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Société

Des centaines d’Algériennes cancéreuses abandonnées par leurs maris

La Rédaction

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Les chiffres et les témoignages présentés dans cette courte vidéo sont glaçants. Des mères de familles rejetées, poussées au divorce par leur mari après une ablation d’un sein.

« Il y a des choses pires que la maladie », confesse cette femme dont le mari a exigé le divorce parce qu’elle a subi une mastectomie.

« Nous sommes considérées comme des demi-femmes », ajoute cette autre femme.

Il n’y a pas de chiffres officiels sur le nombre de femmes déjà victimes de cancer en général. Encore moins de celles ayant subi l’obligation du divorce des suites de cette terrible maladie.

Poignants témoignages

« Le cancer ? C’est rien comparé au fait d’être rejetée après 18 ans de mariage », assure, dans ce témoignage à l’AFP en janvier 2018, Linda, abandonnée par son mari, comme de nombreuses Algériennes, après une ablation du sein due à la maladie.

Après l’opération, son mari l’appelait « nass mraa » (demi-femme) ou « lamgataa » (la mutilée), raconte, d’une voix toujours nouée plusieurs années après, cette assistante médicale, mère de trois enfants qui l’ont soutenue face à leur père.

Zohra a, elle aussi, subi une ablation du sein en 2015. Après 25 ans de mariage, son époux a demandé le divorce, la laissant sans ressources. Il « a été odieux », assure cette mère au foyer de 53 ans.

Linda et Zohra ne sont pas des cas isolés. « Des centaines d’Algériennes sont abandonnées par leur mari après un cancer du sein », s’insurge Samia Gasmi, présidente de l’association Nour doha (Lumière du jour) d’aide aux cancéreux des deux sexes.

Rejetées au moment où elles doivent affronter le traumatisme de l’opération et de lourds traitements, « certaines sombrent dans la dépression », dit Mme Gasmi. « D’autres se retrouvent dans des centres d’accueil car elles n’ont nulle part où aller ».

Difficile de parler de cancer du sein ou de mastectomie en Algérie, où ce qui touche à l’intime est généralement tabou. Les femmes ayant témoigné auprès de l’AFP ont requis l’anonymat et refusé d’apparaître à visage découvert.

Elles « considèrent leur maladie comme honteuse », explique Samia Gasmi. Une malade « a refusé d’en parler à sa propre sœur », une autre « s’est mise à porter le foulard (islamique) avant la chimiothérapie, pour que sa belle-famille ne se doute de rien » et une femme a même « préféré mourir avec ses deux seins plutôt que d’accepter une ablation ».

« Mariage d’amour »

Pour Yamina Rahou, sociologue au Centre de recherche en anthropologie sociale et culturelle (CRASC) d’Oran, dans le nord-ouest de l’Algérie, ce sentiment de honte vient de « la souffrance d’être amputée d’une partie (du corps) qui symbolise la féminité ».

Mais aussi « du fait de ne plus être en conformité avec l’image de la femme », ajoute-t-elle.

Le théologien Kamel Chekkat, de l’association des oulémas d’Algérie, rejette toute association de ces comportements à l’islam. « Ce n’est pas un problème de religion mais d’éducation. La religion exhorte les époux à se soutenir mutuellement » et pour l’islam « l’homme honorable honore sa femme et l’homme vil l’humilie ».

L’humiliation, Hayat l’a connue quand son fiancé a rompu, dès qu’elle lui a annoncé sa maladie et l’ablation du sein qu’elle venait de subir en urgence. « Il m’a lancé +Je veux une femme entière, pas une trois-quart de femme+ », raconte en larmes cette étudiante de 30 ans.

Le mari de Saïda, lui, n’a pas attendu qu’elle soit sortie de l’hôpital pour demander le divorce et la garde de leur enfant, mais aussi vider son compte en banque.

Chassée de chez elle, cette médecin aujourd’hui âgée de 55 ans avait dû « prendre une chambre d’hôtel ». « J’étais à bout », se souvient-elle.

Elle a fini par récupérer son enfant mais, 15 ans après, se dit toujours « détruite » par l’attitude de son ex-mari. « On s’était connus à la fac, nous avions fait un mariage d’amour; il participait même aux manifs pour les droits des femmes, mais n’a pas hésité une seconde à me jeter comme de la merde! »

Fiancée, Safia, une enseignante de 32 ans, a préféré prendre les devants peu après l’ablation de ses deux seins. « J’ai préféré rompre avant que lui ne le fasse, ma belle-famille ne voulait plus de moi. Je n’avais ni la force ni l’envie de lutter ».

‘Qui voudra de moi ?’

Le cancer du sein est le plus fréquent en Algérie.

Comme au niveau mondial, le nombre de cas recensés a augmenté – cinq fois plus chaque année qu’il y a 20 ans – en raison de meilleurs moyens de dépistage, de l’augmentation de l’espérance de vie mais aussi du changement des modes de vie (moins d’activité physique, surpoids, tabagisme, habitudes alimentaires…), selon les spécialistes.

Chaque année, « 9.000 à 10.000 cas de cancer du sein sont enregistrés » en Algérie, souligne Farid Cherbal, professeur de génétique du cancer à l’université d’Alger. « Environ 3.500 Algériennes en décèdent ».

Pour celles qui subissent une ablation, l’accès à la reconstruction mammaire est difficile. Les structures publiques qui l’offrent gratuitement sont surchargées et dans le privé elle est très coûteuse.

Aujourd’hui, Linda « la mutilée » est divorcée et en rémission. La maladie l’a paradoxalement « libérée », dit-elle, d’un mari qui la battait et lui prenait son salaire.

Au fil de séances de chimiothérapie et radiothérapie, Safia, elle, a perdu 10 kg depuis son opération il y a un an. Elle voit l’avenir en noir. « Mes parents sont là pour moi. Mais qui voudra d’une femme comme moi ? ». Avec AFP

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