier les acquis, analyser les méthodes et, surtout, envisager les solutions possibles. Mais il fallait accepter de prendre le temps pour que chacun constate l’impossibilité d’un échange loyal et constructif avec le pouvoir soit perçue avant de prendre les affaires en main.

Dans ce nouveau contexte et les slogans de vendredi passé ayant consacré ce fait, la question de la structuration qui revient sans cesse peut maintenant être débattue. Encore faudrait-il savoir comment, quoi et qui doit intervenir présentement pour appréhender dans les meilleures conditions la transition.

Jusque là, les précipitations, les confusions et les malentendus empêchaient toute mise en perspective rationnelle et rassembleuse. Des éléments peu enclins au changement associaient épisodiquement leur voix aux revendications du peuple. Les silences ou les tergiversations qui ont suivi l’emprisonnement rocambolesque de la secrétaire générale du PT alertent sur les risques dont il faut prémunir la Révolution.

Qu’elles soient motivées par le rejet de l’idéologie de la détenue ou le souci de ménager ceux qui ont commis l’abus, ces coupables précautions renseignent sur les dangers qu’il y a à confier des tâches à des acteurs qui rechignent même à dénoncer un arbitraire qui affecte un dirigeant politique.

Au-delà des positions qu’elle a pu avoir, Madame Hanoune n’est ni une partisane de la violence, ni une militante ayant choisi l’exil. Tous les juristes disent que rien ne justifie sa détention. Se prononcer clairement là-dessus est déjà un signe de crédibilité démocratique.

Naturellement, la question n’est pas d’exclure un citoyen ou un militant de quelque étape que ce soit. Il est néanmoins impérieux de bien s’entendre sur ce que transition veut dire dans l’Algérie d’aujourd’hui. 

Cette phase est déterminante pour la naissance d’un ordre républicain démocratique. Cela a été déjà dit, mais il n’est pas superflu de le rappeler. A quelques détails près, les organes et mécanismes dédiés à la transition font largement consensus. Présidence collégiale, directoire de la conférence de transition, commission indépendante d’organisation des élections, assemblée chargée d’élaborer la constitution précédée de la prescription des préalables démocratiques…

En pratique, les membres devant diriger cette séquence doivent s’y consacrer exclusivement et renoncer à toute autre investiture ou responsabilité ultérieures.

Ils devront, naturellement, adhérer eux mêmes aux valeurs démocratiques universelles et le proclamer. 

Pendant toute la durée de leur mandat, c’est à dire jusqu’aux résultats des élections législatives et présidentielles, ils devront s’interdire de tout engagement politique ou partisan. Le programme qu’il soit libéral, progressiste, conservateur ou pragmatique sera l’affaire des femmes et des hommes qui auront à affronter les suffrages des électeurs dans des conditions de transparence et de régularité irréprochables si on veut donner toutes ses chances à la nouvelle Algérie.

En résumé, il faudra qu’il soit bien entendu et admis par tous que la phase de transition n’est pas une période probatoire pour l’accès au pouvoir mais une parenthèse ayant pour unique objectif de préparer et de garantir l’accès, l’exercice et le contrôle de l’exercice du pouvoir républicain. 
Si une charte prenant en charge ces fondamentaux est adoptée, le reste devient factuellement plus simple à réaliser.

S’agissant des modalités de désignation des membres devant gérer les différentes instances de cette période, plusieurs formules existent. Le think tank Nabni a proposé des modèles d’élections électroniques qui peuvent être testés sur cette opération. On peut organiser des élections régionales autour des six wilayas historiques. Des assemblées régionales désignant plusieurs responsables participant aux diverses structures transitionnelles peuvent être programmées… Au besoin, des primaires peuvent être envisagées, les pré-élus pourront dégager en leur sein les futurs animateurs …

Le dialogue étant refusé, les compromis étant peu probables, l’Algérie réelle qui s’affirme à longueur de semaine doit maintenant se prendre en charge.
La question n’est pas de savoir si l’échéance électorale du 4 juillet va échouer mais de prévenir les coûts de son échec.

Le mouvement se doit de reprendre l’initiative pour être en situation favorable face au statu quo et se mettre en capacité d’adapter les formes de lutte les plus performantes pour parvenir à ses objectifs.

Said Sadi, Le 15 mai 2019.

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Mouad Bouchareb empêché de présider une réunion du bureau de l’APN

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Des députés du parti du Front de libération nationale (FLN), dont le groupe parlementaire avait décidé la veille de geler ses activités, ont empêché mercredi le président de l’Assemblée, Mouad Bouchareb de présider une réunion du bureau de l’APN.

Ces députés ont tenté d’envahir le bureau de M. Bouchareb pour lui demander de se retirer de la présidence de l’APN, ce qui a créé une confusion et des altercations devant le bureau du président de l’Assemblée, a-t-on constaté.

Le président du groupe parlementaire Khaled Bouriah a précisé, lors d’un point de presse tenu à l’APN juste après cet incident, que « c’est le FLN qui avait présenté la candidature de Bouchareb à la présidence de l’Assemblée », faisant observer que « les données ont changé aujourd’hui suite aux manifestations populaires qui revendiquent le changement ».

« Nous n’avons fait que reproduire l’appel des manifestants et du hirak », a encore lancé M. Bouriah, précisant que « Bouchareb s’est obstiné à ne pas partir ».

M. Bouriah a ajouté qu' »en raison la situation actuelle (due au gel des activités du groupe parlementaire du FLN), les activités de l’APN demeurent gelées », appelant ainsi M. Bouchareb « à placer l’intérêt général au-dessus des intérêts personnels ».L

Pour rappel, le groupe parlementaire du parti avait lancé hier mardi un appel à M. Bouchareb de se retirer « de son gré » de la présidence de l’Assemblée, « en réponse à la revendication populaire et en application des orientations de la direction politique du parti ».

Le groupe parlementaire du parti s’était réuni sous la présidence de M. Bouriah pour « examiner la revendication du hirak, relative au retrait de M. Bouchareb », appelant ce dernier à « répondre immédiatement à cet appel et à se retirer de son gré de la présidence de l’Assemblée, conformément aux revendications populaires ».

Il intervient également suite à la réunion des vice-présidents de l’APN et des présidents des commissions permanentes avec le président de l’Assemblée, tenue le 8 mai dernier ainsi que la réunion jeudi dernier du groupe parlementaire du FLN sous la présidence de son SG, Mohamed Djemai qui avait invité explicitement le président de l’APN à répondre aux revendications du Hirak et à démissionner de la présidence de l’Assemblée ».

M. Djemia avait adressé un « appel fraternel » à l’actuel président de la Chambre basse du parlement, lui demandant de « faire prévaloir l’intérêt suprême du pays et de l’Etat sur tout autre intérêt personnel et de s’engager avec courage à mettre en œuvre les revendications du peuple algérien qui demande le changement du président de l’APN et le reste des symboles du régime ». APS

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Lahouari Addi : Yetnahaw ga3, mon général

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Lahouari Addi a publié une contribution intéressante sur son mur Facebook que nous mettons à la disposition de nos lecteurs.

Gaïd Salah rejette la revendication principale du hirak yetnahaw ga3 sous prétexte qu’elle est irréaliste et qu’il y a des cadres de l’Etat qui sont honnêtes. Les Algériens savent qu’il y a des hauts fonctionnaires honnêtes. Heureusement ! Et c’est grâce à eux que l’Etat ne s’est pas effondré sous le règne chaotique de Bouteflika.

Il y a aussi des officiers supérieurs respectables, et parmi eux des généraux qui vivent de leurs traitements, au-delà des privilèges de la fonction.

Beaucoup d’entre nous ont soit des connaissances, soit des membres de la famille qui sont des hauts fonctionnaires ou des officiers supérieurs qui sont intègres. Trois de mes camarades de classe du lycée et à l’université sont devenus des généraux. J’ai de leurs nouvelles par des amis communs qui m’ont assuré qu’ils sont intègres. Mais yetnahaw ga3 ne vise pas des personnes et ce n’est pas un appel à la chasse aux sorcières.

La revendication vise tous ceux qui ont été nommés par l’armée, à travers sa police politique, pour parler au nom des Algériens. Yatanahaw ga3 mon général, ce n’est pas le remplacement de Bouchareb par Djemai qui a été opéré sur votre instruction.

Yatnahaw ga3 veut mettre fin à la prérogative du chef d’Etat-Major de désigner les chefs des partis de l’administration et de l’opposition formelle.

Et comme l’armée est une institution de l’Etat, et que les officiers supérieurs sont des hauts fonctionnaires de l’Etat dont le statut est régi par des textes règlementaires en référence à la constitution que vous défendez, yatnahaw ga3 signifie le départ à la retraite de tous les officiers âgés de plus de 65 ans sans exception.

Yatnahaw ga3 est la condition de la moralisation de la vie politique qui permettra la renaissance de l’Etat et le rajeunissement de la hiérarchie militaire. Est-ce si irréaliste que cela, mon général ?

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Réappropriation de l’Ugta : marche et grève à Béjaïa

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Les travailleurs de la wilaya de Béjaïa ont marché aujourd’hui 22 mai, à l’appel de l’Union de wilaya, pour dire « Sidi Saïd dégage » et dénoncer « les mesures lâches prises par la Centrale syndicale » dont les « retraits de détachement et les suspensions de syndicalistes » et « les licenciements abusifs ».

Les travailleurs ont réaffirmé leur détermination à se réapproprier l’Ugta et leur implication dans le mouvement populaire en cours dans lequel ils ont leur mot à dire.

« Ce pays est le nôtre et on y fera ce qu’on veut », « les usines aux travailleurs », « la terre pour les fellahs (paysans) » sont entre autres les slogans scandés par les travailleurs de plusieurs secteurs. (voir vidéos ci-dessous)

Pour rappel, l’Union de wilaya avait appelé « les travailleuses, les travailleurs et les retraité-e-s de Béjaia à faire de la journée du 22 mai 2019 une journée de colère » et à adhérer au mot d’ordre « de grève générale, suivie d’une marche et d’un rassemblement ».

Départ du système, réappropriation de l’Ugta, rejet du congrès du 20 juin prochain prévu par Sidi Saïd, réhabilitation des travailleurs licenciés, un salaire digne et une pension de retraite qui tienne compte de l’inflation, ouverture de nouveaux postes de travail et un plan de charge pour les entreprises, sont, entre autres, les revendications brandies par les syndicalistes de l’UW de Béjaïa.

A. G.

Lire également : Réappropriation de l’Ugta : les travailleurs se rassemblent à Rouiba

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