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L’Afghanistan, l’Iran et le Pakistan face au défi de l’eau

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L’Afghanistan, l’Iran et le Pakistan forment un ensemble géopolitique homogène et partagent des problèmes de développement similaires. La pénurie d’eau qui les frappe actuellement requiert des solutions rapides et radicales.

L’Asie du Sud-Ouest est l’une des régions les plus arides au monde. Située près des tropiques, l’eau a toujours été pour ses habitants un défi à relever. Le problème, à l’heure actuelle, est que l’eau non seulement lui manque, mais elle est aussi, dans certains endroits, souvent contaminée. Bien que les trois pays de la région – Afghanistan, Iran, Pakistan – soient confrontés à un problème plus ou moins identique, les solutions qu’ils cherchent à y apporter ne semblent pas être similaires, car les origines du problème diffèrent d’un pays à l’autre.

L’Afghanistan, situé au nord du Pakistan et à l’est de l’Iran, n’est pas un pays aussi peuplé que le Pakistan, mais plusieurs de ses provinces sont néanmoins touchées par des problèmes d’eau d’origines très diverses.

Kaboul, une bourgade métamorphosée en une mégapole

Contacté par RFI, le chercheur afghan Siddiq Qiam estime que le manque d’eau potable à Kaboul, la capitale, est un défi crucial à relever. D’après cet ingénieur, dans le passé, il suffisait de creuser un puits d’une profondeur de 10 à 15 mètres pour accéder à une source d’eau potable. Une telle chose est impossible aujourd’hui. Les habitants de certains quartiers de Kaboul sont obligés de faire illégalement des forages d’au moins 100 mètres de profondeur et cela malgré la présence d’un réseau de distribution d’eau administré par le pouvoir public.

Mais celui-ci est incapable de fournir de l’eau à tous les habitants. Cette situation est devenue une aubaine pour les vendeurs d’eau qui se ravitaillent soit auprès du réseau public de distribution d’eau soit vers des puits creusés par les habitants. Le gouvernement n’est pas en mesure de tenir les promesses qu’il fait pour venir à bout de ce problème, car cette ville et ses alentours abritent cinq millions d’habitants, et les infrastructures sont inadaptées. Si on ne trouve pas rapidement une solution, tôt ou tard, selon ce chercheur, les habitants de la contrée seront contraints d’émigrer.

A Samangân, province voisine de Kaboul, située au nord des montagnes de l’Hindou-Kouch, dans la partie centrale du pays, les fruits portent sur leurs écorces l’empreinte de l’eau contaminée, confirme-t-il. Finie l’apparence alléchante des fruits comme la pomme, la figue ou le poire. D’après lui, la guerre et l’instabilité politique qui règnent en Afghanistan ne permettent pas d’envisager une solution durable à ce problème qui ronge le pays.

Dans certains quartiers de Kaboul, au moins un membre de chaque famille est quotidiennement chargé d’aller chercher de l’eau à la mosquée ou à une station d’épuration et de distribution d’eau potable. Cette mission est habituellement accomplie tôt le matin ou en début de soirée. La plupart des puits sont asséchés. Le niveau des nappes phréatiques a beaucoup baissé au point de rendre inutile un forage plus profond : il arrive que les puits nouvellement creusés se tarissent en une semaine. Qui plus est, les eaux souterraines sont pour la plupart contaminées. La raison principale de cet état de chose est, selon l’Office national de protection de l’environnement, l’absence d’un réseau national d’assainissement et de distribution d’eau potable. Ainsi, pour s’approvisionner, chaque propriétaire n’hésite pas à creuser un ou plusieurs puits sur son terrain.

70% de la ville de Kaboul est dépourvue d’égouts. Pour faire disparaître les eaux usées domestiques, les habitants creusent chez eux des puits qu’on appelle des puits absorbants. C’est la raison pour laquelle les eaux souterraines sont contaminées. Le ministère de la Santé ayant procédé à l’analyse de l’eau dans 200 endroits du XIIIe arrondissement de la ville, affirme que 120 d’entre eux sont infectés par de différentes bactéries.

La responsabilité incombe aussi à la population

La province de Farâh, frontalière avec l’Iran, est l’une des plus pauvres du pays. En raison d’une consommation excessive d’eau, la plupart des puits y ont été, ces dernières années, asséchés ; la baisse du niveau des nappes phréatiques s’y accélère d’année en année. Le manque d’eau touche cruellement aussi bien les agriculteurs que les autres. Depuis plusieurs années, des groupes humains ont commencé à quitter villes et villages pour s’installer dans d’autres régions. Approvisionnés naguère pour leur consommation quotidienne par des puits d’eau potable, ils n’ont plus qu’à partir car ces puits sont asséchés.

Des fonctionnaires locaux n’hésitent pas à imputer la responsabilité à ceux qui s’approvisionnent en eau grâce à des pompes solaires sur lesquelles le pouvoir public n’a aucun contrôle.

Iran : le destin tragique d’un lac

L’Afghanistan fait partie de l’« espace culturel persan ». Il a des liens historiques, culturels et linguistiques solides avec l’Iran, son voisin de l’ouest. Mais vivre en bon voisinage peut s’avérer difficile et compliqué surtout lorsqu’il s’agit de partager des ressources naturelles.

Depuis plusieurs décennies, l’Iran voit disparaître la plupart de ses lacs naturels comme le lac d’Orumiyeh et les lacs de Fars en raison du changement climatique, de la sécheresse, de la construction irréfléchie de barrages, de multiples forages illégaux, en un mot, de la consommation excessive d’eau par une population qui, depuis la révolution de 1979, n’a cessé de croître à un rythme élevé. Mais la disparition du lac Hamoun dans la province de Sistan-et-Baloutchistan au sud-est du pays est en grande partie liée au non-respect du traité de 1972 entre l’Iran et l’Afghanistan, traité qui contraint l’Afghanistan à laisser se déverser 26 m3 par seconde d’eau de la rivière Hirmand (ou Helmand) dans ce lac.

Situé sur la frontière séparant les deux pays, la surface totale de ce lac est de 5 660 m2 dont 3 820 m2 se trouvent en Iran. La rivière Hirmand qui s’y déversait abondamment naguère naît à l’ouest de Kaboul dans les montagnes de Paghman. Dans son cours vers le lac, cette rivière reçoit l’eau de plusieurs affluents alimentés essentiellement par les pluies et la neige du massif montagneux qu’on appelle la montagne de Baba (Kouh-i Baba), prolongement occidental de l’Hindou-Kouch.

Le lac Hamoun recevant autrefois l’eau de cette rivière jouait un rôle vital dans la vie des habitants de la province de Sistan-et-Baloutchistan. L’obstruction des eaux s’écoulant vers ce lac, surtout depuis la construction par les Afghans d’un énorme barrage appelé « Band-e Kajaki » sur la rivière Hirmand sont les causes principales de la mort du lac. Avec sa disparition, des milliers de pêcheurs ont perdu leur travail. Chaque année, ils y péchaient 12 000 tonnes de poissons. Ce lac accueillait chaque année 1 million d’oiseaux migrateurs. Les femmes utilisant les roseaux des alentours pour la fabrication d’objets artisanaux n’ont plus de ressources. Les éleveurs de 120 000 bovins qui pâturaient autrefois sur 70 000 hectares ont dû partir. 

Une prise de conscience tardive

L’Etat iranien aurait-il une lourde responsabilité dans la détérioration de la situation écologique du pays, surtout pour ce qui est de la pénurie d’eau, en cautionnant, dans les années qui ont suivi la révolution, la culture de vastes terres irrigables supplémentaires à proximité des lacs et des rivières ? Il a fermé les yeux sur la construction irréfléchie de barrages et le forage illégal d’innombrables puits. Le lac d’Orumiyeh est en premier lieu victime de cette négligence. Sans se soucier des conséquences de leur générosité, les autorités ont donné, d’après le site pro-gouvernemental « Tabnak Professional News » , la permission de cultiver 380 000 hectares supplémentaires sur les terres irrigables des alentours. 24 000 puits y ont été illégalement forés par les agriculteurs et les paysans. A tout cela s’ajoutent les 72 barrages grands et petits construits par l’Etat lui-même.

Il y a quelques années, l’ONU a déclaré que « le problème de pénurie d’eau est le plus important défi de sécurité humaine dans l’Iran d’aujourd’hui ». C’est la menace la plus palpable que ressentent aussi bien la population que les autorités gouvernementales.

Dans un récent entretien avec l’Agence France-Presse, Issa Kalantari, le vice-président iranien et le chef du département de la protection de l’environnement, met en garde l’Etat iranien contre la menace de perdre à moyen terme (en maximum 20 ou 30 ans) 70% des terres cultivées, s’il n’arrive pas à corriger rapidement la situation écologique dramatique du pays. D’après lui, les Iraniens utilisent plus de 100% de leurs ressources en eau renouvelables, alors que les recommandations internationales sont de ne pas en consommer plus de 40%.

Les fléaux environnementaux s’abattent sur l’Iran, mais les mauvais choix politiques et techniques sont aussi, selon ce haut responsable de la République islamique, à l’origine du désastre. Le seul remède qu’il préconise est la réduction rapide de la consommation d’eau, qu’il s’agisse des eaux de surface ou des eaux souterraines. C’est ainsi seulement que l’on pourra réparer les dégâts en trente ou quarante ans. Il faut prendre des mesures radicales, ajoute-t-il.L’expansion de l’agriculture dans des zones arides, la construction de barrages et l’installation à l’intérieur des terres d’industries fortement consommatrices d’eau font partie, selon Issa Kalantari, des mauvaises décisions du passé. Reste à savoir comment la République islamique peut corriger à moyen terme toutes ses erreurs.

Le cas du Pakistan

Au Pakistan, la pollution des rivières et l’absence d’usines de traitement des eaux usées feraient chaque année des dizaines de milliers de victimes. À Lahore, capitale du Pendjab et deuxième grande ville du pays avec plus de 11 millions d’habitants, la rivière Ravi sert de déversoir à des centaines d’usines. Les habitants de cette mégapole et de ses périphéries sont tout à fait conscients du fait que les usines de fertilisants agricoles déversent continuellement des produits toxiques partout dans l’air et dans l’eau.

Mais ce n’est pas seulement la province du Pendjab – province la plus peuplée du pays et l’une des quatre provinces fédérées du Pakistan – qui se trouve dans une telle situation sanitaire. C’est le cas de tous les territoires de ce pays de 200 millions d’habitants qui, n’ayant pas de système d’égout, se trouve dans l’incapacité de collecter et d’évacuer les eaux usées pour les conduire ensuite vers les stations de traitement.

A Sindh, une autre province située au sud, au terme d’un procès sur fond d’incompétence et de corruption, la Justice a demandé en décembre dernier aux autorités de lui présenter rapidement un plan permettant à tous les habitants de boire de l’eau propre. Dans un pays où 90% de l’eau sont utilisés pour l’agriculture, ce genre de décision ne peut pas faire de miracles.

Les urgences encombrées

D’après les estimations du professeur Javed Akram, doyen de la faculté de médecine d’Islamabad, « au moins 30% des lits des hôpitaux sont occupés par des personnes atteintes de maladies dues à l’eau contaminée. C’est un fardeau social et économique énorme. Malheureusement, pour tous les gouvernements pakistanais, qu’ils soient militaires ou démocratiques, l’eau n’a pas été une priorité ».

Selon un médecin du plus grand hôpital de Lahore, le nombre de patients augmente quotidiennement. Ils sont gravement malades avec de multiples maladies virales y compris des hépatites et autres maladies mortelles. D’après le témoignage d’un ministre, 80% des Pakistanais consomment de l’eau contaminée. Longtemps accusé d’inefficacité, le gouvernement a mis en place dernièrement dans l’Etat du Pendjab 300 petites stations d’épuration et de distribution d’eau potable. C’est une mesure qui allège certes la souffrance des populations locales, mais ne change pas le fond des choses.

Les nappes phréatiques contaminées

Les études ont montré la présence de métaux lourds dans les arêtes des poissons que consomment ces populations. On utilise aussi l’eau de la rivière Ravi pour irriguer les cultures voisines qui sont elles-mêmes bourrées de pesticides. En fait, ce sont les nappes phréatiques qui y sont contaminées. Les eaux souterraines sont fortement chargées en métaux lourds et en arsenic. Selon l’ONU et les autorités pakistanaises, entre 30% et 40% des maladies et des décès sont liés à la mauvaise qualité de l’eau. C’est la pollution bactériologique des cours d’eau qui est, chaque année, à l’origine de la disparition de dizaines de milliers d’individus, relève l’Unicef, dont près de 53 000 enfants qui meurent de diarrhée après avoir consommé de l’eau non potable.

Le problème de l’eau dans les trois pays de l’Asie du Sud-Ouest à savoir l’Afghanistan, l’Iran et le Pakistan requiert des solutions rapides et radicales. Ces pays seront-ils en mesure de les concevoir et de les mettre en œuvre ? RFI

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Carnage au Sri Lanka : plus de 200 morts dans une série d’attaques

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Plusieurs églises et des hôtels de luxe sri-lankais ont été touchés par des explosions en ce dimanche de Pâques. Le bilan est sans cesse revu à la hausse.

Au moins 207 personnes ont péri dans une série d’attentats contre des hôtels et des églises au Sri Lanka, dont 35 étrangers, selon un bilan annoncé par la police à l’Agence France-Presse. Six explosions se sont d’abord produites dimanche matin dans trois hôtels et trois églises du Sri Lanka, où était célébrée la messe de Pâques, a-t-on appris de sources policière et hospitalière. De nouvelles attaques ont eu lieu quelques heures plus tard. Les autorités ont à ce stade recensé 64 morts, dont 9 étrangers dans la capitale Colombo, 67 à Negombo, une localité plus au nord, et 25 à Batticaloa, dans l’est du pays. Le bilan pourrait s’aggraver encore, car on dénombre des dizaines de blessés dans cette vague d’attaques d’une violence rare, selon des sources hospitalières. Quatre cent cinquante personnes ont également été blessées dans ces attaques.

Une des églises se trouve à Negombo, au nord de Colombo. « Attentat contre notre église, s’il vous plaît, venez nous aider si des membres de votre famille s’y trouvent », peut-on lire dans un message en anglais posté sur le compte Facebook de l’église Saint-Sébastien de Katuwapitiya à Negombo. Un attentat contre une église de Batticoloa a aussi fait au moins une vingtaine de morts.

De nouvelles explosions ont retenti dans un second temps. L’une s’est produite dans un hôtel de la capitale du Sri Lanka, faisant deux morts, a annoncé la police de Colombo. La déflagration est survenue dans un hôtel de Dehiwala, une banlieue du sud de Colombo, a déclaré Ruwan Gunasekera, porte-parole de la police.

L’autre est survenue dans un lieu non précisé d’Orugodawatta, une banlieue du nord de Colombo, ont indiqué les autorités, qui ont décrété un couvre-feu.

Le gouvernement du Sri Lanka a décrété dimanche le blocage temporaire des réseaux sociaux pour empêcher la diffusion d’« informations incorrectes et fausses » liées à la vague d’attentats qui a frappé l’île, faisant au moins 207 morts. « Le gouvernement a décidé de bloquer toutes les plateformes de réseaux sociaux dans le but d’empêcher la propagation d’informations incorrectes et fausses.

C’est seulement une mesure temporaire », a indiqué la présidence dans un communiqué. Un couvre-feu est entré en vigueur dimanche, et « jusqu’à nouvel ordre », au Sri Lanka, a annoncé la police. Le ministère de la Défense avait initialement annoncé que le couvre-feu entrerait en vigueur à 18 heures locales (12 h 30 GMT) pour une durée de douze heures. Avec AFP

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Soudan: les chefs de la contestation veulent créer une autorité civile

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Les chefs de la contestation au Soudan ont annoncé vendredi la formation prochaine d’une autorité civile chargée des affaires du pays, pour accroître la pression sur les militaires qui ont refusé jusque-là de transférer le pouvoir.

Sur le terrain, des milliers de Soudanais sont rassemblés devant le QG de l’armée dans le centre de la capitale Khartoum, pour le 14e jour consécutif.

Il y a quatre mois jour pour jour, un mouvement populaire a commencé au Soudan pour protester au départ contre le triplement du prix du pain dans un pays à l’économie exsangue. Il s’est rapidement transformé en contestation contre le président Omar el-Béchir qui a été destitué le 11 avril par l’armée après près de trois décennies au pouvoir.

Depuis son renversement, un Conseil militaire de transition dirigé par le général Abdel Fattah al-Burhane a pris le pouvoir et a résisté jusque-là aux appels des manifestants à le transférer à une administration civile.

Déterminée à maintenir la pression, l’Association des professionnels soudanais (SPA), groupe en première ligne de la contestation, a annoncé que « les noms des membres d’un Conseil civil chargé des affaires du pays seront annoncés lors d’une conférence de presse dimanche à 19H00 locales (17H00 GMT) » devant le QG de l’armée.

« Nous réclamons que ce Conseil civil, qui comprendra des représentants de l’armée, remplace le Conseil militaire », a déclaré à l’AFP Ahmed al-Rabia, un des leaders de la SPA.

L’armée n’a pas réagi dans l’immédiat à cette annonce.

« Long chemin »

Au sit-in devant le QG, les manifestants disent leur intention de rester jusqu’au départ des militaires du pouvoir.

« Le gouvernement doit être représentatif de tous et de toutes les aspirations. Il ne doit exclure personne », a dit cheikh Mater Younes, l’un des leaders de la prière musulmane du vendredi en s’adressant aux manifestants.

Originaire du Darfour et aveugle, ce cheikh a été libéré récemment après huit mois de détention à Khartoum pour avoir accusé le régime de M. Béchir d’armer les milices pour lancer une nouvelle attaque dans cette région occidentale.

Arrêté et détenu dans une prison de la capitale, M. Béchir, 75 ans, est sous le coup de mandats d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI), pour « génocide » et « crimes de guerre » au Darfour où son régime avait combattu des rebelles depuis 2003. Les autorités actuelles refusent pour le moment son extradition.

Des victimes au Darfour réclament elles que l’ex-président soit jugé. « Je veux que Béchir affronte la justice, c’est un criminel », confie Hawwa Youssef, une septuagénaire dont le fils été tué en 2004 par des miliciens prorégime. Elle vit encore à ce jour dans un camp de déplacés dans la province du Darfour-Sud.

« Nous voulons un gouvernement civil qui apportera la justice à tous les Soudanais, traduira en justice tous les corrompus dans les précédents gouvernements de Béchir et améliorera la situation économique. Le peuple souffre », abonde à Khartoum un manifestant Abdellah Abdelrahmane, 28 ans.

Galvanisés par les concessions obtenues avec le départ de M. Béchir et d’autres responsables militaires, les manifestants apparaissent plus déterminés que jamais.

Vendredi, malgré une chaleur étouffante, ils ont dansé et chanté sur des mélodies arabes et africaines, a constaté une correspondante de l’AFP. Des femmes distribuaient des jus et des pâtisseries traditionnelles, encourageant les protestataires à poursuivre la mobilisation.

Emissaire américain au Soudan

Arrivé au pouvoir par un coup d’Etat soutenu par les islamistes le 30 juin 1989, M. Béchir a dirigé d’une main de fer un pays en proie à des rébellions dans plusieurs régions et était accusé de violations des droits humains par les ONG internationales.

« Il est de plus en plus clair que la révolution reste inachevée », a affirmé à l’AFP Alan Boswell, du centre de réflexion International Crisis Group (ICG). « La clique sécuritaire toujours au pouvoir résiste clairement aux exigences » de la rue.

Depuis le 19 décembre, la répression contre les manifestants a fait plus de 60 morts et des centaines de blessés. Des milliers de personnes ont été emprisonnées.

Les Etats-Unis, qui maintiennent le Soudan sur leur liste noire des « Etats soutenant le terrorisme », ont salué les premières mesures prises par les militaires qui ont destitué M. Béchir, mais ont appelé à une transition répondant davantage aux voeux des Soudanais.

La responsable du département d’Etat chargée de l’Afrique de l’Est, Makila James, « se rendra au Soudan ce week-end », a annoncé un haut responsable américain, sans autres précisions. AFP

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Soudan: le pouvoir militaire fait des concessions, la contestation se poursuit

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Les militaires au pouvoir au Soudan ont fait de nouveaux gestes pour tenter d’apaiser la contestation,transférant en prison le président déchu Omar el-Béchir et limogeant le Procureur général, une des exigences des manifestants qui maintiennent toutefois la pression mercredi.

Le chef du Conseil militaire, « le général Abdel Fattah al-Burhane, a émis un décret limogeant le Procureur général Omer Ahmed Mohamed », a annoncé mardi le Conseil de transition au pouvoir depuis la destitution de M. Béchir le 11 avril.

Mercredi, un proche de l’ex chef de l’Etat a par ailleurs indiqué à l’AFP que le président déchu, jusque-là détenu dans un lieu inconnu, avait été transféré dans la nuit dans une prison du nord de Khartoum.

Devant le QG de l’armée dans la capitale, des milliers de personnes sont toutefois toujours présentes mercredi, comme depuis le 6 avril, dans le prolongement de la contestation qui agite le pays depuis décembre. Au moins 65 personnes sont mortes depuis le début de cette contestation, selon un bilan officiel.

Les demandes initiales de départ du président Béchir ont évolué en exigence de dissolution du Conseil militaire de transition qui lui a succédé, avec l’instauration d’un pouvoir civil.

« Nous avons fait face aux gaz lacrymogènes, beaucoup d’entre nous ont été emprisonnés. On nous a tiré dessus et beaucoup ont été tués. Tout cela parce que nous avons dit ce qu’on voulait », a déclaré mercredi à l’AFP une manifestante, Fadia Khalaf.

Les leaders du mouvement soulignent que la « révolution » n’a pas encore atteint ses objectifs. « Oui, nous avons renversé le dictateur, mais ses lois sont encore en place », a souligné dans un communiqué l’Alliance pour la liberté et le changement (ALC), qui regroupe plusieurs formations parties prenantes de la contestation.

« Il n’y a pas de raison de se réjouir maintenant (…). Nous n’en sommes pas à la victoire », ont ajouté les chefs de file de la contestation en demandant aux participants au sit-in de rester mobilisés.

« Nous restons sur place »

Le climat avec l’armée s’est tendu parallèlement au durcissement des revendications des contestataires en faveur d’un gouvernement civil.

Lundi, l’Association des professionnels soudanais (SPA), fer de lance du mouvement et membre de l’ALC, a dénoncé une tentative de dispersion du sit-in, sans toutefois en identifier les auteurs.

Mardi, des témoins ont fait état de véhicules avec des paramilitaires déployés sur un pont reliant Khartoum à la zone du sit-in.

« On a peur qu’on nous vole notre révolution, c’est pourquoi nous restons sur place, et nous ne partirons pas avant d’obtenir satisfaction à nos demandes », a ajouté la manifestante interrogée par l’AFP, Fadia Khalaf.

Lundi, la SPA a exigé que le Conseil militaire soit dissout et remplacé par un conseil civil, comprenant aussi des représentants de l’armée. Elle en a fait une condition à une éventuelle participation à un futur gouvernement de transition.

Et les manifestants semblaient déterminés mercredi à rester devant le QG de l’armée, en dépit de la chaleur brûlante.

« Nous en souffrons, mais quand je pense à ceux qui ont été tués dans la contestation, cela me donne de l’énergie pour continuer », a expliqué Ossama Hussein, s’affairant à nettoyer autour de lui.

Une femme servant le thé a affirmé être venu à quatre reprises ces derniers jours: « je sens que ces personnes qui observent le sit-in sont comme mes enfants. J’ai souffert sous le régime (…) Cette révolution est pour moi ».

Samedi, le général Abdel Fattah Buhrane a promis « d’éliminer les racines » du régime d’Omar el-Béchir. Le Conseil militaire qu’il dirige compte toutefois parmi ses dix membres des piliers du régime sortant.

Ultimatum de l’Union africaine

Concernant le sort d’Omar el-Béchir, visé par des mandats d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) pour « crimes de guerre » et « crimes contre l’humanité » puis pour « génocide » au Darfour, le pouvoir militaire a d’abord affirmé qu’il refuserait de l’extrader.

Lundi, par la voix du général Jalaluddine Cheikh, il a néanmoins indiqué que la décision serait « prise par un gouvernement populaire élu et non par le Conseil militaire ».

Sur le plan diplomatique, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a nommé mardi un émissaire pour le Soudan, l’avocat sud-africain Nicholas Haysom, afin d’aider l’Union africaine (UA) à conduire une médiation.

L’UA a menacé lundi de suspendre le Soudan si l’armée ne quittait pas le pouvoir au profit d’une « autorité politique civile » d’ici 15 jours.

La cheffe de la diplomatie de l’UE Federica Mogherini a dit espérer que la transition porterait au pouvoir « un gouvernement civil ». Londres a apporté son soutien « à l’appel de l’UA ».

Les Etats-Unis ont indiqué être prêts à retirer le Soudan de leur liste des pays accusés de soutenir le « terrorisme » si le Conseil militaire engageait un « changement fondamental » de gouvernance, selon un responsable du Département d’Etat faisant état de discussions avec Khartoum.

Il a aussi précisé que Washington avait poussé le Conseil militaire à « agir rapidement » pour inclure des civils dans un gouvernement provisoire et organiser des élections.

En Arabie saoudite, le roi Salmane a accueilli mardi le prince héritier d’Abou Dhabi, ont annoncé les médias saoudiens, après le soutien accordé par ces deux alliés aux militaires soudanais. Le Soudan est d’une grande importance stratégique pour ces deux puissances du Golfe. AFP

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