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« Non Monsieur Djabi, l’Algérie n’est pas née avec Bouteflika ! »

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Trois professeurs et non des moindres, Djamel Zenati, Youcef Immoune et Hacène Arab, ont tenu à répondre aux propos du sociologue Nacer Djabi tenus au forum du quotidien Liberté le 4 mars 2019. Leur intervention que nous reproduisons ci-dessous n’est pas une mise au point « journalistique » mais une « prise de parole » dans le cadre d’un débat universitaire et scientifique. Document.

Un discours universitaire résulte d’une analyse des faits observés d’une façon empirique. Il révèle, en formulant des hypothèses fondées sur le plan conceptuel et épistémologique, les mécanismes et les ressorts qui sous-tendent les discours et faits sociaux. La parole de l’universitaire fait autorité et son analyse tient lieu de référence.

De ce point de vue, le discours, tenu par M. Djabi au forum de Liberté dimanche 4 mars 2019, ne satisfait en rien aux exigences d’un discours scientifique. Il est tout au plus l’expression d’une opinion bien commune soutenue par une culture stéréotypée, faite de préjugés et de références approximatives.

La visée de son discours n’aboutit pas à une analyse sérieuse permettant la compréhension et l’explication de ce qui travaille nos sociétés aujourd’hui, mais à des positions moralisantes et réductrices au regard de l’histoire constitutive de nos consciences politiques.

Elle semble se tromper de destinataire, lequel destinataire n’est certainement pas cette impertinente jeunesse dont le désir de vivre en citoyen libre dans un pays libéré n’a de corollaire significatif que la négativité où la plonge le propos du sociologue.

Pour étayer cette lecture que nous faisons du propos du sociologue, présentons méthodiquement les failles des énoncés insérés dans l’article. « Nous pensions que l’Algérie faisait exception par rapport au printemps arabe…  qu’elle était incapable de revendications politiques à cause du trauma de 10 années de terrorisme. »

L’usage d’un « nous » inclusif dans lequel seul son auteur est identifié dénonce une idiosyncrasie non assumée. Dire « je », c’est assumer son propos sans verser dans la généralité et les généralisations abusives et déculpabilisantes. Etre sociologue n’autorise pas à être le porte-parole d’un discours même partagé. Ce procédé rhétorique éloigne la parole de M. Djabi du lieu dont elle se réclame.

Le conférencier, en posant que « l’Algérie faisait exception par rapport au printemps arabe »,  semble méconnaître la géographie et l’histoire. L’Afrique du nord n’est pas le Moyen-Orient et les printemps algériens, aussi bien dans leurs fonds que dans leurs formes, sont bien antérieurs à ce que la tradition journalistique européenne a nommé le « printemps arabe ». Citons à ce titre : mai 45, novembre 54, avril 80, octobre 88, juin 2001, etc. Nos printemps, tout à la fois verts et noirs, veillent encore et toujours sur notre mémoire pérenne.  La lutte de l’homme contre la tyrannie est ici comme ailleurs la lutte de la mémoire vivante contre l’oubli.

Quand il dit « elle était incapable de revendications politiques », il semble ignorer que l’histoire de l’Algérie est totalement politique de 1830 à 2019. De 1830 à ce jour -voilà bientôt deux siècles !-, les revendications de ce peuple ont toujours été justement POLITIQUES.

Par conséquent, l’Algérie n’est point née avec Bouteflika, à qui de toute façon elle survivra.

Elle est, comme le dit si bien Kateb Yacine, « toujours vierge après chaque viol ».

« Nous assistons au réveil d’un peuple qui a fait beaucoup de concessions au régime en place», dit-il. Encore une récurrence d‘un « nous » égotiste ! Comme si le peuple victime avait choisi son bourreau  et comme s’il n’avait pas subi, à son corps défendant, l’aveugle répression de ce régime toujours honni et aujourd’hui vomi.

Il affirme encore : « Nous avons cassé l’image d’un peuple violent ». Encore un « nous ». Le conférencier reprend, à son insu probablement, le cliché colonial d’un peuple violent et barbare, un couteau entre les dents, croyant réfuter et subvertir le dit cliché. Et quand il ajoute « les citoyens ont adopté une forme de violence expressive sans intention de faire du mal », disons que si les peuples se révoltent, c’est dans l’espérance de construire un monde meilleur et la révolte populaire aujourd’hui n’est pas le fruit d’une naïveté spontanée mais l’expression lucide d’une colère digne et nettement maitrisée.

Le conférencier conclut qu’ « on ne voyait pas venir » cette révolte. Il use d’un pronom « on », substitut d’un « nous » creux et aveugle. Il semble donc que les analyses de M. Djabi sont, pour le moins, aléatoires, au regard de l’importance et de la gravité des événements que vit notre pays.

Djamel Zenati, Youcef Immoune, Hacène Arab.

Université d’Alger2

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Syphax Mutassalem
Syphax Mutassalem
8 mois plus tôt

Nacer djabi n’est pas une voix contradictoire du pouvoir, c’est la voix du pouvoir,ses interventions non rien de scientifiques ceux sont des discours creux destines a bercer le peuple de reves utopiques pour faire durer la spoliation des biens publiques par l’oligarchie au pouvoir et ses mentors etrangers la France,les Emiras Arabes et l’Arabie Saoudite. Nacer Djabi n’est qu’un affide du pouvoir il n’a rien d’un scientifique encore moins d’un politique.

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