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Mémoire

Nouvelle Calédonie : émouvant appel d’une descendante de déporté algérien

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Entre 1864 et 1897, plus de 2.000 personnes originaires d’Afrique du nord, en très grande majorité des Algériens, sont déportées, transportées ou reléguées en Nouvelle-Calédonie. La dernière d’entre elles est décédé en 1968. Aujourd’hui, cette mémoire est toujours vivante en «Caledoun», le nom que ces «Arabes» donnaient à la colonie française. Retour sur une déportation méconnue.

Ils s’appellent Salem, Aïfa, Larbi ou Ben Amar et vivent à quelque 20.000 km de l’Algérie, en Nouvelle-Calédonie. Leur présence sur cette terre du Pacifique, devenue française en 1853, raconte une histoire de déportation, d’exil forcé mais aussi une intégration dans un nouveau monde sans abandon d’une certaine mémoire.

Sur la stèle de l’île des Pins, qui commémore la déportation en Nouvelle-Calédonie des Communards de 1871, le visiteur peut voir deux noms d’Algériens. Ceux des proscrits d’une autre insurrection, la même année, en Algérie. 212 d’entre eux furent condamnés aux Assises en 1873 pour avoir protesté contre la famine et la colonisation à être déportés en Nouvelle-Calédonie où ils croisèrent les Communards.

Communards et révoltés de Kabylie
La rencontre entre les deux groupes de révoltés est racontée par l’héroïne de la Commune: «Un matin, dans les premiers temps de la déportation, nous vîmes arriver dans leurs grands burnous blancs, des Arabes déportés pour s’être, eux aussi, soulevés contre l’oppression. Ces Orientaux, emprisonnés loin de leurs tentes et de leurs troupeaux, étaient simples et bons et d’une grande justice», raconta Louise Michel.

Les déportés algériens s’étaient aussi révoltés en 1871 contre la colonisation. En Kabylie notamment. «L’insurrection s’étend sur une grande partie du territoire algérien, la Kabylie, les environs d’Alger, les Aurès, ou le Hodna… dirigée, entre autres, par Mohamed El Mokrani Boumezrag, Améziane Ben Cheikh El Haddad, puis ses fils Aziz et Mohamed El Haddad ; elle dure un an, et s’achève en janvier 1872. La répression est impitoyable: massacres, déportations, condamnations à mort, amendes, séquestres collectifs et individuels, expulsion des tribus de leur territoire. Comme il est écrit, le 1er juin 1871, dans le journal des colons La Vérité algérienne, « l’insurrection fournissait une occasion providentielle pour asseoir une forte domination européenne… » et pour récupérer les terres pour les colons», raconte le site Commune1871.

A cette époque, la France a du mal à mobiliser des volontaires pour peupler cet archipel du bout du monde. Afin de remédier à ce problème, elle déporte là bas toute sorte de condamnés dès 1864 et jusqu’en 1898. Les condamnés politiques de la Commune mais aussi de nombreux droits communs (ou condidérés comme tel) et notamment des Algériens. C’est pourquoi, la grande majorité des Arabes déportés en Nouvelle-Calédonie, durant ces années, sont considérés comme des droits communs.

Une fois sur place,  les «Arabes» ne connaissent pas tous le même sort. Si les déportés politiques peuvent éventuellement rentrer un jour dans leur pays, les autres n’ont aucune chance de pouvoir revenir. Lorsqu’en 1879 l’amnistie des Communards est proclamée, les déportés kabyles en sont exclus ; obligation leur est faite de résider sur le territoire calédonien. Les anciens Communards qui eux ont été libérés et rapatriés ne cessent de demander le retour des Kabyles. L’amnistie tant attendue n’intervient que le 1er février 1895, mais il faut attendre 1904 pour que soit levée l’obligation de résidence.

Colonisés et colonisateurs

Ils ne sont plus qu’une poignée, le 22 août 1895, à s’embarquer de Nouméa pour l’Algérie. Quant à ceux qui ne sont pas considérés comme politique, ils sont condamnés à rester. Et tant pis pour les habitants de l’île. Les pires horreurs sont écrites à l’époque sur la nécessité de réduire le nombre d’«indigènes».

Les déportés sont confrontés aussi au problème de la colonisation. Les habitants originels de l’île voient la colonisation prendre leurs terres. En 1878 éclate une révolte canaque. «Pour la mater, le bagne tout proche est un réservoir d’hommes inespéré. Bou Mezrag Mokrani le frère du bachaga qui a soulevé la Kabylie, interné à l’île des Pins, offre ses services au gouverneur Olry. Il espère ainsi une remise de peine. Avec une quarantaine de ses hommes, il participe à la répression qui s’abat sur les Canaques», raconte Le Monde, tandis que d’autres déportés kabyles refusent de participer à la répression.

«Nous avons aidé à coloniser le pays en étant nous-mêmes des colonisés», résume un descendant de ces déportés arabes.

La plupart des déportés kabyles resteront en Nouvelle-Calédonie où ils font souche. On les retrouve aujourd’hui dans la vallée de Nessadiou, à Bourail, à Nouméa, fermiers, chauffeurs de taxi, éleveurs de chevaux ou de moutons, universitaires… et fiers de leurs ancêtres. Mais l’implantation a été difficile. Les conditions de vie étaient très dures. Une fois libérés, les ex-bagnards se sont vu confier des lopins de terre qu’il a fallu cultiver.

La «vallée des Arabes»

«Si leurs descendants n’ont pas échappé à l’exode rural qu’a connu la Nouvelle-Calédonie dès l’entre-deux guerres, la communauté « arabe » est restée particulièrement forte à Bourail, où nombre de condamnés avaient été transférés. Si au camp des Arabes de l’île des Pins, ceux-ci furent plus particulièrement affectés à la fabrication de la chaux et du charbon de bois, à Bourail des centaines d’entre eux vont devenir concessionnaires (avoir un lopin de terre), principalement dans les vallées de Boghen et de Nessadiou, où ils bâtissent des maisons précaires, faites de torchis. Du fait de la dureté des conditions de vie, cette dernière sera d’ailleurs longtemps connue comme la “Vallée du malheur”», raconte le site de la commune de Bourail.
Il est vrai, comme le rappelle Taïeb Aïfa, descendant de cette communauté d’origine algérienne, que «ceux qui n’avaient jamais travaillé la terre ne pouvaient pas s’en sortir». Les débuts sont plus que difficiles. On cultive alors des haricots secs, des arachides, des petits pois secs, du maïs, tout en devant faire face aux aléas naturels. Heureusement, la solidarité est là, qui permet de s’en sortir. Taïeb Aïfa raconte ainsi que «le voisin de mon père venait du même bled que lui. Celui-ci pratiquait un peu d’élevage et mon père, s’il était agriculteur, savait aussi dresser les bœufs de travail. Ils faisaient bon ménage…» Mais pour cette première génération, la souffrance reste immense: «Mes frères m’ont souvent raconté avoir vu mon père la tête dans les mains en train de pleurer son pays.» Cette souffrance, ils la partagent alors avec les Mélanésiens, soumis au même statut, celui de l’indigénat (qui ne sera aboli qu’en 1946). Avec Francetvinfo.
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