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Politique

En politique, il n’existe qu’une règle : chasser ou être chassé !

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Cette décision qui n’arrive pas, qui perturbe toute la classe politique, cette annonce cachée, «qui dit oui, qui dit non», laisse perplexe tout un pays et tout un peuple qui ne sait plus où donner de la tête, au point de démissionner de la politique.

Et, à quelques encablures de la prochaine élection, les dirigeants politiques, qu’ils soient au pouvoir ou dans l’opposition, prennent conscience de la fragilité de leur situation, entre un peuple mécontent et insatisfait, un occident exportateur du «Printemps arabe», et une animosité affichée, aux frontières, par les pays dits «frères».

Tout ce monde se retrouve entre le marteau et l’enclume ; les politiques et le pays avec, se cherchent dans la grisaille en attendant que tous les protagonistes du jeu électoral, les vrais, soient connus. Pour l’instant, à part 2 ou 3 insignifiants lièvres, il n’y à qu’un chef de parti à s’être déclaré partant Abdelaziz Belaïd; celui là même qui durant tout cet été chaud, au propre et au figuré, n’a pas rebondit sur les grosses polémiques qui ont agité la place politique et qui auraient pu constituer un carburant politique à n’importe quel parti prétendant se poser comme alternative!

Il y a, aussi, comme l’a écrit un chroniqueur, une génération qui n’a pas su partir à temps, qui a peur du néant et de la fin de l’histoire. Elle est accompagnée d’une classe de hauts fonctionnaires pour la plupart serviles, égoïstes, sans sens de l’État, mais souvent, régionalistes ou peureux et angoissés par la perspective de la disgrâce. Ils ont commencé à y goûter, pour un certain nombre, eux qui étaient, hier, puissants secrétaires généraux ministrables et directeurs généraux impitoyables, faiseurs et défaiseurs de carrières. Leur téléphone, symbole de leur puissance perdue, ne sonne pas et ne sonnera plus.

Ceux qui sont encore en poste, doivent-ils abandonner l’attelage, maintenant qu’il se murmure l’hypothèse que le président ne se portera pas candidat à un cinquième mandat ?

Doivent-ils changer de braquet et aller voir, opportunistes qu’ils sont, du côté d’Ahmed Ouyahia, qui, semble-t-il, tiendrait la corde ? Ils pourront tout perdre à cause de leur manque de courage et de leur opportunisme.

Doivent-ils rester, s’assumer et accepter la défaite, leur retrait du pouvoir et la fin de leurs privilèges dans le cas où Abdelaziz Bouteflika renoncerait à se représenter ?

Que dire aussi de ces responsables du FLN, tantôt redresseurs, tantôt légalistes, ennemis d’hier, amis d’aujourd’hui mais qui ne peuvent exister en dehors du pouvoir et du système qui les a enfantés. Ils sont pour le puissant du moment ; pour cela ils marcheront, si leurs intérêts sont menacés, sur les corps de leurs frères d’hier pour survivre !

Restons dans l’ambiance de la présidentielle pour citer ceux qui pensent, dur comme fer, qu’Ahmed Ouyahia, dans l’option où le président ne postulerait pas pour un cinquième mandat, serait  « l’homme du consensus et de la continuité et qu’il a sa chance parce qu’il n’est l’ennemi de personne, pas même l’ennemi de lui-même».

Ce dernier s’en défend, mais, semble-t-il, beaucoup commencent à parier sur lui, au moins comme vice-président. Il a eu, au moins, à clarifier sa position: «Il est pour Bouteflika et rien, sauf la mort, ne lui fera changer d’avis », a-t-il dit, à en croire une télévision qui aurait rapporté l’information.

S’il est acquis au Président, cela est certainement dû aux scores électoraux réalisés par ce dernier et qui sont allés en s’améliorant : 73,5% en 1999, 85% en 2004 et 90% en 2009 et un plébiscite en 2014.

En définitive, les réseaux ne savent plus sur quel pied danser. À trop temporiser, à s’entêter à garder un pied dans chaque camp et la tête à l’étranger pour un certain nombre, ils risquent de tout perdre.

Tous ces opportunistes s’accrochent aux basques des «présidentiables» et notamment le plus «banquable » d’entre eux, le président de la République. Gageons que nos «Eric Besson» locaux attendront le dernier moment pour se positionner et prendre le train en marche !

Rappelons pour ceux qui ne connaissent pas encore ce personnage politique français, qu’il est l’incarnation de «la traîtrise en politique» ; Il est passé, le temps d’une campagne électorale, entre les deux tours de la présidentielle française, de soutien de la candidate socialiste Ségolène Royal à soutien zélé de Nicolas Sarkozy candidat de la droite. Une fois élu, ce dernier l’a nommé ministre, responsable du «pôle de gauche»!

Pour l’heure, le président de la République, apparemment sourd aux appels désespérés d’Amar Ghoul, Bensalah, Sidi-Saïd et «les partillons» emmenés par Akif Abderrahmane, continue de cultiver le mystère sur ses intentions. À ce stade de la convocation du corps électoral, il paraît plus qu’invraisemblable qu’il n’ait pas pris sa décision, de rempiler ou pas, pour un cinquième mandat.

Que le Président brigue ou non un autre mandat, à la limite c’est son affaire et il en a le droit. Il peut encore temporiser jusqu’à début mars, au grand dam des «retourneurs de vestes» qui continueront à ronger leurs ongles et à se morfondre dans leur doute.

S’il décide d’y aller, il aura, comme on dit au football, « l’avantage du terrain » et, fatalement, il supplantera tout le monde.

Parmi ses «supporters » on ne veut pas subir le sort de Djamel Ould Abbas et conséquemment «on ne veut pas insulter l’avenir», on reste à l’écoute et surtout on garde «le doigt en l’air» pour humer le vent favorable. Bien évidemment, ils seront présents, les Amar Ghoul, Amara Benyounes, Belkacem Sahli, Sidi-Said, Nouria Hafsi et tant d’autres, pour battre la campagne, mégaphone à la bouche et aux couleurs du candidat favori en avril 2019, fut-il celui du «consensus », qui les protégerait et, dans le même temps, ferait pérenniser le système et gonflerait, davantage, leurs acquis !

Dans l’autre camp, celui des «opposants-partisans » qui auraient, semble-t-il, (presque) tourné casaque, il y a déjà Louisa Hanoun, fervente supportrice du président de la République qui ira, bien sûr, aux élections mais pas pour les gagner, ce n’est pas dans sa feuille de route. Il en va de même pour le président du FNA, Moussa Touati ou encore Fawzi Rebain qui sera lui aussi candidat, comme d’habitude.

Pendant ce temps là, «les Brutus » affûtent, peut-être, leurs armes. Rappelons que Brutus, c’est celui qui voulait tuer le père, César en l’occurrence; il est peut-être embusqué au FLN, au MPA ou très probablement au Taj.

Ils sont dans la périphérie du pouvoir comme Abdelaziz Belkhadem, Abdelmalek Sellal ou plus encore dans le gouvernement, comme Ahmed Ouyahia qui se verrait bien à la place du calife, si d’aventure le président de la République ne voudrait pas rempiler. A défaut, ils se contenteront d’un poste de vice-président.

Les intentions et, peut-être, même les ambitions des uns et des autres sont, semble-t-il, désormais claires. Et l’enjeu, c’est la présidentielle, le poste de vice-président, voire la conduite du gouvernement pour les uns et les autres.

Ceci donc, en ce qui concerne les Brutus de chez nous qui n’iront pas jusqu’à attenter à la vie du Président, cela vous l’aurez compris, même si tous commencent à rêver du palais d’El Mouradia et des dorures de la République, tous les matins en se rasant, comme disait l’autre.

Qu’en déduire si ce n’est que notre monde politique, qui a perdu depuis longtemps crédibilité et confiance est bien confus et que la loyauté en politique, tout comme les programmes et les idées sont absents.

Dans notre pays, les politiciens tuent le débat. En l’espèce, l’opposition (combien de divisions ?) est, par exemple, contre un cinquième mandat pour le tenant du poste, sans plus et en l’état, elle n’est même pas capable de sortir «un candidat consensuel» pour cause d’ambition des uns, et de l’attentisme patent des autres.

Quant au corps électoral qui va être convoqué, il peut voter x et revenir dix ans en arrière ou plus encore il votera y et dans ce cas là, il nous précipitera dans les abysses des années 90 et des drames qu’elles ont charriés.
Faut-il pour autant boycotter comme le préconisent le MSP et le RCD et s’abstenir de voter, cela ne fera que pérenniser le système ?

L’autre exutoire, c’est aussi la violence du printemps dit «arabe», personne n’en veut, surtout pas le peuple!

Ce peuple qui, dit-on,  ne sait pas voter ; faut-il pour autant revenir sur le suffrage universel et opter pour celui des grands électeurs, comme aux USA ? C’est peut-être le débat à venir, même si cela peut faire grincer des dents et puis l’Amérique c’est bien, mais c’est loin !

Dans la démocratie moderne, l’alternance se définit comme la succession au pouvoir dans les organes de l’État. Elle ne concerne, évidemment, pas les autorités juridictionnelles de l’ordre administratif ou judiciaire.

Les walis, les chefs de daïra, les dirigeants des entreprises publiques, ceux des grandes chaînes de télévision et de radios publiques et les autres grands commis de l’État n’ont pas, en principe, à craindre pour la suite de leurs carrières, quel que fût le locataire d’El-Mouradia.

L’alternance ne s’appliquant qu’à des organes élus par le peuple, elle est une exigence de la démocratie qu’on peut faire remonter à la Grèce antique ; il est plus qu’urgent de consacrer, constitutionnellement, cette notion en tant qu’élément fondamental et fondateur qui doit être respecté et pratiqué par tous ceux qui auront la charge de gouverner et de se succéder à la tête de l’État.

En somme, une thématique de campagne électorale pour ceux, candidats à la candidature qui auront le blanc-seing du conseil constitutionnel ; sauront-ils en faire bon usage?

Mais sinon revenons à ces politiciens prêts à se nourrir dans n’importe quelle auge, pourvu qu’ils aient le poste convoité avec émoluments et limousine avec gyrophare !

Dans une certaine mesure la vague qui va les transporter pourrait s’avérer fort utile même aux tenants du pouvoir, car elle fait du ou des partis les embrigadant, le plus grand ramassis d’opportunistes, permettant ainsi de mieux identifier ceux qui n’en ont que pour leurs intérêts personnels. Il y a plus de chance de trouver des gens aux idéaux élevées dans les autres formations politiques auxquelles on donne peu de crédit de remporter le prochain scrutin. C’est peut-être de ce côté que les électeurs devraient, à l’avenir, tourner leur regard pour se débarrasser des profiteurs politiques.

Mais, a contrario, on peut quand même s’étonner de cette mauvaise réputation trainée par ce type de politiciens; ne dit-on pas que «l’opportunisme, qui relève de l’adaptabilité aux circonstances, est une des caractéristiques principales des espèces qui ont survécu »?

En général, quand on  dit de quelqu’un qu’il est opportuniste, c’est un hommage à son intelligence mais pas un éloge de son niveau d’éthique et c’est toute la somme des comportements inopportuns, sans discernement, égoïstes, qui connote péjorativement le fait d’être opportuniste.

On connait la réponse d’Edgar Faure, moult fois ministres sous la IVème République, amateur de bons mots, et raillé pour sa «souplesse » politique, à celui qui le taxait d’opportuniste politique, en utilisant le terme irrévérencieux de «girouette».

Ce n’est pas la girouette qui tourne, c’est le vent», lui a-t-il répondu. Que faut-il faire des opportunistes s’interrogeait un homme politique français?

A part les brûler disait-il,  je ne vois pas très bien ce que l’on pourrait en faire! Certes, ils ont perdu la considération des leurs et ont dû subir la tiédeur de leurs nouveaux amis (qui n’aiment pas non plus les opportunistes). Tout ce que l’on peut espérer pour eux, c’est qu’ils puissent se regarder dans la glace !

Ils sont légion en politique ; ils sont reconnaissables au bruit de leur retournement de veste ; mais pour eux, il ne subsiste qu’une règle : chasser ou être chassé. Cherif Ali

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Appel aux forces de l’alternative démocratique

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Sept organisations politiques de la mouvance démocratique, le FFS, le RCD, le PT, le PST, l’UCP, le MDS et le PLD, ainsi que Me Noureddine Benissad de la LADDH ont lancé aujourd’hui mardi 18 juin un « appel aux forces de l’alternative démocratique » dont voici le texte :

Le peuple algérien après son soulèvement contre le colonialisme à travers une révolution devenue un exemple pour le monde entier et source d’inspiration pour les peuples opprimés, le voilà aujourd’hui en train de mener sa deuxième révolution, pacifique et unitaire pour imposer le changement radical pacifique et démocratique du système sous l’admiration de tous les pays.

La détermination reste inébranlable et l’espoir immense. Seulement, le pouvoir en place, n’est pas disposé à saisir le sens profond de cet événement sans précèdent depuis l’indépendance. Il persévère obstinément dans le déni de la réalité et a fait le choix du pourrissement et la manipulation.

Le rassemblement des forces de l’alternative démocratique est le seul à même de traduire fidèlement cette profonde aspiration populaire. Il est vain de croire à l’existence d’une issue positive à ce conflit dans le cadre de l’ordre actuel. Ni le pouvoir, ni ses diverses excroissances ne sont en mesure de constituer un recours. Pourtant, le sursaut citoyen, de par son caractère pacifique et massif, est une chance pour le pays. C’est une force capable d’engager le pays dans la voie de la souveraineté populaire, de la modernité et du progrès.

La transition démocratique n’est pas un choix. Elle est de l’ordre de la nécessité. Aujourd’hui l’urgence est d’élaborer une solution politique ambitieuse, raisonnable et réalisable, loin des règlements de compte et des calculs étroits. Elle vise à mettre fin à ce régime dictatorial et changer radicalement le système en vue de propulser le pays d’un ordre constitutionnel obsolète vers un ordre démocratique.

Nous signataires de cet appel exigeons la libération immédiate et sans conditions de tous les détenus d’opinion, condamnons la judiciarisation de l’action politique comme c’est le cas de la secrétaire générale du Parti des Travailleurs et la levée de toutes les entraves aux droits d’expression, de réunion et de manifestation.

Aujourd’hui, libérer une dynamique politique de construction d’un état de droit et des libertés et de la société est une priorité en vue d’amorcer une véritable transition démocratique. L’heure aujourd’hui est à la concertation et au dialogue des forces progressistes afin de construire un pacte politique consensuel qui définira par la suite les contours du processus de transition démocratique dans notre pays.

C’est dans cette optique qu’une première rencontre de concertation et de dialogue est décidée d’un commun accord pour le 26 juin 2019. Nous réitérons notre appel à d’autres acteurs politiques, aux syndicats autonomes, au mouvement associatif, ainsi que les personnalités nationales indépendantes et la communauté algérienne à l’étranger, qui se reconnaissent dans cet appel à se joindre à cette initiative de concertation et de dialogue sans préalable.

Ensemble pour un dialogue sérieux, responsable et inclusif

Ensemble pour une véritable transition démocratique

Ensemble pour construire un Etat de droit

Vive l’Algérie libre et démocratique

Gloire à nos martyrs

Alger, le 18 juin 2019

Les Signataires :

• Le Front des Forces Socialistes. (FFS)

• Le Rassemblement pour la Culture et la Démocratie. (RCD)

• Le Parti des travailleurs. (PT)

• Le Parti Socialiste des Travailleurs. (PST)

• L’Union pour le Changement et le Progrès. (UCP)

• Le Mouvement Démocratique et Social. (MDS)

• Le Parti pour la Laïcité et la Démocratie. (PLD)

• Maitre BENISSAD Noureddine, pour la Ligue Algérienne pour la Défense des Droits de l’Homme. (LADDH)

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A propos de « l’initiative de la société civile »

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Une « rencontre nationale de la société civile » a réuni, le samedi 15 juin à Alger, le collectif de la société civile, l’intersyndicale des syndicats autonomes et le forum civil.

L’objectif était de formuler une proposition « consensuelle » pour une transition pacifique et démocratique.

Disons-le clairement, chaque organisation ou regroupement d’organisations a le droit de se réunir, de proposer et de s’affirmer comme un courant d’opinion dans ce mouvement populaire. C’est la règle démocratique !

Ils ont le droit de proposer et de se battre pour leur proposition, d’autant que pour certains, les parcours militants et de luttes sont réels et pas superficiels. Mais les mots ont un sens ! Ils traduisent ce qu’on exprime et ce qu’on n’exprime pas !

Parler de « LA » rencontre nationale au lieu d’ « une » rencontre, parler de « la société civile » au lieu « d’un collectif d’associations », représentatives ou pas (c’est une autre affaire), mettre en avant des « dynamiques » formelles et pas vraiment réelles comme l’intersyndicale des syndicats autonomes (au même titre que d’autres d’ailleurs) qui est plus dans l’existence institutionnelle que dans un activisme réel impactant la révolution populaire, sans parler d’associations qui se greffent au mouvement et qui ne représentent pas grand-chose! Je partage plutôt la préoccupation de créer une dynamique d’éveil politique, de conscientisation et d’auto-organisation autour et dans le Hirak qui manque énormément !

Doit-on chercher un « consensus » à tout prix ?

Une feuille de route consensuelle qui sera validée par tout le monde ? Ça n’existe pas et ça sera une énergie dispersée. Le seul point consensuel est de préserver, renforcer et durabiliser cette révolution populaire ! Après, il est souhaitable d’avoir des lectures, des positionnements et des identités politiques claires y compris partisanes (présentes mais pas visibles dans cette rencontre) pour que ceux et celles impliquéEs dans le mouvement populaire puissent y voir clair. Les vrais acteurs du Hirak… ne sont pas institutionnels, rappelons-le !

Rechercher « le dialogue » avec le pouvoir réel ou « l’État profond » ne peut être interprété que comme une bouée de sauvetage pour le système et Gaïd Salah. Depuis le 22 février, la révolution du vendredi, confortée par celle du mardi universitaire, est le seul lieu de légitimation et d’expression de la souveraineté populaire. Confuse, contradictoire et parfois très ambiguë, cette expression populaire est l’expression des rapports de forces établis sur le terrain par tout ce qui manifestent, qui animent, qui orientent cette parole libérée vers une visibilité plus politique!

On ne dialogue pas, on négocie en s’appuyant sur les rapports de forces construits sur le terrain par ce mouvement populaire. L’impératif est de lancer les débats, de formuler des alternatives, de les confronter et de les assumer avec son identité politique, sociale ou idéologique.

Les regroupements fourre-tout, interclassistes où tous les intérêts idéologiques, économiques, sociaux ou de classe se mélangent comme si de rien n’était, n’iront pas loin ! La révolution démocratique se construit par les décantations et les confrontations (« silmiya, silmiya », pacifiquement, bien sûr) au même titre que les révolutions sociales. Nous sommes tous des algériens mais nous ne sommes pas tous des frères !

Adel Abderzak

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Politique

Oui, la Suisse est la meilleure démocratie d’Europe

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Le pays du secret bancaire, des montres de luxe, de Davos et des référendums interdisant les minarets est aussi celui qui implique le plus ses citoyens dans le processus de décision, loin de toute peopolisation politique.

Secret bancaire, tyrolienne et horlogerie. Voilà ce qu’évoque la Suisse à la plupart de nos concitoyens. Mais les Français connaissent très mal le système politique de ce pays pourtant frontalier et francophone.

C’est regrettable, car l’ancienne République helvétique est un haut-lieu de la démocratie. Sûrement le pays européen où le peuple est le plus impliqué dans le processus décisionnel. Car, loin de cantonner le citoyen à un rôle d’électeur, mobilisé une fois tous les cinq ans pour élire ses représentants, la démocratie directe suisse lui permet de s’investir pleinement dans la vie politique de son pays.

Mais avant de vous révéler le secret de la démocratie suisse, commençons par rappeler que ce petit territoire montagneux de moins de 8 millions d’habitants est une République fédérale, composée de 26 cantons, disposant chacun de leur propre Constitution.

Comme dans la plupart des régimes actuels, le corps électoral suisse (environ 5 millions de personnes) élit ses représentants qui siègent à l’Assemblée fédérale. Celle-ci est composée de deux chambres (le conseil des États et le Conseil national) aux pouvoirs identiques.

Ensuite, et c’est là que les choses deviennent intéressantes, le gouvernement –appelé Conseil fédéral– est composé de 7 personnes, élues par le Parlement en suivant une règle tacite, appelée la formule magique qui vise à y faire siéger les principales forces politiques du pays. Le président suisse, dont le rôle est honorifique, est élu pour un an parmi les 7 conseillers fédéraux. Il n’existe donc pas à proprement parler de parti d’opposition, vu que la plupart sont représentés au gouvernement.

Cette particularité pousse les différents partis à rechercher le consensus et la stabilité plutôt que l’affrontement, ce qui vaut à la Suisse d’être considérée comme une démocratie consociationnelle, en opposition aux démocraties majoritaires.

Ceci n’empêche pas pour autant les partis, notamment le parti nationaliste UDC, de critiquer l’action d’un gouvernement dont il est membre. Globalement, «le pouvoir politique est très faiblement concentré dans le système politique suisse. Avec l’autonomie cantonale et le bicamérisme, les droits populaires forment un système pour imposer un partage équilibré des pouvoirs politiques entre la fédération et les cantons», résume le sociologue Antoine Bevort dans son article intitulé Démocratie, le laboratoire suisse.

Le pouvoir aux citoyens

Mais ce qui différencie vraiment la Suisse de la plupart de ses voisins européens, c’est le recours intensif à la démocratie directe. La possibilité laissée aux citoyens de s’exprimer sans passer par le truchement de représentants.

Ainsi, depuis 1848, date de l’entrée en vigueur de leur Constitution, les Suisses ont eu recours 565 fois au référendum. D’ailleurs, «plus de la moitié des référendums nationaux réalisés dans le monde ont eu lieu en Suisse», rappelle le politologue suisse Antoine Chollet, auteur de l’ouvrage Défendre la démocratie directe. Et les types de référendum sont multiples:

  • Référendum obligatoire: Pour toute modification de la Constitution, ou toute adhésion aux organismes internationaux, une double majorité de la population et des cantons doit être réunie. Depuis 1848, il y a eu 214 référendums obligatoires et 160 ont été acceptés.
  • Référendum facultatif: Les citoyens suisses, à condition de réunir 50.000 signatures dans les 100 jours suivant l’adoption d’une loi, peuvent déclencher un référendum pour la faire rejeter. Le référendum facultatif a permis au peuple de rejeter 93 lois depuis 1848 (sur 169 tentatives). «Pour les organisations politiques ou syndicales, il est très facile de recueillir les 50.000 signatures qui correspondent à environ 1% du corps électoral. Il est même arrivé qu’elles soient recueillies en un week-end», raconte Antoine Chollet.
  • Initiative populaire: Le peuple suisse peut déclencher un référendum pour modifier la Constitution. Pour cela, 100.000 signatures doivent être récoltées en 18 mois.

A titre de comparaison, le référendum n’a été utilisé en France que 9 fois depuis 1958, tandis que sur la même période les Suisses se sont exprimés près de 400 fois.

Et la liste des «droits populaires», terme utilisé pour qualifier les leviers de démocratie directe à la disposition de la population, ne s’arrête pas là. Les votations que l’on retrouve au niveau fédéral sont déclinées au niveaux cantonal et municipal.

«Les cantons ne connaissent pas seulement l’initiative populaire constitutionnelle, mais aussi l’initiative populaire législative qui donne la possibilité aux citoyens de proposer l’adoption d’une nouvelle loi. Certains cantons ont instauré également le référendum financier –par lequel certaines dépenses publiques doivent être approuvées par les électeurs– ainsi que le référendum législatif. Dans ce dernier cas, toutes les lois adoptées par le Parlement cantonal doivent être soumises au vote des électeurs», détaille Antoine Bevort.

L’attrait suisse pour la démocratie directe se vérifie encore davantage au niveau communal. Une partie des communes disposent d’un Parlement (dit système extraordinaire), tandis que les autres sont dotées d’une assemblée communale (système ordinaire) où tous les citoyens sont appelés à participer et à voter. Cette forme d’assemblée est celle qui se rapproche le plus de la démocratie athénienne, où les citoyens, réunis en ecclesia, discutaient ensemble des affaires de la Cité.

Ce partage du pouvoir entre le peuple et ses représentants présente de nombreuses vertus. Pour Antoine Bevort, les multiples votations «alimentent de façon quasi continue des débats politiques approfondis sur tous les sujets qui importent dans les affaires de la cité», ce qui élève les citoyens au rang de «politiciens occasionnels».

Ainsi, les grands enjeux de société sont débattus tant au niveau fédéral (retraites, laïcité…), que local (ramassage des ordures, construction de maisons secondaires dans des zones protégées…).

Pour autant, les citoyens ne sont pas appelés à voter tous les jours. Pour des raisons de coût, les votations sont organisées 4 jours par an. Et les citoyens n’ont même pas à se rendre au bureau de vote. Ils reçoivent chez eux les bulletins qu’ils n’ont qu’à renvoyer par voie postale.

Pouvez-vous citer un homme politique suisse?

Cette implication constante de la population permet de déplacer «les enjeux de la vie politique des questions de personnes aux questions politiques, ce qui distingue singulièrement la Suisse de la vie politique française grandement polarisée par l’enjeu présidentiel. […] La démocratie directe limite la professionnalisation et la personnalisation de la politique», souligne Antoine Bevort. Les représentants étant contraints de partager leur pouvoir avec le peuple, la vie politique n’est pas, comme c’est le cas en France, parasitée par une peopolisation outrancière des gouvernants.

C’est pourquoi, quand le philosophe Jean-Paul Jouary, lors du concours d’entrée à l’IEP Paris, demande aux étudiants de lui citer un homme politique suisse, il n’obtient que très rarement de réponse.

Les parlementaires, bien que leur salaire ait grandement augmenté ces dernières années, ne sont en théorie pas des professionnels de la politique. Le partage du pouvoir avec le peuple les pousse à plus de transparence et de proximité. Cela se vérifie notamment dans la rédaction des textes de lois qui doivent être courts et intelligibles par la majorité de la population (exemple d’un texte sur la réforme de l’Etat récemment soumis au vote).

Enfin, l’implication des Suisses dans le processus de décision fait d’eux des citoyens plus éclairés.

«Plus on offre aux citoyens des opportunités de participer à la vie politique, mieux ils sont en effet informés», assure Antoine Bevort en se fondant sur les résultats d’une enquête, réalisée dans différents pays européens dont la Suisse, qui met en évidence la corrélation entre l’étendue des dispositifs de démocratie directe et les connaissances politiques. Et ce n’est pas tout. Le Guide de la démocratiedirecte, rédigé par plusieurs universitaires, met en évidence qu’un haut degré de d’implication populaire ne nuit pas à la performance économique, bien au contraire. L’implication des citoyens tend notamment à limiter l’évasion fiscale.

Une démocratie conservatrice

Pour autant, la démocratie directe ne fait pas que des heureux en Suisse. Elle ne subit pas d’attaque frontale mais elle est de plus en plus remise en cause par les parlementaires de façon insidieuse. Les critiques se font surtout entendre à droite, où les politiques, pour préserver leur prérogatives, souhaiteraient limiter le nombre des votations ou ne pas soumettre des sujets jugés trop techniques à la population.

«Sauf que derrière ces critiques tactiques se cache une critique de la démocratie elle-même», analyse Antoine Chollet qui explique que la gauche suisse émet elle aussi des réserves, arguant que la démocratie directe permet l’émergence de votations contraires aux «droits fondamentaux».

Certains scrutins récents ont effectivement donné du grain à moudre aux détracteurs de la démocratie directe. Dernièrement, les Suisses ont ainsi voté pour l’interdiction de construire des minarets et pour le renvoi des criminels étrangers. Des dérives xénophobes que l’artiste plasticien suisse Thomas Hirschhorn, interrogé par Les Inrockuptibles en 2009, attribue au mauvais fonctionnement de la démocratie directe:

«Il y a cinq ans déjà, avec mon exposition Swiss Swiss-Democracy, j’avais voulu donner forme à cette inquiétante dérive de la démocratie directe, qui a pour logique de trouver un consensus; mais on ne peut vivre dans le consensus avec un fascisme larvé. Comment prétendre incarner la démocratie parfaite si, dans le même temps, cette démocratie se ferme à l’autre et se replie sur elle-même?»

Le politologue Antoine Chollet réfute cette accusation. Pour lui, ce n’est pas la démocratie directe qu’il faut juger, mais plutôt le conservatisme et le repli sur soi inhérents à la société suisse.

«Dans les années 1970, il y avait déjà des votes catastrophiques en Suisse sur les étrangers. C’est malheureusement une vieille tradition suisse. En 1848 par exemple, les juifs avaient interdiction de travailler dans l’administration fédérale et pendant longtemps les clochers catholiques étaient interdits dans les cantons protestants.»

Si la xénophobie, banalisée par le parti nationaliste UDC, est mise en avant pour contester la démocratie directe, notons tout de même qu’au moment où les Suisses interdisaient les minarets, l’Union européenne accusait la France de discrimination raciale au sujet de sa chasse aux Roms (problème toujours d’actualité), sans pour autant que le principe de démocratie représentative soit remise en cause de notre côté de la frontière. Sans oublier que les votations controversées représentent une infime partie des scrutins. Ainsi, depuis 1970, seules 6% des votations fédérales étaient consacrées aux questions de sécurité alors que dans le même temps, l’environnement et la politique sociale comptaient respectivement pour 21% et 23% des consultations.

Prendre le risque de la démocratie

Néanmoins, d’autres phénomènes viennent ternir l’étendard de la démocratie suisse. Le puissant lobby ÉconomieSuisse s’implique énergiquement pour faire barrage aux lois et votations qui pourraient aller contre les intérêts patronaux.

La faible participation aux votations est également pointée du doigt comme une limite de la démocratie représentative. Avec une moyenne de 45% sur la dernière décennie, la participation n’est effectivement pas transcendante. Antoine Chollet précise néanmoins que pour les sujets importants, la participation peut atteindre 80% et que pour certains textes, «il y a une forme d’autocensure des citoyens. S’ils ne se sentent pas compétents ou s’ils n’ont pas le temps de s’informer sur un sujet, ils ne vont pas voter».

Il insiste également pour que l’on compare le taux de participation de la démocratie directe suisse, qui permet à plusieurs millions de citoyens de s’exprimer, avec celles des systèmes représentatifs où seuls quelque centaines de parlementaires donnent leur avis.

Quant à la lenteur supposée du système, le politologue ne la considère pas comme problématique, au contraire. «La démocratie a besoin de temps pour se développer. L’urgence a toujours été le moyen de gouvernement de l’exécutif et des dictatures», rappelle-t-il.

Alors certes, la démocratie suisse n’est pas irréprochable. J’avoue ne pas comprendre comment ils ont pu refuser deux semaines de vacances supplémentaires. Mais il serait dommage de se priver de ce formidable outil d’émancipation qu’est la démocratie directe sous prétexte que le peuple est faillible.

«La démocratie comporte des risques, mieux vaut être prêts à les prendre que de la contraindre dans des limites qui vont l’appauvrir», tranche Antoine Chollet. Mais avant de s’interroger sur la capacité du peuple à gouverner, questionnons celle de nos représentants, qui ont piteusement échoué dans leur gestion des crises environnementales et économiques, actuelles et à venir.

Alors oui, il ne fait aucun doute que la Suisse est actuellement la démocratie –«le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple», selon l’expression de Lincoln– d’Europe la plus avancée, en termes de souveraineté populaire et d’implication des citoyens dans la prise de décision. En somme, ce que l’on est en droit d’attendre d’une démocratie.

Emmanuel Daniel

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