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Hocine Guernane : la majorité des UW reste solidaire de Sidi Saïd

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Le militant associatif et dirigeant du Parti socialiste des travailleurs (PST) Hocine Guernane, postier de profession, revient dans cet entretien sur l’extraordinaire mobilisation du 29 mars dernier et fait le point sur la participation des travailleurs au mouvement populaire. Entretien.

Dzvid : Quelle appréciation faites-vous de la mobilisation de ce vendredi 29 mars 2019 en comparaison avec les vendredis précédents ?

Du point de vue de l’importance numérique, c’est toujours aussi massif que les vendredis passés. Il y a toujours la même ambiance festive. Je pense que la présence de la femme s’est un peu plus renforcée, du moins à Béjaïa. Les commerces, comme d’habitude, restent ouverts. Ce qui est différent, c’est la mobilisation un peu plus marquée des masses de la périphérie (vallée), tandis que les gens de la ville sont moins présents dans la marche. Ces derniers sont plutôt nombreux sur les trottoirs et les terrasses des immeubles avoisinants occupés à prendre des photos et à observer avec sympathie la marrée humaine s’écouler.

Les impressionnantes manifestations du vendredi 29 mars ne sont-elles pas un démenti à ceux qui voulaient s’accrocher à l’option « art 102 » avancée par Gaïd salah et soutenue par certains, et dessinent-elles des perspectives ?

Je rappelle que l’état-major militaire en la personne de Gaïd Salah a d’abord commencé par menacer le mouvement à ses débuts avant de modérer son discours pour finir par faire l’éloge du mouvement populaire. Ces dernières semaines, il a carrément joué la carte de la séduction de la population tandis que certaines parties lui adressaient des appels de pied pour qu’il intervienne dans la situation. S’inspirant probablement de l’expérience égyptienne avec le coup d’Etat de Sissi et pensant peut-être qu’il a suffisamment séduit la population, il est passé à l’offensive en invoquant l’article 102 de la Constitution. Je précise que l’application de cet article est loin de répondre aux attentes de la population. Au contraire, il donne une couverture constitutionnelle à la prolongation du régime bouteflkiste sans bouteflika. Si cet article venait à être appliqué, le pouvoir passerai dans les mains d’un autre fidèle de Bouteflika, en l’occurrence le président du Conseil de la nation (Sénat), qui aura pour mission de préparer les élections présidentielles. Pendant ce temps, le gouvernement, le parlement, en somme toutes les institutions continueront de fonctionner comme s’il n’y a pas de situation exceptionnelle dans le pays. Avant même la marche de vendredi 29 mars, les commentaires sur les réseaux sociaux avaient déjà disqualifié ce tour de passe-passe. Il est reproché à Gaïd Salah d’avoir été
jusqu’au bout un des piliers essentiels du régime de Bouteflika. C’est-à-dire jusqu’après le dépôt de la candidature de ce dernier pour un cinquième mandat. Des millions de citoyens ont marché, le vendredi 29, en scandant des slogans : « le numéro (102 ndlr) que vous avez demandé n’est plus en service, veuillez appeler le mouvement populaire pour donner suite à votre appel », « le peuple veut l’art 07 » (le peuple est la source de tout pouvoir), ou bien encore « le peuple veut l’application de l’article 2019 » (l’année en cours), etc. Le peuple est descendu dans la rue par millions pour rejeter on ne peut plus clair les propositions de Gaïd Salah. Sur l’autre terrain et comme on s’y attentait, le Conseil constitutionnel, dont le président est un fidèle de Bouteflika, ne relaye pas la demande de Gaïd Salah. Ce dernier convoque une réunion de son état-major le 30 mars au terme de laquelle il publie un communiqué dans lequel il insiste sur l’application de l’article 102. En évoquant cette fois-ci les articles 7 et 8 de la Constitution, il semble vouloir faire accroire qu’il fait écho aux revendications de la population. Pour revenir aux articles 7 et 8, ils sont inapplicables à la suite de l’article 102 lequel interdit, à travers l’article 104, au président par intérim de recourir à la révision constitutionnelle prévue à l’article 208. A moins que Gaïd salah réduise la souveraineté du peuple à l’élection d’un président de la République qui est la mission principale du président par intérim.

Quel est le rôle des travailleurs dans ces mobilisations ?

Les travailleurs participent massivement aux marches. Les premières semaines, ils le faisaient en tant que citoyens dilués dans la masse du peuple. Ces trois dernières semaines, ils manifestent en tant que catégories sociales pendant les jours de semaine en formant des carrés identifiés et convergent avec le reste de la population pendant les marches de vendredi. S’agissant des revendications, pour le moment, ils reprennent les mots d’ordre du mouvement d’ensemble, à savoir « la chute du système », « la deuxième République », « l’Assemblée constituante ». Un mouvement de contestation du secrétaire général de l’UGTA est lancé. Son nom est assimilé au pouvoir et décrié dans les marches. Des rassemblements de protestation sont organisés devant le siège de l’UGTA à Alger. Mais, hormis une ou deux unions de wilaya, l’ensemble des unions de wilaya et des fédérations restent tacitement solidaires de Sidi Saïd. A Tizi-ouzou, l’UW s’est clairement démarqué de Sidi Saïd et a appelé à sa destitution. A Béjaïa, sous la pression du mouvement et craignant d’être dépassée par les événements, l’UW a élaboré un plan d’action, fait de marches et de grèves, et étalé dans le temps jusqu’au 18 avril. Quant aux syndicats autonomes présents essentiellement dans la Fonction publique, hormis quelques déclarations de soutien, ils ne participent pas de façon organisée dans ce mouvement.

Peut-on faire le point sur l’auto-organisation ?

Je crois que le mouvement a son propre rythme et forme d’auto-organisation lui correspondant. Le mouvement est aujourd’hui uni autour d’une seule revendication essentielle qui est « la chute du système ». Cet objectif a besoin de la plus large union pour réussir la plus large mobilisation possible. Jusque là le mouvement est auto-organisé à l’échelle nationale en mobilisant chaque vendredi des millions de personnes dans des marches de protestation. Je crois que le mot d’ordre de « chute du système » est à la fois un objectif, un préalable à toute discussion-négociation et un immunisant qui le protège contre les tentatives de le dévoyer. Le mouvement dit qu’ »ils partent tous, après en verra ». Je crois qu’à la fonction de ce mouvement (pour moi il s’agit d’une révolution) correspond un organe approprié. Ce qui n’exclut pas, bien au contraire, le travail d’élaboration et l’auto-organisation sur des bases territoriales et sectorielles qui seront nécessaires pour la suite du mouvement.

Propos recueillis par Amélia Guatri le 1er avril

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