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Alexandre Benalla entre Macron et Bouteflika

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C’est une révélation peu banale que fait entre les lignes le journaliste Marc Endeweld dans son ouvrage Le Grand Manipulateur, publié il y a une semaine chez Stock.

En se livrant à une description rigoureuse et détaillée des réseaux dont Emmanuel Macron, le candidat à la présidentielle française s’est servi pour accéder au pouvoir suprême, il esquisse en filigrane une autre facette de l’affaire Benalla, sur laquelle personne n’avait encore soulevé le voile… Son volet algérien!

En effet, si Alexandre Benalla avait la haute main sur l’organisation des déplacements présidentiels, c’était en particulier pour permettre au Président de rencontrer hors agenda officiel, un certain nombre de personnalités sulfureuses dont l’approche aurait été inavouable. Avec quelques couacs révélateurs… En particulier en Algérie.

Que penser en effet de l’invitation révélée par le Canard Enchaîné, à la soirée offerte après son élection par Emmanuel Macron à l’Ambassade de France à Alger, d’Alexandre Djouhri, l’intermédiaire fameux pour son implication dans certains grands contrats qui ont défrayé la chronique, récemment arrêté à Londres sous le coup d’un mandat d’arrêt européen et en instance de transfert de Grande Bretagne en France… Marc Endeweld montre par une enquête pointilleuse que cette invitation a été à tout le moins validée par Alexandre Benalla, qu’elle n’était pas le fait du hasard, et que le « chargé de mission » auprès du Président multiplia les occasions de rencontres entre son patron et son… ami Alexandre.

Mais que penser en outre des rencontres répétées qui eurent lieu, en marge de l’agenda officiel, entre Emmanuel Macron et les parrains de l’économie algérienne, contactés par l’entremise du financier franco-algérien François-Aïssa Touazi, « l’un des hauts cadres du groupe Ardian, gérant les zones du Moyen-Orient et de l’Asie du Sud-Est, qui a joué un rôle déterminant dans l’organisation du voyage de Macron en Algérie en février 2017″, comme l’indique Marc Endeweld.

Le premier d’entre eux, Ali Haddad, le patron des patrons, ex-président du MEDEF algérien (aujourd’hui en prison), et très proche de Saïd Bouteflika, ex-tout puissant frère du Président depuis qu’Abdelaziz Bouteflika lui-même est diminué par la maladie. Ali Haddad, dont Alexandre Djouhri est proche… Et qui utilisera ensuite naturellement Alexandre Benalla comme intermédiaire auprès du Président français.

Un autre grand patron algérien a également multiplié les contacts avec Emmanuel Macron, dès l’époque de la campagne : Issad Rebrab, première fortune d’Algérie, à la tête de Cevital, qui représentait en 2017 un chiffre d’affaires de 2,7 milliards d’euros. Macron connaît Rebrab depuis 2012 : en 2013, Rebrab rachète Oxxo en Saône et Loire, Fagor Brandt en 2014…

Etonnant : en pleine semaine de commémoration du 11 novembre 1918, Emmanuel Macron fait un détour par Charleville-Mézières pour inaugurer le site d’une future usine Cevital… Et en janvier 2019 Issad Rebrab est encore à la table du président français pour le dîner organisé lors du sommet « Choose France », à Versailles, en lever de rideau du Sommet de Davos.

Or la lecture du Point nous apprend également que cette proximité entre Emmanuel Macron et Issad Rebrab a bénéficié d’une entremise : celle de Farid Belkacemi, trader inspiré et habile, qui lui aussi connaît Alexandre Benalla depuis… bien longtemps : et ce n’est sans doute pas un hasard si Alexandre Benalla a travaillé dans la « sécurité » pour le groupe Cevital d’Issad Rebrab plusieurs années avant de rejoindre mystérieusement l’équipe d’Emmanuel Macron. Rien d’étonnant non plus à ce qu’Alexandre Benalla permette facilement un accès d’Issad Rebrab à Emmanuel Macron, tant au moment de la campagne qu’après l’élection présidentielle.

Ainsi le vrai volet secret de « l’Affaire Benalla » ne tient pas au guet-apens de la place de la Contrescarpe, le 1er mai 2018, au moment où il tabasse deux manifestants « insoumis », filmé sous plusieurs angles comme si la scène était prévue. La vraie question n’est pas de savoir pourquoi il tombe précisément dans ce piège, à l’endroit précis du Cinquième arrondissement de Paris qui compte le plus de caméras de vidéo-surveillance, et où il est absolument certain que des images pourront être exploitées.

La vraie question est : pourquoi personne, avant l’excellent journaliste Marc Endeweld, n’avait révélé qu’Alexandre Benalla était auprès du président français le relais permanent du pouvoir politico-économique algérien organisé autour d’Abdelaziz Bouteflika? Jouèrent-ils un rôle dans le financement de la campagne d’Emmanuel Macron, qui fut plus difficile qu’on le croyait, ainsi que le révèle encore Marc Endeweld, et qui reposa en partie sur le groupe Ardian, par une filiale duquel un prêt bancaire personnel d’Emmanuel Macron pour sa campagne put finalement être garanti auprès de l’assureur Allianz, donc débloqué ?

Quelle assurance, de quelle partie algérienne, avait alors reçu SIACI Saint-Honoré, cette filiale d’Ardian présidée par Pierre Donnersberg? Et lequel des milliardaires algériens avait ouvert son portefeuille ou accordé sa signature pour permettre à la campagne de se dérouler sans anicroche financière? De quel service particulier Alexandre Djouhri cherchait-il à être remercié, lors de la visite d’Emmanuel Macron en Algérie, après son élection?

Tout cela, Marc Endeweld ne le dit pas -mais l’histoire le découvrira peut-être, ou même la justice algérienne qui a récemment arrêté Ali Haddad, Issad Rebrab, et plusieurs autres proches de Saïd Bouteflika, au motif, notamment, de « transferts de fonds illégaux vers l’étranger »…

La nébuleuse algérienne qui se constitua ainsi autour d’Emmanuel Macron au moment de la campagne électorale est donc claire : Ali Haddad, Issad Rebrab, Farid Belkacemi, Alexandre Djouhri, avec derrière eux Saïd Bouteflika, qui agit pour le président algérien. Ils eurent un homme de paille et un relais, Alexandre Benalla, qui sera à chaque instant aux côtés du président français. Une proximité que les services de sécurité français avaient probablement bien du mal à accepter…

Il est dans tout grand destin une part d’ombre, Richelieu avait le Père Joseph, son éminence grise, vouée aux actions invisibles. Benalla fut ainsi fugacement l’éminence grise d’Emmanuel Macron, et son lien secret avec Abdelaziz Bouteflika et les oligarques algériens!

Mais la lumière est fatale à une éminence grise : le coup de projecteur qui révèle sa présence le grille définitivement. Ainsi en est-il advenu de la libellule Benalla. Afrik.com

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