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À l’écoute de l’Algérie insurgée

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Est-ce une révolution ? Est-elle pilotée ? Sur quoi débouchera-t-elle ? Les scénarios sont nombreux et s’ajustent au fil des jours. Mieux vaut pour l’heure se mettre à l’écoute de ce peuple algérien qui prend librement la parole et clame sa souveraineté sans débordements.

Au printemps 2014, peu avant les élections qui ont garanti à Abdelaziz Bouteflika un quatrième mandat, j’avais été frappée par l’allégeance inconditionnée au président d’une partie de la population algérienne, rurale et isolée. « On voterait pour le Raïs même mort » était le propos, un peu caricatural et néanmoins sérieux, que m’avaient tenu à plusieurs reprises les hommes d’une maisonnée accrochée aux flancs du massif montagneux de l’Ouarsenis.

Assis en dessous du portrait officiel du chef d’État, seul décor de la pièce, ils n’envisageaient pas d’autre scénario politique possible pour le pays. Au pouvoir depuis 1999, Bouteflika aimait se présenter comme l’artisan de la concorde civile et de la réconciliation nationale. Dans ces coins reculés d’Algérie, ayant payé un lourd tribut à la guerre civile et auparavant à celle de libération, il était donc sincèrement apprécié.

Le « Raïs » était aussi célébré pour les œuvres entreprises dans le but de « moderniser » ces régions laissées pour compte. L’installation électrique, et dans un deuxième temps les travaux de raccordement à l’eau courante, figuraient parmi les accomplissements les plus importants, ainsi que la plus récente politique d’amélioration de l’habitat rural proposant des prêts très avantageux pour la construction de maisons en dur plus confortables, à la place des gourbis en terre battue. En 2014, le prisme local primait donc sur des enjeux nationaux au demeurant très éloignés des préoccupations immédiates ; l’intérêt spécifique, parfois proche du clientélisme, sur l’intérêt général. La « paix sociale » était garantie.

Les déplacements limités dans les principales villes du pays, et en dehors des frontières du territoire avoisinant, la lecture intermittente de la presse, des réseaux sociaux totalement inexistants, réduisaient par ailleurs considérablement tout contact avec l’extérieur et toute possibilité de critique d’un mode de gouvernance mafieux et sclérosé. Cette déférence franche et reconnaissante ne tenait pas compte du fait que n’importe quel président au pouvoir pendant quinze ans aurait pu promouvoir de telles réalisations, et même mieux, dans le respect des exigences écologiques et environnementales.

Dans un climat où les villes se mobilisaient modérément contre un quatrième mandat, dénonçant une fois de plus des élections truquées, l’arrière-pays se distinguait, déclarant son soutien fort au Raïs. Cinq ans plus tard, quelque chose a incontestablement changé, à en croire l’impressionnante mobilisation de ces dernières semaines, qui ont amené dans la rue, vendredi 8 mars, plusieurs millions de personnes (dont près de deux rien qu’à Alger où depuis 2001 toute manifestation sur la voie publique est officiellement interdite). Que s’est-il donc passé en ce début de 2019 ? Que peut-on comprendre de ce phénomène sans précédent dans l’histoire de l’Algérie ?

« Nom de Dieu, donnez-nous le divorce »

« Telgou rebna » est l’invective lancée par un journaliste dans une vidéo virale, et reprise par la suite dans la rue par les manifestant.e.s et leurs pancartes. La volonté de briguer un cinquième mandat alors que la santé d’Abdelaziz Bouteflika est plus que précaire, laissant supposer une incapacité profonde à assurer ses fonctions, semble avoir été la goutte de trop dans un vase pour d’aucuns déjà débordant. En dehors des zones acquises au FLN et au Président, dont le Sud et certains milieux ruraux, la rupture entre les citoyen.ne.s et le système politique était déjà consommée.

Ces dernières années, la méfiance envers un pouvoir perçu comme prévaricateur, usurpateur et corrompu n’a cessé de croître, à l’image du minaret de la grande mosquée d’Alger, fortement voulue par Bouteflika malgré les critiques diffuses qu’elle a suscitées [1].

La colère s’est mue en désaveu de l’État, donnant lieu à des protestations ponctuelles, renforçant les mouvements civiques et associatifs, investissant les expériences culturelles et artistiques, informelles et militantes. La « société civile » s’est opposée comme elle a pu, chaque frange avec ses moyens : les « stadiers » [2], les chômeurs, les journalistes, les féministes, les intellectuels et les artistes, les Kabyles, la jeunesse à la mobilité et aux horizons interdits, les professionnels ne pouvant exercer leur métier (dans les hôpitaux par exemple) faute de moyens et d’infrastructures adéquates, les habitants menacés par le gaz de schiste, pour ne citer que quelques exemples.

Ne parlant pas le même langage et n’identifiant non plus les mêmes objectifs, ces différentes catégories ne sont pas parvenues, avant le 22 février 2019 [3], à se rassembler autour d’une lutte ni d’un imaginaire partagés. Le cinquième mandat, celui de trop pour un Président qui ne s’est pas adressé à la nation depuis 2013, c’est-à-dire un an avant sa quatrième réélection, fournit ce dénominateur commun et transversal. Le contexte démographique et socio-économique y joue sans doute son rôle. L’Algérie est un pays où, selon l’Office national des statistiques (ONS), près 54% de la population a moins de trente ans et plus du 70% est urbaine [4]. La démocratisation de la scolarisation, indépendamment du sexe, a été réussie sur toute (ou presque) la surface du pays de même que l’accès à l’enseignement supérieur a connu un bond considérable ces dix dernières années, touchant désormais un jeune sur 5 ayant entre 20 et 30 ans [5].

Le taux de chômage très élevé au sein de cette catégorie reste toutefois un des problèmes majeurs, contribuant de manière structurelle au rétrécissement, voire à l’anéantissement, des horizons d’avenir. La fin de l’âge d’or lié à la rente pétrolière, garante d’une sorte de stabilité sociale grâce à la distribution d’aides ponctuelles, a imposé un tournant d’austérité. Celle-ci, allant de pair avec l’augmentation du coût de la vie et la chute du dinar sur le marché noir, a amplifié les inégalités et les injustices sociales, creusant davantage l’écart entre le cercle restreint du pouvoir et de ses amis d’une part, et la majorité de gens « sans connaissances » de l’autre. Sur le plan sociétal, les répercussions se sont fait aussi entendre au niveau de la liberté d’expression, de plus en plus menacée.

Dans une atmosphère de restrictions multiples, l’opposition au cinquième mandat, dit le mandat de la honte, devient indéniablement un « texte » [6] commun qui fait brèche. Grâce aux réseaux sociaux, l’indignation jusqu’alors silencieuse ou circonscrite devient audible par le plus grand nombre, à l’échelle nationale. Détournant le contrôle de l’information télévisée et radiophonique, elle se propage d’une catégorie à l’autre, d’une génération à l’autre, d’une ville à l’autre. Les moyens de communication instantanés ont été en ce début de mouvement extrêmement performants, dans le relais, si ce n’est l’émulation, des événements, souvent planifiés sur la toile. De Kherrata (wilaya de Béjaïa) où le 16 février une marche contre le cinquième mandat a rassemblé quelques centaines de personnes, à l’ensemble de l’Algérie, pas plus que deux semaines plus tard, un mot d’ordre fédérateur a été à l’origine de la naissance d’une « communauté imaginée 2.0 ».

Avant d’en arriver à cette « Algérie 2.0 » que les militants brandissent, les déclinaisons du « non au 5e mandat » ont connu une connotation locale. Ainsi à Khenchela plusieurs milliers de personnes se sont réunies le mardi 19 février pour manifester contre le président de l’APC (Assemblée populaire communale) qui avait tenu des propos provocateurs à l’occasion de la visite de Rachid Nekkaz, candidat potentiel.

Demandant que le portrait géant du Président Bouteflika, disposé à côté du drapeau, soit enlevé du fronton de la mairie, ils ont fini par l’arracher, le piétiner et diffuser la vidéo de cette scène sur les réseaux sociaux. Quelques jours plus tard, le 21 février, la même scène s’est produite à Annaba. Dès le lendemain la colère a fait tache d’huile dans tout le pays et s’est assez rapidement transformée en expression incarnée d’une nouvelle conquête populaire.

Depuis, les événements se font écho, les images et les slogans circulent presque instantanément, les manifestations se répandent et se répondent, de plus en plus massives, de plus en plus régulières. À partir du vendredi 22 février, ce ne sont pas seulement Alger et les principales villes de la côte (Oran, Bejaia, Annaba) qui sont concernées, mais également Constantine, Touggourt, Adrar, Tiaret, Relizane, Tizi Ouzou, Bouira et Sétif. D’autres, dont Tlemcen, Skikda, Bordj Bou Arreridj, Ghardaia, se mobiliseront au fil des jours et des actions menées.

Entre deux vendredis, des rendez-vous réguliers scandent les semaines : le mardi 26 février, le mardi 3 et le jeudi 5 mars les étudiants descendent dans la rue partout dans le pays, le jeudi 28 février les journalistes, le jeudi 7 mars les avocats, dont un millier environ a marché vers le Conseil constitutionnel. Jusqu’à ce 8 mars de mobilisation historique, qui a vu une population insurgée partager une même émotion, et un même désir, suivis dans les jours d’après par une forte mobilisation : grève générale, manifestations d’écoliers, d’étudiants, d’enseignants, débats citoyens…

Assez rapidement, une question s’est imposée : que peut-il se passer ? Le sens donné à cette question, à l’intérieur ou à l’extérieur du pays, par les manifestant.e.s ou par leurs observateurs, dans les plateaux télé ou dans les échanges amicaux, n’est pas toujours le même. Si l’interrogation exprime l’incertain à venir, ses contre-champs sont divers et diversement investis : désenchantement enraciné à l’égard du politique ne laissant aucun espace à l’espoir du changement ; inquiétude quant à une éventuelle explosion de violence qui ramènerait le pays plus de vingt ans en arrière ; réjouissance pour l’extension des champs des possibles [7]. L’opacité d’un système hanté par la puissance à la fois politique, économique et symbolique ne donne pas d’indices suffisamment clairs pour se risquer à un pronostic sérieux [8]. Chroniqueurs et spécialistes ont assez rapidement émis plusieurs hypothèses sur l’issue de la crise, alors que les journalistes de terrain actualisent presque au fil des heures les scénarios qui pourraient se présenter en décortiquant la moindre indication que le pouvoir laisse filtrer.

Le « système », quant à lui, semble naviguer à vue, réajustant son jeu de façon parfois déconcertante. Sa dernière sortie, au moment où j’écris ces quelques notes constamment mises à jour, est la déclaration d’Ahmed Gaïd Salah affirmant que l’armée et le peuple partagent un même horizon d’avenir, suivie par une lettre datée du 11 mars par laquelle Bouteflika annonce l’organisation d’une conférence nationale et le report des élections, auxquelles il ne sera pas question qu’il se présente.

À condition de ne pas tomber dans une lecture purement complotiste qui attribuerait au « système » un contrôle absolu des faits, la réalité est qu’on ne saura pas ce qui peut se passer, tant que ce ne sera pas passé. Alors plutôt que de sonder le futur, que de se demander avec une soif téléologique si c’est ou ce n’est pas une révolution, et le cas échéant si elle a été spontanée ou pilotée, mieux vaut s’en tenir aux quelques éléments stables qui nous viennent de la rue. Laissons-nous porter par les images, les slogans, les écrits et les pratiques pour esquisser une ethnographie synchronique et circonstancielle.

Prendre la rue : un rêve de libération

Malgré un lendemain incertain, ce qui est en cours est extraordinaire à plus d’un titre [9]. D’abord du point de vue de l’investissement de la rue et de sa charge politique. À l’exception peut-être d’Oran, la ville « espagnole », en Algérie – et à Alger en particulier – l’espace public suscite la retenue. La mémoire des chars d’octobre 1988 et de la marche réprimée dans le sang en juin 2001 est là. Quadrillé par la police, l’espace public suppose une discipline codifiée aux corps, soumis à des contraintes de genre et de génération. Les femmes sont censées se retirer avant la tombée de la nuit et, pendant la journée, éviter les recoins et les stations (marches, bancs, parcs) surtout si elles sont seules.

La pratique urbaine se rapproche davantage du passage que de la fruition, même si depuis quelques d’années les terrasses de café se développent et se féminisent, au centre-ville et dans les quartiers les plus prisés. Ce n’est que pendant le mois de Ramadan que la ville s’éveille tardivement et déploie un accueil festif y compris pour les femmes.

Une foule joyeuse, en liesse, on n’en avait l’expérience qu’à l’occasion des célébrations des victoires de l’équipe nationale pendant la coupe du Monde de 2009. Autrement, il faut remonter à 1969, à l’époque du Festival Panafricain, et plus loin encore à 1962, à la libération.

Depuis le 22 février, force est de constater que des millions de personnes, tous âges confondus, ont investi la rue sans désordres ni débordements notables à l’exception de quelques échauffourées en marge des cortèges, intervenues en fin de mobilisation, et qui ont causé le 1er mars la mort de Hassane Benkhedda [10]. Les descriptions s’accordent à présenter des manifestations pacifiques. La menace d’une dérive sanguinaire utilisée par le pouvoir comme stratégie usuelle pour alimenter la peur d’une population marquée à vif par la guerre civile n’a pas, cette fois-ci, atteint son objectif de dissuasion.

Au Premier ministre Ahmed Ouyahia affirmant à l’APN (Assemblée populaire nationale) le 28 février qu’«en Syrie, tout a commencé par une rose et s’est terminé par un bain de sang », au secrétaire général de l’UGTA (Union générale des travailleurs algériens) Abdelmadjid Sidi-Saïd qui le 24 février réaffirme son soutien à la candidature de Bouteflika en mettant en garde la nation contre un retour « aux années de sang », la rue répond qu’en Algérie ça n’a pas commencé avec des roses, mais avec du « cachir » [11], saucisson hallal distribué dans des sandwichs lors des meetings FLN, devenu symbole de la corruption électorale. En continuant à scander « silmiyya, silmiyya » (« pacifique, pacifique »), la foule reprend le slogan utilisé en 2001 au moment du printemps noir, « djibou el BRI, ou zidou essaîqa » (« ramenez la Brigade, et aussi les commandos »), pour signifier qu’elle ne reculera pas face à l’énorme dispositif sécuritaire déployé.

Il y a là une leçon importante qui vient des manifestant.e.s : contrairement aux intimidations répétées, le chaos ou la violence ne sont pas la seule issue, ni ne sont structurellement, voire culturellement, associés à la société algérienne, contrairement à ce qu’ont longtemps laissé entendre des observateurs, le plus souvent occidentaux. Une grande partie des femmes et des hommes qui ont donné corps au surgissement démocratique du 22 février sont né.e.s pendant la guerre civile. La violence, même lorsqu’ils ne l’ont pas connue directement, les a accompagné.e.s dès leur plus jeune enfance.

La peur les a bercé.e.s. S’en défaire, voire ne même plus se poser la question, marque un formidable tournant générationnel et historique. Pour la classe de la fin des années 1990 et du début des années 2000 (dominante si l’on considère que les moins de 15 ans représentent 29,7% de la population globale, tandis que les moins de 30 ans sont plus de la moitié des Algérien.ne.s), la peur avait déjà cessé d’être le mode de relation dominant au monde, à l’État, aux autres et à soi.

« Vous allez vous confronter à une génération qui vous connaît bien et que vous ne connaissez pas du tout » [12], dit cette génération au pouvoir. Pour la société dans son ensemble, si la peur ne peut peut-être pas être évacuée, tant il est vrai que les inquiétudes de celles et ceux qui ont connu la décennie noire sont palpables, elle semble dans les circonstances actuelles ne plus être paralysante. Le tournant est ainsi historique, et non seulement générationnel, en ce qu’il montre une amorce de « guérison du passé » [13].

L’enthousiasme se lit dans la beauté de ces visages rayonnants qui partagent le « bonheur » – terme employé par les manifestants eux-mêmes – d’exprimer librement leurs opinions, leurs souhaits, leurs désirs.

Le sourire de la journaliste Daikha Dridi, arborant deux fanions aux couleurs du drapeau en guise d’ailes, qui tient une affiche où est écrit en arabe « Je vole de bonheur » en une illustration parmi tant d’autres. Dans cette « révolution joyeuse » et familiale (la présence des enfants est à souligner), l’enthousiasme s’est allié avec l’humour dans des combinaisons délicieuses, telle par exemple la réponse fraîche aux jets d’eau de la police pour disperser les étudiants le 5 mars – « zidoulna shampoing w nwellou labes » / « ajoutez-nous du shampoing et on sera bien » – ou encore la dénonciation, sur le mode de la dérision, des inégalités qui sévissent dans le pays, dont le Club des Pins est un symbole : « Summer is coming, libérez Club des Pins ! » L’enthousiasme transpire également des échanges, présentiels ou virtuels, avec et entre les ami.e.s et collègues algérien.ne.s, fébriles, du moins jusqu’à la déroutante lettre de Bouteflika du 11 mars.

Il se dégage avec une force unique des marches et des autres moments collectifs de même qu’il en travaille les coulisses : les appels à se retrouver, à débattre, par exemple devant les marches du TNA (Théâtre national d’Alger) où artistes et citoyens lambda réfléchissent ensemble ; les préparatifs chez les uns ou les autres pour écrire des pancartes, trouver des nouveaux slogans, poussant toujours un plus loin l’élan de la créativité ; l’insurrection poétique et la mémoire des grands auteurs algériens qui s’imposent sur la toile ; les post-it collés par centaines place Audin à Alger. L’écrivain Samir Toumi marque sur son mur facebook le 1er mars : « En 2013 j’ai écrit ‘Alger, le Cri’.

Aujourd’hui, en 2019, c’est ‘Alger, la Parole !’ une PAROLE collective, précise, et construite ». L’enthousiasme est aussi le moteur qui a poussé des Algérien.ne.s en France à prendre l’avion pour aller marcher à Alger ces derniers vendredis, dans le but de ne pas manquer ce tournant historique et de contribuer à faire barrage ensemble.

Le respect est une dimension ultérieure du mouvement, largement reprise et soulignée par journalistes, chroniqueur.se.s et intellectuel.le.s. Au mot d’ordre « silmiyya » s’en est en effet très vite ajouté un autre : « hadhariyya » (civilisés), adressé aux présents comme une sorte d’injonction. Il s’articule principalement en deux volets : le souci de l’environnement et le bon déroulement des manifestations.

Les images des gens nettoyant sac-poubelle à la main les rues en fin de journées sont devenues tellement emblématiques que l’on se demande si le message ne serait pas aussi une incitation au grand ménage politique. Il est par ailleurs à noter que les organisateurs des rassemblements de soutien à Paris, place de la République, ont incité à suivre le bon exemple des compatriotes au pays, distribuant à la foule de quoi nettoyer le sol.

Le deuxième aspect porte sur le bon déroulement des manifestations, ce qui implique le respect des biens matériels (vitrines, voitures, magasins) ainsi que des personnes. La société au nom de laquelle une foule massive s’est mobilisée a été protégée du débordement de la colère. Au même titre que l’espace public, les commerçants et leurs boutiques, en ce qu’ils représentent une société de consommation qui n’est pas accessible à tous, n’ont pas été rejetés de l’autre côté du front. Un respect profond a ressemblé les citoyens sans les opposer. La classe sociale, le sexe, l’âge, la pratique religieuse n’ont pas été des facteurs d’exclusion ni de retranchement. La rue a accueilli indistinctement des femmes et des hommes, sans que ces derniers manifestent un quelconque rapport de pouvoir sur les premières. Pas de harcèlement, pas de domination, pas de machisme déplacé le temps des rassemblements. L’impression qu’on a en parcourant ce qui est en train de devenir les archives visuelles de « cette révolution joyeuse » est que le respect dont les manifestant.e.s ont fait preuve porte à son tour la demande d’être respecté.e.s. Cette exigence d’en finir avec la hogra s’est exprimée dans la revendication de « karama » (dignité) qui est apparue de plus en plus ouvertement au fur et à mesure de la maturation politique du mouvement, ne pouvant pas aujourd’hui se résumer au « non au 5e mandat ». Ce n’est sans doute pas un hasard si la marche du 8 mars a été baptisée « marche de la dignité ».

La fraternité est une des émotions politiques les plus fortes du surgissement populaire initié le 22 février. Et cela d’autant plus que le fratricide a été, selon la psychanalyste Karima Lazali, le mode et l’expression du politique en Algérie [14]. Force est de constater que la « déferlante démocratique » a introduit une nouvelle grammaire sociale, dont l’instabilité actuelle ne permet pas encore d’en évaluer l’enracinement. Cette nouvelle grammaire sociale est d’abord réifiée dans la relation apaisée aux forces de l’ordre, icônes par excellence de la violence étatique dans son double volet de répression physique et d’humiliation psychique. « Police dialna, khawa khawa  » (La police est des nôtres, nous sommes frères) ou encore « djeich chaab, khawa, khawa » (l’armée et le peuple sont frères) scandent les voix de la protestation, pour souligner, tel un vœu, le lien qui est censé unir le peuple et la police.

Les applaudissements, les youyous, les sourires vers les rangs d’agents en tenue anti-émeute participent de ce tournant générationnel et historique évoqué plus haut. La solidarité fraternelle porte plus globalement les citoyen.ne.s (manifestant.e.s ou pas) jusque dans leurs moindres attentions : lancer des bouteilles d’eau des balcons, disposer du vinaigre sur les comptoirs de café, diffuser des conseils sur internet pour mieux réussir les marches, aider sa voisine ou son voisin à retrouver ses chaussures après des bousculades.

Pacifisme, enthousiasme, respect et fraternité ont radicalement transformé ce qu’on peut faire de et dans l’espace public. La photo, devenue virale, de la jeune danseuse, Melissa Ziad, sur ses pointes devant un drapeau tricolore ne saurait à ce propos passer inaperçue. Dans un pays où toute photo en extérieur est suspecte en ce qu’elle représente une atteinte potentielle à la sécurité nationale, où les cinéastes sont soumis à une autorisation officielle pour filmer dans la rue, ce cliché consacre la rue comme scène de création.

D’une incontestable beauté, il lui rend hommage et en fait un symbole. En tant que performance, il devient une allégorie de la puissance de la protestation. Sa non spontanéité renforce encore plus la spontanéité réclamée du mouvement populaire. Cette photo en traduit l’élan, en même temps qu’elle en fixe l’origine. Elle rappelle que le surgissement est né dans la rue, certes grâce à un travail militant de longue haleine menée en amont par les associations, les partis d’oppositions, les intellectuels, les artistes.

Le tournant générationnel et historique réside proprement dans le fait collectif de prendre la rue. Comme le montrent les innombrables images qui constituent le texte de ces dernières semaines, plus pugnaces que toute chronique écrite, les manifestant.e.s se sont approprié.e.s le désir d’en faire un lieu de subversion politique et esthétique. Et en y amenant leurs enfants, un lieu d’avenir.

La « prise de la rue » de février 2019 marque donc un avant et un après, ne serait-ce qu’en accélérant les transformations déjà initiées au niveau, par exemple, de la libre occupation genrée de l’espace public. Le corps insurgé, avec sa beauté recherchée et célébrée, est au centre de cette libération. Dans la traduction de la colère en élan, ce corps insurgé a par ailleurs indéniablement acté une imagination créatrice. Celle-ci inaugure des nouvelles pratiques, tel le post-it comme espace d’expression participative et des nouvelles perspectives d’engagement, dont le « rêve ». « Je rêve » est précisément l’intitulé d’une campagne lancée par les internautes algériens sans doute en écho à la banderole qui avait était accrochée sur un mur par des jeunes en Kabylie au moment des législatives de 2017 et qui s’est remise à circuler en ce début de mouvement : « Nos rêves n’entrent pas dans vos urnes ». Dans cette campagne, une phrase d’Amin Khan m’a particulièrement frappée : « Tu rêves de la chair de ce pays où les chemins ne s’ouvrent qu’à peine » écrit-il. Elle résume, me semble-t-il cette émotion charnelle face à la construction fragile d’un corps collectif qui s’invente tout en se protégeant.

Quoi qu’il advienne à présent, « rien ne sera plus pareil » s’accordent à dire les entrepreneuses et les entrepreneurs de cette libération incarnée. Libération qui est d’abord inscription de l’individu dans une communauté élargie et imaginée, non plus seulement familiale, locale ou territoriale. Alors que par une politique d’écrasement de la volonté populaire, édulcorée par le sur investissement des emblèmes nationaux (le drapeau, l’hymne, la légende révolutionnaire), tout sentiment d’appartenance collective a été confisqué, on assiste depuis le 22 février à sa renaissance. « Chaab », le « peuple », est rapidement devenu le sujet et l’objet même du mouvement. Les slogans n’étonnent guère, du plus connu et plus ancien « Un seul héros, le peuple », leitmotiv de l’indépendance en 1962, à la mention réitérée de l’article 7 de la constitution qui établit la souveraineté populaire, en passant par la formule « nul ne peut arrêter un peuple sur le chemin de son destin » ou par le clip « Aujourd’hui, le peuple libérera l’Algérie ! ».

Faire nation, patriotisme et histoire

Après des décennies d’éclatement, de repli sur soi, de surveillance accrue, de paix sociale achetée par des mesurettes destinées à segmenter toujours plus le corps social, le commun refait surface avec une force pour l’heure fédératrice. Brisé par la guerre civile, par le « qui-tue-qui » [15] et en amont par la colonisation, il sort de ses chasses-gardées – la famille, le quartier, le stade – et se fait Nation.

Le monde des « stadiers » et de leurs clubs mérite un arrêt, tant il est vrai qu’il a été un des socles du surgissement. Ghania Mouffok écrit que les supporteurs ont dû réinventer « un langage pour exiger que la Loi soit respectée » [16], devenant en quelque sorte une tribune d’expression et de dénonciation politique d’un système étouffant, qui humilie la jeunesse. Jusqu’à présent marqué par une exaltation de la virilité et de la débrouille, dont l’héroïsation des harragas n’est qu’un aspect, ce langage était l’apanage d’un collectif restreint aux frontières genrées et générationnelles : le club, ou tout au plus les hommes, plutôt jeunes, du quartier. Depuis le 22 février, « La casa del Mouradia » (le chant 2018 des supporteurs de l’USMA : Union sportive de la médina d’Alger) est repris par l’ensemble des manifestant.e.s, devenant un des hymnes du mouvement. Du stade à la rue, d’Alger aux autres villes, d’Algérie à Paris ou Marseille, on assiste à une montée en puissance d’un collectif qui déborde largement le stade. Cela concerne également les slogans traditionnellement kabyles – « ulaç smah ulaç » (« pas de pardon ») ou encore « pouvoir assassin » – faisant désormais partie du répertoire national. Dans les villes algériennes, dans les principaux centres de la diaspora, sur la toile, les manifestant.e.s ont conscience de lutter ensemble et que les mots d’ordre de la lutte évoluent au fil des jours : de l’opposition au mandat de la honte à la transition démocratique en passant par la revendication de la « chute du système », reprise évidente du slogan phare des révolutions arabes.

La fierté d’appartenir à une communauté qui se relève contre la hogra, depuis des décennies d’autoritarisme ayant piétiné la souveraineté populaire dans toutes ses expressions est, à mon sens, ce qu’il faut retenir. Relayé dans des centaines de murs virtuels, le tag « pour la première fois, je n’ai pas envie de te quitter mon Algérie » exprime cet attachement patriotique retrouvé. Le temps est au rassemblement, au-delà des clivages qui ont traversé et continuent de sévir dans la société. La mise en garde contre toute récupération, venant aussi bien de l’intérieur que de l’extérieur, a commencé à se frayer un chemin discrètement, quelque temps après le début, s’accélérant au moment de la dernière déclaration de Bouteflika.

Dans ce temps de retrouvailles, il a surtout été question de renouer, collectivement et activement, avec un passé « volé ». Brandir « Un seul héros, le peuple » est une manière de s’inscrire pleinement dans un récit révolutionnaire, qui était devenu faible et s’était sclérosé en une forme de langue de bois captée par le régime. De même, la référence qui est faite dans la rue ou sur la toile aux moudjahidin (combattants) et aux chouhada (martyrs) de la lutte anticoloniale se charge d’un tout autre sens que celui, rhétorique, de la propagande du régime, où combattants et martyrs sont convoqués pour remiser le présent dans l’interdit du futur.

Paradoxalement, revenir à ce « passé glorieux » est une démarche d’avenir, porteuse d’un référentiel commun pour celles et ceux qui défilent aujourd’hui, accompagné.e.s de leurs jeunes enfants, ayant pour beaucoup à peine connu la décennie sanglante, dont les parents sont nés au lendemain de la libération ou tout au plus pendant la guerre. La référence aux héros de la nation qui est proposée aujourd’hui dé-sature leur mémoire, instrumentalisée par le pouvoir pour mettre sous tutelle tout un peuple et lui ôter l’espace du politique, apanage de la seule famille révolutionnaire. Or, dans un mouvement générationnel inversé, les aîné.e.s sont rendu.e.s vivant.e.s. Ils/elles sont célébré.e.s en tant que sources d’inspiration et non plus investi.e.s d’un hommage formel. Ainsi, ce peuple, rendu illégitime au nom de sa jeunesse ne lui permettant pas de se réclamer d’un vécu révolutionnaire, réactive une filiation et s’approprie une histoire de laquelle il a été écarté. Il se joue là une « prise de la Révolution », arrachée des mains de ceux-là mêmes qui l’ont faite et qui se sont imposés comme ses uniques « ayants droit ». En ce temps de réappropriation mémorielle, des figures longtemps effacées voire bannies, comme par exemple celle de Messali Hadj, retrouvent leur place. Le court-circuitage du passé et du présent que l’on peut entendre dans les slogans ou observer dans les visuels des banderoles n’est toutefois pas inédit. Le détournement du répertoire national ainsi que la relecture du roman révolutionnaire sont des phénomènes plus anciens, que l’on retrouve par exemple dans la reprise d’une formule comme « harraga chouhada » déjà investie par les « stadiers » et plus globalement par les couches moins aisées de la population. Le caractère novateur, y compris dans l’actualisation de cette formule et de ses variantes, réside me semble-t-il dans l’usage de la Révolution comme temporalité historique à laquelle se raccorder en demandant à ses usurpateurs, qui s’en sont servis comme gage de leur pouvoir, de se retirer. Le rassemblement devant le siège de l’APC à Khenchela, le 19 février, le montre bien : la gigantographie de Bouteflika n’a plus lieu d’être à côté du drapeau algérien. Le slogan «  Djoumhouria, machi mamlaka » (« L’Algérie c’est une république, pas une monarchie ») vient justement rappeler cette dérive autoritaire ayant « monarchisé » le pouvoir et offensé la mémoire « glorieuse » de la patrie. La demande d’une Algérie libre et démocratique est effectuée en revenant aux fondements, au trésor perdu de la Révolution, dont restent pour les nouvelles générations moins les faits que les valeurs et la force de la victoire. La reprise des slogans du passé – de la guerre d’indépendance au printemps noir de 2001 (« ulaç smah ulaç  ») en passant par octobre 1988 (« Djazair, houria democratia » / « Algérie, libre et démocratique ») – laisse supposer qu’une nouvelle chronologie est en train de s’écrire. La mise en parallèle des dates (« mars 1962 : l’indépendance en marche, mars 2019 : la démocratie à l’horizon » ou encore « 1945, 1954, 1961, 1963, 1980, 1988, 1991, 2001, c’était mes aînés, 2019 je suis là demain allo ») permet quant à elle de revoir le calendrier révolutionnaire, désacralisant le « sanctuaire 1962 » – à noter que 1962 est absent de la chronologie – et permettant aux descendant.e.s de retrouver leurs ancêtres.

Au moment de conclure, force est de rappeler que la situation continue d’évoluer depuis le 16 février, tant du côté du peuple, qui appelle à une nouvelle marche vendredi 15, que des ruses du système pour faire face. Nul ne sait si les Algérien.ne.s sont en train de vivre une nouvelle révolution ou de parachever la leur. Nul ne sait si le processus de transition sera réellement démocratique ou pas. Un rétrécissement du champ des possibles inauguré par la double prise de la rue et de la Révolution est probablement inévitable. Mais reste pour l’instant secondaire. À présent, ce qu’il faut noter – et veiller à inscrire dans l’histoire – c’est que de la rue et de la toile s’est levé un nouveau texte social : enthousiaste, respectueux, fraternel et patriotique. Ce texte désamorce l’expérience répandue depuis la guerre civile qu’«on ne peut plus faire confiance » et ouvre ainsi un nouvel imaginaire collectif. Pour cela, 2019 est une libération populaire, à défendre des dérives populistes.

Giulia Fabbiano, « À l’écoute de l’Algérie insurgée », La Vie des idées , 19 mars 2019. ISSN : 2105-3030.

URL : http://www.laviedesidees.fr/A-l-ecoute-de-l-Algerie-insurgee.html

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« Algérie : le pacte de souveraineté » par Djamel Zenati

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Le mouvement populaire est à son septième mois. Loin de s’essouffler, il gagne en détermination et en maturité. Sa plus grande victoire est d’avoir réussi à réaliser un large consensus autour de la nécessité d’aller vers une rupture radicale avec l’ordre en place.

Certes, le système autoritaire est toujours là. Toutefois, il est fortement ébranlé dans ses fondements et a perdu toute source de légitimité. L’irruption citoyenne dans le champ public a aiguisé les contradictions en son sein et accéléré le processus de sa déliquescence. Enfin, la paralysie de sa façade institutionnelle l’a contraint à se replier sur son noyau dur : le commandement militaire. Cela a permis de donner plus de lisibilité à la problématique politique dans notre pays.

Nous ne sommes pas dans une séquence de crise, mais dans un moment d’opportunité fondatrice. Les anciens paradigmes et les vieux schémas sont inopérants.

La perspective historique est désormais du côté de la société et de la société seule.

Le sens d’une insurrection

Deux slogans méritent une attention particulière : « Echaâb yourid el istiqlal » et « Dawla madania machi aâskaria ». Cette exigence d’émancipation vient des profondeurs d’une société écrasée sous le poids de la hogra érigée en système. C’est aussi le retour d’un rêve lointain, dont les racines plongent dans l’épopée de la lutte de Libération nationale. Il peut paraître surprenant d’exprimer un désir d’indépendance des décennies après l’indépendance. C’est un anachronisme trompeur. Car le propre des œuvres inachevées est de rebondir inopinément sous l’effet de la transmission mémorielle et du relais générationnel. L’insurrection citoyenne a justement mis le doigt sur le véritable enjeu de ce conflit : la question de souveraineté.

Aussi, le processus de transition en Algérie doit s’articuler autour de la problématique de la souveraineté dans toutes ses dimensions. Et pour une description précise de ce processus, il est nécessaire d’identifier en premier lieu la nature et l’origine de l’obstacle auquel est confrontée cette aspiration légitime du peuple. Pour cela, il faut interroger le processus de construction de l’Etat algérien et ses modes de légitimation.

Fondement de l’autoritarisme algérien

Sous la colonisation, les nationalistes assimilaient à juste titre la souveraineté à une situation, à savoir la fin de la tutelle coloniale. Une fois l’indépendance recouvrée, cette vision s’avèra totalement inadaptée. Elle devait être naturellement abandonnée au profit de la souveraineté comme prérogative, c’est-à-dire la capacité inaliénable reconnue au corps des citoyens de décider librement de son destin. Ce droit imprescriptible du peuple constitue l’esprit même du combat libérateur. Or, ce passage n’a pas eu lieu. Les phénomènes de militarisation et de patrimonialisation de l’Etat, déjà en gestation dans le mouvement national, a fait barrage au transfert de souveraineté. Le maintien du pays sous tutelle fut imposé par la force des armes et justifié par la légitimité révolutionnaire. Les drames algériens, passés comme présents, ont une même origine : la confiscation de la souveraineté.

La dissociation entre souveraineté populaire et souveraineté nationale repose sur le postulat selon lequel le peuple ne peut être l’agent de sa propre émancipation. Derrière ce postulat se profile l’idée de l’inaptitude du peuple. Bien plus, du point de vue des gouvernants, le peuple est dangereux. Toutes les voies de la participation et de la contestation institutionnalisées sont obstruées. Les citoyennes et citoyens sont astreints au devoir d’obéissance, faute de quoi ils s’exposent à des risques pouvant parfois aller jusqu’à la liquidation physique.

L’idéologie sécuritaire

Au cœur de l’autoritarisme algérien se trouve donc l’idéologie sécuritaire. Elle a structuré l’Etat dans son organisation et son fonctionnement. La théorie du complot, le cliché de l’ennemi intérieur et le spectre de la main étrangère sont inlassablement agités. Ils visent à installer un climat de menace permanente et à légitimer ainsi la suprématie et l’omnipotence du pouvoir sécuritaire. Le pays est mis sous contrôle de l’armée, institution à partir de laquelle tout découle et ruisselle et autour de laquelle tout s’ordonne. Elle n’est pas la colonne vertébrale de l’Etat. Elle est l’Etat.

Choix politiques, répartition des pouvoirs et prérogatives, arbitrages, nominations et distribution de la richesse nationale, tout relève de l’armée ou est subordonné à son agrément.

L’idéologie sécuritaire n’a épargné aucun domaine de la vie du pays, elle a enveloppé jusqu’à la sphère économique. En effet, l’attachement du pouvoir en place à l’économie rentière a pour but de maintenir la société dans un rapport de dépendance vis-à-vis de l’Etat autoritaire. La rente pétrolière a servi prioritairement à entretenir et à équiper la machine sécuritaire. Elle est mobilisée ensuite pour l’entretien du sérail et de ses diverses clientèles. Elle sert accessoirement à «acheter la paix sociale». Le résultat est là : le destin du pays est suspendu au prix du baril de pétrole. En voulant soumettre le peuple, nos gouvernants ont juste réussi à accroître les vulnérabilités du pays et à le livrer aux groupes mondialistes. La confusion entre sécurité nationale et défense nationale a eu des effets désastreux.

En définitive, si le système parvient à se maintenir, ce sera au prix d’une grande violence et de concessions sur le plan géopolitique. C’est-à-dire une inflexion dans l’orthodoxie algérienne en matière de politique étrangère et une ouverture sans limites à la mondialisation. En d’autres termes, un renoncement pur et simple à la souveraineté du pays. Accepter d’hypothéquer l’avenir de tout un pays sur l’autel d’appétits de pouvoir est la plus grande des trahisons.

Les limites de l’état autoritaire

Quand un Etat puise son autorité dans la seule puissance coercitive, il perd toute légitimité aux yeux des citoyens et devient un Etat fragile. C’est la situation où l’Etat est partout dans la société et la société nulle part dans l’Etat. C’est l’Etat désincarné. En agissant dans le sens d’affaiblir la société pour mieux la dominer, l’Etat s’affaiblit lui-même. Nous sommes là au cœur de la contradiction de l’Etat militaire ou policier. L’exemple algérien est dans ce sens paradigmatique.

L’insurrection citoyenne ne résulte pas seulement d’une crise de la représentation. Elle renvoie à la crise de légitimité de l’Etat. L’élection présidentielle à laquelle tient tant le pouvoir en place n’est pas la réponse appropriée ni attendue. C’est pourquoi elle est massivement rejetée par les citoyennes et citoyens. Elle est perçue à juste titre comme la solution d’une minorité pour une minorité. Cette élection ne peut se tenir sauf à vouloir plonger le pays dans le drame.

La seule issue possible est l’amorce d’un processus constituant. Toutes les conditions sont réunies pour aller sans violence vers une rupture négociée entre Algériens, sans l’intervention ou l’ingérence de quiconque.

Il ne faut pas se tromper de moment historique. L’heure n’est pas à la compétition politique. Le mouvement populaire est pluriel et traversé par une multitude de contradictions. La transition consiste à s’accorder sur le cadre et les mécanismes de nature à permettre aux différences et aux pluralismes de s’exprimer librement et sans violence et de garantir un arbitrage institutionnalisé des conflits politiques et sociaux.

Cependant, l’œuvre de construction-déconstruction commande au préalable de restituer au peuple le droit de décider librement de son destin. Elle suppose également de restituer l’Etat à la nation. Pour cela, il faut rompre avec la dichotomie formel/réel et rétablir au plus vite la normalité républicaine. De quoi s’agit-il au juste ?

La schizophrénie institutionnelle

Pour appréhender rigoureusement la réalité en Algérie, il est indispensable de la saisir dans sa double manifestation formelle et réelle. Il y a le pouvoir formel et le pouvoir réel, la norme formelle et la norme réelle, l’Etat formel et l’Etat réel, etc. Cette construction duale est un autre héritage du mouvement national. La différence entre le formel et le réel n’est pas de l’ordre de l’écart entre le prévu et le réalisé. C’est un rapport ésotérique où le formel sert de structure porteuse au réel. En s’installant dans la durée, la mobilisation populaire est parvenue à neutraliser l’univers formel.

La conséquence a été de mettre en lumière l’univers réel. Faute de façade civile, le commandement militaire exerce désormais le pouvoir ouvertement et directement. Situation fort embarrassante qui ne peut se prolonger indéfiniment. D’où la volonté d’imposer la tenue de l’élection présidentielle le 12 décembre prochain. Cette consultation ne changera rien. Bien plus, elle constitue un élément de complexification de la situation. Pour rompre avec le système, il faut se placer en dehors du système. Sans l’abandon effectif de la construction duale décrite précédemment, aucune élection ni révision constitutionnelle n’est en mesure de porter le changement radical tant exigé par les populations. La transition démocratique dans notre pays doit être pensée en rapport avec la problématique de la souveraineté. Notre pays a besoin d’un pacte de souveraineté.

Le pacte de souveraineté

Le pacte de souveraineté s’articule autour de trois questionnements formant un tout cohérent : à qui appartient la souveraineté, comment s’exerce-t-elle et pour quelles finalités ?

Il contient les actes constitutifs du processus de transition propre à notre pays et s’inscrit dans une perspective démocratique.

La restitution de la souveraineté

En démocratie, l’ordre politique et social résulte de la seule volonté des citoyens libres. La souveraineté appartient au peuple. Ce principe fondamental est incompatible avec l’existence d’une tutelle quelle qu’elle soit. Il est également incompatible avec tout instituant méta-social ou autre principe au-dessus de la volonté humaine. D’où les exigences suivantes :

Le transfert de souveraineté

L’institution militaire, par la voix de son commandement, doit annoncer de manière publique et solennelle son retrait définitif du champ politique et sa subordination au pouvoir politique.

L’institution militaire doit s’engager à accompagner le processus de transition vers l’ordre nouveau.

L’institution militaire doit procéder au démantèlement de tous les dispositifs de contrôle des institutions et des populations.

L’institution militaire, partie intégrante de l’Etat, doit se conformer aux lois et règlements de la République, notamment en matière budgétaire, de passation des marchés et autres modalités de contrôle.

Redéfinir les missions de l’armée et définir les formes de coopération entre les domaines civil et militaire dans une perspective de complémentarité pouvant concourir au développement général de la société.

La fin des rentes symboliques et de la violence

Il faut proclamer la fin de la légitimité historique par la dissolution du parti du FLN, la restitution du sigle FLN à la mémoire collective et reversement de son patrimoine à l’Etat.

L’islam doit être protégé de toute forme d’instrumentation. Son utilisation comme ressource politique et idéologique ou à des fins de restriction des libertés doit être strictement interdite.

Proscrire toutes les formes de violence politique ou sociale.

L’exercice de la souveraineté

La souveraineté populaire ne peut se réduire à la souveraineté déléguée. L’exercice de la souveraineté doit aller au-delà de l’acte électoral. Partout dans le pays des voix s’élèvent pour exiger de nouvelles formes de participation des citoyens à la vie de la cité.

Les libertés fondamentales

La souveraineté populaire serait altérée sans la souveraineté des individus. Pour être souverain, le citoyen doit être libre dans ses choix de vie, ses croyances et ses options politiques. Autrement dit, libéré des contraintes et pesanteurs quelles qu’elles soient. Il doit jouir de tous ses droits et exercer ses libertés sans aucune restriction ni distinction.

Inscrire comme règle d’or le principe d’égalité entre l’homme et la femme.

Les droits et libertés doivent être garantis. Pour ce faire, les principes d’indépendance de la justice, d’impartialité de l’administration et de neutralité de l’armée doivent être inscrits et leurs contenus respectifs clairement explicités et juridiquement codifiés.

La refondation de l’Etat

L’une des sources du malheur algérien se trouve précisément dans la confusion et la concentration du pouvoir. La souveraineté populaire s’éteint devant le pouvoir illimité de l’Etat. Il est impératif de définir une nouvelle rationalité institutionnelle.

– Réorganiser les pouvoirs dans le respect du principe d’équilibre et de séparation.

– Préciser le rapport entre institutions.

– Redistribuer les pouvoirs par la création de régions dotées d’une large autonomie.

La création de région a pour but :

– Servir de digue aux dérives éventuelles du pouvoir central.

– Garantir une plus grande participation du citoyen à la chose publique.

– Rationaliser l’action publique.

– Rendre plus efficace la prise en charge des préoccupations des populations.

– Reconstruire la nation par le bas.

L’enjeu économique et social

Dès le déclenchement de la révolte citoyenne, la rue algérienne ne cesse de vibrer aux cris de «Klitou lebled ya serrakine !». Il y a là un message fort : la question sociale est au cœur de l’exigence populaire. La démocratie algérienne sera sociale ou ne sera pas. Un pays économiquement fragile et socialement fracturé ne peut prétendre à la stabilité ni à l’indépendance.

La souveraineté est indissociable du développement économique et social. Il est vain de vouloir rompre avec le système autoritaire si sa base matérielle demeure en place. D’où la nécessaire rupture avec l’économie rentière.

Notre pays a besoin d’une nouvelle manière de produire, de répartir et de consommer. Il a besoin d’une économie productive, sociale et solidaire. Une économie orientée vers l’épanouissement de l’humain tout en préservant la nature.

L’une des spécificités de notre pays se trouve dans la richesse de son sous-sol. Cette richesse est la propriété de tous les Algériens. Elle est aussi celle des générations futures. La rente générée par l’exploitation du sous-sol n’est pas comparable à l’impôt. Sa destination ne peut donc relever de l’Exécutif quand bien même légitimé par les urnes. La gestion de la rente doit faire l’objet d’un consensus populaire. Aussi, est-il impératif de proclamer la souveraineté du peuple sur la rente.

L’Algérie et ses environnements

L’Algérie est le produit d’un long processus historique plusieurs fois millénaire. C’est une terre de résistance aux dominations et oppressions de toutes sortes. L’Algérie assume avec fierté son identité plurielle et sa diversité culturelle. L’Algérie est attachée aux valeurs de liberté, d’égalité, de justice sociale et aux pluralismes. L’Algérie milite pour la paix dans le monde et défend le droit des peuples à l’autodétermination. L’Algérie est attachée à sa souveraineté et s’interdit toute ingérence dans les affaires internes des autres pays.

L’Algérie œuvre à développer une coopération saine et respectueuse des intérêts réciproques et s’élève contre l’ordre mondialisé injuste et générateur de misère et de violence. L’Algérie est un pays maghrébin, africain, méditerranéen et fait partie de la grande famille des pays du Sud. Ces différentes appartenances suggèrent une structure d’alliance particulière. L’ambition de l’Algérie doit aller au-delà de ses frontières. Elle doit jouer le rôle de moteur continental et d’avant-garde dans le combat contre l’ordre mondialiste. Elle ne doit être inféodée ni à Moscou, ni à Paris, ni à New York, et encore moins à leurs sous-traitants à Téhéran, Doha, Riyad ou Abu Dhabi.

Un des effets pervers et dangereux de la mondialisation est le transfert de souveraineté des Etats vers les blocs mondialistes. L’impuissance tendancielle des Etats a provoqué une rupture de confiance entre gouvernants et gouvernés. Le réenchantement du politique est le fait des mouvements citoyens et des sociétés civiles. Une citoyenneté mondiale est en train de naître autour de thématiques nouvelles comme la lutte contre les guerres, la faim, la destruction de l’environnement, les inégalités, etc. Le peuple algérien ne peut être en retrait de cette évolution planétaire. La place de l’Algérie est aux côtés des peuples qui luttent. Elle est aux côtés du progrès et de la liberté. L’enjeu se situe également à ce niveau.

Le sens du pacte de souveraineté

Le pacte de souveraineté est la traduction concrète d’un compromis historique ambitieux, raisonnable et réalisable. Il est le garant d’un renouvellement du «vivre-ensemble» dans notre pays. Par ailleurs, il contient tous les éléments à même de fonder la nouvelle Loi fondamentale. Il constitue enfin une base sur laquelle va s’organiser la négociation avec le commandement militaire.

Le processus constituant consistera en un transfert de souveraineté puis l’élaboration d’une nouvelle Constitution et débouchera enfin sur l’organisation des élections. Il nécessitera la mise en place de quelques mécanismes simples loin des schémas classiques de la transition avec institutions. L’avancement du processus se fera par accords successifs entre des représentants de la société et ceux du commandement militaire.

La transition démocratique n’est nullement dirigée contre l’institution militaire. Elle vise au contraire à soustraire notre armée aux vicissitudes et autres contingences du politique. C’est un fait universellement reconnu que la fonction militaire est incompatible avec l’exercice du pouvoir.

La transition démocratique est de l’ordre de la nécessité. En dépit de ses intelligences, ses ressources et ses potentialités, l’Algérie renvoie l’image d’une ruine, d’une désolation. Il est temps de rompre avec cette fatalité. L’Algérie n’est pas destinée à demeurer éternellement otage du diktat et de la médiocrité. Elle a le droit d’aspirer au meilleur, la grandeur et la respectabilité. Elle en a les moyens et surtout la volonté.

Le commandement militaire doit prendre à sa juste mesure le sens de ce moment historique. Ensemble, entre Algériens, nous pouvons relever ce grand défi. Pourquoi s’entêter à vouloir détruire le pays quand nous disposons de tous les moyens pour le reconstruire ?

Notre espoir, du reste partagé par des millions de citoyennes et citoyens, est de voir le commandement militaire montrer enfin une volonté à accompagner cette marche historique. Elle s’exprimera tout d’abord par la libération de tous les détenus privés de leur liberté en raison de leurs opinions et engagement dans le mouvement populaire. Cette mesure est de nature à installer un climat apaisé favorable à l’amorce de négociations sincères. La détermination du peuple algérien est forte et inébranlable. La manière forte conduira inévitablement à l’irréparable.

Djamel Zenati, le 20 septembre 2019

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AGS, la peur bleue de la chute

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Sans leur statut de retraités frais émoulus, les deux figures de la police politique de sinistre mémoire, les généraux-majors Tartag et Toufik, ne subiraient pas les affres de la détention et de l’humiliation publique, sous l’oeil des caméras. Un sort, terrible, qui terrorise le dictateur nouveau…

Le sous-ministre de la Défense redoute cette fin, qui paraît inéluctable, et la repousse avec l’énergie du désespoir en multipliant les initiatives liberticides comme un naufragé se battrait frénétiquement contre la force de l’océan.

C’est, en effet, contre la vague de tout un peuple, résolu à recouvrer sa véritable indépendance, jadis confisquée par la « bande », que le pâle El Gaïd tente de résister en interdisant derechef l’accès à Alger aux Algériens. Avant cette ultime infamie, le généralissime de foire avait embastillé, par groupes entiers, de fiers porteurs d’emblèmes amazighs ou de vaillants pourfendeurs de ses diatribes malsaines et provocatrices.

AGS se comporte ainsi pour protéger les intérêts de la « issaba » en général et les siens propres en particulier. Les Annabis savent, mieux que quiconque, l’ampleur de la mainmise de son clan sur une ville martyrisée par une famille, la sienne, à qui on ne refuse rien ! Demandez-vous juste pourquoi un symbole de la rapine, contre laquelle part théoriquement en guerre le général d’opérette, n’est pas sous les verrous à l’heure où nous mettons sous presse. Qui protège Tliba ? La réponse est dans la question. Si l’opulent député d’Annaba tombe, il entraînerait dans son sillage ses principaux associés, l’engeance du dictateur nouveau…

Pour éviter pareille débâcle, AGS est prêt, tel un Néron de vaudeville, à faire brûler un pays qu’il jure, pourtant, de chérir à chaque visite de caserne. « La guerre est une chose trop sérieuse pour la confier aux militaires » : s’il avait encore une once de lucidité, AGS devrait méditer cette formule de Clémenceau, surtout lorsqu’il s’agit de mener bataille contre son propre peuple. Aucun dictateur n’en est sorti indemne…

Saïd Kaced

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Dérive : où va la justice algérienne ?

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Le Comité national pour la libération des détenus (CNLD) a rendue publique hier une déclaration dans laquelle il s’inquiète des dérives graves de la justice algérienne.

Dans un texte intitulé « Où va la justice algérienne ? », les membres du CNLD relèvent les anomalies et les dérives observées au niveau du tribunal de Sidi M’hamed.

« Le tribunal de Sidi M’hamed, après avoir placé sous mandat de dépôt un jeune Bilal Ziane (atteint d’un cancer et qui a RDV pour sa chimiothérapie le 23 septembre) et un vieux (Garidi Hamidou) âgé de 76 ans atteint d’une maladie chronique, le procureur et le juge d’instruction du même tribunal (Sidi M’hamed) ont placé, mercredi 18 septembre un malade mental 100 %, Maati Salah, âgé de 47 ans, qui a été arrêté par les services de sécurité lors de la marche du mardi, alors qu’il avait une pancarte entre ses mains sur laquelle sont dessinés tous les présidents algériens », écrit le CNLD.

La famille de Maati Salah a présenté le dossier médical de son proche et attend toujours que la justice algérienne fasse son travail.

« Une fois présenté devant le procureur de la République près du tribunal de Sidi M’hamed -alors qu’il n’avait aucune pièce d’identité sur lui le jour de son arrestation- son frère aîné a présenté un dossier médical attestant sa maladie à 100% et attend toujours la suite de la justice », lit-on dans la déclaration du CNLD.

Le CNLD rappelle que « Maati Salah a été placé sous mandat de dépôt le mercredi 18 septembre avec la jeune étudiante Dahmani N. et quatre autres citoyens. Au total, 6 détenus arrêtés le mardi 17 septembre et 24 autres arrêtés le vendredi 13 septembre ».

Les membres du CNLD tiennent à rappeler que ces dérives de la justice algérienne inquiètent l’opinion nationale et internationale et interpellent à l’occasion le Conseil national de l’ordre des médecins d’Algérie qui doit réagir.

« Pendant que la liste des détenus d’opinion a dépassé les 70 détenus à El Harrach, l’opinion nationale et internationale s’inquiètent de plus en plus des accusations inventée par une justice qui reste toujours soumise au moment où tout un peuple est en train de lutter pour la libération de l’Algérie. Le Conseil national de l’ordre des médecins d’Algérie doit réagir », s’indignent les membres du CNLD.

Synthèse I. Farès

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