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Ahmed Taleb Ibrahimi, un criminel de la culture (*)

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Le vendredi 28 avril certains manifestants ont défilé à Alger avec les portraits d’Ahmed Taleb Ibrahimi, sollicité comme un sauveur de l’Algérie, qui pourrait présider le pays durant la phase de transition.

Je vais finir par croire que les bandits qui nous gouvernent encore sont séniles ou sourds. A chaque crise de jeunesse du pays, ils nous exhument un ancêtre du placard.

Après le coup de Lakhdar Brahimi, l’homme qui a échoué lamentablement dans toutes ses missions à travers la planète, voilà qu’ils nous sortent du chapeau un fossile vieux de 90 ans, pour calmer l’angoisse de la jeunesse d’Algérie !

Comme anti-anxiolytique on a connu mieux.

A ce rythme-là, je me dis qu’ils vont finir un jour par déterrer Ben Badis ou Ferhat Abbas pour éteindre le feu et la ferveur qui ont gagné le pays depuis le 22 février.

Mais qui est Taleb El Ibrahimi ? En un mot, Taleb, qui fut plusieurs fois ministre du colonel Boumediene, est l’assassin de l’école algérienne. Il est le fossoyeur de la culture nationale. Il est l’homme qui a voulu ressusciter le FIS interdit en lançant un parti islamiste, Wafa, qui ne sera jamais reconnu par les autorités.

On parle de criminel de guerre, mais si on devait créer un statut de criminel de culture, ce sera à Taleb qu’il ira en premier. Mais qui est ce Taleb ? 
Il est né en 1933 à Sétif, mais passe son enfance à Tlemcen. En 1955, il participe aux côtés de Abdesselam Belaïd, Mohammed Benyahia et Abdelhamid Mehri, à la fondation de l’UGEMA. Installé à Paris, il milite pour donner à l’association une orientation islamique. Il est arrêté en 1957 et condamné à quatre années de prison.

Libéré en septembre en 1961, Taleb trouve refuge dans le quartier latin, rue Jacob, chez l’écrivain et réalisateur, Claude Lanzmann, qui révèle dans ses mémoires « Le Lièvre de Patagonie », que Taleb est devenu l’amant de sa sœur la comédienne, Evelyne Rey. Lanzmann dit de lui : « Je l’ai connu, sa barbe était bien taillée, son corps élancé, il avait un très fin visage d’intellectuel, consumé de l’intérieur.

Il se gardait de dire le fond de sa pensée. Je l’ai aidé, je l’aimais bien et j’ai cru qu’il me le rendait, mais je n’ai jamais plus eu de ses nouvelles. Quelques messages de moi sont restés sans réponse. Sur les photos de l’époque ma sœur est toujours belle, mais elle paraît éprouvée, l’effroi se lit dans son regard ». [1] 
Pendant ce temps là, l’Algérie était devenue indépendante, et les débats faisaient rage à l’assemblée constituante où la Fédération de France du FLN demandait que « la constitution reconnaisse la séparation du culte et de l’Etat et que l’enseignement religieux soit libre et enseigné en dehors de l’école publique »[2] .

La Fédération de France militait pour un pouvoir laïc, impliquant une séparation du politique et du religieux, « seules conditions pour construire une Algérie moderne ». Ces propositions suscitent une levée de boucliers des ulémas qui répliquent le 21 août 1963 par l’appel dit « appel des Ulémas de l’islam et de la langue arabe du peuple » dans lequel ils défendent « la reconnaissance de la personnalité algérienne comme une symbiose entre l’Islam et la langue arabe ». [3]

Le père de Taleb, le cheikh al Ibrahimi, à la tête du conseil des Ulémas, part en guerre contre les partisans de la laïcité et accuse Ben Bella d’être un communiste, il venait de recevoir la médaille Lénine. Le cheikh Ibrahimi lui reproche aussi d’avoir fait défiler des jeunes algériennes en tenue de tennis pour la fête de l’indépendance, et de trahir « l’identité arabe et islamique du pays ». Ce à quoi Ben Bella répondra par son fameux : « nous sommes arabes, nous sommes arabes ».

La constitution est adoptée par référendum le 8 septembre 1963. Elle sera rédigée selon la vision des Ulémas puisqu’elle institutionnalise l’Islam :
– Préambule : L’Islam et la langue arabe ont été des forces de résistance efficaces contre la tentative de dépersonnalisation des Algériens menée par le régime colonial. 
– Article 4 : L’Islam est la religion de l’Etat. La République garantit a chacun le respect de ses opinions et de ses croyances, et le libre exercice des cultes. 
Article 5 : La langue arabe est la langue nationale et officielle de l’Etat. 
Quant au passé et aux racines culturelles berbères de l’Algérie, ils sont purement et simplement effacés, évacués : « La chaire de berbère de l’Université d’Alger est supprimée dès 1962. L’alphabet tifinagh en fonte de l’université d’Alger est dissout sur ordre de Ben Bella en personne. On interdit Sliman Azem de diffusion sur les ondes de la radio kabyle d’Alger, ainsi que la participation à Marguerite Taos Amrouche au festival culturel panafricain…[4] »

Un an plus tard, Ben Bella, toujours pressé par les Ulémas, rend obligatoire l’enseignement religieux en 1964 en créant un Ministère des Habous. Pour l’historien et grand témoin de l’époque, Mohamed Harbi, c’était là « la première grande victoire du mouvement islamiste ». [5] De son côté Amar Ouzegane n’hésite pas dénoncer les Ulémas, ces « Fanatiques aux turbans en soie qui agitent le coran pour faire plaisir aux bourgeois ».

Pour mettre à exécution son projet, Ben Bella demande à Nasser de lui envoyer des enseignants. Le Raïs envoie des bataillons de bouchers, de cordonniers, de paysans, du Delta et du Saïd, pour arabiser et islamiser les petits algériens que nous étions alors sur les bancs de l’école primaire. 
Taleb rentré à Alger emboîte le pas à son père et attaque à son tour Ben Bella dont il n’apprécie pas les « discours socialistes fastidieux et insipides ». Il est arrêté et incarcéré en juillet 1964, puis libéré, au bout de 8 mois de prison, en février 1965.

En 1965, pressé par Bouteflika, Boumediene renverse Ben Bella qu’il avait mis au pouvoir. Au lendemain du putsch, la sécurité militaire rallume la gégène des paras français, notamment dans la villa des Oiseaux, et soumet au supplice de la baignoire des milliers de militants. Mohamed Harbi et Hocine Zahouane sont emprisonnés, Mohamed Boudia prend la fuite. La plupart des écrivains algériens prennent le chemin de l’exil : Bourboune, Kateb Yacine, Assia Djebar, Mohammed Dib, Djamel Dine Ben Cheikh…

Le pays sombre, pour des années, dans la dictature militaire. Non, contrairement au mythe répandu aujourd’hui parmi la jeunesse, le règne de Boumediene ne fut pas un âge d’or, mais un âge de glace qui nous a transformés en zombies, condamnés treize années durant, à faire la queue des journées entières devant les magasins d’Etat vides, pleurant pour avoir une plaquette d’œuf ou un morceau de sucre.

Ce furent des années de plomb durant lesquelles les tontons flingueurs du FLN dézinguaient sans état d’âme quiconque pensait du mal d’eux. On connaît la liste des victimes, Mohamed Khider et Krim Belkacem assassinés avec la complicité des ambassades de Bouteflika, les colonels, Saïd Abid et Chabou, morts « par accident », Medeghri suicidé chez lui, et tous les anonymes, enlevés et supprimés par la Sécurité militaire.

Au lendemain du putsch, le colonel Boumediene nomme Ahmed Taleb Ibrahimi à l’éducation nationale. Ce dernier va s’en donner à cœur joie pour appliquer son programme « islamiser et arabiser l’Algérie ». Un mot quand même de l’arabisation : contrairement à l’idée fort répandue qui consiste à dire que le français est une séquelle du colonialisme, il convient de rappeler que la scolarisation des algériens s’est toujours heurtée à l’hostilité des colons.

Les statistiques publiées par le gouvernement général de l’Algérie en janvier 1956 faisaient état, pour la population musulmane, de 94 % d’analphabètes parmi les hommes et de 96 % parmi les femmes. A peine 20 % d’enfants d’Algériens étaient scolarisés pour 80% chez les Européens et les Juifs. Comme le rappelle Mustapha Lacheraf : « Il est faux de dire que le français nous a été imposé par le colonialisme qui n’a jamais voulu de nous, les indigènes, dans ses écoles. Oui, l’usage du français nous l’avons décroché de haute lutte ». 
En effet, c’est la scolarisation massive de notre génération, au lendemain de l’indépendance, qui va réellement répandre l’usage de cette langue à travers la société. Oui, le français est une conquête de l’Algérie indépendante. Oui, les Algériens ont investi le français après le départ ; et cette langue est aujourd’hui notre patrimoine aussi.

Ahmed Taleb Ibrahimi va également modifier, falsifier le roman national. Il fait disparaître des manuels scolaires, toute l’histoire du mouvement national, depuis l’Etoile Nord-Africaine, jusqu’à l’Organisation Spéciale . Il jette aux oubliettes les figures des pères de notre indépendance, Messali Hadj et Ferhat Abbas pour les remplacer par Ben Badis et le Cheikh Taleb al Ibrahimi, dont le rôle fut certes important, mais pas aussi décisif que les combats menés par le PPA, le MTLD ou l’UDMA pour l’indépendance de l’Algérie.

Résultat : aujourd’hui aucun enfant d’Algérie ne connaît ces deux figures, Messali Hadj ou Ferhat Abbas, mais tout le monde sait par cœur le « poème» de Ben Badis, aux côtés de qui le pauvre Emir Abdelkader, fait pâle figure, malgré son génie, sa culture, son humanisme, ses œuvres littéraires et son audience internationale.

Jamais dans l’histoire de l’humanité on a connu une pareille privatisation de l’histoire d’un peuple, au profit d’une personne qui voulait honorer la mémoire de son père et de ses amis.

De 1965 à 1970, Taleb mènera, tambour battant, et à la tronçonneuse, cette politique d’islamisation et d’arabisation de l’école algérienne.

Il crée par exemple les sections arabisées dans les collèges qu’on appelait les « sans avenir », vers lesquels on orientait en fin d’année les dix derniers de la classe. Souvent des enfants issus des milieux défavorisés, et qu’on aiguillait, dès la cinquième vers l’école normale, pour en faire les futurs enseignants analphabètes qui allaient finir par flinguer l’école et les écoliers d’Algérie.

Au lieu d’être un instrument de réconciliation avec « notre identité originelle », l’arabisation va devenir un instrument de punition des pauvres, alors que les enfants de la nomenklatura étaient scolarisés au lycée français, Descartes.

A partir de 1965, Alger Républicain disparaît, toute la presse étrangère est interdite. Seul « Le Monde » continuera à être largement diffusé, car soudoyé par le régime, au point que son correspond à l’époque, Paul Balta, deviendra presque le porte parole de Boumediene. Tandis que l’organe du FLN, El Moudjahid, de plus en plus conservateur, titrait chaque jour que l’Algérie était le plus beau pays du monde, et tirait à boulets rouges sur la jeunesse « occidentalisée ». Ainsi cet article du quotidien « Les jeunes filles et la liberté », paru le 20 septembre 1969 :
« La jeune gente féminine vit à l’heure du jerk et des cheveux longs. Alger se civilise à la même décadence que les capitales européennes. […] Elles ont toutes enlevé le voile car il ne fait pas xxe siècle ; aussitôt la minijupe est apparue et elles se sont installées dans les brasseries, la cigarette aux lèvres. […] Beaucoup de jeunes filles trouvent refuge dans la débauche alcoolique. […] L’enseignement pour la fille : oui ! Le travail : oui ! Accepter de voir bafouer une personnalité, une religion : non ! »

Quand on nous rabâche aujourd’hui Alger Mecque des révolutionnaires, nous, qui avons connu cette époque, nous éclatons de rire. Mecque des bigots et des dévots, oui !

En 1970, Ahmed Taleb Ibrahimi prend en main la culture pour sept ans. Accompagné de Chérif Messadia, alors secrétaire général du FLN, il commence par transformer l’Union des écrivains algériens en kasma du parti. L’Union qui comptait à sa fondation, Amar Ouzeggane, Moufdi Zakaria, Bachir Hadj Ali, Malek Bennabi, Kateb Yacine, Mourad Bourboune, Kaddour M’Hamsadji, Himoud Brahimi, Jean Sénac, Bachir Yelles, Boualem Khalfa, Henri Alleg est livrée à des arabisants qui n’ont jamais écrit un livre de leur vie.

Dans la foulée, Taleb, intronise à Médéa, le peintre kitch, Etienne Dinet, comme « le père de la peinture algérienne » !!!! . Alors que ce peintre, venu sur le tard à l’orientalisme, a transformé l’oasis de Bou Saâda en bordel, peuplé de prostituées lascives qui dansent nue dans l’oued ! Dinet a peint le bonheur d’être indigène, nu et batifolant, au temps du colonialisme, et, parce qu’il a fait semblant de se convertir à l’Islam, Taleb al Ibrahimi a vu en lui le Michel Ange algérien. Gageons que si Bugeaud ou Lamoricière s’étaient convertis eux aussi, Taleb les aurait béatifiés et introduits dans le panthéon algérien, comme les pères du nationalisme algérien. 
Taleb fait interdire en 1972, les émissions du poète et résistant algérien, Jean Sénac qui sera assassiné une année plus tard, et beaucoup de témoins de l’époque assurent que le ministre de la Culture n’avait rien fait pour élucider cet assassinat…

Après avoir mené une guerre contre Camus, il s’acharnera contre Kateb Yacine, qui le surnommait Moh Goumina, pour sa manière de se coiffer avec du gel. Taleb le fait interdire de radio, de presse et de télévision avant de l’exiler à Sidi Bel Abbès, avec sa troupe. Sous son règne, la presse, la radio, la télé, le cinéma fonctionnent comme en Union Soviétique mais accommodés obligatoirement à la sauce islamique.

Décontenancé par le ton frondeur du quotidien la République d’Oran, il l’arabise manu militari en 76. De son temps aussi, la SNED, créée en 1966, était devenue une maison d’édition interdite aux écrivains mais ouverte au flics. C’est simple, de 1962 à l’an 2000, aucune œuvre marquante d’un auteur algérien n’a été publiée en Algérie.

En 1976, Taleb Ibrahimi est encore ministre de la Culture, quand Boumediene dénature le projet de la charte nationale rédigée par Lacheraf et Benyahia qui édictait que l’Islam était la religion du peuple et décrète le week-end islamique, en remplaçant le dimanche par le vendredi, faisant ainsi perdre des milliards de dollars à l’économie nationale et ouvrant le plus grand boulevard devant les islamistes.

Bien entendu, Taleb était toujours ministre en 1978, quand Boumediene donne ordre aux hordes du FLN d’effacer à travers toute l’Algérie, et en nuit, tout ce qui était caractère latin. Laissant à l’histoire des contrepèteries à mourir de rire.

Dans ses mémoires, Taleb crache sur Mustapha Lacheraf qui a essayé en 1976 de sauver l’école algérienne du désastre, alors que Lacheraf a été, le seul lettré probe, a avoir accédé depuis l’indépendance au sommet du pouvoir. Mais il sera très vite évincé par Boumediene au profit de Kharoubi, un autre arabisant givré qui achèvera le saccage de Taleb.

Depuis 1962, nous avons été dirigés par des bandits, sans culture, ni science, sans foi ni loi, qui ont tout fait pour abrutir ce peuple, l’avilir, lui effacer et sa langue et sa mémoire, de peur qu’un jour il se réveille et se rende compte qu’il est soumis à des bourricots.

Non, le Hirak n’est pas né pour réveiller ces vieux démons, et l’Algérie nouvelle ne sera pas un musée de paléontologie. Si Taleb al Ibrahimi, est tenté aujourd’hui de revenir par la fenêtre, ce serait peut être juste pour ne pas démentir le dicton qui dit : l’assassin revient toujours sur les lieux du crime. Mais, nous qui fûmes ses victimes, avons une très bonne mémoire et nous ne voulons pas que ce passé, de haine de la culture et de la science, devienne l’avenir de nos enfants. 
Mohamed Kacimi
[1] – Habitant Paris, Taleb al Ibrahimi n’a jamais réagi à ces révélations et ne les a pas démenties. 
[2] Le Maghreb et l’Indépendance de l’Algérie. P 161. Editions Karthala. 2012
[3] – Le Maghreb et l’Indépendance de l’Algérie. P 161. Editions Karthala. 2012
[4] Chérif Sini, la promotion du berbère en Algérie. Cahier d’études africaines.
[5] Le FLN, mirages et réalités, p 134

(*) Tribune publiée par l’auteur sur son mur Facebook.

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Patrick Bruel visé par une enquête pour agression sexuelle

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Patrick Bruel est visé par une enquête pour « agression sexuelle » après une plainte déposée par une masseuse d’un spa à Perpignan (Pyrénées-Orientales), a indiqué vendredi à l’AFP le procureur Jean-Jacques Fagni, alors que le chanteur fait l’objet d’une autre enquête en Corse.

Les faits se seraient produits début juillet lors d’une séance de massage dans l’hôtel où M. Bruel séjournait à l’occasion de sa participation au festival des Déferlantes à Argelès-sur-Mer, a précisé le procureur, confirmant une information de L’Indépendant.

La jeune femme d’une trentaine d’années « a déposé plainte et l’enquête, confiée à la Sûreté départementale, est en cours », a-t-il ajouté sans plus de précisions.

Contacté par l’AFP, l’avocat du chanteur, Me Hervé Temime a déclaré ne pas être au courant de cette plainte et de l’enquête concernant son client.

Patrick Bruel est par ailleurs visé par une enquête préliminaire pour « exhibition sexuelle » et « harcèlement sexuel » après des accusations d’une autre masseuse d’un hôtel en Corse, qu’il conteste. Selon le procureur de la République d’Ajaccio Éric Bouillard, le chanteur aurait rencontré la jeune femme sur son lieu de travail quelques heures avant un concert qu’il donnait à Ajaccio le 9 août, et son entourage aurait commandé une prestation de massage auprès de l’hôtel. AFP

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Olga Tokarczuk et Peter Handke sacrés prix Nobel de littérature

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Olga Tokarczuk et Peter Handke

Un an après le scandale d’agression sexuelle et la non-attribution du prix, l’Académie a décerné ce jeudi 10 octobre les Nobel de littérature 2018 et 2019 à la Polonaise Olga Tokarczuk et l’Autrichien Peter Handke.

Mais, l’Académie a-t-elle tiré toutes les leçons nécessaires pour redonner ses lettres de noblesse à ce prix ?

Olga Tokarczuk et Peter Handke. Une femme, un homme. Ce choix de parité semble pertinent. En réalité, il est surtout destiné à ne pas prendre de risque, après deux années calamiteuses suite à la découverte en novembre 2017 d’agressions sexuelles perpétrées par Jean-Claude Arnault, le mari de Katarina Frostenson, membre de l’académie suédoise.

Lors de l’annonce exceptionnelle des deux lauréats du Prix Nobel de littérature, il n’y a eu aucun sifflet ni exclamation, rapporte notre correspondant à Stockholm, Frédéric Faux. La majorité des journalistes et des critiques présents dans la salle des fêtes de l’Académie suédoise a souligné la sagesse de ces choix. Un homme et une femme. C’était attendu.

« Cela fait longtemps que Peter Handke était sur la liste des Nobel, note Yukiko Duke, critique littéraire au quotidien suédois Svenska Dagbladet. Mais il ne pouvait pas l’avoir à cause de ses positions politiques. Ce choix pour le Nobel n’est pas politiquement correct, mais Olga Tokarczuk l’est ! Je crois que c’est un choix très équilibré. La crise de l’année dernière a finalement été bonne pour l’Académie. Beaucoup de douleurs, et de luttes, mais elle est sur la bonne voix »

Pour la première fois dans son histoire, l’Académie suédoise s’est fait aider dans son travail par un comité de cinq critiques suédois, qui devraient aussi intervenir dans le choix du Nobel 2020.

Olga Tokarczuk et ses univers inattendus

Avec Tokarczuk, la romancière polonaise la plus traduite dans le monde, et Handke, figure éminente de la littérature en langue allemande depuis 50 ans, le Graal des écrivains semble prêt à naviguer de nouveau dans des eaux plus apaisées.

L’écrivaine polonaise remplace en quelque sorte la lauréate du « Nobel alternatif », Maryse Condé, récompensée en octobre 2018 par un groupe d’intellectuels suédois. Née le 29 janvier 1962 dans une famille d’enseignants à Sulechow, dans l’ouest de la Pologne, Olga Tokarczuk est réputée pour ses univers inattendus, oscillant entre le réel, le mystique et le métaphysique, entre philosophie et écologie.

Sa dernière œuvre, Les livres de Jakob, publiée en 2014 et primée par le Nike, le plus prestigieux prix littéraire de la Pologne, raconte la vie stupéfiante d’un personnage historique, Jakob Frank, qui se prend pour le Messie… Olga Tokarczuk, quant à elle, a dû encaisser des menaces de mort pour avoir « sali la renommée de la Pologne et des Polonais », après avoir mis en question le mythe d’une Pologne tolérante et accueillante.

Cette écrivaine écologiste et végétarienne de 57 ans a aussi coécrit le scénario de Spoor, long métrage d’Agnieszka Holland et inspiré de son roman Sur les ossements des morts, distingué par le prix Alfred-Bauer à la Berlinale.

Peter Handke et « Outrage au public »

Peter Handke, le lauréat du prix Nobel de littérature 2019, est l’un des auteurs les plus lus et les plus joués dans le monde germanophone. Au-delà de ses essais, récits et romans, il a acquis une grande popularité auprès du public grâce à sa collaboration avec Wim Wenders, le cinéaste des Ailes du désir.

Fortement influencé dans sa jeunesse par des écrivains français comme Georges Bernanos, Alain Robbe-Grillet et le Nouveau Roman, il vit aujourd’hui à Chaville, en banlieue parisienne. Il percé dans le monde littéraire très tôt, au début des années 1970 avec L’Angoisse du gardien de but au moment du pénalty et sa pièce Outrage au public.

Peter Handke est depuis longtemps vénéré pour sa capacité à modeler les mots et le langage comme une matière à la fois céleste, touchante et inapprochable. Celui qui a toujours rêvé d’être universel, a souvent critiqué le prix Nobel comme une inutile mise au piédestal : « Il faudrait enfin le supprimer. C’est une fausse canonisation » qui « n’apporte rien au lecteur ». Aujourd’hui, il a fait demi-tour et promis d’aller chercher le prix à Stockholm.

À 76 ans, cet auteur, né d’une mère slovène et d’un père allemand, a quelques polémiques derrière lui. Dans les années 1990, il fut l’une des rares personnalités occidentales pro-serbe et osa même se rendre aux funérailles de l’ex-président yougoslave Slobodan Milosevic, pour beaucoup l’incarnation des crimes contre l’humanité commis par les troupes serbes.

Sa dernière pièce, publiée sous forme d’autocritique en 2016, s’appelle Les innocents, moi et l’inconnue au bord de la départemental.

Plus de diversité ?

Si avec Olga Tokarczuk et Peter Handke, l’Académie respecte la parité homme-femme longtemps négligée, elle a visiblement décidé de perpétuer un certain classicisme. Décerner deux prix Nobel de littérature la même année aurait pu ouvrir de nouveaux horizons. Mais, avec le polonais et l’allemand, on reste dans le top 10 des langues primées. On aurait pu instaurer une nouvelle dynamique, par exemple en repensant la relation avec les lecteurs.

L’année dernière, le « Nobel alternatif » avait enrichi le débat avec un nouveau mode de sélection des auteurs. Un seul des quatre finalistes a été choisi par le jury. Les trois autres ont été « nommés » par les internautes du monde entier pour éviter les conflits d’intérêts et autres errements constatés lors du scandale de l’Académie. 32 000 votes ont été reçus pour sélectionner un nom dans la liste de 46 écrivains établie par des bibliothécaires.

Le plus prestigieux des prix littéraires aurait pu tout aussi bien être attribué à un auteur d’une zone géographique négligée. Malgré la promesse faite en 1987 par l’Académie de porter dorénavant plus d’attention aux écrivains non européens pour attendre le but d’une « distribution globale », le Nigérian Wole Soyinka (1986) reste donc le seul auteur d’Afrique noire à s’être vu attribuer le prix Nobel de littérature, et l’un des quatre écrivains de toute l’Afrique, avec l’Égyptien Naguib Mahfouz (1988), les deux Sud-Africains Nadine Gordimer (1991) et John Coetzes (2003). RFI

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Actrice dans « L’Opium et le bâton », Marie-José Nat est morte

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Marie-José Nat, pseudonyme de Marie-Josée Benhalassa, née le 22 avril 1940 à Bonifacio en Corse, France, et décédée aujourd’hui, 10 octobre 2019 à Paris. Elle a interprêté Ferroudja dans le film L’Opium et le bâton.

Marie-Josée Benhalassa est née d’une mère corse et d’un père militaire algérien. Elle a été Elise dans Elise ou la Vraie Vie de Michel Drach (1970).

Élise ouvrière en usine rencontre et se lie avec Arezki, un militant du FLN algérien. Leur liaison est difficile par le racisme et dangereuse en raison de la surveillance policière.
Elle a notamment interprété d’une manière magistrale Ferroudja, dans L’Opium et le Bâton d’Ahmed Rachedi (1971) tiré du roman éponyme de Mouloud Mammeri.

Actrice inoubliable d’« Élise ou la vraie vie », Marie-José Nat a été dirigée par de grands metteurs en scène comme Henri-Georges Clouzot et Gérard Oury.

Elle était une star des écrans dans les années 1960 et 1970. Marie-José Nat, actrice de Élise ou la vraie vie, est décédée jeudi 10 octobre à Paris à l’âge de 79 ans des suites d’une longue maladie, a indiqué son agent à l’Agence France-Presse. Marie-José Benhalassa, née le 22 avril 1940 à Bonifacio d’un père kabyle et d’une mère corse, a été dirigée par des metteurs en scène connus comme Henri-Georges ClouzotGérard Oury ou Claude Autant-Lara, lors d’une carrière menée autant au cinéma qu’à la télévision.

Marie-José Nat, aux yeux et aux cheveux très noirs, avait reçu en 1974 le prix d’interprétation féminine à Cannes pour Les Violons du bal de Michel Drach, histoire autobiographique du réalisateur, avec qui elle partagea sa vie plus d’une décennie.

Avant cela, il lui avait offert en 1967 un de ses plus beaux rôles dans Élise ou la vraie vie, l’histoire d’une jeune fille qui se lie d’amour avec un militant algérien du FLN (Front de libération nationale, en lutte pour l’indépendance de l’Algérie), qui fit alors polémique

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