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Soudan: l’armée destitue le despote El Béchir et prend le pouvoir

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Le président Omar el-Béchir, qui dirigeait le Soudan d’une main de fer depuis 30 ans, a été renversé jeudi par un coup d’État de l’armée, dans le sillage d’un soulèvement populaire, et remplacé par un « conseil militaire de transition » pour deux ans.

Plusieurs pays, dont les États-Unis et l’Union européenne (UE), ont exhorté les militaires à intégrer les civils pour cette transition.

Le ministre de la Défense Awad Ahmed Benawf a été nommé à la tête du Conseil militaire de transition, après avoir annoncé à la télévision d’Etat « la chute du régime et le placement en détention dans un lieu sûr de son chef » Omar el-Béchir.

Des milliers de manifestants ont marqué leur rejet de la mise en place d’instances militaires de transition en se rassemblant devant le QG de l’armée malgré le début d’un couvre-feu, imposé par M. Benawf pour un mois de 22H00 à 04H00 locales, soit de 20H00 GMT à 02H00 GMT.

L’armée a ordonné en début de soirée aux manifestants de « respecter (le couvre-feu) pour (leur) propre sécurité », laissant planer le risque de violences.

Tôt ce matin, la TV nationale a interrompu ses programmes et une immense foule s’est rassemblée dans le centre de Khartoum, anticipant la destitution du président de 75 ans, au pouvoir depuis un coup d’Etat en 1989.

Après de longues heures d’attente, les Soudanais ont accueilli en liesse l’annonce de M. Benawf. « Le régime est tombé ! », ont scandé les milliers de manifestants qui campent depuis samedi devant le QG de l’armée.

Mais la joie est vite retombée. Car, outre la destitution du président, M. Benawf a annoncé l’instauration d’un « conseil militaire de transition » pour deux ans.

« Les gens ne veulent pas d’un conseil militaire de transition » mais « un conseil civil » a déclaré dans un tweet Alaa Salah, l’étudiante devenue « l’icône » du mouvement.

Malgré l’instauration du couvre-feu et l’avertissement de l’armée, des milliers de manifestants se sont rassemblés devant le QG de l’institution militaire, qui abrite aussi le ministère de la Défense et la résidence officielle du président.

« Le sang de nos frères ne doit pas avoir coulé pour rien », a dit à l’AFP un manifestant, décidé à braver le couvre-feu, alors que le mouvement de contestation au Soudan, débuté le 19 décembre après la décision du gouvernement de tripler le prix du pain, a été marqué par la mort de 49 personnes, selon un bilan officiel.

Trêve au Darfour

L’armée a proposé « des alternatives » mais s’est « heurtée à une volonté de résoudre le problème en utilisant l’appareil de sécurité qui peut conduire à de grosses pertes », a expliqué M. Benawf.

L’espace aérien a été fermé pour 24 heures et les frontières terrestres jusqu’à nouvel ordre, a-t-il dit.

Pour beaucoup de Soudanais, la nouvelle donne politique n’est qu’une « photocopie du régime », comme le résume un manifestant devant le QG de l’armée.

« Le régime a mené un coup d’Etat militaire en présentant encore les mêmes visages (…) contre lesquels notre peuple s’est élevé », a réagi l’Alliance pour la liberté et le changement (ALC). « Nous appelons notre peuple à continuer son sit-in devant le QG de l’armée et à travers le pays ».

Les Etats-Unis, qui maintiennent des sanctions contre le Soudan, pays sur leur liste d’Etats soutenant « le terrorisme », ont exhorté l’armée soudanaise à intégrer les civils au gouvernement.

L’UE a aussi appelé l’armée à un transfert « rapide » du pouvoir aux civils.

Six capitales, dont Washington et Paris, ont demandé une session d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU sur le Soudan, a priori pour vendredi. Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a réclamé que la transition au Soudan respecte les « aspirations démocratiques » du peuple.

Un cessez-le-feu a aussi été annoncé à travers le pays, notamment au Darfour (ouest), où un conflit a fait plus de 300.000 morts depuis 2003 selon l’ONU.

Ces dernières années, le niveau de violence a toutefois largement diminué au Darfour, M. Béchir ayant annoncé plusieurs trêves unilatérales.

« Nous rejetons entièrement cette +révolution de palais+ », a réagi Abdel Wahid Nur, chef d’un groupe rebelle du Darfour, « l’Armée de libération du Soudan », appelant à « un gouvernement civil de transition ».

En 2009, la Cour pénale internationale (CPI), basée à La Haye, a lancé un mandat d’arrêt contre Omar el-Béchir pour « crimes de guerre » et « contre l’humanité » au Darfour, ajoutant en 2010 l’accusation de « génocide ».

L’ONG Amnesty International a appelé à « remettre » M. Béchir à la CPI afin qu’il soit jugé pour ses « crimes innommables ».

« Pacifique »

Devant le QG de l’armée, les contestataires continuent de brandir des drapeaux du Soudan. La scène semble faire écho à celle observée pendant des semaines à Alger, à des milliers de kilomètres de là, où les manifestants ont obtenu le 2 avril la démission du président algérien Abdelaziz Bouteflika, après 20 ans au pouvoir.

L’Union africaine a critiqué la « prise de pouvoir par l’armée » au Soudan, estimant qu’elle « n’est pas la réponse appropriée aux défis » du pays.

De son côté, l’Egypte voisine, où l’armée avait également éjecté Hosni Moubarak du pouvoir en 2011 sous la pression de la rue, s’est dit « confiante dans la capacité du peuple et de son armée » à mener à bien cette transition.

La Turquie a dit elle espérer voir le Soudan renouer avec un « processus démocratique normal ». L’Allemagne, par la voix de sa ministre de la Défense, a jugé que la situation donnait une « chance » de parvenir à « une forme de gouvernement démocratique ».

Jusque là fer de lance de la répression, le puissant service de renseignement au Soudan (NISS) a fait état de la libération de tous les prisonniers politiques.

A Kassala (est), le refus d’officiers de relâcher des prisonniers détenus là-bas a suscité un raid des manifestants dans les locaux du NISS, selon un témoin. Une attaque similaire a été menée à Port-Soudan (est) par des manifestants antirégime, selon des témoins.

Des foules étaient aussi rassemblées dans les villes de Madani, Gadaref, Port-Soudan et Al-Obeid.

L’ALC a appelé en cours de journée la population à « ne pas attaquer quiconque ou les biens gouvernementaux et privés ». « Notre révolution est pacifique », a-t-elle martelé dans un communiqué.

M. Béchir a tenté de réprimer la contestation par la force avant d’instaurer le 22 février l’état d’urgence à l’échelle nationale.

Béchir parti, l’ONG Amnesty International a appelé jeudi les nouvelles autorités à « mettre fin définitivement à une ère de massacres et d’oppression » au Soudan. AFP

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Un ministre soudanais lynché publiquement !

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Les ministres algériens semblent avoir plus de chance que leurs homologues soudanais.

Au Soudan, où des millions de manifestants sont dans la rue depuis décembre pour « nettoyer le régime » , les décideurs sont traqués comme des malfaiteurs ou des fugitifs.

Un ministre a eu la malchance de tomber entres les mains des manifestants. Il a été lynché en plein public. Le malheureux ministre a subi presque ce que Kadhafi avait subi lors de sa capture après la chute de son régime.

Les images sont insoutenables. Ce qui s’est passé aujourd’hui au Soudan donnera peut-être à réfléchir on nos décideurs et lâcheront le pouvoir avant que la situation en Algérie se dégrade davantage. (voir la vidéo en bas)

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Egypte: la révision constitutionnelle controversée renforçant Sissi approuvée

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La révision constitutionnelle controversée permettant la prolongation de la présidence d’Abdel Fattah al-Sissi, et renforçant les pouvoirs de l’ex-maréchal accusé de graves violations des droits humains en Egypte, a été approuvée par référendum à 88,83 %, a annoncé mardi l’Autorité nationale des élections.

Le président de cet organisme, Lachine Ibrahim, a précisé lors d’une conférence de presse au Caire que 11,17 % des électeurs « se sont prononcés contre » cette réforme et que « le taux de participation (…) a atteint 44,33 % ».

Les Egyptiens ont voté du samedi 20 au lundi 22 pour ou contre la modification de plusieurs articles de la Constitution de 2014, qui limitait notamment la présidence à deux mandats consécutifs de quatre ans.

Le scrutin de trois jours s’est déroulé « dans un climat démocratique stimulé par la liberté », a insisté M. Ibrahim. Mais le référendum a été organisé en un temps record, quatre jours après un vote au parlement, et sans véritable débat de fond dans les médias sur les enjeux de la réforme.

« Le référendum s’est déroulé dans un environnement tellement injuste et non libre que ses résultats ne peuvent prétendre à une quelconque légitimité », a dénoncé Michael Page, directeur adjoint de l’ONG Human Rights Watch pour l’Afrique du nord et le Moyen-Orient.

Le président Sissi a rendu hommage sur Twitter à ses concitoyens « qui ont ébloui le monde par leur conscience nationale des défis auxquels est confrontée notre chère Egypte ».

L’ex-maréchal, aujourd’hui âgé de 64 ans, a été élu président en 2014 avec 96,9 % des voix, un an après avoir renversé avec l’armée, à la faveur d’un mouvement populaire, le président islamiste Mohamed Morsi. Il a été réélu en 2018 à 97,08 %.

La révision constitutionnelle permet de faire passer le deuxième mandat de M. Sissi de quatre à six ans, portant son terme à 2024. L’ex-maréchal pourra se représenter à un troisième mandat, de six ans, lors de l’élection de 2024.

Environ 27 millions d’électeurs se sont rendus aux urnes sur les plus 61 millions enregistrés dans le pays le plus peuplé du monde arabe, selon M. Ibrahim.

« Dangereux précédent »

Au-delà du mandat présidentiel, la révision constitutionnelle permet le contrôle du chef de l’Etat sur le système judiciaire, avec un pouvoir de nomination des chefs de juridictions. La réforme octroie également un pouvoir politique à l’armée, pilier du régime de M. Sissi.

« Ces amendements constitutionnels renforcent l’exécutif et l’armée au détriment d’un système judiciaire et législatif affaibli », a expliqué à l’AFP Mai El-Sadany, responsable des questions juridiques au groupe de réflexion The Tahrir Institute for Middle East Policy (Timep), basé à Washington.

Selon elle, la réforme « mine la séparation des pouvoirs, porte atteinte à l’Etat de droit et réduit au silence les espaces pour la dissidence indépendante ».

Pour Moustafa Kamel al-Sayed, professeur de sciences politiques à l’Université américaine du Caire, les amendements créent un « dangereux précédent ».

« Le pouvoir sera concentré entre les mains d’un seul homme (le président). Il sera très difficile de revenir en arrière car qui abandonnera autant de pouvoir ? », a-t-il déclaré à l’AFP.

Les partisans de la révision constitutionnelle défendent de leurs côtés sa nécessité pour la stabilité du pays, dans un pays en crise économique et voisin de plusieurs pays troublés, en Afrique et Moyen-Orient, comme le Soudan et la Libye. AFP

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Carnage au Sri Lanka : plus de 200 morts dans une série d’attaques

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Plusieurs églises et des hôtels de luxe sri-lankais ont été touchés par des explosions en ce dimanche de Pâques. Le bilan est sans cesse revu à la hausse.

Au moins 207 personnes ont péri dans une série d’attentats contre des hôtels et des églises au Sri Lanka, dont 35 étrangers, selon un bilan annoncé par la police à l’Agence France-Presse. Six explosions se sont d’abord produites dimanche matin dans trois hôtels et trois églises du Sri Lanka, où était célébrée la messe de Pâques, a-t-on appris de sources policière et hospitalière. De nouvelles attaques ont eu lieu quelques heures plus tard. Les autorités ont à ce stade recensé 64 morts, dont 9 étrangers dans la capitale Colombo, 67 à Negombo, une localité plus au nord, et 25 à Batticaloa, dans l’est du pays. Le bilan pourrait s’aggraver encore, car on dénombre des dizaines de blessés dans cette vague d’attaques d’une violence rare, selon des sources hospitalières. Quatre cent cinquante personnes ont également été blessées dans ces attaques.

Une des églises se trouve à Negombo, au nord de Colombo. « Attentat contre notre église, s’il vous plaît, venez nous aider si des membres de votre famille s’y trouvent », peut-on lire dans un message en anglais posté sur le compte Facebook de l’église Saint-Sébastien de Katuwapitiya à Negombo. Un attentat contre une église de Batticoloa a aussi fait au moins une vingtaine de morts.

De nouvelles explosions ont retenti dans un second temps. L’une s’est produite dans un hôtel de la capitale du Sri Lanka, faisant deux morts, a annoncé la police de Colombo. La déflagration est survenue dans un hôtel de Dehiwala, une banlieue du sud de Colombo, a déclaré Ruwan Gunasekera, porte-parole de la police.

L’autre est survenue dans un lieu non précisé d’Orugodawatta, une banlieue du nord de Colombo, ont indiqué les autorités, qui ont décrété un couvre-feu.

Le gouvernement du Sri Lanka a décrété dimanche le blocage temporaire des réseaux sociaux pour empêcher la diffusion d’« informations incorrectes et fausses » liées à la vague d’attentats qui a frappé l’île, faisant au moins 207 morts. « Le gouvernement a décidé de bloquer toutes les plateformes de réseaux sociaux dans le but d’empêcher la propagation d’informations incorrectes et fausses.

C’est seulement une mesure temporaire », a indiqué la présidence dans un communiqué. Un couvre-feu est entré en vigueur dimanche, et « jusqu’à nouvel ordre », au Sri Lanka, a annoncé la police. Le ministère de la Défense avait initialement annoncé que le couvre-feu entrerait en vigueur à 18 heures locales (12 h 30 GMT) pour une durée de douze heures. Avec AFP

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