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Société

1980 : l’année où Al Qaradhaoui chassa Mohammed Arkoun d’El Aurassi

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Au deuxième jour du séminaire de juillet 1980, Mouloud Kacem Naït Belkacem appela le professeur Mohamed Arkoun à monter sur l’estrade de la «salle rose» de l’hôtel Aurassi pour donner sa conférence.

Mohamed Arkoun monta sur ladite estrade, salua poliment les nombreux présents et commença à «résumer» (il n’avait, comme tous les intervenants, que 20 minutes pour son intervention) sa conférence qui avait été déjà distribuée le premier jour aux nombreux invités. Comble de malheur pour Arkoun, beaucoup de «frérots» attendaient ce moment depuis… la veille ! Notre grand professeur parla juste cinq ou six minutes et… les sifflets, les cris violents et les bouches à la salive dégoulinante scandèrent : «Kafer, kafer, hadha mouch islam, hadha kofr» (athée, athée, cela n’est pas l’islam, cela est de l’athéisme) !

Poussant «le bouchon» plus fort, plutôt le «shootant» violemment, El Qaradhaoui Mohamed El Ghazali(1) et leurs disciples les «Frères musulmans» égyptiens et jordaniens surtout, se levèrent et crièrent : «Akhrigouh, akhrigou el kafer» (faites le sortir faites sortir l’athée) ! Le professeur Mohamed Arkoun, avait tout compris ! Calmement, silencieusement, il plia «ses feuilles» et… accéléra le pas vers la sortie de la «salle rose»(2).

S’attendait-il à ce «refus de la… science», de «la modernité» ? Seul cheikh Abderrahmane El Djilali courra derrière lui. Il était comme lui, le seul «théologien» habillé en costume et cravate «alpaga» ! Mais Mohamed Arkoun ne revint pas à la «salle rose». Il lui avait dit poliment : «Je te respecte beaucoup. Tu es un frère pour moi… un vrai ‘‘âllim’’ (savant religieux), mais…» Selon le témoignage de feu cheikh Abderrahmane El Djillali, «des larmes drues coulaient déjà sur les joues d’Arkoun et un violent sanglot étrangla sa voix (…) Je l’ai laissé partir. Je suis revenu à la salle.

Je me suis assis au fin fond. L’après-midi, j’ai trouvé un prétexte pour ne pas lire mon intervention, j’ai dit à Mouloud Kacem que j’avais une fièvre carabinée et que je devais, tout de suite, voir un médecin».(3)

-1- «Importé» par Chadli, nommé président du conseil scientifique de l’université Emir Abdelkader (1984-1987), il distilla «son mortel venin», prépara «les pionniers du GIA» avant d’être humilié et chassé par des étudiantes et des étudiants qui avaient découvert qu’il avait aménagé son appartement en maison de rendez-vous !

-2-3- Témoignage de cheikh El Djilali in Alger : culture, intellectuels et histoire. Emission «Une ville, un écrivain» de Djilali Khellas.ENTV 1999.

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