Connectez-vous avec nous

Mémoire

Hommage à Ali Mécili ce dimanche à Paris

Publié

le

La famille Mécili organise la commémoration du 32e anniversaire de l’assassinat de l’opposant politique Ali André Mécili dimanche. Ci-dessous le communiqué d’Annie Mécili, veuve d’Ali Mécili. Vous nous retrouverez au chapiteau qui porte le nom Ali Mécili pour cette commémoration

Communiqué d’Annie Mécili

« 𝑳𝒂̀ 𝒐𝒖̀ 𝒅𝒆𝒔 𝒉𝒐𝒎𝒎𝒆𝒔 𝒗𝒊𝒗𝒆𝒏𝒕, 𝒔𝒐𝒖𝒇𝒇𝒓𝒆𝒏𝒕 𝒆𝒕 𝒓𝒆́𝒔𝒊𝒔𝒕𝒆𝒏𝒕 𝒅𝒆 𝒕𝒐𝒖𝒕𝒆𝒔 𝒍𝒆𝒔 𝒇𝒐𝒓𝒄𝒆𝒔 𝒒𝒖’𝒊𝒍𝒔 𝒂𝒓𝒓𝒊𝒗𝒆𝒏𝒕 𝒂̀ 𝒔𝒐𝒖𝒔𝒕𝒓𝒂𝒊𝒓𝒆 𝒂̀ 𝒍𝒂 𝒅𝒐𝒎𝒊𝒏𝒂𝒕𝒊𝒐𝒏 𝒆𝒕 𝒂̀ 𝒍’𝒉𝒖𝒎𝒊𝒍𝒊𝒂𝒕𝒊𝒐𝒏, 𝒍’𝒆𝒔𝒑𝒓𝒊𝒕 𝒅’𝑨𝒍𝒊 𝒆𝒔𝒕 𝒍𝒂̀ ». Hocine Aït Ahmed.

Le 7 avril prochain, en cette date anniversaire de la mort d’Ali Mécili, c’est Place de la République que nous serons présents avec une seule préoccupation : témoigner de notre solidarité.

Quel plus bel hommage rendre à Ali et à Hocine Aït-Ahmed ainsi qu’aux millions d’Algériens qui, aujourd’hui, avec une grande maturité, s’inscrivent dans le même combat, les mêmes idéaux ?

Nous ne pouvions que nous joindre à leurs voix pour célébrer l’espoir qu’ils ont fait renaître d’un avenir meilleur. Une ère nouvelle vient de s’ouvrir qui rendra sa souveraineté et ses libertés au peuple algérien.

Un jour, sûrement, justice sera rendue à Ali Mécili.

Annie Mécili Le 3 avril 2019

* Nous serons sur la Place de la République à partir de 15h. Une tente sera mise en place pour l’occasion.

Publicité
Cliquez pour commenter

Poster un Commentaire

avatar
  S'abonner  
Me notifier des

Mémoire

L’Algérie, ce pays où les espions ont été rois

Publié

le

Les services de sécurité algériens sont un État dans l’État. Tirant leur légitimité du rôle crucial des militaires dans la Guerre d’Indépendance, leur rôle a été de défendre le régime politique et de gérer la rente économique. Mais des zones d’ombre demeurent sur certaines de leurs activités.

C’est une image incroyable en Algérie : le 5 mai 2019, les généraux Mohamed Mediene et Athmane Tartag, les inamovibles chefs du renseignement algérien pendant 30 ans, montent les marches du tribunal militaire de Blida. Ils sont accusés de « complot contre l’État » et « d’atteinte à l’autorité de l’armée ».

Pour tous les algériens qui manifestent depuis le printemps arabe contre la réélection programmée d’Abdelaziz Bouteflika, ces images sont le signal qu’au pays où les espions sont rois, quelque chose est en train de changer. Car les services en Algérie font bien plus que du renseignement : ils sont le garant du pouvoir, si ce n’est le pouvoir lui-même.

Les services arabes sont là pour sauvegarder le régime. On est dans des services de sécurité, au service du pouvoir, pour que le pouvoir se maintienne avec une mission qui est clairement la défense du régime. Agnès Levallois, spécialiste des services de renseignements arabes.

Les services co-gèrent le pays avec Bouteflika jusqu’en 2015. […] Avec un seul objectif : maintenir le système et de gérer la rente économique. Agnès Levallois

Bernard Bajolet, directeur de la DGSE de 2013 à 2017, a éprouvé la réalité du pouvoir des services de renseignement algériens. Si les rapports ont longtemps été très cordiaux entre services de renseignement français et algériens, la coopération n’a quant à elle pas toujours été aisée.

De toute évidence, le DRS (Département du Renseignement et de la Sécurité, ndlr) avait un pouvoir extrêmement important. J’ai été reçu par le général Mediene à plusieurs reprises. Je prenais plaisir à aller à ces entretiens parce que c’était toujours passionnant. Les analyses étaient toujours précises. […] Mais quand il s’agissait de coopérer de façon plus opérationnelle, c’était plus difficile. Bernard Bajolet

Comment les maîtres-espions algériens ont-ils créé cette nébuleuse à la fois invisible et très puissante ?

Les services en Algérie ont un rôle essentiel, qui est issu de la Guerre d’Indépendance. C’est un élément structurant dans l’analyse des services, et qui en fait la particularité de l’Algérie par rapport aux autres pays de la région. C’est le seul pays qui est passé par cet épisode de la guerre d’indépendance. Les services de sécurité ont commencé à exister pendant la Guerre d’Indépendance. Ils ont acquis une légitimité qui est issue de la Guerre d’Indépendance. Agnès Levallois. Franceculture

Ecoutez ici l’émission : Emission : conversations secrètes : Algérie, le pays où les espions ont été rois

Continuer la lecture

Mémoire

Quand l’Armée d’Afrique débarquait en Provence pour libérer la France

Publié

le

A partir du 15 août 1944, 230 000 soldats des forces françaises débarquent en Provence pour participer à la libération de la France. Plus de la moitié sont des soldats africains. Récit.

« Nancy a le torticolis »… « Le chasseur est affamé »… Ce 14 août 1944 en début de soirée, comme elle le fait depuis bientôt trois ans, Radio Londres diffuse ses messages personnels à la résistance française. Dans le sud du pays, ceux-là ont une résonance particulière : ils annoncent le début du débarquement de Provence. Peu après minuit, les hommes de la 1st Special Service Force américaine et des commandos d’Afrique posent le pied sur le sol français. Les premiers neutralisent les batteries allemandes des îles d’Hyères, les seconds celles du Cap-Nègre. L’opération Dragoon est lancée.

Elle a été validée lors de la conférence de Téhéran en novembre 1943, en même temps que le débarquement en Normandie. Les Britanniques y étaient opposés, préférant que la libération de l’Europe soit menée depuis l’Italie. Initialement baptisées Anvil (enclume, en anglais) et Sledgehammer (masse), les deux offensives devaient se dérouler en même temps pour prendre l’armée allemande en tenaille. Repoussée par manque de péniches de débarquement et pour assurer la prise de Rome, l’opération provençale a tout de même été maintenue, contre l’avis de Churchill.

Une mosaïque de la France libre

Quelque 350 000 combattants ont été mobilisés, dont plus de 230 000 hommes placés sous les ordres du général de Lattre de Tassigny au sein de l’Armée B. Il s’agit pour l’essentiel de soldats du Maghreb. S’y retrouvent aussi des Français évadés de Métropole, des troupes venues d’Afrique subsaharienne, d’Indochine, de Nouvelle-Calédonie, du Levant… « C’est la mosaïque de la France libre, de tous ces territoires qui se sont ralliés au général de Gaulle, à laquelle se joignent le bloc maghrébin et l’Afrique occidentale française », remarque l’historien Julien Fargettas, auteur de Les tirailleurs sénégalais. Les soldats noirs entre légendes et réalités 1939-1945.

Parmi les soldats venus d’Afrique, rares sont ceux à s’être enrôlés volontairement. Ce sont souvent des conscrits ou des hommes que l’armée est allée chercher dans leurs villages. « Chez nous, il n’y avait pas de volontaires. On recrutait les gens de force dans leurs villages,confirme le caporal burkinabè Bouakal Lourba au micro de RFI en 2014. Avant de partir à la guerre, on nous a montré comment utiliser un fusil. Comment le démonter, comment le remonter. Mais c’est tout seuls qu’on a appris à se protéger pendant les combats. » Lorsqu’ils débarquent en Provence, beaucoup ont déjà l’expérience du feu. Ceux d’Afrique du Nord ont pour la plupart participé à la campagne d’Italie, ceux de la 9e division d’infanterie coloniale au débarquement de l’île d’Elbe quelques semaines plus tôt. Les plus anciens, eux, ont à leur actif une multitude d’opérations : l’Erythrée, le Tchad, la Libye, la Tunisie…

Ce 15 août à 8h du matin, les premières vagues d’assaut alliées déferlent sur les plages Alpha, Camel et Delta, entre Cavalaire et Saint-Raphaël. Des milliers de parachutistes largués pendant la nuit à l’intérieur des terres se sont chargés d’en bloquer les voies d’accès avec l’aide des Forces françaises de l’intérieur (FFI), avant que navires et avions n’écrasent les défenses allemandes sous un déluge de bombes.

L’Armée B débarque le lendemain. Alloua Mokrane, 21 ans à l’époque, se souvient de la violence des combats et la panique qui gagne alors les soldats. « La moitié ont été jetés à la mer. C’était le débarquement à la nage », raconte le vétéran algérien en 2014 à RFI. Les libérateurs progressent vite. Ils occupent désormais une poche de plus de 30 km de profondeur. Le 17 août, Hitler donne l’ordre à la XIXe armée allemande de se replier vers le nord. Seules les divisions installées à Toulon et Marseille doivent tenir coûte que coûte.

Marseille et Toulon

C’est aux troupes françaises que revient la lourde tâche de libérer les deux grandes villes portuaires, tandis que les forces américaines remonteront vers l’Isère et la vallée du Rhône. Le plan initial ne prévoit le déclenchement de l’attaque contre Toulon que quinze jours après le débarquement, une fois qu’assez d’hommes, de matériel et de munitions auront été acheminés. « Or, dès le 18 août (…) il faut se décider, écrit le général de Lattre de Tassigny. Toulon sera donc attaqué immédiatement, au galop de charge, avec les seuls moyens disponibles. Seize mille combattants sont à pied d’oeuvre avec trente chars et quelques batteries. En face, les Allemands disposent de l’ordre de 25 000 soldats et marins, solidement retranchés dans les puissants ouvrages, hérissés d’armes automatiques et garnis de 250 canons, de notre plus grand port de guerre. »

La bataille de Toulon commence le 19 août. Elle va durer une semaine. Les combats sont âpres. « On a trouvé de la résistance, et il y a eu un peu de casse », euphémisme le vétéran algérien Alloua Mokrane lorsqu’il témoigne en 2014. « A Toulon, il y a eu beaucoup de morts allemands. Il a fallu trois jours pour enlever les cadavres », se remémore l’ancien combattant sénégalais Issa Cissé dans un webdocumentaire publié sur RFI la même année.

L’attaque de Marseille, qui ne devait débuter qu’une fois Toulon tombée, a été également avancée pour surprendre l’ennemi. Le général de Monsabert conduit l’offensive en s’appuyant sur les tirailleurs algériens et les goumiers marocains. Le 21, ils font sauter le verrou d’Aubagne et atteignent le lendemain la périphérie de la Cité phocéenne.

Le 23 août, les tirailleurs algériens sont dans la ville aux côtés des FFI. Les positions allemandes cèdent l’une après l’autre et le 28, le commandant de la 244e division allemande remet au général de Monsabert l’acte de capitulation. Le même jour, à Toulon, l’amiral Ruhfus se rend au commandant de la 9e division d’infanterie coloniale. La capture des deux villes s’est faite avec plus d’un mois d’avance sur les prévisions.

Partout où elles passent, les troupes coloniales reçoivent un accueil enthousiaste de la part de la population libérée. Un peu trop, d’ailleurs, au goût du commandement français. « Il y a toujours le tabou de la liaison entre l’individu colonial et la femme française », note l’historien Julien Fargettas. Tandis qu’une partie des forces alliées continue le combat dans les Alpes maritimes, l’autre remonte vers le nord : Grenoble, Lyon, la Bourgogne puis les Vosges où l’armée allemande stoppe net leur avancée.

Le « blanchiment » de l’armée

Les combats s’enlisent. Et durant l’automne et l’hiver 1944, les soldats noirs de l’Armée B – désormais baptisée 1re Armée – sont progressivement remplacés par des combattants blancs issus de la résistance ou récemment engagés. Un an plus tôt, un « blanchiment » similaire a été pratiqué au sein des troupes du général Leclerc. « Quand il arrive en Tunisie, après avoir traversé le Tchad et la Libye, l’ambition du général de Gaulle est qu’il prenne la tête d’une unité de blindés moderne. Pour l’équiper, il se tourne vers les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. Mais Washington refuse que cette nouvelle unité accueille des soldats africains, rapporte Julien Fargettas. Il y a indéniablement une volonté d’écarter les soldats noirs. Mais les Américains estiment également que dans une unité blindée moderne et donc technique, des soldats africains qui sont pour la majorité d’entre eux analphabètes n’ont pas leur place. »

Cette fois, les raisons sont tout autres. Il y a d’abord les conditions climatiques exécrables auxquelles les troupes sont soumises, et qui affectent particulièrement les soldats africains, mais aussi une volonté d’impliquer les jeunes Français dans la libération de la France et enfin une inquiétude concernant l’influence des idées propagées par les milieux communistes sur le moral des troupes africaines. L’armée française est si démunie que les soldats africains doivent céder leur uniforme à ceux qui les remplacent. En échange, on leur remet de vieilles frusques ou des tenues de l’armée allemande.

« Mais la guerre ne s’arrête jamais pour les Africains. Même s’ils sont retirés du front en 1944-45, c’est eux qu’on retrouve dans le Constantinois en 1945, à Damas contre les nationalistes syriens puis à Madagascar pour réprimer l’insurrection, en Indochine, en Algérie… », remarque l’historien Julien Fargettas. Les indépendances africaines sonnent le glas des tirailleurs. Pour ces soldats qui n’ont jamais cessé de servir la France commence alors un nouveau combat : la reconnaissance de leurs droits. RFI

Continuer la lecture

Mémoire

Algérie: l’histoire des services de l’ombre

Publié

le

Pouvoir incontournable et occulte, les services de renseignements algériens ont toujours été l’arme secrète du régime. Une histoire marquée, durant plusieurs décennies, par le puissant DRS (Département du renseignement et de la sécurité) dirigé par le mystérieux général Toufik, aujourd’hui maintenu en prison par le général Gaïd Salah, l’actuel homme fort du pays. Des services au cœur d’un système que la révolution populaire condamne aujourd’hui. 

MLGC, MALG, SM, DGPS, DCSA, DRS, ce sont les acronymes qui ont successivement désigné les services de renseignements algériens. Ces services se sont ensuite restructurés en trois directions générales : la Direction générale de la sécurité intérieure (DSI), la Direction générale de la documentation et de la sécurité (DDSE) et la Direction générale du renseignement technique (DRT). Trois entités directement rattachées à la présidence de la République sous l’appellation de CSS : Coordination des services de sécurité.

Une configuration liée aujourd’hui à un pouvoir intérimaire (celui du général Gaïd Salah) susceptible de connaître encore d’importantes recompositions. Cette histoire des services algériens est non seulement révélatrice des stratégies et des moyens mis en œuvre par les acteurs du régime, mais nous raconte aussi comment, à certaines époques, ces services ont été le véritable pouvoir en Algérie.

À l’origine des services secrets algériens

L’histoire du renseignement algérien commence avec la guerre d’indépendance, sous l’impulsion d’Abdelhafid Boussouf, qui fut l’un de ses principaux fondateurs. Comme l’explique Saphia Arezki dans son excellent ouvrage intitulé De l’ALN à l’ANP, la construction de l’armée algérienne 1954-1991, aux éditions Barzakh, « Abdelhafid Boussouf, né en 1926 dans le Constantinois, milite très jeune au sein du Parti du peuple algérien (PPA), avant de rejoindre l’Organisation spéciale (OS) dont il devient l’un des cadres. Au lendemain du déclenchement de la guerre, en 1954, il est l’adjoint de Larbi Ben M’hidi, chef de l’Oranais (zone V), qui lui en laisse le commandement en 1956. En charge des liaisons et communications au niveau national […], il va mettre en place, en toute indépendance, les services de renseignement de l’Armée de libération nationale (ALN) ».

Dans ce cadre, il crée la première école d’officiers de renseignements, destinés à être formés dans le domaine des transmissions, où comme le précise Saphia Arezki, « les jeunes sont soumis à une stricte discipline pour préserver l’opacité du réseau qu’il a constitué, opacité qui marquera profondément l’État algérien ».

En septembre 1958, avec l’émergence du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA), les premiers services de renseignement militaire algérien voient officiellement le jour, d’abord sous l’appellation de MLGC (Ministère des Liaisons générales et des Communications), et à partir de 1960 de MALG (ministère de l’Armement et des Liaisons générales), bien connu pendant la guerre, dont les membres, estimés à 1 500 cadres, seront surnommés « les Malgaches » ou les « Boussouf boys ». En plus de leur opacité, ces services disposent depuis leur création d’une très large autonomie qui restera une spécificité des services algériens.

La redoutable SM traque les « ennemis du peuple« 

À l’indépendance, Abdelhafid Boussouf est mis à l’écart. Le MALG devient en 1962 la SM (la Sécurité militaire) sous la direction de Abdallah Khalef, plus connu sous son nom de guerre de Kasdi Merbah, un ancien chef du MALG, formé à l’école des officiers du renseignement de Boussouf et à l’école du KGB à Moscou. Le nouveau service de renseignement, composé principalement d’anciens « Malgaches » recrutés par le colonel Houari Boumédiène (chef de l’État algérien de 1965 à 1978), est directement rattaché à la présidence bien que structurellement dépendant du ministère de la Défense.

Les membres du SM, qui sont des civils avec un statut militaire, sont totalement dévoués à Boumediène qui leur donne en retour une grande autonomie et leur garantit une certaine forme d’impunité. Leur mission : traquer les ennemis du peuple, à savoir les contre-révolutionnaires dans l’idéologie de l’époque. Pour Saphia Arezki, « la SM est une véritable police politique qui a plusieurs assassinats politiques à son actif, parmi lesquels deux des chefs historiques du Front de libération nationale (FLN) : Mohamed Khider, assassiné à Madrid en 1967, et Krim Belkacem, retrouvé étranglé dans une chambre d’hôtel à Francfort en 1970 ».

Mais en en décembre 1978, Boumédiène meurt prématurément. Kasdi Merbah, qui a monté des dossiers sur toutes les personnalités politiques et militaires du régime, aurait joué un rôle important voire déterminant dans le choix de Chadli Bendjedid comme successeur à la présidence. D’après certains témoins, cités par Saphia Arezki dans son ouvrage, Kasdi Merbah « aurait menacé les éventuels opposants à son « choix » de rendre publics des dossiers gênants les concernant ». Jugé probablement trop dangereux, il sera finalement évincé de la direction de la SM quelques mois plus tard. Le président Chadli Bendjedid fera nommer d’autres directeurs, la SM perdra progressivement son autonomie et deviendra une direction parmi d’autres qui sera même finalement scindée en deux services.

En octobre 1988, des émeutes qui n’avaient pas été prévues par les services de sécurité provoquent une réorganisation du système qui remet les deux directions restantes ensemble et les placent sous la tutelle du ministère de la Défense. C’est alors la fin de la SM et la naissance du tout-puissant Département du renseignement et de la sécurité, le DRS, à la tête de laquelle est nommé le 4 septembre 1990 Mohamed Mediene, dit « Toufik », surnommé « Rab Dzaïr », le « dieu de l’Algérie ».

Toufik, le tout-puissant

La biographie de Toufik est entourée de mystères. Né en 1939 dans l’Est algérien, il aurait grandi à Alger et aurait rejoint au milieu de la guerre d’indépendance les rangs de l’Armée de libération nationale (ALN). Rapidement recruté par le MALG, il aurait suivi une formation d’artilleur en Jordanie, puis à Moscou au KGB. Probablement agent dans la SM, il est affecté un temps dans la 2e région militaire, commandée par le futur président Chadli Bendjedid. Au lendemain des émeutes d’octobre 1988, il prend la tête de la DCSA. Il est nommé deux ans plus tard patron du DRS, poste qu’il occupera jusqu’en septembre 2015.

Pour Saphia Arezki, « l’absence de présidence forte à même de contrôler le DRS, a vraisemblablement laissé à ce dernier une grande marge de manœuvre dans son développement et a donné à son chef un pouvoir considérable… Durant un quart de siècle, ce chef tout-puissant, dont pendant longtemps une seule photographie a circulé, va façonner cette superstructure sécuritaire à son image, au point que pour beaucoup d’observateurs il s’agissait de sa créature qui ne pourrait lui survivre… La création du DRS et l’autonomie dont il a pu jouir ensuite, sont vraisemblablement le fruit d’une conjoncture spécifique : un air de fin de règne du côté de la présidence, la montée de l’islamisme et du terrorisme au sein de la société qui fera dire à un journaliste algérien spécialiste de la question que « le DRS n’a été, in fine, qu’une anomalie organique imposée par l’urgence de ce début des années 1990 qui annonçaient le chaos, la guerre et le sang » (Meddi, 2016) ».

Le DRS, véritable État dans l’État

L’Algérie, qui fut un des pôles du courant « progressiste », dont la diplomatie fut très active à l’international sur tous les fronts de la lutte anticoloniale, opère dans les années 1980 un repli sur ses intérêts nationaux. Avec les années 1990, la guerre civile concentre tous ses efforts et le DRS devient, dans ce contexte, le principal instrument de l’État dans la lutte contre le terrorisme. La lutte est implacable, tous les coups sont permis et les méthodes sont souvent expéditives (disparitions forcées, torture…).

Pour mener cette guerre contre le terrorisme comme l’explique Saphia Arezki, « plusieurs organismes sont créés en son sein à l’image du Centre principal militaire d’investigation (CPMI) de Ben Aknoun, à la sinistre réputation, en raison des nombreuses exactions qui s’y seraient déroulées et à la tête duquel se trouvait le général Tartag, que l’on retrouvera quinze ans plus tard. Ou encore du Commandement de coordination de la lutte contre l’activité subversive (CCLAS) qui coordonne plusieurs forces de sécurité émanant tant du DRS que de l’ANP, monté par le défunt général Mohamed Lamari, fervent partisan de l’interruption du processus électoral en janvier 1992 et éradicateur convaincu ».

En 2001, le général Toufik effectue un voyage aux Etats-Unis quelques jours avant le 11-Septembre pour prévenir les Américains de l’imminence d’un attentat de grande ampleur. Quelques heures après les attentats, seuls deux avions seront autorisés à décoller, celui de la famille royale saoudienne et celui qui ramenait Toufik à Alger. De même, le DRS préviendra la DGSE le 6 janvier 2015 de l’imminence d’une importante opération terroriste en France. Vingt-quatre heures plus tard, le siège de l’hebdomadaire Charlie Hebdo était attaqué.

La même année 2015, en octobre, le DRS transmet une note à la DGSE l’informant d’un fort risque d’attentats terroristes dans la région parisienne au niveau de « centres abritant des grands rassemblements de foules ». Le 13 novembre 2015, se produit l’attaque au théâtre du Bataclan à Paris.

Sur le plan intérieur, hormis des actions comme l’opération « mains propres » pour lutter contre la corruption au sein la compagnie nationale du pétrole, qui impliquera des hauts responsables de la Sonatrach et le ministre de l’Énergie et des Mines, Chakib Khelil, le DRS est pointé du doigt par beaucoup pour de nombreuses affaires sales. Mais il a toujours disposé d’une totale autonomie et d’un grand pouvoir qui lui a donné toute sa puissance.

Pour Saphia Arezki, « le DRS, véritable État dans l’État, était devenu l’un des pôles incontournables du pouvoir algérien, dont le centre névralgique est parfois bien difficile à situer tant le secret est l’un de ses piliers depuis sa création. »

La fin du régime et de la toute-puissance des services

Lorsqu’Abdelaziz Bouteflika accède au pouvoir en 1999, il trouve face à lui une superstructure de renseignement puissante et indépendante, dont il cherchera constamment à diminuer l’autonomie pour en reprendre le contrôle. À partir de 2013, des restructurations visant à démanteler progressivement le DRS sont réalisées. Certains services sont dissous, d’autres passent aux mains de l’armée.

L’attaque en 2013 du complexe gazier de Tiguentourine et la gestion de la crise, qui aboutit à la mort d’une trentaine d’otages, attise les divisions et les luttes internes entre la présidence, l’armée et les services. En septembre 2015, le président Abdelaziz Bouteflika fait remplacer Toufik par son numéro deux, le général Athmane Tartag et le DRS est démantelé fin janvier 2016.

Sous la pression de la rue, Abdelaziz Bouteflika est contraint de démissionner le 2 avril 2019. Son départ marque-t-il la fin d’un régime et d’un modèle politique où, historiquement, les services secrets ont toujours joué l’une des principales partitions ?

Depuis la démission d’Abdelaziz Bouteflika, l’une des principales mesures prises par le général Ahmed Gaïd Salah a consisté à faire arrêter le frère de l’ex-chef d’État, Saïd Bouteflika, et les deux grandes figures des renseignements, le général Mohamed Médiene dit « Toufik » et le général Athmane Tartag pour « atteinte à l’autorité de l’armée » et « complot contre l’autorité de l’État ».

Affirmant ainsi en façade l’autorité de l’armée sur l’entourage de l’ancien président et sur ses services de renseignements. RFI/Arnaud Jouve


Continuer la lecture

NOS CHRONIQUES

Nous suivre

Newsletter

Recevoir nos articles par email

A La Une

Tags

Populaires