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Chronique

Arabie des Saoud : quand le fond remonte

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Depuis un certain temps, depuis que le monde est devenu un village et que le moindre chuchotement traverse l’espace à la vitesse de l’électronique, depuis qu’aucun bruit ne peut être étouffé, derrière leur apparence immaculée, on arrive à se demander ce que cachent les Arabes péninsulaires, comme opinion religieuse.

Le sabre sur le cou et la cravache aux fesses, on le savait un peu. Ce qu’on ne savait pas est l’utilité de la terreur dans les questions religieuses.

Maintenant on commence à savoir. Au cœur du Wahhabisme, dans le saint des saints du rigorisme, la religion n’a pas la liberté des choix intimes. Elle est une apparence de surface. Elle n’est plus un crédo spontané, mais une réponse simulée aux attentes de la Force qui gouverne. Elle en épouse les contours, les gestes et les codes, sans en accepter le concept. Tout s’exprime dans le visuel et l’audible, avec au fond de l’âme ce « non » de plus en plus impatient qui sortira un jour au grand soleil.

La société doit en être bien pleine, pour que dans ses marges naissent et se développent les pires sacrilèges vis-à-vis des lois d’un pouvoir dont l’hégémonie s’effrite. Les douanes saoudiennes en récoltent, quotidiennement, les effets.

Pour le seul premier semestre de 2010, elles ont annoncé avoir saisi 17 millions de pilules d’amphétamines, 687 kg de haschich, 9 kg d’héroïne, 5 kg d’opium, 44.000 bouteilles d’alcool (celles-ci, dans les aéroports, ports ou postes-frontières terrestres). A la fin de de 2009, plus de 150 personnes ont été arrêtées, de grandes quantités de drogue ont été saisies. En 2008, Hamad Salim ben Naïf, un juge d’un tribunal religieux avait été arrêté avec son épouse à Dubaï pour « possession et consommation de stupéfiants ». Combien de trafiquants et de quantités de drogues y a-t-il ?

Si la peur se dissipe en défiant la mort, elle finira par disparaître pour la prise des libertés les plus triviales.

Comprendront, ceux qui en doutent, que la religion manipulée par le politique ne porte aucun intérêt autre que celui de ceux qui s’en servent. Quand ils demandent de défendre la religion c’est à leur propre règne qu’ils pensent. Quand ils disent qu’ils servent la religion c’est leur propre système qu’ils servent. Pour ce faire, ils ont inculqué aux multitudes une religion à leur image, ils ont en pris l’aura et ils se sont permis de diviniser leur justice dans leur gestion des hommes. Ils ont pris des décrets et semé la mort et la désolation. Ils ont embrigadé, encadré et bâillonné.

Ainsi, ils ont peut être détruit, pour un temps, les champs fertiles de la pensée et de l’intelligence, mais ils ont laissé pousser le stupre et les germes du désespoir.

La toxicomanie est une réponse à la mal-vie, elle est une sublimation paradoxale de l’instinct de vie face aux murailles qui l’enferment.

Elle est une recherche de l’infini, dans la fuite intérieure, elle est souvent plus forte que la peur et peut porter la mort dans ses projets d’évasion.

Courir à la prière au premier appel, se plier au rituel dans l’ostentation pour mieux goûter aux délices du suprême interdit doit être devenu exercice populaire. Ne pas paraître, se cacher, se reconnaître par petits groupes restreints, s’intégrer aux filières pourvoyeuses d’ivresse, élargir les complicités, creuser chaque jour un peu plus les brèches qui banalisent le délit.

Sans débats, juste des solidarités entendues contre le fouet ou le sabre, imperceptiblement l’hydre de la déchéance multiplie ses tentacules à l’infini des désirs refoulés. Elle enserre des centaines de milliers, des millions peut-être. On le saura bien assez tôt. On espère que ce ne sera pas trop tard.

La Force va elle comprendre bientôt que l’idéologie ne peut jamais s’imposer dans l’absolu et que la vie, puissance matérielle, la détruira un jour quitte à se détruire avec elle ? Rien ne le laisse présager, sauf si au cœur du système finissant se meut une conscience subversive qui ressent une poussée irrépressible qui, du bas vers le haut, ébranle implacablement un édifice qui ne tient plus que par l’inertie des dernières illusions.

A. H.

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Ibn Sina et les « génies » du clavier

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Pour les férus de sociologie politique il y a un nouveau terrain qui pourrait faire leur bonheur. Une population de plus en plus nombreuse, au rythme de l’extension d’Internet au sein des foyers, a envahi les réseaux sociaux et les pages consacrées par les journaux en ligne aux commentaires des lecteurs.

Parmi ses membres une tendance se distingue. On la sent à l’affût qui bondit régulièrement sur son sujet de prédilection. Il s’agit bien sûr, pour ce qui nous concerne, des thèmes portant sur la langue arabe.

Les textes sont très souvent écrits dans un français approximatif, le style est lapidaire et le vocabulaire, réduit, pauvre et récurrent. Les pseudonymes sont de rigueur, qui confère un anonymat protecteur et la liberté de ton qu’il permet.

L’insulte est au cœur du propos, qui jaillit avec la force d’une haine contenue dans la vie. Le débat est très rare, sauf parfois pour s’en prendre à un intrus qui détonne avec l’ambiance. On trouve de tout, avec une fréquence particulière, la dénonciation de l’arabo-islamisme ou de l’arabe tout court comme facteur de tous les maux. Contrairement à ce que l’on peut attendre, c’est la langue et la civilisation en soi qui sont les cibles. Porteuses des pires tares, les internautes commentateurs en sont convaincus.

On les imagine derrière leurs claviers à se défouler, à exister, à dire, en étant certains de participer à une révolution. On voudrait savoir à quoi ils ressemblent, où ils habitent, ce qu’ils font dans la vie, avec quoi ils vivent, mais on ne peut que deviner qu’ils ont le temps et les moyens à consacrer à leur passion et que de ce fait ils ne doivent pas être aussi malheureux qu’il y paraît.

Bien calés sur leur siège, en face de leur écran, les doigts sur le clavier, un coup de souris de temps en temps, sûrs d’une connexion ADSL, ils voient le monde sans être vus et surtout se sentent infaillibles.

Le soliloque le plus débile a l’avantage imparable, pour le locuteur, d’être l’expression de l’intelligence infuse. Donc, la langue arabe est régulièrement ravalée au dernier rang des idiomes connus, par des militants d’on ne sait quelle langue supérieure, quand on sait l’indigence qu’ils ont de celle qu’ils utilisent. La légitimation des attaques est rarement manifeste, il faut le plus souvent la deviner.

Mais le registre est clairement orienté. On y décèle tous les poncifs, puisés dans le répertoire linguistique d’une classe, en quête d’émancipation vers les lumières du monde.

Il faut bien que l’image de l’arabe renvoyée par la culture dominante, et par ses médias, produise cet effet et que certains s’en emparent pour vilipender un patrimoine universel exceptionnel, sans savoir qu’il existe un gouffre abyssale, entre un cacique du discours officiel ou une vedette de l’ENTV et ces philosophes, savants, poètes et écrivains, dont la pensée et l’intelligence ont survolé l’Humanité des siècles durant.

Le sociologue intéressé devrait partir de là et défricher, pour la postérité, les dégâts du totalitarisme culturel qui a semé une misère intellectuelle qui n’en finit plus de sévir.

A. Halfaoui

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Regard sur le souffrant

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De mains murmurant l’urgence de faire reculer la douleur, il prend des morphiniques qui vont le rendre flottant, comme une épave en naufrage dans le leurre des reprises, loin des sympathies définitivement closes. L’épuisement saisit son présent et givre ses espoirs de la risée glacée du temps. La stupeur l’étreint d’une accolade grimacière qui l’entraîne, confondu, dans un cheminement inconnu.

Les prières sont vaines, anéanties par les inquiétudes. Ses étoiles s’entrechoquent, elles ne peuvent lui ôter les supplices fébriles des interrogations auxquelles ni elles ni lui ne sont en mesure de donner des réponses apaisantes. Pourtant, des amours, il en chuchote la nuit sous la couverture et souvent, il se réveille priant de sa mine païenne les célestes matins de les garder hors de portée de sa décrépitude.

Il se surprend en train de chanter les hymnes aux soleils pour supporter la tornade des questions qui viennent à lui remplies de virulences, toujours plus fortes, plus acharnées, plus ardentes que la déception. Le sort lui marche dessus à pieds joints, il ne trouve rien à même de contrer les incertitudes qui progressent et déroulent à ses pieds le tapis à d’autres interrogations plus féroces.

Commencent alors à finir les ardeurs plastiques qui se bousculaient quand sa parole saine et hyperbolique apaisait le regret des non réalisés et des non-dits géminés. D’impatiences refoulées, à travers la maladie tout se casse, tout se lâche, tout part inévitablement. Claudiquant cahin-caha, entre les toilettes et le lit, il excuse ses apparitions dans une cavalcade délirante, entortillé, la tête secouée par les soupirs qu’il dégage durement.
Triste atout que de faire pitié, de son œil coule une larme, simple et discrète, dans laquelle ça s’agite, ça se bat, ça crie, sa saigne, ça meurt… Et, il prend souvent pensée de cette larme pour que son âme s’y forme par reflets.

À peine apparent dans la pénombre du soir, il se parle, il ne se lasse pas de se parler comme un curieux cultivé qui s’engage à écrire le roman de sa triste fin. Il pense et repense à la mort pépère mais qui le guette d’un regard sévère entre le canapé flasque et le lit décati. Opacifié et mis à distance pendant que plus loin, ailleurs, se fusionnent les joies en étincelles sonores.

Tandis que la lèvre fatale de la mort commence ses insipides caresses d’où s’évaporent ses détresses, il entend déjà prononcer son nom dans la moquerie absurde de l’oubli où rote la santé. Tout comme il est né, sa vie va probablement se taire comme l’eau qui s’arrête de couler du robinet en phase de pénurie. Tel un apatride râlant sur la hampe d’un drapeau brulé, il geint seul en caressant le drap sale de son horrible déclin…

D. B.

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L’apparat politique

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Il est toujours exclu par les tenants des discours dominants de reconsidérer les visions sur les sociétés humaines, à partir de leurs vérités fondamentales. Condition vitale pour régner. Ne s’intéresser qu’aux rois, et aux princes du moment, en guise de personnification judicieuse de la nature des pouvoirs qu’il faut protéger du décryptage.

Rendre plus dure une démarche qui soit apte à nous dépêtrer des flots d’inepties et d’arguties ronflantes qui inondent l’espace médiatique et noient l’intelligence des choses, au service de desseins jamais exposés.

Ce à quoi nous assistons, en Algérie, n’est qu’une caricature des pratiques politiques éprouvées depuis plus de deux siècles, où les enjeux réels sont évacués de la scène, qui portent sur l’essentiel de la vie de centaines de millions d’êtres humains. Ne sont agités que des formules et concepts éthérés, destinés à ce que rien n’apparaisse qui met en évidences la réalité, afin que soit reconduite la gestion des affaires.

Sinon que signifierait cette démocratie qui n’en peut plus d’exclure de la chose publique la multitude. Une multitude qui croit choisir, alors que les choix qu’elle fait ne démentent jamais l’erreur cardinale de cette croyance magique, alternant espoir et déception, ad aeternam. Jusqu’à quand ? Nul ne le sait. Peut-être jusqu’à ce qu’il ne soit plus possible pour les alternants au pouvoir de paraître en « changeurs ». Jusqu’à ce que l’illusion du choix cesse de faire son effet en laissant à l’évidence la voie de mettre en lumière qu’il n’y a jamais eu de choix.

Seulement une impression confortable de souveraineté populaire, quand c’est véritablement la ploutocratie mondiale élabore les programmes de gouvernance. Devant les crises, les joutes oratoires vont s’atteler à semer la confusion et à empêcher que les faits subissent une lecture concrète.

Qu’il s’agisse d’emploi ou d’accès de tous aux services publics, seront invoqués non pas les modes de gestion de l’économie, mais des raisons techniques pures. Des chapelles aux drapeaux diversifiés pour l’apparat, se disputent la direction des foules, toutes candidates à mener le navire sans bouleverser l’ordre établi.

Démocrates autoproclamés, islamistes modérés ou islamistes tout court, laïcs et compagnie meublent le champ des possibles, bouchent les horizons contraires et, par-dessus tout, simulent la lutte politique et donnent le change aux mécontents. Présageant les débordements, ils se posent chacun en conjurateur du pire. Unis, en fait, quand il s’agit de s’opposer au « chaos ». Le cauchemar qui risque de les disqualifier.

Leur compensation, grimper en haut de l’échelle, glaner des sinécures électives à travers l’ascendeur sociopolitique, plus si possible, si les affaires s’ouvrent à leur appétit. Là, ils maintiendront le cap et travailleront à durer, tout en se préparant aux chutes possibles en se garantissant les chances d’un retour possible. Mais n’est-il pas venu le temps des foules méprisées ?

A. Halfaoui

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