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Chronique

Etat de droit et violence : entre légitimité et illégitimité

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Depuis le déclenchement du mouvement populaire, il est mis en valeur son caractère pacifique et, parallèlement, la même surprise-admiration est réservée à l’attitude « bienveillante » des forces de l’ordre. Osmose, transcrite dans le slogan : « Djeich Chaab, khaoua khaoua », en signe de non violence. Des incidents, cependant, ont ébréché cette belle idylle : agressions de citoyennes féministes, vols, agressions au cutter, manœuvres du système via les « baltagia ».

Les signes de répression de l’Etat se manifestent ces derniers jours : arrestations d’activistes, usage des moyens de dispersion des foules, grosse campagne de dénigrement des figures du mouvement, entêtement de l’Etat à imposer ses instances et ses hommes pour l’exécution d’un plan de sortie de crise, en parfaite contradiction avec les espérances du mouvement.

Comment raisonnablement est-il possible d’éluder la question de la violence dans l’exercice de la politique et du pouvoir ? Comprendre que, dans le meilleur des cas, tout Etat est fondé sur le droit qui n’est que l’arsenal de sa violence fondatrice, participe au débat et permet d’envisager les termes et les conditions d’un changement de régime en Algérie.

L’Etat de droit et la violence

Dans le cadre de l’Etat de droit, et que dire de l’Etat de non droit, la violence est consubstantielle du droit et du pouvoir. L’enjeu, ici ou ailleurs, n’est autre que la perpétuation d’un rapport de domination politico-capitaliste. Dans ce cadre, l’Etat, comme l’envisage Althusser, constitue une superstructure qui légitime par le droit la reproduction du système de production qui se situe en infra.

La répression (violence) est le moyen que l’Etat se réserve et que le droit légitime pour maintenir en équilibre et stable le rapport de domination instauré entre le patron et le propriétaire et les agents de production que sont les ouvriers et les fonctionnaires. Le droit est ainsi le cadre légitime qui ordonne l’exploitation. Il n’est donc pas pertinent d’aborder la question de l’Etat, même de droit, sans l’intégrer dans une problématique de luttes de classes violentes, perçues comme violence que le droit consacre et contrôle au profit du dominant.

La violence dans le cadre d’un Etat est ainsi présente même absente. Le pouvoir, comme le définit Foucault, n’est que la manifestation d’une guerre continuée par d’autres moyens, en la sortant d’un cadre anarchique où la guerre aurait été vécue physiquement.

La répression de l’Etat fonctionne par les effets de violence qu’elle produit sur les administrés. C’est une répression préventive qui anticipe sur la manifestation de toute violence contestataire qu’elle prévoit et qu’elle muselle dans le droit, en la délégitimant, au même moment où elle légitime la sienne.

Contractuellement, les populations administrées intériorisent le fait qu’elles subissent la violence de l’Etat (légitime) et qu’elles se rendent à la résolution d’obéir à la loi, en délégitimant leur violence, rendue ainsi coupable.

Etat-peuple : jeu d’intimidation

C’est dans ce sens que la configuration pacifique et les slogans « Silmia » et « Djeich chaab, khaoua khaoua » peuvent être analysés. L’appel même au pacifisme est une anticipation sur une violence physique donnée comme inévitable.

La présence des forces de l’ordre avec leur arsenal imposant n’est autre que la démonstration d’une éventuelle mais réelle violence inouïe que les manifestants contestataires peuvent éprouver directement dans leur chair. Le mouvement populaire est donc faussement installé dans une problématique de paix.

A défaut d’assauts armés qui cassent du manifestant, il est néanmoins question de guerre, certes larvée, mais qui tient les deux camps, l’Etat et les populations, dans une configuration d’affrontement et de domination : l’Etat maintenant sa domination, les populations voulant sortir de leur situation de dominées, voire prendre la place de dominant : « Blad bladna, ndirou wach habina », « fakhamatou chhab », rappelant la primauté de la légitimité du peuple.

La retenue de l’Etat quant à l’usage des armes, létales ou pas, ne correspond que faussement à l’expression d’une fraternité ou d’une certaine faiblesse. Le non recours aux armes est le signe plutôt de la maîtrise de l’Etat du cours des choses et la manifestation de sa puissance encore réelle et effective.

L’Etat intimide davantage le peuple que ce dernier ne l’a intimidé. Le peuple, sous l’effet de cette intimidation, se referme dans un paradoxe qui signifie son inaction et sa neutralisation. Au même moment où il affirme ne pas faire confiance en les institutions de l’Etat, il isole le noyau dur et répressif de cet Etat, l’armée et son chef, pour solliciter, sans discernement, sa protection.

Or, l’institution militaire a rempli sa mission et la remplit toujours en produisant de manière significative les effets de violence, contraignant les populations à l’obéissance à la loi. C’est dans ce sens que l’institution militaire impose le respect de l’institution à travers l’article 102, qui n’est que la manifestation du droit en tant qu’expression de la répression.

En effet, la constitution est à cet endroit ce qui neutralise la violence du peuple qui réclame la « chute du système ». L’article 102 est une disposition qui, en l’espèce, renferme la contestation dans un paradoxe et la conduit à une issue, qui ne peut signifier que sa mise hors la loi si toutefois il l’outrepasse, et auquel cas la violence physique intervient.

L’institution légitime ainsi la violence, sous prétexte d’atteinte à la stabilité de l’Etat, garant de la cohésion sociale, synonyme de respect de l’ordre de domination. Si les articles 7 et 8 sont cités également par l’institution militaire, ils ne le sont que pour rappeler que la « source de légitimité » conférée symboliquement au peuple est transposée dans les faits et par la loi à l’institution militaire pour en disposer dans le cadre de l’Etat.

Ainsi, le discours institutionnel enferme la souveraineté du peuple dans le cadre de la souveraineté de son armée. Le slogan « Djeich  chaab, khaoua khaoua », l’un dominant, l’autre soumis, est récupéré dans l’esprit d’une « règle » de bonne entente de domination.

Le discours de l’institution militaire est à ce titre  essentiellement axé sur la menace, conformément au principe selon lequel « la guerre commence aux intentions » : rappel de la loi et donc de la sanction, scénographie télévisuelle titillant l’imaginaire avec les signes forts de la virilité militaire.

Au peuple, la soumission

Le peuple, de son côté, se présente comme celui qui a « fait tomber le mur de la peur » et qu’il a « acquis son indépendance ». Cela veut dire qu’il serait en situation de désobéissance. Or, la désobéissance ne peut se jouer dans le pacifisme.

De ce fait, la libération supposée du peuple est contestable de ce point de vue. Si l’Etat aurait ressenti réellement la désobéissance du peuple, et donc sa menace réelle, il aurait par voie de conséquence riposté proportionnellement. Les populations, bien au contraire, se sont inscrites parfaitement dans le cadre de l’obéissance, en se référant, contre la nature plurielle et conflictuelle qui les caractérise, à son unité artificielle et circonstancielle.

La majorité de la population reconduit ici un discours qui reflète son « habituation à une obéissance régulière comme définition de vie commune. », comme le dit Hegel. Seuls les foyers, réellement perçus comme menaces contestataires, sont sous surveillance et objets d’attaques préventives.

La réalité du peuple est qu’il se situe au niveau infrastructurel dans un rapport de soumission à la puissance productrice que l’Etat a fait émerger du néant pour représenter une sorte de classe capitaliste, sans industrie ni outils de travail réels et efficients. Un capitalisme qui repose sur la collision de l’administration et des opérateurs économiques, puisant dans les ressources publiques.

Pris dans cette dialectique d’exploitation bureaucratique et économique, le peuple constitue au regard de l’Etat-capitaliste une force de travail, ouvriers et fonctionnaire, qui assurent le fonctionnement des établissements publics et privés. Au moins sous cet angle et dans le meilleur des cas, le peuple aurait été protégé des ambitions démesurées des capitalistes individuels qui épuisent les travailleurs.

Mais, cela n’est toujours pas le cas. En ne protégeant pas les travailleurs, il y a à craindre les dérives suicidaires des patrons et des propriétaires qui dans leur fuite en avant provoqueront la ruine des ressources et des outils de travail. Si aujourd’hui et de façon  circonstancielle, l’Etat réagit en faisant sauter quelques fusibles, cela ne suffit pas et ne la rétablit pas dans son rôle de protecteur.

Cela témoigne avec force de la rupture de confiance entre le peuple et les institutions qui le gouvernent. Ces dernières ont déplacé cette confiance de la sphère institutionnelle à la sphère clanique et familiale, de sorte à faire illusion en matière d’ancrage populaire.

En attendant et sans préjuger des ambitions démocratiques légitimes…

Piégées de la sorte, les masses populaires sont réduites à la soumission, même en plein contestation. Celle-ci n’est pas assez audible pour intimider les institutions qui se régénèrent par l’installation d’un gouvernement, par l’activation de l’article 102, avec le quitus de l’institution militaire.

Seule la prise de conscience du rôle objectif dévolu aux masses populaires en tant que partie prenante de l’équilibre que l’Etat se doit de maintenir dans le droit, entre l’exploitant et l’exploité, peut amorcer un début de changement.

Autrement dit, prise de conscience que la situation de déni des droits des masses populaires peut générer, à travers des signes inquiétants, la menace réelle d’un déséquilibre sociopolitique à même de faire évoluer la violence symbolique vers une violence physique.

Y. I.

Docteur ès Sciences du langage, Professeur des universités, Département de français, Université Alger2

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L’Algérie n’est pas un tapis de prière ! par Kamel Daoud

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Kamel Daoud, écrivain-journaliste, a publié une chronique acerbe sur l’entrisme des islamistes et l’imposition de la Fatiha à la dernière conférence de la « société civile ».

La lecture de la Fatiha à l’ouverture de la conférence nationale de la société civile, au lieu et place de l’hymne national, a soulevé de vives inquiétudes : comment peut-on espérer construire une république nouvelle si on commence avec un signe de bigoterie islamiste ostentatoire ? Comment espérer un avenir de réconciliation avec les pluralités algériennes, les différences, si certains en profitent pour gommer la question fondamentale de l’égalité homme femme et se posent en imams de l’avenir et représentants d’une Vérité ?

Ce rite de récitations de versets et de la Fatiha est devenu une norme depuis quelques années. Même pour «ouvrir» un congrès de médecins ou d’architectes. La tendance était à saluer le patronage de «Fakhamatou’hou», son «Excellence» le Roi Bouteflika et à démonter sa «foi» par une Fatiha. Allah, le Président et la bigoterie. Dans le désordre.

Mais si aujourd’hui une conférence pour sauver notre pays commence comme un rite réservé pour la demande d’une «main» ou pour égorger un mouton, c’est que la question, la quadruple question, n’a pas été résolue : que faire des islamistes ? Que veulent-ils faire de nous ? Que veut faire Gaïd des Algériens et que vont-ils faire de lui ?

On aime répéter que les islamistes algériens sont «disqualifiés» par la «rue» algérienne. On aime le croire. On aime l’espérer. Et c’est peut-être possible de voir cette «famille» qui a du sang sur les mains, elle aussi, accepter la pluralité, accepter de ne plus «être Allah à la place d’Allah», de ne pas détenir la Vérité et d’accepter le jeu de la démocratie et des différences.

Voir les islamistes comprendre qu’une guerre civile ne profite à personne et qu’un seul pays peut suffire à abriter nos différences et nos croyances. Ce n’est pas évident, ni acquis. Cette conférence qu’il faut consolider, encourager, y participer et aider, est un acte de courage et de responsabilité.

Mais elle ne doit pas servir de scène et de mise en scène à ceux qui déjà se placent en détenteurs de la vérité et propriétaires de l’orthodoxie religieuse du pays. L’Algérie et l’islam algérien ne peut être sauvés que par une laïcité qui protègera le pays des prétendants au califat et l’islam face courtiers. Les islamistes, comme les autres, ont tiré leçon, pas la bonne, des soulèvements dans les autres pays dits «arabes».

Aujourd’hui ils ne s’affichent pas à la première ligne comme en 90, sont mieux habillés, ont un discours d’étape mieux adapté aux stratégies de conquêtes.

Certains d’entre eux ont opté pour la ruse : attaquer toute possibilité de leadership alternatif au leur, investir les réseaux, travailler sous la ligne d’horizon de surveillance du nouveau régime. Ils attendent. Il faut s’en méfier et arrêter avec le déni que nous fabriquent les procès en islamophobie. On parle là d’un courant politique, pas d’une religion.

Ce qu’il y avait de gênant dans ce rite à l’ouverture de cette conférence, est ce «signe» qui résume beaucoup de choses : il confesse une impasse à venir. Tant que certains croient que leur «islamité» passe avant notre république et notre pays et qu’ils sont l’incarnation de cet arbitrage de droit presque divin, nous sommes face à un danger immense.

Ce néo-islamisme, révisé à la marge des crashs «arabes», laisse entrevoir des «ruses» de guerre, des manœuvres d’accaparement, des mouvements de «syndicats» colorés à cette idéologie et qui ne sont pas le signe d’une bonne foi. Cela nous piège, comme depuis des décennies, car si les islamistes ne comprennent pas qu’un pays n’est pas un tapis de prière, une annexe de l’Arabie ou d’Ankara, ils vont servir ce régime qui va les tuer un jour prochain. Eux aussi.

La question se pose aussi autrement : que vont-ils faire ou pensent-il faire de «nous» ? Ce «nous» qui englobe dans l’abus et l’approximation, peut-être, la famille de ceux qui rêvent d’une Algérie de pluralités, de lois respectées, de droit, de droit de confession et de croyance pour chacun.

Ces islamistes vont-ils nous «rouler» et se servir de notre élan pour nous tromper à l’heure du deal avec le Régime ? Nous tuer et nous terroriser comme autrefois et souvent ? Pourquoi les islamistes n’arrivent-ils pas descendre de leur ciel pour accepter de vivre avec tous sur une même terre ? Ont-ils jamais accepté de considérer leur croyances comme des choix intimes et pas comme des tribunaux d’inquisition ?

Faut-il leur faire confiance ? A eux pour qui la fabrication du traître sert de moteur à la fabrication de leur sainteté ? Makri est-il soluble en démocratie ou en Turquie ou en République algérienne ? En Algérie, prononcer la Fatiha se fait pour conclure un mariage. Pour cette conférence, le rite sous-entend déjà un divorce. Comment aboutir à faire passer l’idée de l’acceptation dans la tête de gens qui se prennent pour Dieu ? Très difficile. Même Dieu ne sait pas. Ces questions taraudent, poussent à désespérer ou, au contraire, à plaider pour un effort d’entente.

Conclusion ? Les islamistes n’ont pas disparu. Ils sont plus malins.

Ils ont muté. L’école, les calculs de l’ancien Régime, les réseaux mal contrôlés des mosquées, des associations, les soutiens externes, l’orthodoxie, tout cela leur donne de l’avenir et une armée démographique. Un mauvais avenir. Pour eux et pour les autres. Mais eux persistent à croire qu’ils sont la «solution» et que les autres sont le problème.

Ils adoptent cette détestable posture d’incarnation de la vérité qui transcende tout, parlent aux Algériens du haut de leur statut, violentent les faits et l’exactitude, diffament et osent même, aujourd’hui, voler l’histoire de la guerre de libération sous l’arnaque de cette «Badissia» qui nous vend Ibn Badis comme le vrai Larbi Ben M’hidi, le père islamiste d’une révolution.

Mauvais augures. Car si cette question ne se règle pas dans l’immédiat, le Régime reviendra pour jouer les arbitres de force un jour ou l’autre et personne ne va y gagner. Et cette fois, la Fatiha sera pour l’enterrement de l’Algérie. Kamel Daoud

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Qui voit son rêve dans le mien, me suive !

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Je voudrai partir loin de l’hystérie des charlatans qui appellent à la lapidation des femmes pendant que l’éminence civilisée cède encore des territoires à la barbarie de la barbe et de la burqa.

Je voudrai prendre le large et aller vers d’autres contrées, les miennes sont avariées, corrompues de chapelles outrageuses depuis que des nuits accablantes les gagnent hâtivement et s’éternisent, blousant les aurores qui se perdent saccagées d’anathèmes et d’injures. Je voudrai aller, là où le soleil du soir nappe le rideau de la mer de tons vermeils sans fermer ses confins, loin des désopilants ballets de dévotions simulées que composent des duplicités elles-mêmes dupées.

Je voudrai partir là où la lune câline les corniches faisant au bord de la mer des flots blancs comme des neiges éternelles.

Je voudrai aller là où le genre humain ne se plie pas à la morale du commerçant ni ne succombe aux rayons trompeurs de l’or ni ne fléchit devant les ardeurs des slogans et réclames. Je voudrai partir là où l’Homme n’est pas un arrière-produit gratuiciel, digitalisé pour faciliter son transfert vers la consommation dans un ordre numérisé.

Je voudrai aller là où les silhouettes ne sont pas froissées dans des dogmes définitivement établis par les géniteurs du chaos qui ont en horreur de ce qui subsiste du printemps…

Je voudrai aller là où l’exécution du supplice de feu ne se fabrique pas contre les théorèmes par l’autorité axiomatique d’une schizophrénie collective ; là où l’ordre pédant ne tague pas les lutrins afin de ravitailler la racaille de barbouzes et malandrins.

Je voudrai aller là où aimer n’est pas indice de démence ; là où l’amour se rajoute d’instinct à la fureur des étreintes. Là où les corps des amants s’entremêlent sans répit afin que s’amenuisent les chagrins. Je voudrai aller là où l’ode des lèvres humectées de baisers exige plus de marge aux effluves du vin pour mieux semer la joie.

Je voudrai partir là où les femmes refusent les cocktails d’instances et fuient la corruption des accoutrements de luxe tirés des vils animaux. Là où les muses ne tombent pas dans les strates de l’oubli à force d’attendre que se réchauffent les tendresses engourdies par la froideur des idylles asphyxiées.

Je voudrai aller aux rivages lointains où l’odeur fumante des rochers sent la pointe acre mais délicieuse des moules, là où l’enivrement rajoute de l’extase aux quolibets que j’adresse à ma misérable vie dont je me suis entiché pitoyablement sans l’implorer de me réserver la moindre indulgence.

Je voudrai aller dans les domaines où l’arbre est sacralisé et où tout par les fleurs se nomme et je saurai que je suis arrivé à bon port. Sinon, laissez-moi avec mes mots à la métrique, ils me procurent l’ivresse de l’essor et me gardent de sommeiller comme un oiseau aux ailes crédules dans un coin obscur du passé.

Djaffar Ben

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Nos filles continueront à monter à l’assaut du ciel

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Que la condition de la femme dans nos pays, l’Algérie en particulier, exige toujours une sérieuse et fondamentale révolution des consciences, des lois et des rapports entre sexes, il n’en demeure pas moins que les progrès enregistrés procèdent d’une irrépressible dynamique, qui n’est pas près de connaître une involution.

L’ordre ancien, ses codes sexistes, ses pesanteurs et ses sensibleries ont bien subi une déstabilisation irréversible, sous l’implacable poussée d’une société mue par l’instinct de vie.

La pulsion initiale a été la libération du pays du colonialisme, qui a permis la déferlante de millions de femmes sur l’espace social, à travers le système éducatif massifié d’abord, où elles ont inversé le ratio en leur faveur (plus de 60 % à l’université), ensuite par leur conquête du monde du travail dans tous ses secteurs.

Par delà, elles ont gagné et imposé, irrésistiblement, de larges libertés.

Au cœur du processus, des militantes ont accompagné et donné du sens aux luttes multiformes contre l’oppression et les dénis de droits, tandis que la société patriarcale, elle-même, composait avec des contradictions nouvelles nées du bouleversement dans le rôle assigné à la population féminine. Un changement de rôle qui heurte de front le statut minorant qui lui est attribué. Ceci ajouté à l’éclatement de la famille traditionnelle, dictée entre autres par le développement du salariat et l’individualisation des revenus.

Ce formidable élan est pourtant occulté par certaines voix, bien de chez nous et émancipées chez nous, qui ont trouvé la voie royale pour être reconnues, là où est censée se faire, pour nous, l’émancipation. Écoutons Soumia Salhi, syndicaliste, en parler : « Je suis toujours agacée par le matraquage du discours néocolonial, démultiplié par internet, ce discours qui dit que rien n’a changé et part du principe suggéré qu’il existe, dans les pays du Nord opulent, une espèce humaine supérieure au sein de laquelle les femmes auraient échappé à toute oppression. » Et elle sait de quoi elle parle.

Atteste du contraire, en dehors des innombrables violences qui frappent quotidiennement les femmes au sein de cet Occident prétendant à la civilisation du monde, le scandale des couvents de l’horreur, dénommés Magdalene asylum, dont le dernier n’a fermé qu’en 1996 en Irlande. Des milliers de femmes, parfois des fillettes, y ont été jetées par leurs parents, la justice, la police ou par des prêtres. Les raisons vont de la prostitution, dont elles se seraient rendues coupables, au fait qu’elles soient trop jolies, en passant par le fait d’avoir été violées.

Dans ces couvents ces femmes sont soumises aux pires des traitements, en sus du travail forcé, sous la surveillance de nonnes. Une sur dix y serait morte. Des cadavres y ont été découverts, après leur fermeture. Le gouvernement irlandais n’a reconnu sa responsabilité que bien plus tard.

Soumia, toujours elle, nous dit : « Nous avons connu des joies et des larmes. Nous avons eu beaucoup d’espoirs, nous avons conquis beaucoup de positions et résisté à l’adversité… la vie a refleuri. Le combat a repris et nos filles continueront à monter à l’assaut du ciel. » C’est quand même plus vrai que les simagrées de nos « féministes » surmédiatisées, qui de leurs promontoires de « bons immigrantes parfaitement assimilées » se dorent le blason à peu de frais pour la défense de femmes, qui ne leur ont rien demandé, qui ignorent qu’elles existent et qui savent bien ce qu’elles doivent faire par elles-mêmes.

A. H.

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