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Déjouer les dangereuses manœuvres de Gaïd Salah

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Après 9 semaines de mobilisation sans précédent, la détermination du peuple algérien est encore intacte. Ceux qui ont misé sur le temps, l’intimidation et les manœuvres dilatoires pour diviser le mouvement et l’affaiblir sont désavoués par la rue.

Rassemblé par millions dans toutes les villes du pays, le peuple a encore une fois réaffirmé son unité et sa volonté de faire aboutir sa revendication centrale, à savoir la chute du régime. Ainsi, toutes les tentatives, tous les scénarios et toutes les ruses du pouvoir se sont heurtés à la détermination d’un mouvement populaire convaincu qu’il tient là une chance qui ne se représentera pas de sitôt. Ce vendredi qui coïncide avec le double anniversaire des printemps berbère de 1980 et noir de 2001 a été un point fort de la mobilisation et une occasion de rendre hommage à toutes les victimes de ce pouvoir mafieux dont les racines remontent jusqu’au cœur de la Guerre de Libération.

Ces pratiques arbitraires se sont aggravées dès les premiers jours de l’indépendance, suite au coup d’Etat opéré par le clan d’Oujda qui s’est imposé par la violence au peuple algérien meurtri par une guerre de plus de 7 ans.

Aujourd’hui, le peuple, au fait des faits et gestes de la mafia en place, ne croit plus les promesses qui viennent du pouvoir profond, ni même du chef de l’état-major des armées. Même si la rue semble cibler principalement les 4 B ou les trois restants, il n’en demeure pas moins que celui qui parle au nom de l’armée est également dans son viseur étant donné son allégeance maintes fois répétée à Bouteflika et à son clan mafieux.

La répression recule sous la pression de la rue

Après les incidents graves qui ont jalonné la semaine qui a précédé le 8e acte et qui ont connu leur paroxysme lors des manifestations monstres du 12 avril, attribués par Gaid Salah à des forces occultes qui agissent en dehors de tout cadre légal, la police s’est montrée, cette fois-ci, plus discrète, même si, on a noté çà et là, des intimidations et des blocages de routes menant vers Alger. La mise en garde du chef de l’état-major des armées envers l’ancien chef du DRS à la retraite qu’il accuse de manœuvrer dans l’ombre pour déstabiliser le mouvement a laissé les Algériens pantois comme elle a mis au grand jour la présence de bandes criminelles qui utilisent la provocation pour créer la confusion qui justifierait la répression du mouvement. Bizarrement, depuis cet avertissement, la répression a diminué. Le jeu des coulisses entre les clans au pouvoir continue toujours.

Manœuvre pour diviser et affaiblir le mouvement

Après ce vendredi 20 avril, les choses commencent à prendre une autre tournure. En effet, on assiste à une vague d’arrestations ciblant essentiellement le milieu des affaires. De hauts responsables sont également convoqués par les juges. S’attaquer à la corruption et aux bandits qui ont pillé le pays est l’une des revendications de la rue. Elle constitue même l’une des causes de l’insurrection populaire à laquelle nous assistons. En revanche, la mise en scène orchestrée par le régime et largement couverte par les médias qui lui sont inféodés jette la suspicion sur cette opération « mains propres ».

Par ailleurs, la mise en branle de cette machine judiciaire suite à l’injonction de Gaid Salah a soulevé plus d’interrogations qu’elle n’a apporté de satisfaction. En effet, cela montre, encore une fois, que la justice est inféodée au système et agit selon le bon vouloir de ce dernier. Ce simulacre de justice n’est qu’une mise en scène du clan au pouvoir dans le but d’affaiblir un autre clan. Il vise surtout à duper et tromper le peuple en donnant l’impression que le pouvoir en place, incarné par Gaid Salah, prend réellement les choses en main et s’attaque à la corruption. Comme il l’a fait depuis le début de la protestation en usant de subterfuges et de roublardises, le pouvoir ne montre aucun fléchissement.

Le peuple ne le croit plus et son slogan emblématique « Yetnehaw Gâ3 » est plus que jamais à l’ordre du jour. À la lumière des derniers discours de Gaïd Salah, notamment celui du 23 avril, la liste des personnes à dégager doit inclure de façon nette le nom de Gaïd Salah lui-même. En effet, si les précédents discours du chef de l’état-major de l’ANP, qui mettaient l’accent sur la volonté de l’armée d’accompagner le mouvement, étaient emprunts d’une certaine ambiguïté et parvenaient à séduire une partie de la population, celui du mardi 23 avril ne souffre d’aucune ambiguïté et met à nu le général-roi et ses intentions réelles.

En effet, il est clair que sa transition, il la veut sans le peuple. Il s’accroche désespéramment aux hommes qu’il a choisis pour concrétiser sa feuille de route. Ceux-là mêmes que les Algériens ont rejetés et dont ils continuent à demander le départ. Il veut sauver à tout prix le régime dont il fait partie. On comprend mieux le sens de ses interventions : restez mobilisés pour me permettre de neutraliser mes ennemis au sein de la gente, et la transition ne doit pas traîner en longueur, mais doit s’achever avec l’élection d’un président le 04 juillet en s’appuyant les mêmes institutions et le même personnel qui ont conduit à toutes les fraudes et aux dérives que nous connaissons. Il s’offusque que personne, hormis quelques félons, ne s’est rendu à la conférence organisée par le président intérimaire, Bensalah que les Algériens ont massivement et vivement rejeté avant même qu’il soit intronisé. Il est, en effet, l’un des pires symboles du système, un homme pour qui les Algériens éprouvent une aversion sans commune mesure.

Sortir en urgence du cadre de la Constitution

Si Gaïd Salah a entendu le peuple comme il le prétend, il doit sortir d’urgence de ce cadre étroit d’une Constitution frelatée, mille fois violée et violentée par le président déchu. Ses tentatives de faire peur ne fonctionneront jamais, car le peuple a envie de prendre son destin en main. Si des personnes menacent la sécurité des manifestations et celle de la nation, c’est le rôle des services de sécurité de les combattre, de les arrêter et de les déférer devant les juges.

Si des complots graves se trament contre la sécurité du pays et des manifestations, la transparence exige que le peuple sache tous les tenants et les aboutissants. Arrêtons avec les ennemis fictifs qui menaceraient le pays. La seule menace concrète vient de ceux qui veulent maintenir le statut quo. Le peuple par millions a dit à maintes fois ce qu’il veut et il est mille fois plus légitime que Gaid Salah et ses suppôts. Critiquer Gaid Salah ne signifie nullement manifester de l’hostilité à l’égard de l’institution militaire pour laquelle les Algériens ont un profond respect. Et la seule manière de maintenir sa cohésion et son intégrité est de sortir de toutes les basses manœuvres et la mettre à l’écart des luttes intestines que se livrent les différents clans dont l’unique but est de pérenniser leur mainmise sur elle et de sauvegarder leurs nombreux intérêts.

Un mouvement à la croisée des chemins

Le mouvement citoyen est à la croisée des chemins et la position attentiste dans laquelle il semble confiné risque de conduire, si elle venait à trop se prolonger, à un délitement de la mobilisation. Et le pouvoir n’attend que cela et fait justement tout pour que cela se produise. Tout en restant pacifique, la mobilisation doit monter d’un cran et le mouvement doit montrer ses dents pour éloigner les intimidations et mettre hors d’état de nuire les manipulateurs et les parvenus de tous bords.

C’est pour cela que tous les appels à l’auto-organisation et au débat citoyen doivent devenir effectifs. C’est la seule garantie de la survie du mouvement face aux menaces qui le guettent. Les secteurs avancés doivent servir d’exemple aux autres. On doit travailler à la convergence entre les étudiants, les travailleurs, les chômeurs, les jeunes des quartiers et des villages et faire émerger des coordinations dans toutes les villes qui possèdent le potentiel. Une grève générale offensive en appui aux manifestations du vendredi doit être envisagée pour rétablir le rapport de force au profit de la rue.

Mohamed Arroudj

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