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Politique

Saïd Sadi : « L’heure des grands choix a sonné »

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Quelques heures après la publication de l’éditorial comminatoire d’El Djeich, Saïd Sadi, l’ancien président du RCD, publie son analyse-réponse sur son mur Facebook. Nous vous en proposons l’intégralité.

« Beaucoup de citoyens s’interrogent légitimement sur ce qu’il conviendrait de faire pour donner sens et consistance à un mouvement qui a surpris le monde autant par son ampleur que par son expression pacifique.
Cependant, avant de penser à dicter des orientations ou introniser des chefs, il convient peut-être de dire aussi ce qu’il faut éviter de faire ou, plus exactement, de refaire.

Nostalgies meurtrières

En octobre 1988, le pouvoir surpris par une révolte impliquant essentiellement la jeunesse, avait été tétanisé dans un premier temps. Pendant la dizaine de jours qui a suivi les premières émeutes, les responsables gouvernementaux s’étaient quasiment tous terrés. Ils étaient persuadés que le soulèvement avait une direction cachée qui ne tarderait pas à leur demander des comptes.

Les tentatives improvisées et maladroites du chevauchement de la colère populaire par des groupes de gauche ou des islamistes dévoilèrent un événement sans cap et redonnèrent aussitôt confiance au pouvoir qui allait organiser, à sa manière, sa « transition ».

La suite est connue. Pollution du pluralisme par l’argent public qui aboutit à la création de plus de soixante dix partis où le multipartisme fut folklorisé ( on se souvient de la mer intérieure qui allait irriguer l’arrière pays ), ouverture médiatique frelatée par des assistances qui pèsent encore aujourd’hui sur la viabilité et l’autonomie de la presse, tractations avec le fondamentalisme destinées à contenir l’aspiration à la refondation nationale dans des reclassements claniques…

Depuis quelques semaines, des anciens responsables dont peu savent ce que veut dire contraintes politiques ou privations sociales s’essaient à des manœuvres similaires. Il y a comme une volonté de rejouer le match et enfermer une dynamique citoyenne libératrice dans des réseaux ou des opérations relevant des chausse-trappes et perceptions passéistes. S’ils ne sont pas replacés dans leur propre histoire et mis devant leur responsabilité dans le drame national, la suffisance et l’autisme politiques et sociaux de ces individus peuvent en faire des agents de complexification supplémentaires dans une phase historique particulièrement délicate.

Les raisons de ces tentatives de rattrapages sont simples à comprendre. Leurs auteurs sont des acteurs et des bénéficiaires du système qui est aujourd’hui radicalement remis en cause par le peuple faute d’avoir été en mesure d’honorer mille et une annonces de réformes restées sans suite. Habitués au dirigisme qu’ils ont docilement suivi et, pour certains, reproduit, ils ne connaissent pas d’autres manière de gouverner. Pour eux, la solution ne peut venir d’un monde qu’ils ignorent. Et qui leur fait peur.

Les forces d’inertie du système qui pèsent sur les institutions diffusent aussi sur des relais d’opinion. Il ne faut pas oublier que pendant plusieurs semaines, la plupart des organes de presse se contentait du rejet du cinquième mandat. C’est la rue qui a imposé l’exigence du départ de tout l’ordre politique en place depuis 1962.

Dans un article paru ce 6 mai dans un quotidien national, il est écrit que le pouvoir refuse le changement DU système que demande le mouvement – on n’a pas dit le changement DE système – exigé par les manifestants. On en reviendrait déjà aux vieilles lunes qui ont tant de fois vanté la possibilité de réformer le système de l’intérieur.

D’autres stéréotypes de la pensée unique apparaissent dans ces appels se voulant au dessus de la mêlée. On y parle de l’armée ET du peuple. L’institution militaire est politiquement intégrée comme une entité distincte, égale ou, pourquoi pas, supérieure au peuple. Après tout, on a bien entendu dire que l’armée était fière du peuple !! Un régime militaire est par essence la négation de la volonté du citoyen. La chose est encore plus vraie dans le tiers-monde.

Ces mêmes intervenants, sincères ou intéressés, sont unanimes pour dire qu’il faut aller rapidement vers une élection présidentielle avec les dispositions constitutionnelles actuelles. Ce qui serait un vrai désastre politique pour le pays. Si nul ne peut dire comment va se traduire concrètement le mouvement du 22 février, il faut être un dangereux aventurier pour croire que la société algérienne va encore se laisser canaliser dans les fosses politiques gérées par des hyperprésidents où on a fait macérer la génération d’après- guerre.

La révolution en cours est autant politique que culturelle et sociétale. Si on ajoute les bombes à retardement socio-économiques qui nous attendent dans un an à dix-huit mois, il est urgent de penser à préparer les nouveaux cadres politico-administratifs qui aient la légitimité, l’adaptabilité et la performance nécessaires à une gouvernance qui puisse entraîner le consentement du citoyen devant des restrictions matérielles qu’aucun pouvoir militaro-policier ne pourra faire accepter.

Autant dire que les logiciels des oracles du système qui se rappellent à notre bon souvenir sont hors-service dans un moment historique dont ils préfèrent esquiver ou nier les messages faute de vouloir les accepter ou de pouvoir les comprendre. Leur monde est mort mais ils refusent de l’admettre. Il n’y a pas lieu de leur livrer combat.

Le débat est impossible. La seule réponse à opposer à ces prêches antiques est de les ignorer. Il s’agit de concevoir et de construire des solutions innovantes qui n’existent ni dans les pensées anciennes ni dans les instruments qu’elles ont sécrétés.

Il est donc indispensable de placer des barrières étanches entre ceux qui adhèrent à la revendication du changement de système et ceux qui cherchent à le ressusciter ou à en proroger l’impéritie. Ces deux attitudes sont exclusives l’une de l’autre. Et opérer cette décantation est déjà une manière d’avancer et de gagner du temps.

Perspectives

Outre les raisons de fond énoncées ci-dessus qui disqualifient l’essentiel de l’ancien personnel, il y a des facteurs conjoncturels qui distinguent l’explosion d’octobre 1988 de l’insurrection de 2019. Le caractère violent et éruptif de la première ne pouvait pas déboucher sur un mouvement durable.

Emmené par un élan dominé par les jeunes, parmi lesquels les étudiants ne tarderont pas à être le fer de lance, le mouvement du 22 février a pu se donner, grâce aux réseaux sociaux, un minimum de lisibilité politique ; ce qui lui a permis de gagner l’ensemble du pays, entraînant derrière lui la quasi-totalité des catégories sociales.

La cible du mouvement qui demeure le démantèlement du système est à la fois stratégiquement pertinente, elle soulève le vrai problème du pays, et tactiquement efficace puisqu’elle fédère le plus grand nombre. C’est d’ailleurs ce qui lui a permis, jusque-là, de déjouer toutes les manoeuvres de provocation et de division.

On entend ici et là des appels à donner une direction au mouvement. Ce serait une erreur. En tout cas pour l’instant. Tant que l’état-major ruse en feignant de croire qu’il y a possibilité de trouver dans le cadre d’institutions caduques une issue à une impasse qui en est la conséquence, le mouvement doit demeurer une puissance collective insécable fixée sur son objectif premier : la sortie d’un système politique obsolète et prédateur. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut pas multiplier les débats comme le font les universités pour affiner les discussions sur l’organisation des luttes et la façon d’atteindre des objectifs d’étapes précis.

Assiéger la capitale chaque jeudi soir pour réduire la masse des manifestants, maintenir le gouvernement nommé par celui qui est maintenant décrit comme le diable personnifié, jouer avec une justice sélective pour amalgamer les dossiers de corruption tout en réglant des comptes, espérant faire oublier les revendications du peuple est autant un message politique signifiant un refus d’entendre qu’une approche tacticienne visant à gagner du temps.

Une page se tourne dans l’Algérie d’après-guerre. Le renvoi et les changements de personnes ne suffiront pas. Une fois ce constat élémentaire mais capital admis, les échanges pourront commencer.

On ne part pas de rien. Dans le feu de la mobilisation citoyenne des propositions réalistes et judicieuses ont émergé.

Une présidence collégiale dont le nombre et la composition restent à définir est une garantie de sa résistance contre les pressions ou les tentations.

Un gouvernement de transition formé de techniciens chargés des affaires courantes, une commission dont la mission est de convoquer les acteurs politiques et sociaux devant prévoir et gérer les mécanismes d’une transition démocratique, l’organisation des élections législatives avant la présidentielle font consensus dans les rangs du mouvement…. C’est déjà beaucoup. D’autres sujets peuvent venir s’ajouter à ce viatique.

La mobilisation populaire doit rester de mise pendant toute cette période pour dissuader ou neutraliser les manœuvres contre-révolutionnaires.

Il faut aussi penser d’ores et déjà au séquençage des priorités. Le temps est précieux. C’est précisément pour cela qu’il convient de l’utiliser à bon escient ; c’est à dire qu’il ne faut ni se précipiter ni tergiverser.

Les douloureux précédents de la dérive sanglante qu’a connus la vie politique algérienne nous imposent de constamment avoir à l’esprit les deux objectifs vitaux qui doivent être assignés à la conférence de transition. Il s’agit de la révision complète et radicale du fichier électoral national et de la définition claire des préalables démocratiques qui doivent prévaloir dans tout processus électoral.

Une fois ces bases posées et adoptées, le reste fait partie des compromis démocratiques que toute société apaisée sait trouver. Il n’y a pas de raison de douter de la capacité d’un peuple qui a su garder aussi longtemps une mobilisation d’une telle qualité à trouver des médianes politiquement consensuelles pour organiser la nouvelle Algérie. L’essentiel est de bien saisir que la cité de demain ne peut pas être une réplique de la banlieue politique où le militaire a parqué le citoyen au lendemain de l’indépendance.

Choisir

Dans la foulée de la révolution citoyenne, la situation est donc bien plus claire que ne le laissent sous-entendre les apparatchiks recyclés en arbitres autoproclamés ou suggérés par le pouvoir réel.

Il reste à dissiper les malentendus, évacuer les confusions et prévenir les pièges. L’heure des grands choix a sonné. On ne peut pas se mettre avec ceux qui crient « système dégage » et se commettre avec ceux qui susurrent « système revient. »

La jeunesse détient les clés de son destin. Elle peut assumer ses vérités et aller au bout de ses rêves. Le dernier mot revient à la grande Djamila Bouhired : ne vous laissez pas voler votre révolution.

Alger, le 8 mai 2019

Saïd Sadi

ساعة الخيارات

كثير من المواطنين يتساءلون عن ما يجب فعله لإعطاء الحركة الشعبيّة التي أبهرت العالم بضخامتها و سلميّتها، معنى و تماسكا
قبل التفكير في إعطاء توجيهات أو تنصيب قيادات في سدّة الحكم، يّستحسن ربّما التحدّث حول ما يجب تفادي فعله، أو بالأحرى، تكرار فعله

حنين قاتل

في أكتوبر، و كأوّل ردة فعل، عرف النظام الذي فاجأته انتفاضة شبانيّة، تشنّجا تاما. ففي الأيام العشر الأوائل للمظاهرات، اختبأ كل المسئولون الحكوميون. كانوا على اقتناع تام على أن الانتفاضة يقف وراءها جهاز خفيّ قد يحاسبهم بعد حين

و أدّت المحاولات الإرتجاليّة و الحمقاء التي بادر بها الاسلامويون و اليساريون لركوب موجة الغضب الشعبي، إلى انكشاف حركة بلا وجهة واضحة و إلى إسترجاع الثقة من طرف السلطة ممّا مكّنها على تنظيم مرحة انتقالية بطريقتها الخاصة. و الحصيلة معروفة. تلويث التعدّدية بالمال العام الذي أدى إلى إنشاء أكثر من سبعين حزبا و تحويل التعدّديّة الحزبيّة إلى فلكور ( كلّنا يتذكّر البحر الداخلي الذي سيسقي الأراضي الداخليّة )، و التفتّح الإعلامي المغشوش بمساعدات ما زالت تلقي بأوزارها على استدامة و استقلاليّة الصحافة، و مشاورات عُصبيّة مع الأصوليّة من اجل احتواء التطلّع لإعادة التأسيس في ترتيبات عُصبيّة ….

منذ أسابيع ، يحاول مسئولون قدامى، لا يعرف أكثرهم معنى التقييد و الحرمان، تجريب مناورات مماثلة. فهناك ما يشبه الإرادة في إعادة لعب نفس المباراة و حشر الديناميكية الشعبيّة الفريدة في شبكات و عمليّات هي بمثابة أفخاخ و رؤى قديمة. إن لم يتم الكشف عن تاريخهم الشخصي و وضعهم أمام مسؤولياتهم في المحنة الوطنيّة، فإن الغرور و الإنطواء السياسي و الإجتماعي لهؤلاء الأشخاص قد يحوّلهم إلى عوامل تعقيد إضافيّة لضرف تاريخي معقّد في أساسه

دوافع هذه المحاولات الاستدراكية سهلة الفهم. المبادرون بها هم فاعلون و مستفيدون من النظام الذي يعاد النظر فيه بصفة راديكالية من طرف الشعب، لكونه لم يفي بألف وعد و وعد يخصّ إصلاحات ما زالت تنتظر. إنهم معتادون على السيّاسات الموجّهة التي اتبعوها ، في حين أعاد بعضهم بعثها. فهم لا يعرفون طرق أخرى في الحكم و التسيير. بالنسبة لهم، لايمكن أن ياتي الحل من عالم يجهلونه و يربكهم.

إن القوى الخاملة للنظام التي تثقل كاهل المؤسسات تضفي بضلالها على المؤثرين في الرأي. لا يجب أن ننسى أنه، على مدى أسابيع ، ركّزت معظم وسائل الإعلام على رفض العهدة الخامسة. فالشارع من فرض رحيل كل النظام السياسي المؤسس منذ 1962.
في مقال نشرته يومية وطنية ، يوم 06ماي، كُتب أن السلطة ترفض تغيير (النظام) كما يطلبه الحراك و لم يقال تغيير (نظام) كما يشترطه المتظاهرون. و ها نحن نعود إلى الفوازير القديمة التي تشدو إمكانيّة إصلاح النظام من الداخل. 
قوالب نمطية أخرى من الفكر الأحادي بدأت تظهر في هذه النداءات التي تريد أن تترفع عن الجماعة. فالحديث يدور حول الجيش و الشعب. فالمؤسسة العسكرية تم إقحامها سياسيا ككيان منفصل ، مساو ، و لما لا سام على الشعب. على كل حال، ألم نسمع أنّ الجيش فخور بشعبه ؟

نفس المتدخلين، أكانوا مخلصين في نواياهم أو مناورين، مُجمعون على وجوب الذهاب بسرعة نحو انتخابات رئاسية وفق الأحكام الدستورية الحالية. مما يشكّل كارثة حقيقية للبلاد. إن لم يكن بمقدور أحد التكهن بما قد يفرزه حراك 22 فيفري، فيجب أن يكون الشخص مغامرا ليؤمن بإمكانيّة أن يقبل المجتمع الجزائري باقتياده نحو أوحال يسيّرها رؤساء فوق العادة ، تم نقع جيل ما بعد الثورة داخلها

إن الثورة الحالية سياسية، ثقافية و اجتماعية. و إذا أضفنا القنابل الاقتصادية و الاجتماعية الموقوتة التي تنتظرنا في عام أو عام و نصف، يتحتّم علينا التفكير في تهيئة إطارات سياسية و إدارية جديدة تحظى بالشرعيّة و القدرة على التكيف و النجاعة اللازمة من أجل حوكمة تستطيع جلب موافقة المواطن على التخفيضات المادية و التي سيعجز عن تمريرها أي نظام بوليسي عسكري.

فلنقل أن برمجيات عرّافي النظام التي تعود إلى ذاكرتنا هي معطّلة في وقت تاريخي اختارت فيه أن تجتنب و ترفض رسالاته لعدم رغبة بقبولها و عدم قدرة فهمها. عالمهم انتهى و لكنهم يرفضون قبول الأمر الواقع. فلا داعي لمحاربتهم لأن النقاش معهم أمر مستحيل. إن أحسن ردّ لهذه الخطابات الغابرة هو تجاهلها. ما يهم هو تخيّل و بناء حلول جديدة غير متوفرة في الأفكار القديمة و لا في الإدارات التي أفرزتها

إنه من الضروري جدا وضع حواجز متينة بين من ينخرطون في مطالب التغيير الجذري للنظام و من يبحثون عن سبل إعادة بعثه من جديد أو تمديد فساده و عفنه. كل واحد من الموقفين يقصي الآخر. و إحداث هذا التمييز يشكّل في حد ذاته وسيلة للمضي نحو الأمام و ربح الوقت

آفاق

بالإضافة للدوافع الجوهريّة التي ذكرناها آنفا و التي تسقط المصداقيّة عن معظم الحرس القديم، هناك عوامل ظرفية تميّز إنفجار أكتوبر 1988 عن ثورة 2019. إن طابع العنف الذي ميّز الأوّل لم يمكّنه من بلورة ديناميكيته إلى حركة دائمة. في حين استطاع حراك 22 فيفري الذي قاده الشباب، و الذي سرعان ما أصبح الطلبة الجامعيون رأس حربته ، أن يمنح بفضل شبكات التواصل الاجتماعي القليل من المقروئية السياسية . و هذا ما مكّنه من التطوّر في كامل التراب الوطني و جلب كامل الطبقات الاجتماعية للانخراط فيه

إن وضع تفكيك النظام كهدف يعتبر من الناحية الإستراتيجية أمر جد مهم لأنه يطرح المشكل الحقيقي للبلاد، و من الناحية التكتيكية فهو أمر ناجع بما انّه يجمع جزء كبير من أطياف المجتمع. و هذا ما مكّنه لحدّ الآن من إبطال كل مناورات الإستفزاز و التقسيم

نسمع من هنا و هناك نداءات لإعطاء الحراك زعامات. و هو خطأ فادح. على الأقل في المرحلة الراهنة. ما دام الجيش باق كمقابل يخادع بإمكانية إيجاد مخرج للمأزق في إطار مؤسسات فاشلة كانت، في الأصل، سببا فيه، يتوجّب على الحراك أن يبقى قوة جماعية غير قابلة للتقسيم و مركّزة على الهدف الأول ، و هو الخروج من نظام سياسي منتهي الصلاحية و مفترس. هذا لا يعني أن لا نضاعف النقاشات كما هو الحال في الجامعات لبلورة الحديث حول تنظيم النضال و كيفيّة الوصول إلى الأهداف في مراحل محدّدة

إن وضع العاصمة في حالة حصار كل مساء خميس لإضعاف كتلة المحتجين، و إبقاء حكومة تم تعيينها من قبل شخص يوصف حاليا بالشيطان ، و التلاعب بعدالة انتقائيّة للخلط في ملفات الفساد و تصفية الحسابات ، آملين في نسيان الشعب لمطالبه ، هي رسالة سياسية مفادها رفض السماع ، و مقاربة تكتيكيّة تهدف لربح الوقت

إنّنا في صدد رؤية ورقة تطوى في جزائر ما بعد الثورة. إن إقالة و تغيير الأشخاص إجراءات لا تكفي. فإن تم القبول بهذه المسلّمات الأساسية، و هي لبّ الموضوع، يمكن لمسار تبادل الرؤى أن ينطلق

لن نبدأ من الصفر. في عزّ التعبئة الشعبية، ظهرت اقتراحات واقعية و عقلانية. 
إن الرئاسة الجماعية التي يجب تحديد عددها و من يشكلها ، ضمانة لصمودها أمام الضغوطات و الإغراءات. حكومة انتقالية يشكلها تقنوقراط لتسيير الشؤون العامة، لجنة تعمل على استدعاء الفاعلين السياسيين و الاجتماعيين الذين بمقدورهم وضع و تسيير ميكانزمات الانتقال الديمقراطي و تنظيم التشريعيات قبل الرئاسيات هي مسائل حظيت بالإجماع في صفوف الحراك. و هذا في حد ذاته أمر عظيم. أمور أخرى يمكن إضافتها لهذا النزر. و يجب على التعبئة الشعبية أن تبقى يقظة طوال هذه المرحلة الانتقالية للتصدّي لأي مناورات ضد الثورة

يجب التفكير من الآن في جدولة الأولويات. فالوقت من ذهب. و لهذا يجب استغلاله بأحسن وجه، أي لا يجب أن نتسرع و لا أن نتردّد.
إن التجارب الدموية التي عرفتها الحياة السياسية الجزائرية تفرض علينا وضع هدفين حيويين في صميم عمل الندوة الانتقالية. يتعلّق الأمر بالمراجعة التامة و الجذريّة للملف الانتخابي الوطني و التحديد الواضح للشروط الديمقراطية المسبّقة التي تؤطّر كلّ مسار انتخابي. عندما يتمّ وضع هذه الأسس و المصادقة عليها، كل ما يبقى يكون محل تفاهمات ديمقراطيّة يستطيع أي مجتمع هادئ التوصّل إليها. لا وجود لأي مبرّر يجعلنا نشكّ في قدرة شعب استطاع الإبقاء على تعبئة من هذا النوع ، على إيجاد وسائط توافقيّة سياسيا لتنظيم الجزائر الجديدة. المهم أن نفهم أن مدينة الغد لا يمكن لها أن تكون نسخة باهتة للحي السياسي الذي ركن فيه الرجل العسكري المواطن غداة الاستقلال

الإختيار

في أعقاب الثورة الشعبيّة، ظهرت المسالة أكثر وضوحا ممّا يحاول الإيهام به رجال أجهزة نصّبوا أنفسهم كحكام أو تمّ اقتراحهم من قبل السلطة الفعليّة. لم يبقى سوى توضيح سوء التفاهم، رفع اللبس و الوقاية من الفخاخ. إن ساعة الخيارات الكبرى قد دقت. لا يمكن اليوم أن نكون برفقة من ينادي النظام بالرحيل و المشاركة في نفس الوقت مع يهمس للنظام بالرجوع

أيها الشباب، أنتم من بيده مفاتيح قدركم. تحمّلوا و اقبلوا بحقائقكم. واصلوا المسار حتى بلوغ أحلامكم

آخر الكلام يرجع للعملاقة جميلة بوحيرد : لا تتركوا أحدا يسرق منكم ثورتكم

الجزائر، 08 ماي 2019 
سعيد سعدي

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« Algérie : le pacte de souveraineté » par Djamel Zenati

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Le mouvement populaire est à son septième mois. Loin de s’essouffler, il gagne en détermination et en maturité. Sa plus grande victoire est d’avoir réussi à réaliser un large consensus autour de la nécessité d’aller vers une rupture radicale avec l’ordre en place.

Certes, le système autoritaire est toujours là. Toutefois, il est fortement ébranlé dans ses fondements et a perdu toute source de légitimité. L’irruption citoyenne dans le champ public a aiguisé les contradictions en son sein et accéléré le processus de sa déliquescence. Enfin, la paralysie de sa façade institutionnelle l’a contraint à se replier sur son noyau dur : le commandement militaire. Cela a permis de donner plus de lisibilité à la problématique politique dans notre pays.

Nous ne sommes pas dans une séquence de crise, mais dans un moment d’opportunité fondatrice. Les anciens paradigmes et les vieux schémas sont inopérants.

La perspective historique est désormais du côté de la société et de la société seule.

Le sens d’une insurrection

Deux slogans méritent une attention particulière : « Echaâb yourid el istiqlal » et « Dawla madania machi aâskaria ». Cette exigence d’émancipation vient des profondeurs d’une société écrasée sous le poids de la hogra érigée en système. C’est aussi le retour d’un rêve lointain, dont les racines plongent dans l’épopée de la lutte de Libération nationale. Il peut paraître surprenant d’exprimer un désir d’indépendance des décennies après l’indépendance. C’est un anachronisme trompeur. Car le propre des œuvres inachevées est de rebondir inopinément sous l’effet de la transmission mémorielle et du relais générationnel. L’insurrection citoyenne a justement mis le doigt sur le véritable enjeu de ce conflit : la question de souveraineté.

Aussi, le processus de transition en Algérie doit s’articuler autour de la problématique de la souveraineté dans toutes ses dimensions. Et pour une description précise de ce processus, il est nécessaire d’identifier en premier lieu la nature et l’origine de l’obstacle auquel est confrontée cette aspiration légitime du peuple. Pour cela, il faut interroger le processus de construction de l’Etat algérien et ses modes de légitimation.

Fondement de l’autoritarisme algérien

Sous la colonisation, les nationalistes assimilaient à juste titre la souveraineté à une situation, à savoir la fin de la tutelle coloniale. Une fois l’indépendance recouvrée, cette vision s’avèra totalement inadaptée. Elle devait être naturellement abandonnée au profit de la souveraineté comme prérogative, c’est-à-dire la capacité inaliénable reconnue au corps des citoyens de décider librement de son destin. Ce droit imprescriptible du peuple constitue l’esprit même du combat libérateur. Or, ce passage n’a pas eu lieu. Les phénomènes de militarisation et de patrimonialisation de l’Etat, déjà en gestation dans le mouvement national, a fait barrage au transfert de souveraineté. Le maintien du pays sous tutelle fut imposé par la force des armes et justifié par la légitimité révolutionnaire. Les drames algériens, passés comme présents, ont une même origine : la confiscation de la souveraineté.

La dissociation entre souveraineté populaire et souveraineté nationale repose sur le postulat selon lequel le peuple ne peut être l’agent de sa propre émancipation. Derrière ce postulat se profile l’idée de l’inaptitude du peuple. Bien plus, du point de vue des gouvernants, le peuple est dangereux. Toutes les voies de la participation et de la contestation institutionnalisées sont obstruées. Les citoyennes et citoyens sont astreints au devoir d’obéissance, faute de quoi ils s’exposent à des risques pouvant parfois aller jusqu’à la liquidation physique.

L’idéologie sécuritaire

Au cœur de l’autoritarisme algérien se trouve donc l’idéologie sécuritaire. Elle a structuré l’Etat dans son organisation et son fonctionnement. La théorie du complot, le cliché de l’ennemi intérieur et le spectre de la main étrangère sont inlassablement agités. Ils visent à installer un climat de menace permanente et à légitimer ainsi la suprématie et l’omnipotence du pouvoir sécuritaire. Le pays est mis sous contrôle de l’armée, institution à partir de laquelle tout découle et ruisselle et autour de laquelle tout s’ordonne. Elle n’est pas la colonne vertébrale de l’Etat. Elle est l’Etat.

Choix politiques, répartition des pouvoirs et prérogatives, arbitrages, nominations et distribution de la richesse nationale, tout relève de l’armée ou est subordonné à son agrément.

L’idéologie sécuritaire n’a épargné aucun domaine de la vie du pays, elle a enveloppé jusqu’à la sphère économique. En effet, l’attachement du pouvoir en place à l’économie rentière a pour but de maintenir la société dans un rapport de dépendance vis-à-vis de l’Etat autoritaire. La rente pétrolière a servi prioritairement à entretenir et à équiper la machine sécuritaire. Elle est mobilisée ensuite pour l’entretien du sérail et de ses diverses clientèles. Elle sert accessoirement à «acheter la paix sociale». Le résultat est là : le destin du pays est suspendu au prix du baril de pétrole. En voulant soumettre le peuple, nos gouvernants ont juste réussi à accroître les vulnérabilités du pays et à le livrer aux groupes mondialistes. La confusion entre sécurité nationale et défense nationale a eu des effets désastreux.

En définitive, si le système parvient à se maintenir, ce sera au prix d’une grande violence et de concessions sur le plan géopolitique. C’est-à-dire une inflexion dans l’orthodoxie algérienne en matière de politique étrangère et une ouverture sans limites à la mondialisation. En d’autres termes, un renoncement pur et simple à la souveraineté du pays. Accepter d’hypothéquer l’avenir de tout un pays sur l’autel d’appétits de pouvoir est la plus grande des trahisons.

Les limites de l’état autoritaire

Quand un Etat puise son autorité dans la seule puissance coercitive, il perd toute légitimité aux yeux des citoyens et devient un Etat fragile. C’est la situation où l’Etat est partout dans la société et la société nulle part dans l’Etat. C’est l’Etat désincarné. En agissant dans le sens d’affaiblir la société pour mieux la dominer, l’Etat s’affaiblit lui-même. Nous sommes là au cœur de la contradiction de l’Etat militaire ou policier. L’exemple algérien est dans ce sens paradigmatique.

L’insurrection citoyenne ne résulte pas seulement d’une crise de la représentation. Elle renvoie à la crise de légitimité de l’Etat. L’élection présidentielle à laquelle tient tant le pouvoir en place n’est pas la réponse appropriée ni attendue. C’est pourquoi elle est massivement rejetée par les citoyennes et citoyens. Elle est perçue à juste titre comme la solution d’une minorité pour une minorité. Cette élection ne peut se tenir sauf à vouloir plonger le pays dans le drame.

La seule issue possible est l’amorce d’un processus constituant. Toutes les conditions sont réunies pour aller sans violence vers une rupture négociée entre Algériens, sans l’intervention ou l’ingérence de quiconque.

Il ne faut pas se tromper de moment historique. L’heure n’est pas à la compétition politique. Le mouvement populaire est pluriel et traversé par une multitude de contradictions. La transition consiste à s’accorder sur le cadre et les mécanismes de nature à permettre aux différences et aux pluralismes de s’exprimer librement et sans violence et de garantir un arbitrage institutionnalisé des conflits politiques et sociaux.

Cependant, l’œuvre de construction-déconstruction commande au préalable de restituer au peuple le droit de décider librement de son destin. Elle suppose également de restituer l’Etat à la nation. Pour cela, il faut rompre avec la dichotomie formel/réel et rétablir au plus vite la normalité républicaine. De quoi s’agit-il au juste ?

La schizophrénie institutionnelle

Pour appréhender rigoureusement la réalité en Algérie, il est indispensable de la saisir dans sa double manifestation formelle et réelle. Il y a le pouvoir formel et le pouvoir réel, la norme formelle et la norme réelle, l’Etat formel et l’Etat réel, etc. Cette construction duale est un autre héritage du mouvement national. La différence entre le formel et le réel n’est pas de l’ordre de l’écart entre le prévu et le réalisé. C’est un rapport ésotérique où le formel sert de structure porteuse au réel. En s’installant dans la durée, la mobilisation populaire est parvenue à neutraliser l’univers formel.

La conséquence a été de mettre en lumière l’univers réel. Faute de façade civile, le commandement militaire exerce désormais le pouvoir ouvertement et directement. Situation fort embarrassante qui ne peut se prolonger indéfiniment. D’où la volonté d’imposer la tenue de l’élection présidentielle le 12 décembre prochain. Cette consultation ne changera rien. Bien plus, elle constitue un élément de complexification de la situation. Pour rompre avec le système, il faut se placer en dehors du système. Sans l’abandon effectif de la construction duale décrite précédemment, aucune élection ni révision constitutionnelle n’est en mesure de porter le changement radical tant exigé par les populations. La transition démocratique dans notre pays doit être pensée en rapport avec la problématique de la souveraineté. Notre pays a besoin d’un pacte de souveraineté.

Le pacte de souveraineté

Le pacte de souveraineté s’articule autour de trois questionnements formant un tout cohérent : à qui appartient la souveraineté, comment s’exerce-t-elle et pour quelles finalités ?

Il contient les actes constitutifs du processus de transition propre à notre pays et s’inscrit dans une perspective démocratique.

La restitution de la souveraineté

En démocratie, l’ordre politique et social résulte de la seule volonté des citoyens libres. La souveraineté appartient au peuple. Ce principe fondamental est incompatible avec l’existence d’une tutelle quelle qu’elle soit. Il est également incompatible avec tout instituant méta-social ou autre principe au-dessus de la volonté humaine. D’où les exigences suivantes :

Le transfert de souveraineté

L’institution militaire, par la voix de son commandement, doit annoncer de manière publique et solennelle son retrait définitif du champ politique et sa subordination au pouvoir politique.

L’institution militaire doit s’engager à accompagner le processus de transition vers l’ordre nouveau.

L’institution militaire doit procéder au démantèlement de tous les dispositifs de contrôle des institutions et des populations.

L’institution militaire, partie intégrante de l’Etat, doit se conformer aux lois et règlements de la République, notamment en matière budgétaire, de passation des marchés et autres modalités de contrôle.

Redéfinir les missions de l’armée et définir les formes de coopération entre les domaines civil et militaire dans une perspective de complémentarité pouvant concourir au développement général de la société.

La fin des rentes symboliques et de la violence

Il faut proclamer la fin de la légitimité historique par la dissolution du parti du FLN, la restitution du sigle FLN à la mémoire collective et reversement de son patrimoine à l’Etat.

L’islam doit être protégé de toute forme d’instrumentation. Son utilisation comme ressource politique et idéologique ou à des fins de restriction des libertés doit être strictement interdite.

Proscrire toutes les formes de violence politique ou sociale.

L’exercice de la souveraineté

La souveraineté populaire ne peut se réduire à la souveraineté déléguée. L’exercice de la souveraineté doit aller au-delà de l’acte électoral. Partout dans le pays des voix s’élèvent pour exiger de nouvelles formes de participation des citoyens à la vie de la cité.

Les libertés fondamentales

La souveraineté populaire serait altérée sans la souveraineté des individus. Pour être souverain, le citoyen doit être libre dans ses choix de vie, ses croyances et ses options politiques. Autrement dit, libéré des contraintes et pesanteurs quelles qu’elles soient. Il doit jouir de tous ses droits et exercer ses libertés sans aucune restriction ni distinction.

Inscrire comme règle d’or le principe d’égalité entre l’homme et la femme.

Les droits et libertés doivent être garantis. Pour ce faire, les principes d’indépendance de la justice, d’impartialité de l’administration et de neutralité de l’armée doivent être inscrits et leurs contenus respectifs clairement explicités et juridiquement codifiés.

La refondation de l’Etat

L’une des sources du malheur algérien se trouve précisément dans la confusion et la concentration du pouvoir. La souveraineté populaire s’éteint devant le pouvoir illimité de l’Etat. Il est impératif de définir une nouvelle rationalité institutionnelle.

– Réorganiser les pouvoirs dans le respect du principe d’équilibre et de séparation.

– Préciser le rapport entre institutions.

– Redistribuer les pouvoirs par la création de régions dotées d’une large autonomie.

La création de région a pour but :

– Servir de digue aux dérives éventuelles du pouvoir central.

– Garantir une plus grande participation du citoyen à la chose publique.

– Rationaliser l’action publique.

– Rendre plus efficace la prise en charge des préoccupations des populations.

– Reconstruire la nation par le bas.

L’enjeu économique et social

Dès le déclenchement de la révolte citoyenne, la rue algérienne ne cesse de vibrer aux cris de «Klitou lebled ya serrakine !». Il y a là un message fort : la question sociale est au cœur de l’exigence populaire. La démocratie algérienne sera sociale ou ne sera pas. Un pays économiquement fragile et socialement fracturé ne peut prétendre à la stabilité ni à l’indépendance.

La souveraineté est indissociable du développement économique et social. Il est vain de vouloir rompre avec le système autoritaire si sa base matérielle demeure en place. D’où la nécessaire rupture avec l’économie rentière.

Notre pays a besoin d’une nouvelle manière de produire, de répartir et de consommer. Il a besoin d’une économie productive, sociale et solidaire. Une économie orientée vers l’épanouissement de l’humain tout en préservant la nature.

L’une des spécificités de notre pays se trouve dans la richesse de son sous-sol. Cette richesse est la propriété de tous les Algériens. Elle est aussi celle des générations futures. La rente générée par l’exploitation du sous-sol n’est pas comparable à l’impôt. Sa destination ne peut donc relever de l’Exécutif quand bien même légitimé par les urnes. La gestion de la rente doit faire l’objet d’un consensus populaire. Aussi, est-il impératif de proclamer la souveraineté du peuple sur la rente.

L’Algérie et ses environnements

L’Algérie est le produit d’un long processus historique plusieurs fois millénaire. C’est une terre de résistance aux dominations et oppressions de toutes sortes. L’Algérie assume avec fierté son identité plurielle et sa diversité culturelle. L’Algérie est attachée aux valeurs de liberté, d’égalité, de justice sociale et aux pluralismes. L’Algérie milite pour la paix dans le monde et défend le droit des peuples à l’autodétermination. L’Algérie est attachée à sa souveraineté et s’interdit toute ingérence dans les affaires internes des autres pays.

L’Algérie œuvre à développer une coopération saine et respectueuse des intérêts réciproques et s’élève contre l’ordre mondialisé injuste et générateur de misère et de violence. L’Algérie est un pays maghrébin, africain, méditerranéen et fait partie de la grande famille des pays du Sud. Ces différentes appartenances suggèrent une structure d’alliance particulière. L’ambition de l’Algérie doit aller au-delà de ses frontières. Elle doit jouer le rôle de moteur continental et d’avant-garde dans le combat contre l’ordre mondialiste. Elle ne doit être inféodée ni à Moscou, ni à Paris, ni à New York, et encore moins à leurs sous-traitants à Téhéran, Doha, Riyad ou Abu Dhabi.

Un des effets pervers et dangereux de la mondialisation est le transfert de souveraineté des Etats vers les blocs mondialistes. L’impuissance tendancielle des Etats a provoqué une rupture de confiance entre gouvernants et gouvernés. Le réenchantement du politique est le fait des mouvements citoyens et des sociétés civiles. Une citoyenneté mondiale est en train de naître autour de thématiques nouvelles comme la lutte contre les guerres, la faim, la destruction de l’environnement, les inégalités, etc. Le peuple algérien ne peut être en retrait de cette évolution planétaire. La place de l’Algérie est aux côtés des peuples qui luttent. Elle est aux côtés du progrès et de la liberté. L’enjeu se situe également à ce niveau.

Le sens du pacte de souveraineté

Le pacte de souveraineté est la traduction concrète d’un compromis historique ambitieux, raisonnable et réalisable. Il est le garant d’un renouvellement du «vivre-ensemble» dans notre pays. Par ailleurs, il contient tous les éléments à même de fonder la nouvelle Loi fondamentale. Il constitue enfin une base sur laquelle va s’organiser la négociation avec le commandement militaire.

Le processus constituant consistera en un transfert de souveraineté puis l’élaboration d’une nouvelle Constitution et débouchera enfin sur l’organisation des élections. Il nécessitera la mise en place de quelques mécanismes simples loin des schémas classiques de la transition avec institutions. L’avancement du processus se fera par accords successifs entre des représentants de la société et ceux du commandement militaire.

La transition démocratique n’est nullement dirigée contre l’institution militaire. Elle vise au contraire à soustraire notre armée aux vicissitudes et autres contingences du politique. C’est un fait universellement reconnu que la fonction militaire est incompatible avec l’exercice du pouvoir.

La transition démocratique est de l’ordre de la nécessité. En dépit de ses intelligences, ses ressources et ses potentialités, l’Algérie renvoie l’image d’une ruine, d’une désolation. Il est temps de rompre avec cette fatalité. L’Algérie n’est pas destinée à demeurer éternellement otage du diktat et de la médiocrité. Elle a le droit d’aspirer au meilleur, la grandeur et la respectabilité. Elle en a les moyens et surtout la volonté.

Le commandement militaire doit prendre à sa juste mesure le sens de ce moment historique. Ensemble, entre Algériens, nous pouvons relever ce grand défi. Pourquoi s’entêter à vouloir détruire le pays quand nous disposons de tous les moyens pour le reconstruire ?

Notre espoir, du reste partagé par des millions de citoyennes et citoyens, est de voir le commandement militaire montrer enfin une volonté à accompagner cette marche historique. Elle s’exprimera tout d’abord par la libération de tous les détenus privés de leur liberté en raison de leurs opinions et engagement dans le mouvement populaire. Cette mesure est de nature à installer un climat apaisé favorable à l’amorce de négociations sincères. La détermination du peuple algérien est forte et inébranlable. La manière forte conduira inévitablement à l’irréparable.

Djamel Zenati, le 20 septembre 2019

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Dérive : où va la justice algérienne ?

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Le Comité national pour la libération des détenus (CNLD) a rendue publique hier une déclaration dans laquelle il s’inquiète des dérives graves de la justice algérienne.

Dans un texte intitulé « Où va la justice algérienne ? », les membres du CNLD relèvent les anomalies et les dérives observées au niveau du tribunal de Sidi M’hamed.

« Le tribunal de Sidi M’hamed, après avoir placé sous mandat de dépôt un jeune Bilal Ziane (atteint d’un cancer et qui a RDV pour sa chimiothérapie le 23 septembre) et un vieux (Garidi Hamidou) âgé de 76 ans atteint d’une maladie chronique, le procureur et le juge d’instruction du même tribunal (Sidi M’hamed) ont placé, mercredi 18 septembre un malade mental 100 %, Maati Salah, âgé de 47 ans, qui a été arrêté par les services de sécurité lors de la marche du mardi, alors qu’il avait une pancarte entre ses mains sur laquelle sont dessinés tous les présidents algériens », écrit le CNLD.

La famille de Maati Salah a présenté le dossier médical de son proche et attend toujours que la justice algérienne fasse son travail.

« Une fois présenté devant le procureur de la République près du tribunal de Sidi M’hamed -alors qu’il n’avait aucune pièce d’identité sur lui le jour de son arrestation- son frère aîné a présenté un dossier médical attestant sa maladie à 100% et attend toujours la suite de la justice », lit-on dans la déclaration du CNLD.

Le CNLD rappelle que « Maati Salah a été placé sous mandat de dépôt le mercredi 18 septembre avec la jeune étudiante Dahmani N. et quatre autres citoyens. Au total, 6 détenus arrêtés le mardi 17 septembre et 24 autres arrêtés le vendredi 13 septembre ».

Les membres du CNLD tiennent à rappeler que ces dérives de la justice algérienne inquiètent l’opinion nationale et internationale et interpellent à l’occasion le Conseil national de l’ordre des médecins d’Algérie qui doit réagir.

« Pendant que la liste des détenus d’opinion a dépassé les 70 détenus à El Harrach, l’opinion nationale et internationale s’inquiètent de plus en plus des accusations inventée par une justice qui reste toujours soumise au moment où tout un peuple est en train de lutter pour la libération de l’Algérie. Le Conseil national de l’ordre des médecins d’Algérie doit réagir », s’indignent les membres du CNLD.

Synthèse I. Farès

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La présidentielle tunisienne et la gauche

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Nous reproduisons cette article qui permet de camper le décor tunisien et de situer les enjeux sociaux et politiques. Cela permet également de tirer des leçons sur le mouvement populaire en Algérie et les défis qui attendent tous ceux qui se battent pour les libertés, la justice sociale et l’émancipation de l’homme.

À l’approche du premier tour de l’élection présidentielle prévu le 15 septembre, les Tunisiens se retrouvent encore une fois à devoir choisir principalement entre plusieurs candidats majoritairement de droite, qu’ils soient libéraux, destouriens ou représentants de la mouvance islamo-conservatrice. Une alternative progressiste de gauche semble en effet moins que jamais réalisable, et ce n’est pas faute de candidats.

Dans le positionnement des gauches tunisiennes, entre les mouvances radicale et sociale-démocrate et leur poids sur l’échiquier politique, l’aspect idéologique est tout aussi important que la vision socio-économique. Il représente en effet un point de clivage, que ce soit par rapport aux islamistes ou aux représentants de l’ancien régime (bourguibiste ou benaliste).

UNE SOCIAL-DÉMOCRATIE DIVISÉE

Deux épisodes post-révolutionnaires ont largement contribué au conditionnement politique des partis de gauche. Le premier est celui de la « Troïka », l’alliance tripartie formée en 2011 après les élections de l’Assemblée constituante par les islamistes d’Ennahda, les sociaux-démocrates d’Ettakatol (Forum démocratique pour le travail et les libertés, FTDL) et les centristes du Congrès pour la République (CPR). Le deuxième moment est celui du vote utile en 2014 : Nidaa Tounès, le parti de Béji Caïd Essebsi, héritier du courant bourguibiste destourien, avait réussi à phagocyter les forces progressistes en appelant au « vote utile » afin de battre les islamistes d’Ennahda aux élections législatives et présidentielle.

La Troïka a de fait donné d’Ettakatol et du CPR l’image de partis « islamo-compatibles », ce qui représente une trahison aux yeux d’une grande partie de l’électorat de gauche. Ainsi, après être arrivé troisième en 2011, Ettakatol s’est effondré en 2014 (aucun député n’a été porté à l’Assemblée), et le CPR est devenu un parti quasi inexistant. Aujourd’hui encore, le parti du Courant démocratique fondé par Mohamed Abbou (avocat et opposant sous Zine El-Abidine Ben Ali) après une scission avec le CPR, et qui se place en tête des intentions de vote chez les sociaux-démocrates, n’arrive toujours pas à se détacher de cette image d’allié d’Ennahda. Son passé avec le CPR constitue un frein à sa popularité auprès des « progressistes », malgré sa prise de position en faveur de l’égalité dans l’héritage qui lui a fait perdre une très grande partie de son électorat conservateur. Toutefois, le Courant démocratique n’est jamais entré dans les combats idéologiques et identitaires. Il se veut rassembleur et inclusif. Faisant de la lutte contre la corruption son cheval de bataille, le travail de ses députés à l’Assemblée a été d’une qualité remarquable, ce qui lui a permis d’acquérir une notoriété chez des électeurs de tous bords.

La deuxième fraction de la gauche sociale-démocrate écope quant à elle d’une image élitiste. Son anti-islamisme est viscéral, à tel point qu’elle n’exclut pas un rapprochement avec les représentants de la mouvance destourienne ou du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), le parti de Ben Ali, dans le cadre d’alliances anti-islamistes. En 2014, et au nom de ce principe, elle fut l’un des principaux soutiens du « vote utile ». Cette gauche est perçue comme « l’idiot(e) utile » des candidats de l’ancien régime, dans la mesure où ces derniers s’appuient sur son électorat (sociologiquement parlant) afin d’arriver au pouvoir, pour ensuite trahir leurs engagements, comme avec l’alliance entre Nidaa Tounès et Ennahda à l’issue des élections de 2014.

L’emblème de cette gauche était la coalition du Pôle démocratique moderniste en 2011, devenu ensuite le parti Al-Massar, qui a tenté de rassembler la famille sociale-démocrate. Cette mouvance se retrouve en partie au sein de la coalition de l’Union démocratique et sociale (UDS).

Ainsi, la social-démocratie, qui n’a pas tant été jugée sur son programme que sur son positionnement vis-à-vis des islamistes ou des forces de l’ancien régime, a fait les frais de ce clivage. C’est donc plus à gauche qu’une troisième voie était susceptible d’émerger.

LE FRONT POPULAIRE, DE L’ESPOIR À LA DÉCEPTION

En 2012, et face à la bipolarisation naissante entre Nidaa Tounès et Ennahda, plusieurs fractions de la gauche radicale décidaient de s’unir au sein d’un front électoral : le Front populaire. Cette coalition était composée de douze partis qui gardaient leur autonomie, ainsi que de plusieurs associations de gauche radicale. Ils étaient issus de mouvances diverses : marxistes, écologistes, nationalistes arabes, sociaux-démocrates… La ligne affichée du Front était « la réalisation des objectifs de la révolution » — seuls points communs entre des entités aussi éloignées idéologiquement — : la justice sociale, la justice transitionnelle, la défense des libertés et l’instauration d’un État démocratique.

La naissance du Front a été possible grâce notamment à une réconciliation historique de deux des plus importantes composantes historiques de la gauche radicale : le Parti communiste ouvrier tunisien (PCOT) devenu Parti des travailleurs tunisiens (PTT) après 20111, avec à sa tête Hamma Hammami, et le Watad (les Patriotes démocrates) de feu Chokri Belaïd.

Si l’entreprise du Front a été une réussite historique, son succès sur la scène politique nationale est la conséquence de deux événements dramatiques : les assassinats de Chokri Belaïd et de Mohamed Brahmi en 2013. Le premier a été tué devant chez lui le 6 février 2013, et ce premier assassinat politique post-révolution a provoqué un séisme dans le pays, comme en témoignent les milliers de personnes venus assister à ses funérailles. Le charisme de Chokri Belaïd et son talent d’orateur avaient fait de lui une icône ; après sa mort, il est devenu le martyr de la gauche. Moins de six mois plus tard, le 25 juillet, Mohamed Brahmi, leader du Courant populaire (nationaliste arabe) est assassiné à son tour. Un sit-in s’organise alors devant l’Assemblée nationale constituante pendant tout le mois d’août 2013, et le pays traverse une crise politique sans précédent qui débouchera sur la formation d’un gouvernement d’union nationale.

Ces événements ont propulsé le Front comme troisième force politique aux élections législatives de 2014, portant quinze députés à l’Assemblée des représentants du peuple (ARP). Son candidat à la présidentielle Hamma Hammami a fait un score honorable de 7 %, se plaçant aussi en troisième position derrière les deux finalistes Moncef Marzouki et Beji Caïd Essebsi, malgré la pression du « vote utile ».

Le Front populaire aurait pu tirer profit de ce succès électoral et se positionner comme principale force d’opposition au tandem islamiste-destourien désormais au pouvoir. Malheureusement, depuis 2014, la structure du Front n’a pas su évoluer et elle a fini par imploser en 2019.

UNE CRISE STRUCTURELLE ET POLITIQUE

Le 29 mai 2019, neuf députés frontistes démissionnent du bloc parlementaire, dénonçant « une crise créée par certaines composantes du Front qui se sont employées à imposer leur mainmise et à exclure d’autres composantes et ses militants ». Ce coup de force fait suite à la décision du Conseil des secrétaires généraux des partis (seule instance décisionnelle au sein du Front populaire) de présenter la candidature de Hamma Hammami à l’élection présidentielle. Les médias locaux ont souvent présenté cet épisode comme le résultat d’une rivalité personnelle entre Mongi Rahoui, figure du Watad, et Hamma Hammami, secrétaire général du PTT. Si cette rivalité est bien réelle, la crise au sein du Front traduit toutefois des problèmes d’ordre structurel et politique.

Sur le plan structurel, les « frondeurs » dénonçaient un manque de démocratie interne. Les décisions sont prises par le Conseil des secrétaires généraux, qui réunit les secrétaires généraux de tous les partis, mais où chaque parti équivaut à une voix, ce qui ne traduit pas leur poids réel en nombre de militants. De fait, ce système empêche les bases de peser sur les décisions stratégiques, et ne permet pas de conforter un véritable sentiment d’appartenance qui dépasserait les frontières des partis politiques et leurs clivages, alors que c’était l’objectif de ce projet de coalition. Ainsi, même si, en façade, le Front semblait former un bloc uni, les tensions qui le traversaient depuis le début étaient nombreuses, et les rivalités entre les différentes mouvances bien réelles.

Politiquement, le problème ne se situe pas, comme on pourrait le croire, au plan idéologique. La division ne concernait pas la dichotomie marxistes/nationalistes ou écologistes/productivistes. Elle était plutôt d’ordre stratégique. La véritable fracture au sein du Front s’est manifestée pour la première fois au moment du deuxième tour de l’élection présidentielle de 2014, quand la coalition a dû se positionner par rapport aux deux candidats, Beji Caïd Essebsi et Moncef Marzouki. Deux lignes se sont alors opposées : d’un côté, toute une frange souhaitait soutenir le candidat Beji Caïd Essebsi et était prête à s’allier avec Nidaa Tounès après les élections, estimant que le véritable danger était le parti islamiste, a fortiori après les assassinats politiques de Belaïd et Brahmi. De l’autre, destouriens et islamistes étaient renvoyés dos à dos.

FAUT-IL UN ACCORD AVEC L’UNION EUROPÉENNE ?

C’est là l’origine de la scission qui a été actée par la création du parti « le Front populaire » le 22 juillet 2019, avec à sa tête Mongi Rahoui, soutenu par plusieurs composantes de l’ancienne coalition, tels que le Watad et le parti Attaliaa (nationaliste arabe). Chacun présentera donc ses listes aux législatives et son candidat à la présidentielle : Mongi Rahoui pour le « parti » du Front populaire, et Hamma Hammami pour la « coalition » du Front populaire, même si ce dernier se présente officiellement en tant que candidat indépendant, et souhaite rassembler au-delà de son électorat historique.

Ce schisme se traduit également par deux lignes politiques et économiques divergentes : au nom de la realpolitik et du pragmatisme, Mongi Rahoui souhaite « s’adapter » aux pressions économiques qui pèsent sur le pays, tandis que Hamma Hammami prône la fidélité aux impératifs sociaux et aux valeurs de la gauche traditionnelle. La question — très controversée — de l’Accord de libre-échange complet et approfondi (Aleca) avec l’Union européenne en est la parfaite illustration : alors que Mongi Rahoui se dit ouvert aux négociations avec l’UE, Hamma Hammami oppose un « no deal » net et sans appel.

Loin d’être une exception tunisienne, l’implosion du Front populaire traduit un dilemme qui occupe toutes les gauches à travers le monde, entre le repli sur soi et l’ouverture à des alliances. Si elle marque la mort définitive de ce projet tel qu’il a été pensé en 2012, elle n’en appelle pas moins à une nécessité de renouveau.

HAKIM FEKIH, Orient XX1, 11 SEPTEMBRE 2019

Article paru initialement sous le titre : Tunisie : une gauche en perdition

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