Connectez-vous avec nous

Actu

Nezzar sur Saïd Bouteflika : révélations ou enfumage ?

La Rédaction

Publié

le

Le généralissime Khaled Nezzar a enflammé la toile algérienne lundi 29 avril avec ses « révélations » sur Saïd Bouteflika.

C’est dans le journal en ligne, AP, tenu par ses enfants qu’il a parlé. Ce même journal en ligne qui annonçait sa cessation il y a une poignée de jours déclare son retour par la voix du général Nezzar. Il fait d’une pierre deux coups.

Dans cette contribution-confession, nous découvrons un homme épris de démocratie, désintéressé. Un homme blessé qui s’inquiète de la situation du pays… Voire.

Celui qui a sorti l’arme lourde contre les manifestants en octobre 1988 se découvre démocrate et conseille à Saïd Bouteflika de céder le pouvoir. Extrait.

« Le clan, prisonnier de ses phantasmes et s’adonnant à tous les excès et à toutes les provocations, n’a jamais imaginé, jusqu’à la chute finale, que les Algériens, qu’il pensait définitivement anesthésiés, pouvaient se dresser comme un seul homme du nord au sud et de l’est à l’ouest pour dire «assez !». (…)

Jusqu’à la dernière minute, le porte-parole du Président – son frère Saïd – s’est accroché au pouvoir, multipliant les tentatives de diversion, les manœuvres, les manigances désespérées pour garder la haute main sur les affaires du pays. (…)

Je n’ai jamais rencontré Saïd Bouteflika, l’hologramme du Président, excepté, brièvement, une fois au cimetière de Ben Aknoun, à l’occasion de l’enterrement de feu le général Boustila. La discussion – en aparté – avait porté sur la procédure ouverte contre moi par les juges suisses. Tant que j’étais le seul concerné dans cette affaire, j’ai fait face depuis maintenant plus de huit ans. Du moment que les choses prenaient une autre tournure et touchaient l’ensemble de la hiérarchie de l’ANP avec des commissions rogatoires qui prétendent enquêter sur toute l’institution militaire, je devais en référer aux hautes autorités de l’Etat. J’ai demandé à Saïd Bouteflika, au cours de cette rencontre du cimetière, de remettre une lettre au président de la République pour l’informer du glissement de la procédure ».

Poursuivi désormais es qualité, en tant qu’ancien ministre de la Défense, sachant que des listes de dignitaires militaires sont établies, prélude à de futures inculpations, et que des enquêtes portées par des commissions rogatoires sont parvenues en Algérie et qu’elles ciblent directement l’institution militaire dans son ensemble, je me devais de saisir le président de la République.

C’est donc la seule fois, et pour cette affaire suisse précisément, que j’ai rencontré Saïd Bouteflika, avant les deux autres contacts, à son initiative, dont je vais parler maintenant.

Le 7 mars 2019, j’ai reçu un appel émanant de lui par l’intermédiaire d’un ami. Il voulait me voir. Après quelques moments d’hésitation, j’ai décidé d’accepter. Nous nous sommes donc vus. L’homme était visiblement dans le désarroi. Il voulait connaître mon opinion sur ce qui se passait dans le pays et sur ce qu’il pouvait entreprendre pour faire face à la contestation populaire.

Je lui dis : «Etant donné que le peuple ne veut pas d’un cinquième mandat, qu’il veut aller à une deuxième République et qu’il rejette les membres de la classe politique en charge actuellement de responsabilités, j’estime qu’il faut répondre à ses demandes. Je vous suggère d’étudier les deux propositions suivantes :

La première proposition :

– Prendre comme base de travail la lettre du Président qui parle de conférence nationale, la compléter en précisant les délais quant à sa durée de vie.

– Donner la date exacte du départ du Président qui ne devrait pas excéder 6 à 9 mois.

– Remplacer l’équipe gouvernementale actuelle par un gouvernement de technocrates.

Inconvénients de cette première proposition : la population pourrait la comprendre comme une tentative de passage en force, de même qu’elle pourrait être rejetée par les autres acteurs politiques comme pour les deux premières lettres.

La seconde proposition, la plus raisonnable :

– Que le Président se retire soit par démission, soit par invalidation par le Conseil constitutionnel.

Parallèlement :

– Désignation d’un gouvernement de technocrates.

– Création de plusieurs commissions indépendantes qui seraient compétentes pour préparer les futures élections et mettraient en place les instruments pour aller vers la deuxième République.

Je suggérais également à Saïd la démission du président du Conseil constitutionnel et ceux des deux chambres du Parlement. Le nouveau président constitutionnel assurerait la vacance du président de la République et légiférerait par ordonnances.

Inconvénient : une maîtrise moins aisée du processus du changement.

Avantage : cette solution aurait toutes les chances d’être acceptée par l’opinion publique du moment que la décision serait entre les mains d’une instance de transition crédible parce qu’indépendante.

Saïd Bouteflika rejeta d’emblée cette seconde proposition, la trouvant, à son sens, «dangereuse pour eux». A la question : «Et si cette énième lettre était rejetée, que feriez-vous ?» Il me répondit : «Ce sera l’état d’urgence ou l’état de siège !» J’étais surpris par tant d’inconscience. Je lui répondis : «Si Saïd, prenez garde, les manifestations sont pacifiques, vous ne pouvez en aucun cas agir de cette manière !» A cet instant, je me suis rendu compte qu’il se comportait comme le seul décideur et que le Président en titre était totalement écarté.

Avant de le quitter, j’ajoutai : «La balle est encore dans votre camp. Surtout, ne perdez pas de temps, le mouvement est en train de faire boule de neige, bientôt il sera trop tard !»

Les jours suivants, ayant eu quelques échos de ce qu’il tramait, j’ai compris qu’il avait décidé de n’en faire qu’à sa tête. La solution de sagesse que je lui avais proposée ne lui convenait donc pas.

Le 30 mars, vers 17 heures, nouvelle tentative du même Saïd Bouteflika pour me joindre,  cette fois-ci au téléphone. Après m’être demandé s’il était encore utile de lui répondre, j’ai finalement décidé d’écouter ce qu’il avait à me dire. Au son de sa voix, j’ai compris qu’il était paniqué.

Il me dit que le vice-ministre de la Défense et chef d’état-major de l’ANP était en réunion avec des commandants des forces et qu’il pouvait agir contre Zéralda d’un instant à l’autre. Il voulait savoir s’il n’était pas temps de destituer le chef d’état-major.

Je l’en dissuadai fortement au motif qu’il serait responsable de la dislocation de l’armée en cette période critique.

Je suis revenu à la suggestion déjà avancée par moi lors de notre précédente rencontre, à savoir l’application de l’article 7 réclamé par le hirak et la désignation de membres de la société civile représentatifs pour assurer la transition et, ensuite, faire savoir immédiatement après que le Président se retirait.

La balle était de nouveau dans le clan des Bouteflika. Je pensais qu’ils allaient agir rapidement, d’autant que Saïd – il le disait – craignait d’être arrêté à tout moment.

La mise en pratique d’une telle proposition nous aurait sortis de la crise. Ils n’ont pas voulu le faire.

Les calomnies, la rumeur sont à la mode en ces temps de toutes les licences. La désinformation remplit les réseaux sociaux. Nul n’est à l’abri.

Je suis un militaire de carrière. Je sais que le voltigeur de tête attire les feux croisés des tranchées en face. Les tirs n’ont pas manqué. Ils m’ont atteint, sans me toucher. J’ai ma conscience pour moi. »

Le reste relève de la blanchisseuse. Le général à la retraite se dédouane de tout privilège. A en pleurer.

« Je n’ai jamais utilisé mon pouvoir pour obtenir un quelconque passe-droit, ni le moindre privilège. Rendu à la vie civile, j’ai créé une entreprise à la sueur de mon front. Je n’ai aucune dette à l’égard de qui que ce soit : banques, administrations fiscales ou personne privée. Je n’ai aucun marché avec l’Etat. Que celui qui soutient le contraire s’avance. La justice tranchera ».

Le richissime Nezzar qui a d’abord critiqué vertement Bouteflika en 1999 est rentré dans les rangs dès le premier mandat. Faut-il juste rappeler que ce journal (AP) a appelé à un 5e mandat avant d’encenser la dissidence populaire ? Cette contribution appelle de nombreuses questions. Car hier rares sont ceux qui osaient critiquer Saïd Bouteflika, aujourd’hui, à terre, tout le monde tire sur lui.

Pourquoi Khaled Nezzar a attendu que les manifestants réclament la tête de Saïd Bouteflika pour balancer « ses révélations » ? Quel crédit accorder aussi à celles-ci quand on sait que les Bouteflika sont très méfiants et savent que Nezzar pourrait parler à tout moment ? Censé être en retrait, Khaled Nezzar est-il si important finalement pour que Saïd Bouteflika lui téléphone pour prendre conseil auprès de lui ?

Cliquez pour commenter
S'abonner
Me notifier des
guest
0 Commentaires
Inline Feedbacks
View all comments

ABONNEZ-VOUS À NOTRE NEWSLETTER

Publicité
Coronavirus dans le monde

ABONNEZ-VOUS À NOTRE NEWSLETTER

A La Une

Articles récents

Coronavirus en Algérie

Populaires

0
J'adorerais vos pensées, veuillez commenter.x
()
x