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Agression de Bouzeréah : entre le caché et le cachot ?

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Pourquoi, chez nous, la foi se mesure-t-elle à la force de ses interdits ? Université de Bouzareah, des jeunes jeûneurs agressent des jeunes non-jeûneurs ! Des regards croisés, des cris, des insultes, des corps entremêlés et, à la fin, des corps ensanglantés.

Le sujet ? Le ramadan ! La raison ? Devoir l’observer ou droit de l’ignorer ? L’espace public existe-t-il pour les individus ou pour le collectif ? Est-il conçu pour laisser exprimer les divergences ou pour célébrer l’unanimité ? 

Les coups sont partis avant même d’avoir le temps d’en parler et de trancher. Comme souvent dans ce pays, la violence est langage et non absence de langage !

Quand la croyance est exprimée comme une vérité, la seule qui vaut, alors, exiger, interdire, imposer, rejeter et tuer trouvent là un faire valoir infini et éternel.

Quand la croyance est assimilée à un espace héritée, alors cela implique nécessairement une délimitation, une frontière, une police, des matraques, des barbelés, pour contrôler les entrées et, surtout, empêcher les sorties.

La foi, intimement et collectivement ressentie comme un acquis, et non un effort, à défendre et non à partager, à conserver et non à cultiver. Penser autrement, penser le contraire, penser tout court, revient à choisir entre le caché ou le cachot ! La norme exige la solennité, la lumière du jour et le silence général. C’est rarement un conseil, mais un ordre.

Dans ce pays, il y a un désir trouble pour montrer et se montrer, démontrer et démonter, le besoin d’adhérer titille la tentation d’exclure, la critique est comme insulte, le différent comme une menace, et la divergence comme absence d’unité.

Il y a bien-sûr l’histoire et les livres, les mythes et les rites, les récits et les doctrines. Mais en face, il y a le réel, le quotidien, la chair et la tête. Pourquoi fermer les yeux ou les fixer vers le ciel ?

Car, à regarder de près, sous les apparentes adhésions, sous la société des uniformes, et des allégeances sur-jouées, le paradoxe gronde, grandit, la voix muette mais le scandale est énorme, le souffle dense et profond, désormais aveugle aux équilibres et à la modération, il vomit leur cynisme et leur hypocrisie, car construits sur son dos, il surgira à la surface, face contre soleil, en brassant les décennies de clandestinité, les milliers d’injustices, et les millions de cadavres mal enterrés, il explosera, projetant ainsi le réel des sous sols, les vérités des nocturnes, celles des corps, des pensées subversives, des désirs, des envies et des espoirs enfouis !

Ça fera pas beau à voir, mais le réel sera ré-institué, jamais nous aurons une aussi bonne étoile que le jour où toutes les pièces de puzzle seront convoquées à la même table.

Ce pays doit en finir avec son penchant pour l’informel, pour l’opacité, pour le parallèle et les dédoublements.

Ali Boucherka

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