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Musique

Taos Amrouche dans un enregistrement rarissime

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Née à Tunis en 1913 dans une famille algérienne kabyle convertie au catholicisme, Taos Amrouche s’est rendue célèbre en interprétant des chants kabyles dans les années 60, chants populaires traditionnels auxquels personne ne s’intéressait à l’époque.  Elle est enterrée à Saint-Michel-L’Observatoire, dans le département des Alpes de Haute Provence (France).

Dans un témoignage Mohamed A. Lahlou écrit : Exilée dans un autre pays, exilée dans une autre religion, exilée dans une autre langue, Marguerite Taos Amrouche, auteure de nombreux ouvrages et romans et interprète des chants traditionnels berbères, est restée l’Algérienne qu’elle a toujours été, la Berbère qu’elle n’a jamais cessé d’être, la passionnée de la culture algérienne qui a toujours été la sienne. Elle fut la première Algérienne à publier un roman, Jacinthe noire, en 1947. Elle a donné sa voix exceptionnelle aux chants berbères de Kabylie ; c’est à ce titre qu’elle fut invitée pour se produire sur de nombreuses scènes d’art et de culture, notamment à Paris, Madrid, Barcelone, Dakar, Florence et Rabat.

Le pouvoir algérien de l’époque l’a cependant privée des honneurs qu’elle méritait et ne l’invitera même pas au Festival culturel panafricain d’Alger, en 1969.

Elle sera, par contre et pour une juste réparation de reconnaissance, invitée pendant cette période, à Alger, par les étudiants de l’université d’Alger, devant lesquels elle déclamera, avec émotion et fierté, ses poèmes et ses chants. Elle participera, à Paris, en 1966, à la fondation de l’Académie berbère. Ses principaux romans sont : Jacinthe noire (1947), Rue des tambourins (1960), L’amant imaginaire (1975). Elle laisse également un recueil de poèmes, histoires et proverbes kabyles Le grain magique (1966). Ses disques ont sauvé, à jamais, de l’oubli, les Chants traditionnels berbères de Kabylie qu’elle tenait de sa mère, auxquels elle a donné sa merveilleuse voix et qu’elle a chantés, pour la première fois en public, au premier Congrès de musique marocaine de Fès, en mai 1939, à l’âge de 26 ans. C’est à cette occasion qu’elle a été nommée pensionnaire de l’Académie espagnole de Musique, La Casa Vélasquez de Madrid. Au-delà de ce parcours exceptionnel, il y a aussi le lien émotionnel intense, le lien charnel, qu’elle entretenait avec son pays et son peuple, elle qui a été projetée d’un exil à un autre, d’une rupture à une autre, d’une incompréhension à une autre. Comment retrouver les signes de cette vie bouleversante, sinon dans ses écrits les plus spontanés ? Dans ces écrits qui ne sont pas retravaillés ou réécrits sous le regard d’un éditeur exigeant. Dans ces écrits, on retrouve l’émotion, non plus celle d’une femme écrivaine et chanteuse d’opéra, mais l’émotion brutalement ressentie au plus profond d’elle-même. On y découvre l’émotion d’une Algérienne blessée par l’exclusion qu’elle a connue et vécue avec douleur. On y découvre aussi ses espérances pour une Algérie dont elle rêvait, comme d’un fruit à cueillir avec tendresse. On y découvre le cri d’une femme meurtrie par l’incompréhension d’hommes politiques désincarnés de la vérité de leur société.

On y découvre aussi cette prémonition, qui était la sienne, qu’un jour les jeunes de son pays viendraient à bout de toutes les injustices et de tous les oublis. Elle n’a eu le temps de vivre ni Avril 80, ni Octobre 88, mais elle pressentait qu’un jour meilleur viendrait grâce à une jeunesse algérienne bouillonnante du désir de liberté. Dans ces extraits de lettres, on pourra suivre ses appels au pays qui lui manque, à ce pays que lui ont arraché ses exils et ses exclusions.

Elle ne cessait de se voir, comme dans un récit fabuleux, parcourant l’immensité de l’Algérie et en même temps toute sa beauté. Dans ces extraits de lettres, nous suivrons, impuissants, son long combat contre la douleur d’une maladie qui l’arrachera à la vie ; une vie qu’elle voulait prolonger pour voir se réaliser son rêve le plus fou, celui de revoir son pays, sa Kabylie, son Algérie, de se réapproprier ces objets si simples d’une vie simple qu’elle voulait revivre. Comment, à l’écouter nous lire ses lettres, ne peut-on point sentir cette fragilité et cette force de résistance qui était la sienne ? Comment ne pas ressentir pour Nna Taos, l’émotion communicative qui était la sienne ?
Écoutons-la donc lire ses propres mots écrits de sa propre main et essayons de reconstruire, avec elle, son univers intime. »

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