Connectez-vous avec nous

Chronique

Comment les frères algériens ont raté leur « printemps »

Publié

le

Les Frères algériens ont d’abord changé de camp. C’était, à leur corps défendant, la seule chose à faire que de quitter Bouteflika et son alliance présidentielle.

Rappelons-nous qu’ils étaient très peu nombreux dans les faiseurs d’informations à ne pas leur dire que l’Algérie devait faire un «printemps».

Ils ont donc fait ce qu’il fallait. Ils ont même construit une Alliance, verte pour l’assortir avec la couleur de la saison attendue. Il faut dire qu’il y avait de quoi être sûr de faire la bonne affaire.

Autour, chez les Arabes et assimilés, tous les Frères ont gagné la partie, grâce à l’OTAN ou à la faveur d’élections. Avec une nuance pour les Frères marocains qui ont été obligés de se contenter de strapontins, faute de mieux au royaume alaouite.

Alors la providence ne devait pas décevoir en Algérie. Las ! Rien ne s’est passé comme prévu. Les analystes, spécialistes, experts, reporters de presse avaient seulement cru à leurs propres fantasmes.

Les Algériens, non seulement, n’ont pas bougé dans le sens voulu, mais paraissent ne plus être fascinés par le fonds de commerce religieux. Ils ont même, peut-être, été aidés en cela par le trop d’empressement de la confrérie à abattre ses cartes avant que de s’assurer de la suite des événements.

Les Algériens n’ont pas du tout aimé le cheikh en chef des Frères dévoiler ses accointances avec leurs ennemis jurés, les colonialistes. Parce que les Algériens, qu’on dit «nationalistes ombrageux», sont plutôt et surtout très vigilants sur certaines choses, qui touchent au sacrifice de millions de leurs aïeux et de leurs aînés.

Les Frères, comme les autres «changeurs», n’ont pas perçu ce phénomène. Ils ont opté pour le mépris du peuple qui «refuse de changer», parce qu’il aurait été acheté par le «régime». Le fait que ce peuple ait des préoccupations plus concrètes, que le lyrisme d’un «changement» indéfini, au lieu de tempérer les ardeurs printanières les renforce, eu égard au grand dépit qui a prévalu, qui pousse à la fuite en avant, histoire de ne pas perdre la face.

Tant pis, si les grèves, émeutes et autres mouvements de contestation démontrent que le «régime» n’a rien acheté du tout et indiquent le type de changement souhaité. Ainsi, les Frères qui ont perdu beaucoup des leurs, partis chevaucher des opportunités moins compromises, ont continué de délirer. Ils ont décidé de changer de tête. Une occasion d’attirer l’attention sur eux et une façon de confirmer leur rupture avec Bouteflika, en se débarrassant d’un visage trop «compromis» avec le «pouvoir».

Le nouveau patron du MSP a pu désormais dire sans être gêné aux entournures : «Avant, on était dans le gouvernement, on avait des ministres dans le gouvernement. Maintenant, on n’a pas de ministres dans le gouvernement. Maintenant, on est plus libres de critiquer ce gouvernement et de donner notre point de vue».

Difficile pourtant d’expliquer, en dehors de la trompeuse euphorie printanière, ce qui a bien pu provoquer le revirement, quand jusqu’au bout les Frères ont soutenu à bout de bras le «programme du Président», qui n’a pas été modifié à ce que l’on sache.

A. H.

Publicité
Cliquez pour commenter

Poster un Commentaire

avatar
  S'abonner  
Me notifier des

Chronique

Ibn Sina et les « génies » du clavier

Publié

le

Pour les férus de sociologie politique il y a un nouveau terrain qui pourrait faire leur bonheur. Une population de plus en plus nombreuse, au rythme de l’extension d’Internet au sein des foyers, a envahi les réseaux sociaux et les pages consacrées par les journaux en ligne aux commentaires des lecteurs.

Parmi ses membres une tendance se distingue. On la sent à l’affût qui bondit régulièrement sur son sujet de prédilection. Il s’agit bien sûr, pour ce qui nous concerne, des thèmes portant sur la langue arabe.

Les textes sont très souvent écrits dans un français approximatif, le style est lapidaire et le vocabulaire, réduit, pauvre et récurrent. Les pseudonymes sont de rigueur, qui confère un anonymat protecteur et la liberté de ton qu’il permet.

L’insulte est au cœur du propos, qui jaillit avec la force d’une haine contenue dans la vie. Le débat est très rare, sauf parfois pour s’en prendre à un intrus qui détonne avec l’ambiance. On trouve de tout, avec une fréquence particulière, la dénonciation de l’arabo-islamisme ou de l’arabe tout court comme facteur de tous les maux. Contrairement à ce que l’on peut attendre, c’est la langue et la civilisation en soi qui sont les cibles. Porteuses des pires tares, les internautes commentateurs en sont convaincus.

On les imagine derrière leurs claviers à se défouler, à exister, à dire, en étant certains de participer à une révolution. On voudrait savoir à quoi ils ressemblent, où ils habitent, ce qu’ils font dans la vie, avec quoi ils vivent, mais on ne peut que deviner qu’ils ont le temps et les moyens à consacrer à leur passion et que de ce fait ils ne doivent pas être aussi malheureux qu’il y paraît.

Bien calés sur leur siège, en face de leur écran, les doigts sur le clavier, un coup de souris de temps en temps, sûrs d’une connexion ADSL, ils voient le monde sans être vus et surtout se sentent infaillibles.

Le soliloque le plus débile a l’avantage imparable, pour le locuteur, d’être l’expression de l’intelligence infuse. Donc, la langue arabe est régulièrement ravalée au dernier rang des idiomes connus, par des militants d’on ne sait quelle langue supérieure, quand on sait l’indigence qu’ils ont de celle qu’ils utilisent. La légitimation des attaques est rarement manifeste, il faut le plus souvent la deviner.

Mais le registre est clairement orienté. On y décèle tous les poncifs, puisés dans le répertoire linguistique d’une classe, en quête d’émancipation vers les lumières du monde.

Il faut bien que l’image de l’arabe renvoyée par la culture dominante, et par ses médias, produise cet effet et que certains s’en emparent pour vilipender un patrimoine universel exceptionnel, sans savoir qu’il existe un gouffre abyssale, entre un cacique du discours officiel ou une vedette de l’ENTV et ces philosophes, savants, poètes et écrivains, dont la pensée et l’intelligence ont survolé l’Humanité des siècles durant.

Le sociologue intéressé devrait partir de là et défricher, pour la postérité, les dégâts du totalitarisme culturel qui a semé une misère intellectuelle qui n’en finit plus de sévir.

A. Halfaoui

Continuer la lecture

Chronique

Regard sur le souffrant

Publié

le

De mains murmurant l’urgence de faire reculer la douleur, il prend des morphiniques qui vont le rendre flottant, comme une épave en naufrage dans le leurre des reprises, loin des sympathies définitivement closes. L’épuisement saisit son présent et givre ses espoirs de la risée glacée du temps. La stupeur l’étreint d’une accolade grimacière qui l’entraîne, confondu, dans un cheminement inconnu.

Les prières sont vaines, anéanties par les inquiétudes. Ses étoiles s’entrechoquent, elles ne peuvent lui ôter les supplices fébriles des interrogations auxquelles ni elles ni lui ne sont en mesure de donner des réponses apaisantes. Pourtant, des amours, il en chuchote la nuit sous la couverture et souvent, il se réveille priant de sa mine païenne les célestes matins de les garder hors de portée de sa décrépitude.

Il se surprend en train de chanter les hymnes aux soleils pour supporter la tornade des questions qui viennent à lui remplies de virulences, toujours plus fortes, plus acharnées, plus ardentes que la déception. Le sort lui marche dessus à pieds joints, il ne trouve rien à même de contrer les incertitudes qui progressent et déroulent à ses pieds le tapis à d’autres interrogations plus féroces.

Commencent alors à finir les ardeurs plastiques qui se bousculaient quand sa parole saine et hyperbolique apaisait le regret des non réalisés et des non-dits géminés. D’impatiences refoulées, à travers la maladie tout se casse, tout se lâche, tout part inévitablement. Claudiquant cahin-caha, entre les toilettes et le lit, il excuse ses apparitions dans une cavalcade délirante, entortillé, la tête secouée par les soupirs qu’il dégage durement.
Triste atout que de faire pitié, de son œil coule une larme, simple et discrète, dans laquelle ça s’agite, ça se bat, ça crie, sa saigne, ça meurt… Et, il prend souvent pensée de cette larme pour que son âme s’y forme par reflets.

À peine apparent dans la pénombre du soir, il se parle, il ne se lasse pas de se parler comme un curieux cultivé qui s’engage à écrire le roman de sa triste fin. Il pense et repense à la mort pépère mais qui le guette d’un regard sévère entre le canapé flasque et le lit décati. Opacifié et mis à distance pendant que plus loin, ailleurs, se fusionnent les joies en étincelles sonores.

Tandis que la lèvre fatale de la mort commence ses insipides caresses d’où s’évaporent ses détresses, il entend déjà prononcer son nom dans la moquerie absurde de l’oubli où rote la santé. Tout comme il est né, sa vie va probablement se taire comme l’eau qui s’arrête de couler du robinet en phase de pénurie. Tel un apatride râlant sur la hampe d’un drapeau brulé, il geint seul en caressant le drap sale de son horrible déclin…

D. B.

Continuer la lecture

Chronique

L’apparat politique

Publié

le

Il est toujours exclu par les tenants des discours dominants de reconsidérer les visions sur les sociétés humaines, à partir de leurs vérités fondamentales. Condition vitale pour régner. Ne s’intéresser qu’aux rois, et aux princes du moment, en guise de personnification judicieuse de la nature des pouvoirs qu’il faut protéger du décryptage.

Rendre plus dure une démarche qui soit apte à nous dépêtrer des flots d’inepties et d’arguties ronflantes qui inondent l’espace médiatique et noient l’intelligence des choses, au service de desseins jamais exposés.

Ce à quoi nous assistons, en Algérie, n’est qu’une caricature des pratiques politiques éprouvées depuis plus de deux siècles, où les enjeux réels sont évacués de la scène, qui portent sur l’essentiel de la vie de centaines de millions d’êtres humains. Ne sont agités que des formules et concepts éthérés, destinés à ce que rien n’apparaisse qui met en évidences la réalité, afin que soit reconduite la gestion des affaires.

Sinon que signifierait cette démocratie qui n’en peut plus d’exclure de la chose publique la multitude. Une multitude qui croit choisir, alors que les choix qu’elle fait ne démentent jamais l’erreur cardinale de cette croyance magique, alternant espoir et déception, ad aeternam. Jusqu’à quand ? Nul ne le sait. Peut-être jusqu’à ce qu’il ne soit plus possible pour les alternants au pouvoir de paraître en « changeurs ». Jusqu’à ce que l’illusion du choix cesse de faire son effet en laissant à l’évidence la voie de mettre en lumière qu’il n’y a jamais eu de choix.

Seulement une impression confortable de souveraineté populaire, quand c’est véritablement la ploutocratie mondiale élabore les programmes de gouvernance. Devant les crises, les joutes oratoires vont s’atteler à semer la confusion et à empêcher que les faits subissent une lecture concrète.

Qu’il s’agisse d’emploi ou d’accès de tous aux services publics, seront invoqués non pas les modes de gestion de l’économie, mais des raisons techniques pures. Des chapelles aux drapeaux diversifiés pour l’apparat, se disputent la direction des foules, toutes candidates à mener le navire sans bouleverser l’ordre établi.

Démocrates autoproclamés, islamistes modérés ou islamistes tout court, laïcs et compagnie meublent le champ des possibles, bouchent les horizons contraires et, par-dessus tout, simulent la lutte politique et donnent le change aux mécontents. Présageant les débordements, ils se posent chacun en conjurateur du pire. Unis, en fait, quand il s’agit de s’opposer au « chaos ». Le cauchemar qui risque de les disqualifier.

Leur compensation, grimper en haut de l’échelle, glaner des sinécures électives à travers l’ascendeur sociopolitique, plus si possible, si les affaires s’ouvrent à leur appétit. Là, ils maintiendront le cap et travailleront à durer, tout en se préparant aux chutes possibles en se garantissant les chances d’un retour possible. Mais n’est-il pas venu le temps des foules méprisées ?

A. Halfaoui

Continuer la lecture

NOS CHRONIQUES

Nous suivre

Newsletter

Recevoir nos articles par email

A La Une

Tags

Populaires